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Incidences possibles du réchauffement
climatique sur la santé en France
métropolitaine et dans les DOM-TOM
au XXIe siècleJean-Pierre Besancenot, CNRS: GDR Climat et Santé,
Faculté de Médecine, 7 bd Jeanne d¹Arc, 21033 Dijon Cedex
Introduction
Dans l'hypothèse d'un doublement de la teneur de l'atmosphère
en équivalents CO2, entraînant un renforcement notable de
l'effet de serre, la France métropolitaine pourrait connaître
vers le milieu du siècle prochain un réchauffement moyen
de l'ordre de 2 °C, plus marqué en été qu'en hiver,
plus accusé dans les Midis (méditerranéen et aquitain)
que dans le Nord, sans doute aussi plus prononcé dans les régions
teintées de continentalité qu'en bord de mer ou dans le proche
arrière-pays. Un réchauffement de cette ampleur réagirait
inévitablement sur toutes les autres variables caractérisant
l'état de l'atmosphère. C'est ainsi que les modèles
théoriques du climat futur simulent un accroissement, évalué
aux alentours de 20 %, des précipitations de saison froide. Mais
cette pluvio-nivosité hivernale accrue serait plus que compensée,
avec un décalage éventuel de quelques décennies, par
une accentuation de l'intensité et de la durée des épisodes
secs estivaux, ce qui se traduirait jusqu'en automne par une diminution
(de 5 à 10 %) des réserves en eau du solŠ Malheureusement,
l'évolution des autres paramètres climatiques (humidité
relative, tension de vapeur, vent, nébulosité, insolation)
prête encore beaucoup à débat, voire à controverse.
La santé humaine étant à de multiples égards
sous la dépendance, tantôt directe et tantôt indirecte,
du contexte climatique, la tentation est grande d'établir un inventaire
des conséquences sanitaires les plus plausibles d'un tel réchauffement,
à moyen ou à long terme. Certaines de ces conséquences
potentielles s'avéreraient sans doute bénéfiques,
alors que d'autres seraient défavorables et que d'autres encore
-peut-être les plus nombreuses- ne sauraient appeler un jugement
univoque, puisqu'elles affecteraient avant tout la répartition chronologique
des maladies (altération des rythmes pathologiques annuels, par
exemple) ou leur distribution dans l'espace, sans modifier vraiment leur
niveau national d'incidence.
Tenter de prévoir l'impact de l'évolution du climat sur
la santé passe nécessairement par un certain nombre de spéculations.
Certes, on commence à connaître suffisamment les effets sanitaires
du climat actuel pour pressentir quelques-unes des conséquences
probables d'un changement climatique. Mais la grande difficulté
de l'entreprise vient du fait que le réchauffement d'ensemble susceptible
de se produire au siècle prochain ne peut en aucun cas être
dissocié d'un considérable " bruit de fond " constitué
par la variabilité naturelle du climat, que l'on a connue de tout
temps et à laquelle il se surimposera. Dès lors, il paraît
raisonnable d'admettre que les saisons " normales " du milieu du
XXIe siècle reproduiront sensiblement le schéma observé
aujourd'hui durant les saisons qui enregistrent des températures
anormalement élevées : les conséquences sur la santé
peuvent alors être évaluées avec une relative vraisemblance
et avec un degré assez élevé de précision.
Mais les paroxysmes thermiques (saisons exceptionnellement chaudes) réaliseront
un tableau dont on ne connaît pas d'équivalent actuel, si
bien que les référentiels doivent être cherchés
ailleurs que sur le territoire français, par exemple aux Etats-Unis,
ce qui accroît singulièrement la marge d'incertitude des extrapolations,
quelles que soient les précautions prises. Or, c'est dans ce dernier
cas que l'on aurait le plus besoin de scénarios précis...
Le Pr. François Rodhain traitant en détail des maladies
à transmission vectorielle, dans un rapport séparé,
l'accent sera mis ici sur les affections chroniques, dégénératives
et dyscrasiques (maladies dites " de surcharge "), qui dominent désormais
très largement la pathologie dans les pays économiquement
et socialement développés, où le troisième
âge leur paie le plus lourd tribut. Nous ajouterons néanmoins
quelques mots sur celles des maladies infectieuses ou parasitaires dont
la transmission ne passe par aucun hôte intermédiaire, qu'il
soit actif ou passif. En toute hypothèse, l'objectif ne consistera
pas à dresser un catalogue exhaustif des faits de santé susceptibles
d'être affectés par un relèvement des températures.
Par-delà l'énoncé de quelques tendances vraisemblables,
il se bornera à souligner les principales lacunes de nos connaissances
et à indiquer les grandes lignes des recherches qu'il conviendrait
d'entreprendre dans un futur proche.
Le cas des DOM-TOM sera, par la force des choses, envisagé séparément.
Il le sera en outre brièvement, faute d'investigations climatopathologiques
poussées.
Impact direct sur la santé
Le climat comme facteur causal, précipitant ou déclenchant
Il ne fait guère de doute qu'un réchauffement moyen de 2 °C soit suffisant pour exercer, dans le domaine des maladies non transmissibles, un impact direct, du fait des perturbations que l'état de l'atmosphère introduit dans le fonctionnement de l'organisme humain. Le climat peut alors intervenir comme authentique facteur causal de la maladie, voire du décès (en cas de surexposition à des conditions très agressives : on pense au coup de chaleur ou à la déshydratation aiguë). Mais il doit le plus souvent se comporter en facteur précipitant, voire en simple facteur déclenchant (sur un ³ terrain ² déjà fortement prédisposé : tel doit être le cas habituel dans les accidents cardiovasculaires ou cérébrovasculaires).
Action par effet cumulatif : le cas de cancers cutanés
L'action du climat peut aussi s'exercer par effet cumulatif. Il est, par exemple, permis de craindre qu'une succession d'étés généreusement ensoleillés n'entraîne, chez les sujets à peau claire, une franche augmentation de l'incidence des différents types histologiques de cancers cutanés (épithéliomas baso-cellulaires et spino-cellulaires, qui sont les plus fréquents mais les moins graves, ou mélanomes plus rares mais d'une malignité souvent redoutable). L'hypothèse paraît d'autant plus plausible que deux autres facteurs joueraient dans le même sens : d'une part un comportement plus héliotropique de la population, qui s'expose de plus en plus inconsidérément au soleil ; d'autre part un rayonnement ultraviolet plus agressif, du fait de la déplétion de la couche d'ozone stratosphérique, qui filtre moins efficacement la radiation émise par le soleil.
Mais deux objections viennent aussitôt à l'esprit :
en
premier lieu, n'est-il pas hasardeux de postuler ainsi qu'en
été, le réchauffement irait de pair avec un allongement
de la durée d'insolation et/ou avec l'arrivée dans les basses
couches d'une dose plus élevée de rayonnement ultraviolet
? Comme l'élévation thermique accroîtrait l'évaporation
(notamment aux dépens des surfaces maritimes), la nébulosité
s'en trouverait inévitablement renforcée, sans que l'on soit
encore en mesure de préciser s'il s'agirait de nuages élevés,
de type cirrus (majorant effectivement l'apport radiatif au niveau du solŠ
et de la peau) ou de nuages bas, de type stratus (ayant en gros l'effet
inverse) ;
en
second lieu, et surtout, on n'oubliera pas que le processus
de cancérisation demande un long temps de latence. Les spécialistes
s'accordent presque tous aujourd'hui pour considérer qu'en termes
de risques de dégénérescence maligne, l'irradiation
reçue durant l'enfance et l'adolescence est trois fois supérieure
à celle de tout le reste de l'existence. Dès lors, et même
si l'on admet qu'un changement climatique peut avoir une répercussion
sur le taux d'incidence des cancers cutanés, il faut attendre trois
ou quatre décennies pour commencer à en discerner les effets.
On peut, en revanche, escompter des répercussions beaucoup plus
rapides dans d'autres pathologies. Ces répercussions sont encore
très inégalement connues, et l'on doit regretter que les
recherches consacrées aux effets sanitaires des températures
élevées aient jusqu'ici le plus souvent négligé
la morbidité pour se concentrer sur la mortalité : il y a
là une carence à combler au plus vite.
Sujets les plus sensibles au changement climatique
Bien évidemment, les effets liés à l'augmentation
de la charge thermique seront davantage ressentis par les sujets qui sont
déjà sensibles pour d'autres raisons, en particulier les
personnes âgées, voire très âgées, les
malades chroniques et, dans une moindre mesure, les nourrissons ou les
jeunes enfants. Le vieillissement d'ensemble de la population française,
annoncé
par toutes les projections démographiques pour le XXIe siècle,
ne ferait assurément que renforcer la vulnérabilité
aux aléas climatiques.
Une idée fondamentale, un peu trop souvent négligée
à notre gré, est que l'élévation des températures
ne peut avoir d'effets pathogènes (ou, éventuellement, d'effets
protecteurs) que si, avant cette hausse, l'être humain se trouvait
déjà en limite supérieure (ou, éventuellement,
en limite inférieure) d'adaptation aux conditions thermiques ambiantes.
Effet sur la mortalité en hiver
On sait qu'en cette fin du XXe siècle, sur le territoire de la France métropolitaine comme dans toute l'aire d'extension des climats tempérés des latitudes moyennes, la courbe annuelle de la mortalité traduit une nette désaisonnalisation (elle se rapproche de l'horizontale), tout en conservant une discrète culmination de saison froide. De plus, en années successives et si modeste soit-il, le pic hivernal présente une amplitude d'autant plus marquée que l'hiver est plus rude. Dans ces conditions, et toutes choses demeurant égales par ailleurs, il faut s'attendre à ce qu'au siècle prochain, l'existence d'un effet de serre équivalent à celui que produirait une teneur en CO2 double de sa valeur préindustrielle se traduise par une diminution relative de la surmortalité du trimestre décembre-février. Si l'on extrapole à partir des situations rencontrées aujourd'hui lors des hivers particulièrement doux sur les deux tiers septentrionaux de la France, il est permis d'avancer pour le milieu du XXIe siècle, ou un peu plus tard, un recul de l'ordre de 5 à 7 % du nombre des décès enregistrés en hiver, les maladies contribuant à cette amélioration étant principalement celles de l'appareil respiratoire (bronchites, pneumonies) et les cardiopathies ischémiques (infarctus du myocarde). On se gardera, ceci dit, d'exagérer l'importance du phénomène, d'autant que la variabilité interannuelle du nombre des décès hivernaux a toujours été (et, selon toute probabilité, restera) forte.
Effet sur la mortalité en été
A l'inverse, il faut s'attendre à ce que les nouvelles dispositions
thermiques régnant au XXIe siècle déterminent une
assez franche surmortalité de saison chaude. Seraient sans doute
spécialement touchées les couches les plus âgées
de la population, les catégories sociales les moins favorisées
(dépourvues de toute installation de conditionnement d'air et souffrant
souvent de polypathologies intriquées), ainsi que les femmes (lesquelles,
au-delà de la soixantaine, présentent plus fréquemment
que les hommes des troubles de la sudation et régulent moins efficacement
leur température interne). Une part assez faible de cette surmortalité
estivale serait à rapporter à la mise en échec absolue
des mécanismes thermorégulateurs (hyperthermie avec ou sans
manifestations neurologiques), l'essentiel étant imputable à
la recrudescence des maladies cardiovasculaires, cérébrovasculaires
et respiratoires. On n'oubliera pas, en effet, que la charge thermique
sollicite vigoureusement les processus biologiques chargés de maintenir
la température de l'organisme à un niveau constant et impose
notamment au muscle cardiaque une forte activité mécanique.
Il est encore extrêmement difficile d'avancer pour cette surmortalité
estivale un chiffre, ou même un ordre de grandeur. Toutefois, on
rappellera que dans les départements métropolitains les plus
affectés par la canicule, juin 1976 a enregistré un nombre
de décès supérieur de 25 % à celui de juin
1975. Si l'on extrapole les situations réalisées au cours
des étés les plus chauds des cinquante dernières années
(1947, 1949, 1952, 1961, 1962, 1964, 1976, 1978, 1982, 1985, 1986, 1989,
1990, 1991), on obtient pour le milieu du siècle prochain un taux
moyen d'augmentation de 12 à 18 %. Même si ce taux reste très
modeste en comparaison de celui qui a été calculé
dans la même hypothèse pour les Etats-Unis (où certains
auteurs évoquent un doublement, voire un triplement de la mortalité
d'entre juin et août), plusieurs grosses questions ne peuvent être
éludées. D'une part, quelle serait la résultante des
évolutions opposées caractérisant les deux saisons
extrêmes ? La conjonction d'un renforcement de la mortalité
estivale et d'un repli de la mortalité hivernale aboutirait-elle
à une modification profonde, voire à une inversion des rythmes
annuels de la mortalité ? D'autre part, l'évolution serait-elle
uniforme sur l'ensemble du territoire national, ou y aurait-il lieu de
distinguer des régions inégalement touchées - voire
touchées dans des sens différents ?
Eventualité d'une modification profonde des rythmes annuels de la mortalité
Il est délicat, en l'état présent des connaissances,
de répondre catégoriquement sur le premier point. Toutefois,
un argument peut être tiré d'une analyse attentive de ce qui
se passe aujourd'hui aux Etats-Unis, où les contrastes climatiques
sont beaucoup plus violents qu'en Europe occidentale et, spécialement,
en France. Au cours des trois dernières décennies (1966-1995),
dans la tranche d'âge de 65 ans et plus, les cinq hivers les moins
rigoureux ont amené un recul moyen de 4,8 % de la mortalité
de saison froide, alors que les cinq étés les plus chauds
entraînaient une surmortalité moyenne de 10,9 %. On se gardera
néanmoins de conclure que, dans une classe d'âge donnée,
la mortalité augmentera inexorablement au XXIe siècle, et
par suite que l'espérance de vie diminuera, du fait des nouvelles
conditions climatiques. On ne saurait trop souligner, en effet, le caractère
aventureux de toute transposition de ce constat américain actuel
à la situation française future. N'oublions pas qu'aux Etats-Unis,
les hivers doux et les étés caniculaires pris en compte dans
cette statistique ne concernaient pas nécessairement les mêmes
années. De surcroît, il faudrait savoir ce qui se passe et
se passera durant les saisons intermédiaires ; or force est de constater
que, de part et d'autre de l'Atlantique, les recherches sur le lien entre
température et mortalité n'ont jamais prêté
une grande attention au printemps ni à l'automne. Enfin, mais on
y reviendra, il serait bien imprudent de négliger les progrès
de la médecine, la disponibilité des soins et la faculté
d'adaptation de l'organisme humain.
Répartition géographique de l'évolution du rythme annuel de mortalité
Sur l'autre question, des éléments de réponse, partiels mais riches d'enseignements, peuvent être tirés des observations réalisées en France même depuis une trentaine d'années.
Et cette fois il convient d'envisager séparément les
deux saisons maîtresses :
la sous-mortalité
relative des hivers les plus doux paraît assez uniformément
répartie à l'intérieur de la zone soumise à
des températures anormalement élevées : les écarts
sont faibles, et non significatifs, entre le nord et le sud, ou entre l'est
et l'ouest. Toutefois, la surmortalité se concentre alors presque
exclusivement dans les grandes agglomérations urbaines. Certes,
ces dernières sont moins froides que les campagnes environnantes,
du fait de l'apport de chaleur anthropique, mais le confort de plus en
plus grand dont bénéficie le citadin, qui vit dans une ambiance
artificielle (réchauffée l'hiver et réfrigérée
l'été), aggrave son intolérance vis-à-vis des
conditions climatiques adverses et le rend incapable d'y faire face - alors
que le rural, demeuré plus proche de la nature, s'y adapte sans
trop de peine et sans conséquences néfastes ;
les choses apparaissent
plus tranchées en été. Actuellement, la surmortalité
constatée lors des fortes vagues de chaleur est loin de se distribuer
de façon homogène, même à l'intérieur
de l'espace affecté par la canicule. En règle générale,
les régions méridionales sont les plus touchées, et
leur handicap ne pourra guère aller qu'en s'accentuant s'il se confirme
que ce sont elles qui enregistrent le plus fort réchauffement. A
une échelle spatiale plus fine, les décès en surnombre
se concentrent en milieu urbain, et notamment dans les quartiers centraux,
densément bâtis, des grandes agglomérations : le rôle
de l'îlot de chaleur urbain apparaît difficilement contestable.
Les villes méridionales comptant plusieurs centaines de milliers
d'habitants seraient ainsi les plus exposées, et l'on risque de
voir se multiplier des situations comme celle qui a sévi à
Marseille fin juillet 1983 lorsque, en dix jours, la chaleur a tué
300 personnes, avec un maximum de 88 en une seule journée. En outre,
pour ce qui est des villes petites ou moyennes, on constate que celles
qui sont en bord de mer sont beaucoup moins touchées que celles
de l'arrière-pays. N'oublions pas que durant les mois de juin et
juillet 1976, par exemple, la mortalité a baissé en moyenne
de 9 % dans les villes côtières de moins de 10 000 habitants
alors qu'elle augmentait de 4 % dans les villes de même taille situées
à plus de 50 kilomètres des côtes. De même, pour
les unités urbaines de plus de 200 000 habitants, la surmortalité
s'est établie respectivement à 2 et 18 %Š Or s'il est vrai
que 1976 a pu être définie comme " l'été record
du XXe siècle ", une saison estivale aussi chaude ne devrait plus
avoir au milieu du siècle prochain qu'un temps de récurrence
(durée moyenne de retour) de l'ordre de 3 à 5 ans !
Dans ces conditions, tout porte à croire que l'évolution
de la mortalité au cours des prochaines décennies se fera
dans le sens d'un double accroissement des gradients N-S et W-E, ainsi
que d'un renforcement du nombre des décès survenant au plus
fort de l'été dans les grandes villes de l'intérieur.
Encore bien des inconnues subsistent-elles. Il est aujourd'hui acquis
qu'à températures identiques, les fortes chaleurs de fin
de printemps représentent le risque majeur, puisqu'elles s'avèrent
beaucoup plus meurtrières que celles survenant un peu plus tard,
au coeur de l'été, lorsque l'organisme commence à
s'adapter. Il serait donc important de pouvoir déterminer si cette
éventualité a une probabilité accrue de se réaliser
au siècle prochain mais, pour l'instant, nul n'est en mesure de
répondre.
Rôle du rythme journalier de l'évolution des paramètres météorologiques
Une grande attention doit également être portée au rythme journalier d'évolution des différents paramètres météorologiques. L'accord n'est pas fait sur le schéma le plus plausible quant à l'évolution interhoraire des températures. Dans l'hypothèse d'un renforcement de l'effet de serre, certains auteurs font état d'une augmentation des amplitudes thermiques journalières. Mais la plupart des scénarios suggèrent que le réchauffement porterait essentiellement sur les températures nocturnes (relèvement des minima), alors que l'augmentation de la nébulosité (sauf peut-être sur les bords de la Méditerranée) entraînerait, sinon un recul, du moins une moindre élévation des températures diurnes. Or, actuellement, lors des grandes vagues de chaleur, c'est en présence de nuits particulièrement chaudes que l'on assiste aux plus terribles hécatombes : tout se passe comme si l'organisme supportait sans trop de difficultés la chaleur de la journée tant que les nuits permettent de " récupérer " dans de bonnes conditions, alors qu'en contrariant le sommeil, le maintien de températures élevées tout au long du nycthémère réduit notablement sa capacité de résistance. Le scénario le plus plausible milite donc, une nouvelle fois, pour une accentuation des risques, la température maximale n'étant jamais le seul facteur à prendre en compte.
Enfin, plus que les dispositions moyennes, ce qu'il serait essentiel de connaître, c'est la fréquence de dépassement de tel ou tel seuil critique. Si la température moyenne s'élève de 2 °C, mais avec une homogénéisation des journées successives (moindre dispersion des dispositions thermiques), les conséquences sanitaires ont toutes chances d'être amorties. Si, au contraire, on assiste à une multiplication des journées chaudes (plus de 25 °C) et, surtout, très chaudes (plus de 30 °C) ou torrides (plus de 35 °C), les conséquences seront sans nul doute beaucoup plus redoutables. Or, certaines projections vont jusqu'à suggérer une multiplication approximative par douze de la fréquence de ces journées torrides...
Influence du caractère progressif ou non du réchauffement
En fait, tout devrait dépendre de la brutalité avec laquelle
s'opérera le réchauffement. S'il se produit progressivement,
presque imperceptiblement, les conséquences sanitaires ont toutes
les chances de rester mineures, l'organisme ayant le temps de s'adapter
(s'acclimater) à son nouvel environnement thermique, avec un minimum
de perturbations somatiques et psychiques. Mais à l'inverse, si
l'évolution se fait par à-coups relativement violents (et
certains modèles le suggèrent ou, en tout cas, ne l'excluent
nullement), les conséquences risquent -au moins dans un premier
temps- de s'avérer beaucoup plus inquiétantes, quitte à
ce que se réalise ensuite peu à peu le retour à un
nouvel équilibre. A terme, il n'est d'ailleurs pas impossible que
l'acclimatation biologique soit renforcée et/ou relayée par
des adaptations technologiques, à commencer par de nouvelles conceptions
architecturales et urbanistiques qui changeraient les données du
problème.
Sur tous ces points, le programme communautaire Eurosummer : heat-related
mortalities, dont le démarrage est prévu à l'automne
1997, devrait apporter quantité d'informations nouvelles, et fournir
les bases nécessaires à une modélisation mathématique
des relations entre chaleur et décès.
Les pathologies les plus susceptibles d'augmenter la mortalité en cas de réchauffement
Quelles sont les pathologies les plus susceptibles de contribuer à un excès de mortalité en présence d'un réchauffement d'ensemble du climat ? Nous avons déjà mentionné les maladies cardiovasculaires et cérébrovasculaires, dont tout porte à croire quelles pèseront du poids le plus lourd, et peut-être les secondes plus encore que les premières. Mais la liste ne s'arrête pas là.
Impacts sur l'appareil respiratoire
Le climat peut avoir des impacts variés sur l'appareil respiratoire, dans la mesure où interviennent à la fois les saisons, certaines situations météorologiques particulières (orages, passage de fronts) et la combinaison subtile de l'action du temps qu'il fait avec celle d'autres facteurs environnementaux (qualité de l'air, notamment) ou topographiques. Plusieurs cas doivent dès lors être distingués.
La bronchite aiguë et la bronchiolite
La bronchite aiguë et, chez les jeunes enfants, la bronchiolite culminent presque partout en hiver. Si l'on admet que le froid agit sur la réactivité bronchique, qu'il accroît la réplication et/ou la transmission des virus et qu'il diminue la résistance aux infections, on peut escompter une influence positive du réchauffement de la saison hivernale, mais il convient de ne pas en exagérer l'ampleur, d'autant que les plus forts taux d'incidence des bronchites aiguës coïncident rarement avec les plus basses températures.
Les maladies chroniques obstructives et les pneumonies
Les maladies chroniques obstructives des voies respiratoires et les pneumonies connaissent, elles aussi, leur exacerbation habituelle entre Noël et Pâques. Mais, là non plus, les périodes les plus touchées ne sont pas nécessairement celles qui voient le thermomètre descendre le plus bas: elles correspondent plutôt à des situations fortement anticycloniques (propices à la formation de brouillards et à la stagnation de nombreux polluants) et à l'inhalation d'un air très pauvre en vapeur d'eau. Il serait prématuré d'en déduire quoi que ce soit pour le siècle prochain...
L'asthme
A l'inverse, l'asthme montre une distribution plus homogène dans le cours de l'année (en dépit de deux maxima habituels au printemps et en automne), tandis que les rhinoconjonctivites (rhumes des foins) présentent des pics énormes aux périodes de dissémination maximale des grains de pollen : fin d'hiver et début de printemps (pollen d'arbres et d'arbustes), fin de printemps et tout début d'été (pollen de graminées), extrême fin d'été et début d'automne (pollen d'armoise et d'ambroisie). Or, un réchauffement du climat amènerait inévitablement le déplacement vers le nord de l'aire de répartition de nombreuses espèces végétales, dont certaines fortement allergisantes, tandis que la plus grande fréquence du " beau temps " chaud et ensoleillé, en tout cas exempt de fortes précipitations, augmenterait les quantités de pollen libérées dans l'air. C'est ainsi que l'on verrait sans doute se dessiner peu à peu une nouvelle géographie des pollinoses. Probablement l'allergie au bouleau tendrait-elle à se cantonner plus nettement sur le nord du pays, mais des taxons spécifiquement méditerranéens pourraient faire leur apparition bien au-delà de leur domaine actuel (les pollens de cyprès et de pariétaire pourraient ainsi devenir des allergènes majeurs jusqu'en Bourgogne ou en Touraine), tandis que la Basse-Provence et le Languedoc-Roussillon pourraient payer un lourd tribut, par exemple, au pollen d'arganier, aujourd'hui spécifique du Sous (sud du Maroc) Š
Effet de l'accroissement en divers polluants photochimiques
Ajoutons, pour en terminer avec les maladies des voies respiratoires inférieures, que les plus vives craintes sont permises quant à une possible recrudescence estivale des crises d'asthme, mais aussi des bronchiolites, du fait de l'accroissement difficilement évitable de la teneur de l'air en oxydes d'azote, en ozone et en autres polluants photochimiques qui génèrent un brouillard photo-oxydant particulièrement irritant et toxique. De surcroît, et à l'encontre d'une idée longtemps répandue, plusieurs études récentes révèlent que la qualité de l'air extérieur a un retentissement immédiat sur la qualité de l'air des locaux, où nous passons en moyenne 80 à 90 % de notre temps. En particulier, une forte concentration " extérieure " en ozone s'accompagne presque toujours d'un pic de pollution encore plus saillant dans les bureaux ou les habitations.
Autres types de pathologies susceptibles de s'accroître
Trois derniers exemples nous aideront à nous faire une idée
de l'extrême diversité des conséquences sanitaires
possibles du réchauffement attendu dans un proche avenir.
Les lithiases
La chaleur estivale et les fréquentes déshydratations qui s'ensuivent risquent de déterminer une augmentation substantielle de la prévalence des lithiases (calculs) urinaires. Le déficit d'évaporation n'en a-t-il pas été reconnu le plus sûr prédicteur ? La France du sud (domaine méditerranéen) et de l'est (domaine semi-continental) pourrait ainsi se trouver annexée à la " ceinture de la pierre ", zone particulièrement éprou-vée qui se cantonne pour l'instant aux latitudes subtropicales à tendance aride ou semi-aride. Mais on constate d'ores et déjà, jusqu'en Ile-de-France, que le nombre d'épisodes de coliques néphrétiques augmente fortement au cours des périodes caniculaires ou dans leurs suites immédiates, la formation d'un «caillou» réclamant habituellement entre une et trois semaines. Le mécanisme est parfaitement connu. Pour qu'une substance cristallise dans les urines, il faut que sa concentration y atteigne une valeur critique. En dessous de cette valeur la substance reste dissoute, au-delà on observe la formation de microcristaux qui, en s'agglutinant, finissent par former un calcul. Or, l'augmentation du taux urinaire d'une substance est due le plus souvent à une baisse de la diurèse (autrement dit, de la sécrétion de l'urine par le rein), entraînant une élévation de la concentration de sels et de composants organiques dans les urines. Cette baisse de la diurèse peut être une réaction physiologique d'adaptation, destinée à éviter une déshydratation en présence d'une importante déperdition d'eau et/ou d'une insuffisance de l'apport hydrique. Voilà qui ouvre la voie à une prévention simple, et l'exemple israélien est là pour confirmer l'efficacité des recommandations faites par les médecins de boire abondamment et, surtout, d'adapter en permanence le volume de boisson à la diurèse. Encore faut-il être entenduŠ
Elévation du taux de prématurité
En relevant discrètement la température centrale de la mère et du f¦tus au-delà des 37 °C qui signent la "bonne santé", l'accentuation de la chaleur estivale aurait une forte probabilité d'entraîner une élévation sensible du taux de prématurité et une augmentation corrélative du taux de mortalité périnatale. C'est en tout cas ce que l'on observe aujourd'hui en situation caniculaire, où les accouchements avant terme se multiplient.
Impacts psychiques
La pathologie somatique n'est pas seule à être affectée par l'élévation des températures. Au-delà d'un seuil qui reste difficile à fixer, mais qui doit s'apprécier davantage en écart à la normale qu'en valeur absolue, il est régulièrement constaté que la chaleur ambiante engendre des comportements irascibles, avec manifestations d'autoagressivité aussi bien que d'hétéroagressivité, et amène souvent (mais pas toujours) une recrudescence des admissions en urgence dans les hôpitaux psychiatriques ou dans les secteurs psychiatriques des hôpitaux généraux. Le phénomène a une forte probabilité d'aller en s'amplifiant dans le futur, même si l'on est encore incapable de faire la part de ce qui, dans l'agressivité constatée, peut être rapporté à la chaleur proprement dite et de ce qui doit être imputé à d'autres facteurs, comme le bruit, l'activité physique, l'importance des contacts interpersonnels (plus il fait chaud, plus on passe de temps en plein air, donc souvent en société...) et des boissons alcoolisées ingurgitées.
Effets indirects sur la santé
Nous avons surtout, jusqu'ici, évoqué des effets directs du réchauffement du climat sur la santé. On ne peut cependant exclure des effets plus subtils, qui passeraient par le truchement de cofacteurs, eux aussi influencés par l'évolution du climat.
Nous nous limiterons à deux exemples, assez inattendus, mais
dont les conséquences risquent d'être lourdes :
le
premier concerne la recrudescence des intoxications, par mauvaise
conservation des denrées alimentaires - et tout spécialement
des aliments d'origine animale. De vives inquiétudes sont permises
quant à la prolifération des gastro-entérites, dont
certaines peuvent être mortelles, notamment chez les nourrissons.
A défaut de données fiables disponibles en France, des indications
précieuses peuvent être tirées d'une étude réalisée
récemment en Angleterre et au Pays de Galles. Il en ressort que
durant les dix étés de 1982 à 1991, le nombre des
intoxications alimentaires a crû de façon quasi exponentielle
avec la température moyenne du mois précédent. Dans
ces conditions, un simple réchauffement de 2,1 °C d'ici à
2050 pourrait déterminer une progression de 13,3 à 19,4 %
du taux d'incidence, ce qui représente une moyenne de 179 000 cas
supplémentaires chaque année, avec un maximum assez proéminent
en septembre. Or, la population française dépasse d'un peu
plus de 15 % celle de l'ensemble Angleterre-Pays de Galles et la France
enregistre des températures estivales bien plus élevées
que les îles britanniques. La transposition des chiffres précédents
conduit donc, mutatis mutandis, à fixer aux alentours de 230 000,
voire de 250 000, la progression à attendre du nombre annuel des
intoxications alimentaires. Les seules parades envisageables passent par
le renforcement des mesures d'hygiène lors du conditionnement, puis
de la conservation des aliments (continuité des " chaînes
du froid ") et par l'éducation des consommateurs ;
le
second exemple fait plus directement intervenir l'action humaine.
En effet le réchauffement du climat, combiné au progrès
technique et, du moins faut-il l'espérer, à une croissance
économique d'ensemble, devrait susciter un considérable engouement
pour la climatisation de sécurité ou de confort des habitations,
des locaux professionnels, des moyens de transport et des hôpitaux.
Or, depuis 1970, l'attention du corps médical est régulièrement
attirée sur les risques de contamination possible des systèmes
de climatisation et/ou d'humidification par des micro-organismes variés,
pouvant être à l'origine d'une symptomatologie clinique polymorphe.
Ces affections, tantôt bénignes et tantôt sévères,
parfois même mortelles, sont dans la majorité des cas des
manifestations allergiques à type d'hypersensibilité immédiate
(rhinites, crises d'asthme) ou d'hypersensibilité retardée
(alvéolites). Mais il peut aussi s'agir de maladies infectieuses
(aspergilloses, ornithoses, maladies dites " des légionnaires "
et autres infections moins graves dues à Legionella, comme la fièvre
de Pontiac). Cette fois, la prévention doit avant tout être
demandée à la technologie. Si l'on veut réduire les
risques de contamination, il convient en premier lieu de perfectionner
les dispositifs de filtration de l'air, en second lieu d'éviter
la présence d'eau stagnante dans les circuits, enfin de codifier
strictement la maintenance des installations, car la plupart des incidents
ou des accidents pourraient être évités au prix d'une
grande vigilance.
Nous ne nous attarderons pas, parce qu'il en est longuement question
ailleurs, sur d'autres conséquences indirectes du réchauffement,
comme une diminution de la production agricole, notamment céréalière,
d'où résulterait un renchérissement de la nourriture
- donc, au fur et à mesure que le climat évoluerait, un risque
accru de sous-nutrition ou de malnutrition dans les catégories sociales
les plus démunies. Les DOM-TOM en pâtiraient certainement
beaucoup plus que la métropole.
Le cas des Départements et Territoires d'Outre-Mer
Parmi les Départements et Territoires d'Outre-Mer, nous n'évoquerons
que ceux qui sont situés en zone intertropicale. Leur statut en
fait des sortes d'hybrides d'une métropole riche et de continents
ou d'archipels pauvres, ce qui a de multiples répercussions sur
la santé. Même s'il doit être moindre qu'aux latitudes
moyennes, le relèvement thermique annoncé pour le XXIe siècle
y fait craindre une forte recrudescence des accidents de surcharge calorique,
à l'effort encore plus qu'au repos, spécialement lorsque
l'élimination de la chaleur accumulée dans le corps se trouve
entravée par une forte teneur de l'air en vapeur d'eau et par la
faiblesse des vents, deux facteurs qui tendent à annihiler l'évaporation
de la sueur. Parallèlement, on assisterait sans doute à une
prolifération des maladies d'origine hydrique.
La multiplication probable des phénomènes orageux et
des perturbations violentes aurait, elle aussi, des conséquences
néfastes. On sait, par exemple, que le passage d'un cyclone tropical
ne se limite pas à engendrer une plus ou moins forte morbidité
et mortalité traumatique. Il faut y ajouter la prolifération
fréquente des maladies infectieuses et parasitaires (gastroentérites,
affections respiratoires) et une pathologie psychosomatique (pathologie
de stress) qui a été longtemps sous-estimée. Si l'activité
des services d'urgence revient à la normale, au plus tard, après
quelques semaines, les troubles psychiques ne s'estompent que lentement
- et pas toujours complètement.
En certains endroits, il y aurait également lieu de craindre
des migrations de population poussées par la diminution de la production
alimentaire. Les DOM-TOM de destination (on pense tout spécialement
à la Guyane) devraient alors faire face à un afflux de véritables
" réfugiés de l'environnement " apportant avec eux tous les
problèmes de santé qu'ils connaissaient dans leur lieu d'origine
et qui pourraient aussi se révéler particulièrement
vulnérables à des maladies nouvelles de leur pays d'adoption,
sans compter la promiscuité qui pourrait s'ensuivre.
Conclusion
En guise de conclusion provisoire, l'accent peut être mis sur quatre points
Le premier tient à la grande
difficulté du sujet. Du bouleversement climatique annoncé,
nous ne cernons encore ni toutes les modalités, ni -à plus
forte raison- toutes les conséquences. On ne raisonne au mieux que
sur des hypothèses assez grossières. Pour sophistiqués
qu'ils soient, les modèles d'étude du climat sont encore
sujets à de nombreuses incertitudes. S'il y a de fortes présomptions
pour que, à long terme, la température s'élève,
on ne peut encore prédire avec certitude de quelle façon,
dans quelle mesure et quand. En particulier, il est difficile de passer
de l'échelle planétaire à l'échelle continentale
ou, plus encore, à l'échelle régionale, en raison
de la faible résolution spatiale des modèles (au mieux 5°
de latitude et de longitude) et de la prise en compte simpliste de bon
nombre de processus physiques. Le rôle des masses nuageuses, en particulier,
reste hors de portée des modèles atmosphériques les
plus perfectionnés.
En deuxième lieu il faut
rappeler que, dès l'instant où l'on envisage ce qui pourrait
se passer dans un futur proche, on entre dans le domaine de l'aléatoire.
Ce ne sont pas des prévisions que l'on peut fournir, mais plutôt
des projections, des extrapolations de la situation présente, obligeant
à raisonner toutes choses égales par ailleurs (autrement
dit en postulant la poursuite au rythme actuel des activités humaines
et en excluant toute transformation radicale dans la prévention
et/ou le traitement des maladies). C'est dire la prudence qui s'impose
dans l'interprétation de ces projections qui, en toute logique,
devraient être accompagnées d'une estimation de
leur marge d'erreur - ce dont nous sommes encore incapables. Rien ne permet
d'affirmer que l'évolution se fera bien dans le sens indiqué.
Mais comme rien ne permet non plus de l'infirmer, il est souhaitable que
soient prises d'ores et déjà toutes les précautions
nécessaires pour que, si la dégradation annoncée se
produit, ses conséquences sanitaires puissent être minimisées.
Car, si l'avenir ne se prévoit pas, il se prépare.
En troisième lieu, il importe
de toujours relativiser nos conclusions. Les effets sur la santé
ne sauraient être tous bénéfiques, ni tous catastrophiques.
Parlera-t-on d'amélioration ou de péjoration quand la sclérose
en plaques a de fortes chances de voir son incidence s'effondrer, dans
le même temps où la prévalence de l'asthme serait fortement
accrue ? De toute manière, ces effets seraient étroitement
régionalisés. Il s'ensuit que, plutôt que de conclure,
à l'échelle nationale, à une évolution positive
ou négative de telle ou telle pathologie, il serait sans doute plus
réaliste d'évoquer une double redistribution de la répartition
des maladies, dans l'espace (avec une certaine dérive vers le nord,
en accord avec la translation des zones climatiques correspondantes) et
dans le temps (au fil des saisons).
Enfin, et c'est peut-être
là que réside la plus grande difficulté, ce serait
une erreur coupable que de considérer isolément les effets
potentiels de l'évolution du climat, hors de tout contexte. Les
variables météorologiques ne suffisent pas à cerner
les risques climatopathologiques. Une même agression climatique n'est
pas ressentie de la même façon dans différents contextes
socio-économiques ou culturels. Il faut aussi garder toujours présent
à l'esprit le fait que l'élévation de la température
peut exacerber les effets associés à la pollution de l'air
et, par suite, intensifier les problèmes médicaux des groupes
humains les plus vulnérables. Il s'ensuit que le changement global
en général, et le réchauffement consécutif
au renforcement de l'effet de serre en particulier, ne sont jamais que
l'une des multiples composantes de la combinaison géographique susceptibles
de déterminer l'évolution de la répartition spatiale
des faits de santé. Les cofacteurs doivent être systématiquement
pris en compte.