Les enjeux de l'information en langue française sur le développement durable
Christian Brodhag
Directeur de Recherche Ecole des Mines de Saint-Etienne
Ancien président de la Commission Française du Développement
Durable
Mel : brodhag@emse.fr
1 - Les imperfections des traductions
La quasi-totalité des textes internationaux est discutée en anglais. Les traductions dans les autres langues sont tardives malgré leur statut de langue de travail pour certaines d'entre elles. Qui plus est, les traductions sont souvent imparfaites et fluctuantes, ce qui pose des problèmes de compréhension. Le développement durable s'est d'abord appelé développement soutenable1 pour le même mot anglais sustainable development. La traduction française de l'Agenda 21 de Rio en 1992 hésite en traduisant sustainable 4 fois par soutenable, 7 fois par viable et 51 fois par durable. De même la traduction française du même Agenda 21 fait état de rationnel (225 occurrences) mot qui est rarement la traduction de rational présent seulement 25 fois, mais principalement du mot sound (solide, juste, sain, 150 fois) par exemple dans ecologically sound technology, mais on trouve aussi sustainable (durable), optimized, efficient, appropriate. Le chapitre 18 sur la gestion des eaux douces, thème pour lequel les francophones jouent un rôle influent, voit au contraire l'usage répété de l'anglais rational (13 fois sur les 25 au total de cet usage en anglais, les 39 autres chapitres se partageant les 12 autres occurrences). Le global est traduit littéralement de global en anglais (global change) qui signifie mondial dans sa dimension géographique en référence au globe terrestre, et non ce qui est le véritable sens de ce mot en français " considéré dans sa totalité ".
Une réflexion francophone sur les mots justes et leur traduction de, et en, anglais est fondamentale. Sinon des faux sens peuvent se propager, et l'on peut disserter sur l'étymologie de ces mots en construisant des théories fondées sur ... des imperfections de traduction. De plus il est essentiel que le pluralisme des langues de travail subsiste pour porter différentes cultures et approches.
Certains concepts prennent du temps à être traduit et donc maîtrisé en langue française. Le mot anglais governance, par exemple, traduit aujourd'hui par gouvernance, est présent seulement 8 fois dans le texte original en anglais. Il est absent de la traduction française de l'Agenda 21 de 1992. Ses traductions sont variables se rattachant le plus souvent à l'administration (4 fois) mais aussi action, moyens juridiques et institutionnels, gestion, niveau administratif. Il a fallu attendre le sommet de la francophonie de 1996 pour voir popularisé, et donc plus ou moins accepté, ce terme en français.
En sens inverse des concepts clairs dans la langue française, comme le mot terroir, n'ont pas d'équivalent dans les autres langues. Afin de préparer cette huitième session de la CDD, qui portera sur l'usage intégré des terres et l'agriculture, les Pays-Bas organisent avec la FAO une conférence internationale intitulée " Caractère multifonctionnel de l'agriculture et des terroirs2 " L'énoncé en anglais du titre de la conférence ne garde plus trace du mot terroir et le remplace par le mot land : " Conference on the Multifunctional Character of Agriculture and Land " l'espagnol en fait de même avec tierra : " Conferencia FAO/Países Bajos sobre el Carácter Multifuncional de la Agricultura y la Tierra ". Il n'est pas étonnant que le concept disparaisse des documents de travail y compris en français. Or la gestion des terroirs à travers des outils de labélisation comme les Appellations d'Origine Contrôlée pourrait apporter une solution élégante à la préservation de la biodiversité et des pratiques sociales et culturelles des territoires tout en les valorisant sur le marché.3
La traduction n'est donc pas un problème technique à laisser à des professionnels interprètes, aussi compétents qu'ils soient, mais un domaine stratégique. De même les thesaurus qui permettent d'organiser et de classer les informations gardent la mémoire de la langue de travail. L'équipe Agora 21 mène 4 actuellement un travail pour le compte de l'Institut Français de l'Environnement de validation du thesaurus environnement en français de l'Agence Européenne de l'Environnement (GEMET). Dans la version précédente la moitié des descripteurs était exclusivement disponible en anglais et non traduits en français. Aucune définition n'était traduite en français.
Par ailleurs, la présence d'informations en langue française sur Internet est, elle aussi, problématique. Une étude de 1998 5 a comparé la présence de textes portant sur le développement durable et sustainable development. Selon les moteurs de recherche la proportion varie entre 1,8 et 4,8%. Les sites des Nations Unies sont loin d'accorder l'importance légitime au français qui est une langue de travail. Le PNUE par exemple n'avait que 0,38% de ses textes en français, seuls deux sites sur les dix domaines explorés se distinguent : le PNUE IE hébergé à Paris (8,3%) et le serveur du Centre Exécutif de Genève (10%) 6. Ces nombres s'expliquent sans doute par le fait que ces sites sont réalisés dans des pays francophones.
Dans une enquête de 1996 7 sur les bases de données portant sur les technologies propres le Programme des Nations Unies pour l'Environnement a répertorié seulement 6 sites utilisant la langue française sur les 84 sites répertoriés.
Une démarche politique constante vis à vis des autorités
internationales et des efforts de publications de la communauté
francophone sur Internet sont nécessaires pour rééquilibrer
la présence de la langue française. Ce rééquilibrage
passe par la stimulation de l'offre mais aussi par la demande qui la justifie.
2 - Information et développement durable dans l'Agenda 21
Le thème de l'information est stratégique. Il est jugé comme étant fondamental dans l'Agenda 21 comme un élément permettant d'orienter les sociétés vers le développement durable. Le Chapitre 40 est consacré à l'information pour la prise de décisions : " dans le cadre du développement durable, chacun est un utilisateur et un fournisseur d'informations, au sens large. Il faut entendre par cela des données, des renseignements, des expériences présentées de façon appropriée et des connaissances. Le besoin d'informations se fait sentir à tous les niveaux, du niveau national et international chez les principaux décideurs au niveau local et à celui de l'individu. Pour veiller à ce que les décisions soient de plus en plus fondées sur des informations correctes, il y a lieu d'appliquer les deux éléments ci-après du programme : a) Elimination du fossé qui existe en matière d'information; b) Amélioration de l'accès à l'information. 8 "
2a - Le statut de l'information dans l'Agenda 219
L'Agenda 21 hésite entre deux visions des flux d'information : ascendante (bottom up) ou descendante (top down). Le mode d'élaboration de l'Agenda 21, par chapitres rédigés indépendamment, a même généré de véritables contradictions internes entre les chapitres.
Dans 22 premiers chapitres thématiques de l'Agenda 21, 185 articles citent le mot information. Nous les avons analysés en identifiant les acteurs sources d'informations, les cibles et les organisations responsables de leur traitement (Figure 1). Une part faible détaille les méthodes de traitement et de stockage de l'information, et les rédacteurs de ces chapitres conçoivent principalement une information internationale et nationale diffusée vers le bas avec une vision normative. Sur un plan anecdotique, les différents chapitres donnent un rôle différent à l'information, la plus forte fréquence 22 articles en parlent pour les chapitres 14 développement agricole et rural durable et 19 substances chimiques toxiques, mais aucun pour le chapitre 22 déchets radioactifs, symptôme de la culture des experts de ce domaine.
L'introduction de la section III renforcement du rôle des principaux groupes évoque la nécessité d'informer ceux qui forment les 9 catégories identifiées dans les chapitres 24 à 42 de l'Agenda 21 pour participer au développement durable : femmes, enfants et jeunes, autochtones, ONG, collectivités locales, syndicats, commerce et industrie, scientifiques et agriculteurs. " Les particuliers, les groupes et les organisations doivent avoir accès à l'information se rapportant à l'environnement et au développement que détiennent les pouvoirs publics, y compris des informations sur les produits et les activités qui ont ou sont susceptibles d'avoir des incidences sensibles sur l'environnement, ainsi que des informations sur les mesures de protection de l'environnement "10 . Cela définit un véritable droit à l'information lié à l'exercice de la démocratie, mais aussi les besoins d'information d'acteurs qui participent directement à la mise en œuvre du développement durable.
Mais dans le chapitre 40, dernier chapitre de l'Agenda 21, l'information pour la prise de décision la vision donnée de l'information est différente, " chacun est un utilisateur et un fournisseur d'informations, au sens large"11. Il s'agit là d'une vision où l'information nourrit un débat beaucoup plus complexe entre les parties intéressées chacun étant fournisseur et consommateur d'informations au sein de réseaux (échanges d'expérience, bonnes pratiques). Dans cette logique le texte de Rio propose la mise en place de structures de coordination nationale (les commissions nationales du développement durable) " Les Etats jugeront peut-être utile de mettre en place un mécanisme de coordination nationale chargé de veiller à l'application du programme Action 21. Mettant à profit dans ce contexte les compétences spécialisées des organisations non gouvernementales "12. Dans ce dernier cas les ONG par exemple sont supposées apporter des informations dont ne disposeraient pas les Etats. De même il propose la mise en place de programmes Action 21 à l'échelon des collectivités appelés aussi Agendas 21 locaux; qui sont de véritables cadres de concertation : " La concertation et la recherche d'un consensus permettraient aux collectivités locales de s'instruire au contact des habitants et des associations locales, civiques, communautaires, commerciales et industrielles, et d'obtenir l'information nécessaire à l'élaboration des stratégies les plus appropriées. 13 "
Figure 2 : statut de l'information dans l'Agenda 21
Le même débat existe entre les conceptions des indicateurs de développement durable. Action 21 propose d'" élaborer des indicateurs du développement durable afin qu'ils constituent une base utile pour la prise de décisions à tous les niveaux et contribuent à la durabilité autorégulatrice des systèmes intégrés de l'environnement et du développement14 ". Les indicateurs en cours de développement par l'ONU, qui devraient permettre la comparaison entre pays, sont développés dans une approche descendante. Mais la durabilité autorégulatrice de la définition devrait permettre aussi la mise en place d'indicateurs élaborés dans le cadre du processus de décision. En France l'IFEN15 tente de trouver un compromis entre ces deux approches, et travaille à une " boite à outil " pour organiser des systèmes d'indicateurs de développement durable16. On se trouve là dans le domaine de l'évaluation des politiques qui n'est pas sans poser de vrais problèmes politiques.
Figure 3 : Les stades de la prise de décision dans une perspective de développement durable
En effet la mise en œuvre du développement durable doit se fonder sur des approches bouclées accordant une grande importance à l'évaluation des programmes et des projets. Ce mécanisme de décision est proche du principe d'amélioration continue mis en œuvre dans les normes de management de l'environnement (ISO 14001 ou SMEA par exemple) sous le nom du principe de la roue de Deming17. Cette évaluation est nécessairement multiacteurs, condition de son efficacité et de la capacité de mobilisation large des parties intéressées.
2b - L'information pour le développement durable ne se limite pas à l'information environnementale
Parmi les principes généraux qui fondent l'Agenda 21 et les stratégies de développement durable ont été arrêtées à Rio. Emergent le principe de rationalité et le principe d'intégration18. On a vu au-dessus l'ambiguïté de l'usage du mot rationnel dans la version française de l'Agenda 21. Pour l'intégration, le principe 4 de la déclaration de Rio recommande : " pour parvenir à un développement durable, la protection de l'environnement doit faire partie intégrante du processus de développement et ne peut être considérée isolément ". Ce thème fait même l'objet d'un chapitre à part entière : le chapitre 8 Intégration du processus de prise de décisions sur l'environnement et le développement. De son côté le développement est conçu lui-même comme l'intégration d'un développement économique, social (collectif) et humain (individuel).
Si l'objectif est compréhensible, cette intégration des sphères sociales, économiques et environnementales, le triptyque du développement durable, pose des problèmes méthodologiques difficiles et nécessite de nouveaux cadres de décision que l'on a tendance à proposer comme le quatrième pilier du développement durable, sous un terme aujourd'hui consacré : la gouvernance.
Du fait de la complexité des problèmes attachés au développement durable, la rationalité prônée par l'Agenda 21 ne peut pas être absolue et se décliner en politiques de façon déductive, elle ne peut s'appuyer sur des modèles rationnels ou de simples analyses multicritères. Il n'est pas question de dégager par une planification une adéquation correcte des ressources à court et long terme, mais à ménager des marges de manœuvre pour le futur19, Dans le contexte du développement durable, plus que tout autre, non seulement on ne dispose pas d'information parfaite, mais la multiplicité des acteurs participant à la décision implique la gestion d'informations nombreuses, variées, hétérogènes et peu formalisées. Le principe de précaution, par exemple, est explicitement fondé sur une décision politique en information scientifique imparfaite. L'information imparfaite, et l'acceptation qu'une part de la complexité est irréductible, sont sans doute consubstantiels du développement durable. Les différents niveaux de décision du mondial au local sont englobés les uns dans les autres tout en ayant des marges d'autonomie dans le cadre de la subsidiarité, aucun ne dominant l'autre pour le commander ou le contrôler.
Il s'agit donc de mettre en place une rationalité procédurale 20 impliquant l'ensemble des composantes (acteurs) et des niveaux dans le cadre de négociations sur les objectifs du développement durable, dans un système d'information imparfaite. Dans ce contexte la bonne gouvernance consiste à rechercher des solutions satisfaisantes, c'est à dire, avant de mettre en œuvre des arbitrages politiques, à épuiser la construction de consensus et la négociation sur des stratégies triplement gagnantes (3 E : économie, écologie, équité sociale), voire multiplement gagnantes simultanément à court et long terme ou aux niveaux global et local. L'évaluation citée au-dessus (Figure 3) fait partie de ce processus.
Les cibles de ces informations sont les parties intéressées par la mise en œuvre du développement durable, il faut donc organiser les relations entre les différentes institutions et ces parties intéressées. Là où l'approche classique voyait des frontières de compétence et une vision hiérarchique, la gouvernance propose de mettre en œuvre des relations, d'instaurer le dialogue et de mobiliser. Le partenariat public privé y trouve une place croissante.
La privatisation dans les domaines de l'eau et de l'électricité, par exemple, est un phénomène majeur dans l'ensemble des pays du nord comme du sud. La régulation des services publics est marquée par ce que les spécialistes appellent l'asymétrie de l'information : l'entreprise régulée disposant de toutes les informations et le régulateur de peu d'information. Ce problème de contrôle public passe donc par le renforcement de la capacité des Etats ou des collectivités locales à assumer ce rôle, mais les informations utiles à ce contrôle peuvent aussi provenir de la société civile et du secteur privé dans son ensemble.21
La Figure 4 montre la structure générale des institutions avec 5 acteurs majeurs qui agissent au nom de la population : l'Etat et les collectivités locales, les administrations publiques et le secteur privé et les organisations communautaires à but non lucratif. La population est formée d'individus qui agissent tantôt comme citoyens, tantôt comme usagers-clients ou comme êtres humains concernés par les aspects naturels, culturels et sociaux. Le poids respectif de ces différentes institutions varie d'un pays à l'autre selon le contexte historique, politique culturel ou social. Il ne faut pas faire de préalables institutionnels, comme la décentralisation, avant toute progression vers la bonne gouvernance, même si cet objectif de décentralisation doit être reconnu. Les collectivités locales peuvent être de plein exercice ou au contraire plus ou moins administrées par l'Etat. Dans ce cadre la déconcentration de l'administration de l'Etat, rapprocher la gestion des administrés, peut être un progrès et amorcer une évolution à long terme vers la décentralisation. Les services publics peuvent être en gestion directe ou, au contraire, concédés au secteur privé.
La bonne gouvernance doit pouvoir s'adapter aux différents contextes tout en les faisant évoluer, il n'y a pas de solution miracle prête à porter dans tous les pays. En revanche il est possible d'énoncer des principes généraux qui doivent régir les relations entre ces acteurs :
L'ordre du jour de la Commission du développement durable des Nations Unies de 2001 portera sur le thème " informations devant être communiquées à des fins de prise de décisions et de participation coopération internationale ". Il est donc essentiel de préparer ces échéances.
Les organes de la francophonie ont un rôle majeur
à jouer comme communauté et vis à vis de leurs membres
appartenant au sud : pour améliorer leur connexion matérielle
et leur appropriation des outils techniques, favoriser leur accès
à l'information pertinente et leur capacité de générer
et diffuser des informations... Cet effort doit toucher l'ensemble des
parties intéressées : les organes gouvernementaux et l'administration,
les acteurs économiques, les associations, les institutions de recherche
et d'enseignement...
3 - L'éducation et la formation22
3a - Le contexte international du développement durable
L'Agenda 21 de Rio insiste sur le rôle essentiel de l'éducation pour mettre en œuvre le développement durable. Il s'agit de l'éducation de base et de la formation professionnelle. Cette éducation de base passe par l'intégration de l'éducation écologique aux programmes des écoles primaires et secondaires, mais aussi par des programmes d'éducation et de sensibilisation du public. En effet l'information du public et sa participation présupposent une éducation de sa part.
Les chapitres de l'Agenda 21 qui insistent le plus sur le thème de l'éducation : santé (chap. 6), démographie (chap. 05), désertification (chap. 12), développement rural (chap. 14), pauvreté (chap. 03). Certains de ces thèmes concernent en priorité les pays du sud, mais d'autres doivent être développés dans les pays du nord : pour adopter modes de consommation qualifiés de rationnels23, mais qu'il faut appeler viables ou durables.
Le chapitre 36 de l'Agenda 21 est consacré tout particulièrement à l'éducation et trace les grands principes :" L'éducation, y compris l'enseignement de type scolaire, la sensibilisation du public et la formation, doit être considérée comme un processus permettant aux êtres humains et aux sociétés de réaliser leur plein potentiel. L'éducation revêt une importance critique pour ce qui est de promouvoir un développement durable et d'améliorer la capacité des individus de s'attaquer aux problèmes d'environnement et de développement. L'éducation de base constitue le fondement de toute éducation en matière d'environnement et de développement, mais cette dernière doit être incorporée en tant qu'élément essentiel de l'instruction. L'éducation, de type scolaire ou non, est indispensable pour modifier les attitudes de façon que les populations aient la capacité d'évaluer les problèmes de développement durable et de s'y attaquer. Elle est essentielle aussi pour susciter une conscience des questions écologiques et éthiques, ainsi que des valeurs et des attitudes, des compétences et un comportement compatibles avec le développement durable, et pour assurer une participation effective du public aux prises de décisions. Pour être efficace, l'enseignement relatif à l'environnement et au développement doit porter sur la dynamique de l'environnement physique/biologique et socio-économique ainsi que sur celle du développement humain (y compris, le cas échéant, le développement spirituel), être intégré à toutes les disciplines et employer des méthodes classiques et non classiques et des moyens efficaces de communication.24 "
L'UNESCO qui suit plus particulièrement la mise en place des propositions du chapitre 36 de l'Agenda 21, a organisé une conférence internationale25 qui évoque un champ large de l'éducation et des acteurs concernés : " il ne faut pas dire que l'éducation est égale à l'instruction scolaire ou à la seule éducation formelle. Elle comprend aussi bien des modes d'instruction, et notamment l'apprentissage traditionnel qui s'acquiert à la maison et dans la communauté. Donner une définition élargie de l'éducation, c'est aussi élargir la communauté des éducateurs26. " La pluralité des canaux d'éducation nécessite de leur fournir des informations mises en formes et adaptées.
3b - Rencontre de l'éducation et du développement durable
" L'éducation de base tend à atteindre tous les buts essentiels de l'éducation : apprendre à connaître, à faire, à être (c'est à dire assumer ses devoirs et responsabilités) et à vivre avec les autres (...). Elle est donc non seulement le fondement de l'éducation tout au long de la vie mais également le fondement du développement durable.27 " Elle vise à faire des individus autonomes et responsables, elle repose en premier lieu sur la lecture, l'écriture et l'arithmétique.
Le développement durable repose sur un citoyen de la planète conscient des enjeux et de ses responsabilités, capable de les assumer dans la solidarité et le respect des autres. L'objectif de l'éducation est l'entraînement à la réflexion, pour établir des conjectures, les conceptualiser, tirer des conclusions, et atteindre les solutions par le raisonnement, l'observation et l'expérimentation. Elle vise à rendre les individus autonomes.
" L'éducation pour28 le développement durable plonge à l'évidence de solides racines dans l'éducation relative à l'environnement. Celle ci n'est pas la seule discipline qui ait un rôle fort à jouer dans le processus de réorientation, mais elle est un allié de taille. 29" Le développement durable ne se limite en effet pas à l'environnement, il a des objectifs de développement économique, social et humain, de lutte contre la pauvreté... tous domaines où l'éducation est fondamentale.
L'éducation au développement durable permet donc le partage des objectifs et des valeurs du développement durable sur le triptyque économique social et environnemental, mais aussi sur la gouvernance, c'est à dire sur la compréhension des mécanismes de décision publique et de pratique du dialogue. Les connaissances du développement durable doivent être orientées vers l'action et la mobilisation, elles sont à l'opposés d'un savoir passif.
La capacité à assumer ses responsabilités c'est comprendre les raisonnements et approches du développement durable. Ce n'est pas un savoir stable mais un moyen de formuler les interrogations correctes, un moyen de sensibilisation aux informations significatives dans un monde où la quantité d'informations est souvent inversement proportionnelle à sa pertinence collective.
3c - Eléments de l'éducation au développement durable
La transversalité : connecter des savoirs entre eux, connecter des savoirs avec l'action et son évaluation, ce sont des approches interdisciplinaires et transdisciplinaires. " Un postulat de l'éducation pour un avenir viable est qu'à l'instar de la globalité et de l'interdépendance qui caractérisent les vies sous toutes ses formes ; il doit y avoir une unicité et une globalité caractéristiques des efforts déployés pour la comprendre et assurer sa continuation. Investigation et action doivent dès lors avoir un caractère interdisciplinaire.30 " La diversification des intervenants éducatifs dans le cadre de partenariats est sans doute le plus à même d'apporter cette interdisciplinarité et la pluralité des représentations sur les mêmes objets.
Développer des approches systémiques : la pédagogie fondée sur l'observation doit établir des liens, représenter les problèmes dans une approche systémique. Il faut faire passer par l'apprentissage de l'identification des causalités simples à des causalités multiples, puis aux boucles de rétroaction31. Il faut mobiliser les recherches didactiques pour comprendre l'apprentissage des représentations de ces complexités pour définir des parcours pédagogiques pertinents.
Le sens du temps de l'histoire pour comprendre les évolutions des civilisations et les relations entre l'essor et le déclin de celle-ci par les relations aux ressources et à leur gestion : eau, énergie, patrimoine biologique...
L'universalité dans la diversité : comprendre à quel point la diversité des comportements, les diversités culturelles dépendent de situations locales, mais en même temps comment les espérances et les problèmes humains sont identiques dans cette diversité. La tolérance vis à vis des différences, culturelles et sociales, en fait partie.
La compréhension du monde réel et vivant : la virtualisation portée par les nouvelles technologies (multimédias, Internet) conjuguée avec l'urbanisation croissante au niveau mondial, fait courir le risque d'une perte de contact avec l'expérience de la réalité au profit de modèles reconstruits en milieu artificiel. Aller sur le terrain, dans la nature, dans des systèmes sociaux ou culturels différents et mobiliser à cette occasion l'ensemble des savoirs et des disciplines dans le cadre d'une pédagogie active est la condition de base d'une éducation au développement durable.
Les connaissances mobilisables
Dans ce cadre trois types de stratégies de mobilisation des connaissances doivent être mis en jeu simultanément :
1 : Savoirs de base et disciplines traditionnelles mobilisés sur des exemples liés au développement durable : en littérature des textes du développement durable, en histoire (exemples des relations civilisations / ressources), en mathématique (statistiques). Objectif : donner un statut à part entière dans ces disciplines aux problématiques du développement durable.
2 : Savoirs et méthodes mobilisables pour le développement durable à l'occasion d'une pédagogie par projets : géographie , histoire, sciences naturelles. Objectif : participer à l'intégration des disciplines par une approche de terrain et à l'intégration des problèmes de développement durable dans les disciplines
3 : Mobiliser les savoirs et les disciplines spécifiques pour le développement durable : environnement, institutions, méthodes mises en jeu pour le développement durable (approche de la complexité, jeu multiacteurs...). Objectif : donner les outils et les méthodes directement utilisables dans le domaine du développement durable
Le champ de l'éducation concerné mots clés
Quelques mots clés qui ne relèvent pas particulièrement du champ développement durable mais qu'il faut avoir en tête :
Donner les moyens aux formateurs : Former et informer les formateurs, leur mettre à disposition des outils pédagogiques et des données directement utilisables.
Permettre les situations d'apprentissage sur le terrain : cela passe par les classes vertes et nature qui permettent la compréhension des mécanismes écologiques, mais aussi des classes industrie ou entreprise qui permettent de découvrir les mécanismes économiques. Aller en entreprise où dans des cadres associatifs et culturels variés. Une clarification des rôles et des responsabilités est nécessaire, mais cela ne doit pas faire faiblir la volonté d'aller sur le terrain.
Faciliter le partenariat entre les éducateurs des secteurs formel et informel. Les associations d'environnement et de solidarité internationale doivent intervenir y compris dans le secteur formel, car elles apportent une connaissance de terrain ancrée dans l'action.
L'Agenda 21 a une vision large des acteurs de la formation. Il propose par exemple " Les gouvernements, au niveau voulu, devraient, avec l'appui des organisations internationales et régionales compétentes : Fournir un appui aux institutions qui participent à l'éducation publique, y compris les médias, écoles et groupements communautaires locaux.32 ".
Dans ce cadre le partenariat privé public est souvent proposé pour contribuer au développement durable par la compréhension des enjeux des différents partenaires de ce développement durable. De façon plus prosaïque c'est aussi un moyen de mobiliser des fonds et des moyens que le système éducatif public mobilise de moins en moins. C'est d'autant plus vrai dans les pays du sud touchés par les ajustements structurels.
Cette évolution pose des problèmes vis à vis de l'indépendance et de l'objectivité de l'éducation. Telle ou telle entreprise pourrait, sous couvert de soutien pédagogique, faire la promotion de modes de production et de consommation jugés par ailleurs non-durables. Tel ou tel vendeur de logiciel pourrait préparer ses marchés de demain par une promotion ciblée dans des milieux d'éducation et de recherche... Ce partenariat privé public doit donc être encadré dans des principes éthiques et des procédures multipartenariales d'évaluation qui permettent de garantir que les objectifs du développement durable soient vraiment au cœur de ces opérations.
L'innovation pédagogique nécessaire pour intégrer le développement durable passe par l'innovation et par la mobilisation au plus près des équipes pédagogiques. Il faut abandonner les approches centralisées, où les programmes sont fixés dans le moindre détail par une administration nationale. Il faut au contraire laisser une flexibilité aux programmes sur le terrain. L'administration centrale donnerait des pistes et des cadres, ainsi que les procédures d'évaluation. De même le fonctionnement en réseau pédagogique y compris au niveau international devrait permettre de faire progresser plus rapidement ces pédagogies nouvelles. Dans ce cadre ces pratiques pourraient être comparées, évaluées, transférées, avec l'appui de scientifiques des disciplines concernés et d'équipes de didactiques qui fonderaient ces nouvelles approches. Un travail spécifique au niveau de la francophonie serait très utile pour cela.33
L'enseignement supérieur34
En relation étroite avec la recherche, chargé de former les élites et ceux qui ont un poids important sur les décisions, l'enseignement supérieur doit être mobilisé pour le développement durable.
La Déclaration mondiale sur l'enseignement supérieur pour le XXIè siècle du 9 octobre 1998 place ce problème du développement durable en tête de son préambule : " Convaincus que l'éducation est un pilier essentiel des droits de l'homme, de la démocratie, du développement durable et de la paix, qu'elle doit donc devenir accessible à tous tout au long de la vie et que des mesures doivent être prises pour assurer une coordination et une coopération entre les divers secteurs concernés, et en particulier entre l'enseignement secondaire général, technique et professionnel et l'enseignement postsecondaire, ainsi qu'entre universités, collèges d'enseignement supérieur et établissements techniques "35. L'enseignement supérieur n'est donc pas isolé de l'ensemble du secteur éducatif, de même il n'est pas isolé des autres secteurs de la société.
" Considérant qu'un changement substantiel de l'enseignement supérieur, son développement, l'amélioration de sa qualité et de sa pertinence et la résolution des grands problèmes auxquels il est confronté exigent la forte implication non seulement des gouvernements et des établissements d'enseignement supérieur, mais aussi de toutes les parties prenantes, y compris les étudiants et leurs familles, les enseignants, les entreprises, les secteurs public et privé de l'économie, les parlements, les médias, la communauté, les associations professionnelles et la société.36 "
Cette ouverture de l'enseignement supérieur sur la société est nécessaire du fait que son objectif est de former des citoyens actifs pour le développement durable : " éduquer des citoyens qui participent activement à la société, ouverts sur le monde, dans la perspective du renforcement des capacités endogènes, de la promotion des droits de l'homme, du développement durable, de la démocratie et de la paix dans la justice37 ".
La préoccupation du développement durable implique un dialogue entre les civilisations, entre les cultures, et se défend de vouloir généraliser un modèle unique. Ce point est repris dans la déclaration. " L'utilisation de nouvelles approches pédagogiques et didactiques devrait être encouragée pour favoriser l'acquisition de savoir-faire, de compétences et d'aptitudes pour la communication, l'analyse créative et critique, la réflexion indépendante et le travail en équipe dans des contextes pluriculturels où la créativité passe aussi par l'association de connaissances et de savoir-faire traditionnels ou locaux et de sciences et de technologies de pointe.38 "
Une véritable communauté de travail en langue française
doit se constituer sur le thème du développement durable.
La production de connaissances, de savoirs et d'outils et stratégies
pédagogiques spécifiques doit s'appuyer sur les spécificités
de la langue française. Chaque culture chaque langue porte des potentiels,
des concepts et des représentations à portée universelle.
Le français n'est pas seul dans ce cas, d'autres langues peuvent
prétendre à participer à cette contribution internationale
(espagnol, arabe...), mais par contre la langue française est un
point d'appui essentiel en face d'une hégémonie croissante
de la langue anglaise.
4 - Outils et programmes
c) Renforcement des capacités
4a - RELIEF
Le projet RELIEF (Réseau de liaison et d'échange de l'information environnementale francophone) coordonné par l'Institut de l'Energie et de l'Environnement de la Francophonie que Québec 40 (IEPF) associe l'Institut des Sciences de l'Environnement 41 de l'UQAM et l'équipe Agora 21 42 de l'Ecole Nationale Supérieure des Mines de Saint-Etienne (ENSM-SE), et le Réseau pour l'Environnement et le Développement Durable en Afrique 43 (REDDA).
Soutenu par le Fonds Francophone des Inforoutes ce projet devrait débuter officiellement très prochainement 44 il est composé de diverses actions dont les rôles se renforcent mutuellement :
Ce projet vise à faire coopérer des équipes universitaires sur le thème du développement durable. Dans la phase préliminaire des représentants de 9 pays sont impliqués (Maroc, Algérie, Tunisie, Roumanie, Moldavie, Russie, Canada, Belgique et France) mais ce projet est ouvert à d'autres coopérations. Les objectifs sont 55 :
Voir l'ensemble des documents disponibles ci-après.
4d - Initiative sur l'Information pour le Développement Durable
Un groupe de réflexion ouvert pouvant déboucher sur une Coordination Internationale pour l'Information et le Développement Durable (C2I2D) a été lancé pendant la CDD 7 56. Ont participé à cette réunion des représentants du système des Nations-Unies (Division du développement durable, PNUE, PNUD), d'institutions intergouvernementales, d'instituts de recherche et d'enseignement supérieur, et des ONG.
Les participants ont eu une discussion fructueuse et des échanges de vue sur leurs projets en cours. Ils ont proposé une méthode de travail coopératif de façon à coordonner les différents projets.
Ce travail coopératif devrait porter sur les principes comme l'accès à l'information, le renforcement des capacités, les échanges d'expérience, les droits de propriété intellectuelle... aussi bien que les méthodes de recherche d'information et le traitement des données, comme les moteurs de recherche, les protocoles, les outils de traduction automatique, les méta-informations, etc...
Agora21 mettra en place un forum de discussion (info@agora21.org) de façon à faciliter la coordination de l'ensemble du projet. L'objectif est d'identifier et de renforcer les initiatives existantes dans ce domaine et pas de centraliser le travail. Chaque organisation ou réseau d'organisation mènera à bien chaque projet ou tâche particulière. Par exemple :
Le terme information pour de développement durable est entendu au sens large :
Ce travail a quatre objectifs :
Les débats politiques sur l'information (commercialisation des informations, accès à certaines informations, par exemple ...) ne doivent pas être ignorés. Cette approche doit être cohérente avec des initiatives comme la convention d'Aarhus. Mais le cadre de ce groupe de travail se veut opérationnel pour éclairer le débat par des options concrètes et mettre en œuvre des solutions. Il ne cherche pas à trancher sur des questions qui feront l'objet des discussions dans des groupes d'experts et au niveau ministériel lors de la CDD 9 en 2001. En revanche, il propose de contribuer, et éventuellement de faciliter le cadrage ou le suivi, des délibérations de la CCD-9 en particulier en organisant un événement parallèle pendant la CDD-8.
Figure 5 : les différentes listes de diffusion et leur rôle