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Tourisme et changement climatiqueJean-Paul Ceron
CIRED
Scénario pour l'étude
L'activité touristique représente de l'ordre de 8 % du
PIB et fournit quelque 800 000 emplois ; la France est la première
destination touristique mondiale avec quelque 60 millions de visiteurs
; la balance commerciale du tourisme est bon an, mal an, excédentaire
d'une soixantaine de milliards de francs (chiffre du même ordre de
grandeur que l'excédent du secteur agro-alimentaire).
C'est un truisme de rappeler que l'activité touristique est
fortement conditionnée par le climat ; les chiffres précédents
suggèrent que les modifications climatiques liées à
l'effet de serre pourraient affecter, en bien ou en mal, une des activités
majeures de l'économie nationale qui est également considérée
comme un des atouts majeurs pour l'avenir.
Eclairer cette question est d'autant plus délicat qu'elle n'a
pratiquement pas été abordée jusqu'ici, et jamais
travaillée si ce n'est sous des aspects ponctuels (avenir de la
couverture neigeuse en relation avec les sports d'hiver). L'exercice appelle
quelques réflexions ou mises en garde préalables.
I
Ce qui suit se fonde en matière d'évolution du climat sur
le scénario de Météo-France. N'étant pas compétent
en la matière, il n'est pas dans notre propos d'effectuer une analyse
critique de ce scénario. Ceci n'est pas une raison pour que nous
oubliions que l'élaboration de scénarios régionaux
est généralement considérée comme un exercice
délicat.
Ceci incite à s'interroger :
sur les options
de base du scénario : ici on régionalise un réchauffement
alors que d'autres auteurs agitent l'éventualité d'une modification
du Gulf Stream ce qui conduirait à de tout autres résultats
que ceux d'un réchauffement de 2 °C ;
sur la fiabilité
des résultats dans l'hypothèse même où l'on
admet l'orientation de base du scénario: cela pose problème
notamment dans la mesure où existeraient des effets de seuil.
Le scénario fournit pour chaque saison des données pour les températures moyennes, les pluies et les réserves en eau du sol. Il ne fournit pas de résultats pour un certain nombre de facteurs conditionnant tout autant que les précédents l'activité touristique (la nébulosité par exemple), ou bien il ne donne pas les résultats sous la forme la plus pertinente pour notre réflexion (ce n'est pas tant la quantité de pluie qui est importante mais plutôt la manière dont elle tombe).
II
Si l'horizon climatique est incertain, le volume de l'activité touristique
à long terme l'est également. Lors de travaux précédents
nous avons tenté d'encadrer les futurs possibles à l'aide
de deux scénarios contrastés à échéance
2030. La version basse fondée sur une stagnation économique
et une poursuite de la dualisation de la société est associée
à une quasi stagnation en volume (x1,2), alors que la version haute
(croissance du PIB de l'ordre de 3 % et relativement redistributive, intégration
européenne) aboutit à une multiplication de l'activité
par 2,6. En outre, il va de soi que le profil des activités touristiques
serait très différent dans l'un et l'autre cas. C'est donc
sur des réalités de base très différentes que
jouerait le changement climatique.
III
Aux incertitudes quantitatives concernant le tourisme s'ajoutent donc des
incertitudes d'ordre qualitatif. Celles touchant aux attentes des touristes
en matière climatique sont évidemment cruciales pour notre
propos. Il n'est pas sûr qu'au milieu du siècle prochain ces
attentes seront les mêmes qu'actuellement ; elles varient en effet
largement en fonction des périodes historiques et des populations
concernées : elles sont largement de type culturel. On peut par
exemple rappeler que les exigences climatiques des populations du nord
de l'Europe diffèrent largement de celles des français :
le climat breton sera mieux accepté par un Britannique que par un
Français pour des vacances, ce qui ne signifie toutefois pas que
le premier ne préférera pas une destination plus ensoleillée.
De même, on sait que la recherche du soleil est un phénomène
récent : les peuples méditerranéens recherchent traditionnellement
l'ombre et, pour ceux du nord, un teint hâlé n'était
jusqu'à très récemment guère apprécié.
En un siècle les bienfaits attendus des bains de mer ont totalement
changé et les exigences portant sur la température de l'eau
avec. Il n'est donc pas impensable que de nouvelles considérations,
portant notamment sur la santé (développement des cancers
de la peau entrant en résonance avec une médiatisation du
phénomène par exemple) modifient en quelques décennies
les attentes climatiques des touristes et remettent en cause l'héliotropisme
de nos sociétés tel que nous le connaissons actuellement.
Exigences climatiques des touristes et effet de serre
Les exigences sont de plusieurs ordres : de sécurité, d'agrément et de confort
La sécurité
Il est important que le touriste soit à l'abri des accidents climatiques et des catastrophes naturelles qu'ils engendrent, ce qui ne va pas toujours de soi, car il est souvent plus exposé que les habitants permanents en raison de la proximité de l'eau qu'il recherche et de la légèreté de certains hébergements qu'il utilise. En évoquant ce point on ne peut s'empêcher de penser aux discussions sur la façon dont se déroulera le changement climatique annoncé ; certains envisagent la transition vers un nouvel état stable, non pas comme progressive et continue, mais comme chaotique et marquée par un accroissement de la fréquence des accidents climatiques locaux. Quelles seraient en France les régions climatiques et touristiques les plus affectées par cette évolution ?
L'agrément
L'agrément comporte plusieurs aspects :
l'ensoleillement.
Il s'agit bien entendu d'une question de durée mais aussi de régularité
;
l'absence
de précipitations diurnes. Ce qui importe le plus n'est
pas la quantité de pluie qui tombe, mais la fréquence des
chutes. Les limites de ce qui est acceptable font l'objet de débats.
Ils portent à la fois sur une limite supérieure dont, à
la lumière des scénarios de Météo-France, il
y a lieu de se préoccuper pour la saison d'hiver et sur une limite
inférieure qui concernerait elle la période d'été
: une trop grande sécheresse présentant elle aussi des inconvénients
(altération de la végétation et des paysages par exemple)
;
le
confort thermique. Vu les perspectives du scénario, c'est
la limite supérieure qui peut poser problème, l'été
et pour les destinations les plus chaudes. Une baisse du confort commence
à se faire sentir au-delà d'une température maximale
quotidienne de 31 °C, avec une aggravation très sensible au-delà
de 33 °C. A l'inverse, on pourrait espérer qu'une part sensiblement
plus importante du territoire national se trouve pendant une plus grande
partie de l'année au-dessus des minima (16 à 18 °C) et
voie donc ses vocations touristiques se développer. Ceci n'est pas
impossible, mais le diagnostic est beaucoup plus complexe et ne se limite
pas à une prise en compte des températures : en effet celles-ci
interagissent avec le régime des vents et le degré d'humidité
de l'air. De plus pour les formes de tourisme axées sur la baignade,
le rapport entre la température de l'air et celle de l'eau constitue
une donnée cruciale ;
le
confort hydrique. La chaleur sera d'autant mieux supportée
que l'air est sec. De ce point de vue les scénarios associant une
hausse des températures d'été avec une baisse des
précipitations, sont plutôt rassurants. Par contre, l'accroissement
de l'humidité en hiver pourrait dégrader les atouts de l'hexagone
en cette saison et pousser les touristes vers d'autres destinations ;
la minimisation des risques climatopathologiques majeurs. On
sait que l'exposition au soleil est source de cancers cutanés, que
l'association du froid et des vents violents accroît les risques
d'infarctus, et que les vents chargés d'humidité favorisent
les accidents vasculaires cérébraux. A cet égard l'accentuation
de la chaleur en été et des hivers plus perturbés,
ne vont pas dans la bonne direction. Certaines catégories de la
population sont particulièrement exposées (les jeunes enfants
à la déshydratation) mais le phénomène principal
à prendre en compte est le vieillissement de la population.
On est donc bien loin d'une vision simpliste des conséquences d'un réchauffement climatique dans laquelle on considérerait que deux degrés de plus et une amélioration de l'ensoleillement, renforceraient les atouts touristiques de la France. La situation est plus complexe et les résultats fournis par les scénarios ne permettent guère de l'élucider ; une vision des températures et des précipitations n'est pas suffisante ; des données, ou des hypothèses s'il s'agit de scénarios, sont nécessaires dans les domaines de la nébulosité, du régime des précipitations et des vents etc.
Changement climatique, saisons et destinations touristiques
L'été
Cas de la façade ouest
La façade ouest de l'Europe occidentale bénéficie d'un climat tempéré océanique qui répond aux attentes des touristes pendant 30 % à 70 % de l'été ; au fur et à mesure que l'on se déplace vers le nord la situation se dégrade lentement. Sous bénéfice d'inventaire on pourrait penser que le changement climatique pourrait à la fois allonger la saison et permettre un certain déplacement vers le nord des pratiques touristiques. Si on s'en tient aux températures, on peut rappeler que la différence des températures moyennes sur la côte atlantique entre le 48e parallèle (Brest) et le 46e (Oléron) est de l'ordre de 3 °C en août, soit un peu plus que la hausse des températures d'été envisagée par le scénario. Le réchauffement de l'intérieur des terres serait du même ordre que sur la côte ce qui pourrait contribuer à améliorer les potentialités touristiques de la moyenne montagne: une différence d'altitude de 400 m peut aller de pair avec une différence de température de 2 à 4 °C.
Cas de la côte méditerranéenne
Le climat méditerranéen est actuellement incontestablement favorable au tourisme pendant les quatre mois d'été. Il est en fait surtout adapté à un tourisme de masse plus sensible à l'ensoleillement qu'au confort absolu. Les évolutions prévues par le scénario pourraient accentuer cette vocation de la France méditerranéenne à accueillir une population bien portante, apte à supporter des excès de chaleur. Comme destination touristique, la côte méditerranéenne de France serait sans doute plutôt moins affectée que l'Espagne, déjà plus chaude ; elle pourrait bénéficier à ce titre d'un avantage comparatif par rapport aux destinations voisines du même type. Cette accentuation de la chaleur risque aussi d'avoir un effet de repoussoir à la fois pour l'importante population âgée et pour les résidents de l'espace méditerranéen, en France, Italie ou Espagne. Par contrecoup, des régions de moyenne montagne pourraient devenir des destinations appréciées pour leur relative fraîcheur, l'ombre de leurs forêts...
L'hiver
Cas de la façade ouest
Actuellement on peut émettre de sérieux doutes sur la vocation touristique hivernale de la façade atlantique non pas tant en raison des températures que du passage constant de grands systèmes perturbés. Ce point est d'autant plus important que la clientèle disponible à cette époque est pour l'essentiel celle du troisième âge. A regarder les cartes de précipitations hivernales du scénario de Météo France, on n'a pas l'impression que la situation soit destinée à s'arranger sur la côte comme d'ailleurs à l'intérieur des terres : le climat tempéré moyen risque fort de ne pas devenir plus propice à la villégiature hivernale qu'il ne l'est actuellement. Quelques endroits le sont actuellement vers le sud mais cela tient à des considérations micro-climatiques, dont on peut d'ailleurs se demander si elles résisteront aux variations annoncées. Même si ces sites privilégiés sont peu importants en surface, sur le plan économique les enjeux sont importants : que sera l'hiver à Biarritz en 2030 ?
Cas de la côte méditerranéenne
On peut également douter que la côte méditerranéenne
voie sa situation de lieu de villégiature hivernale s'améliorer
radicalement. La réputation du golfe de Gênes et de son arrière
pays n'est plus à faire, mais un regard sur ses données climatiques
montre qu'il est réellement privilégié par rapport
à de nombreuses régions méditerranéennes (forte
homogénéité de la saison fraîche). En restant
dans le cadre français, le climat devient plus perturbé et
venteux en Provence occidentale et dans le Bas Languedoc, relativement
inadapté à une villégiature hivernale. Même
si les précipitations sont destinées à moins s'accroître
ici que sur la façade atlantique, cela ne paraît pas susceptible
d'améliorer la situation.
En conséquence on peut se demander si les villes importantes,
là où les conditions de vie sont le plus artificialisées,
où les ambiances climatiques sont les plus contrôlées
ne verront pas leur attrait s'accroître l'hiver. De même les
univers de loisir totalement artificiels comme les bulles tropicales pourraient
avoir un bel avenir devant eux.
Les intersaisons
Globalement les potentialités touristiques des intersaisons devraient
se trouver largement accrues. Ceci pourrait entrer en résonance
avec des phénomènes actuels comme le fractionnement des vacances
et le développement des courts séjours, si tant est que ces
tendances actuelles se prolongent. Cette impression mérite toutefois
d'être nuancée. Pour l'intérieur des terres et la façade
atlantique, le scénario de Météo-France laisse prévoir
des printemps plus doux mais caractérisés également
par une pluviosité accrue. Si cela signifie temps plus perturbé,
on ne voit pas ce que le tourisme y gagnera. Par contre on peut s'attendre
à de beaux automnes secs. En toute logique la saison touristique
devrait se trouver plus prolongée qu'avancée. A moins que
des hivers plus maussades et des débuts de printemps plus perturbés
ne jettent les touristes sur les routes dès le premier rayon de
soleil. D'ailleurs c'est un peu ce qui se passe actuellement pour la zone
méditerranéenne : objectivement le climat de l'automne parait
plus favorable au tourisme que celui du printemps et pourtant c'est pendant
le printemps que la fréquentation est la plus forte. Par ailleurs
on peut se demander à quel point les impacts paysagers d'un automne
sec, consécutifs à de forts déficits hydriques d'été
ne compromettront pas la fin de saison : un pays comme la Grèce
n'a-t-il pas la réputation d'être plus apprécié
au printemps qu'en automne ?
En définitive, les évolutions prévues par le scénario
de Météo-France pourraient révéler une opposition
objective entre des espaces-saisons propices à un tourisme de gens
bien portants pouvant supporter quelques excès climatiques, et d'autres,
plus adaptés à une population plus âgée et plus
fragile. La réaction des différents segments de clientèle
à ces modifications des conditions objectives ne sera pas obligatoirement
mécanique et immédiate. Par ailleurs, l'évolution
modifiera sans doute les avantages comparatifs de l'hexagone par rapport
aux pays voisins, il s'agit d'un point important que le scénario,
qui ne traite que de la France, ne permet pas de saisir.
L'impact de l'effet de serre sur les ressources non climatiques du tourisme
La consommation énergétique des hébergements
Les conditions climatiques peuvent fortement influencer les conditions de réalisation et d'entretien des hébergements et des infrastructures touristiques ; on sait par exemple que les climats chauds et humides (tropiques) dégradent fortement les bâtimentsŠ Si on s'en tient à l'hexagone, on peut penser que les conditions climatiques envisagées pourraient favoriser en saison les hébergements légers : camping et formes d'hébergement intermédiaires entre le dur et la toile, à ceci près qu'il faudra que les formes d'hébergements en question soient vivables en cas d'excès de chaleur. Précisément la montée des températures pourrait entrer en résonance avec une demande pour la climatisation, elle même conforme aux intérêts des acteurs de l'offre (excédents de production électrique des centrales nucléaires en été) ; le bilan énergétique des activités touristiques pourrait s'en trouver profondément modifié.
L'élévation du niveau de la mer
Ce n'est pas l'élévation du niveau de la mer qui est le plus inquiétant : la préoccupation est loin d'être de la même ampleur que pour les destinations touristiques du Pacifique (Seychelles et autres). Toutefois, on peut rappeler que la France connaît une lente remontée du niveau de la mer, de 1,2 à 1,5 mm par an ; l'effet de serre devrait accélérer ce phénomène qui contribue parmi d'autres à l'érosion des côtes. Sur les 5500 km de côtes, 850 sont soumis à un recul moyen de plus d'un mètre par an ; les plages de sable s'épuisent en certains endroits (recul de 30 m en Flandres et de 450 m aux Saintes Maries de la mer en un demi siècle), 20 % des communes touristiques françaises ont actuellement leurs plages atteintes par l'érosion. Le temps permet sans doute de gérer ce type d'évolution, ce qui veut souvent dire accepter la perte de ressources ; autrement il reste à combattre le phénomène ce qui implique en l'occurrence des coûts importants pour un succès qui n'est pas toujours assuré.
Les ressources en eau
Le scénario de Météo-France fournit des cartes
concernant les réserves en eau du sol. Il en ressort un contraste
fort entre le printemps (capitalisant les pluies de l'hiver) et le reste
de l'année. Nous ne sommes pas en mesure d'en apprécier les
effets sur la végétation et les paysages de la France tempérée.
Dans quelle mesure la nouvelle situation modifierait-elle les avantages
comparatifs des différentes régions en conférant une
prime à ce qui resterait relativement vert l'été et
en automne, par exemple à la France du nord-est (Jura, Vosges) qui
serait beaucoup moins touchée. Par ailleurs, il est probable que
sur l'ensemble du terri-toire, l'approvisionnement en eau des activités
touristiques et de loisirs serait touché et que l'on devrait voir
se multiplier les mesures de restriction qui ont fait leur apparition ces
dernières années et qui peuvent apparaître gênantes
pour le tourisme familial et plus encore pour les résidences secondaires
et principales (arrosage des pelouses, piscines...). Ceci pourrait conduire
au bout d'un certain temps à des arbitrages douloureux.
Mais c'est bien entendu pour la France méditerranéenne
que l'on peut être le plus inquiet. Parmi les pays riverains de la
Méditerranée, le bassin versant français jouit pourtant
d'une position privilégiée. Que l'on considère la
part des ressources en eau mobilisées ou la consommation nette,
la France est plutôt avantagée par rapport à ses voisins
développés (la situation catastrophique des pays du sud ne
pouvant constituer une référence) ; par ailleurs la prospective
de la demande laisse encore à l'échéance de 2025 de
sérieuses marges de manoeuvre. La demande liée au tourisme
est mal connue : les prélèvements et la consommation des
activités touristiques sont fondus dans ceux des collectivités
dont elles représenteraient de l'ordre de 10 %. Or pour la France
méditerranéenne, les collectivités rendent compte
de 10 % environ de la mobilisation de la ressource et de sa consommation.
Rappelons qu'en termes de mobilisation c'est le secteur industriel qui
pèse le plus (refroidissement des centrales électriques qui
restituent la ressource après usage) alors qu'en termes de consommation
l'agriculture arrive en tête avec 85 % du total. Il faut toutefois
préciser que la consommation liée au tourisme est concentrée
pendant la période où l'eau est rare. Cela renvoie à
la fois à des problèmes de surdimensionnement des équipements
de stockage (coût économique) et à des arbitrages éventuels
entre les consommations touristiques et l'irrigation : schématiquement
la consommation d'un mètre carré de pelouse est du même
ordre que celle d'un mètre carré de maïs. On ne peut
exclure par ailleurs, des choix à l'intérieur des activités
touristiques (la mise en cause de la consommation d'eau des golfs en est
la preuve). Des marges de manoeuvre importantes existent tant au niveau
de l'irrigation que des activités touristiques pour lesquelles on
peut songer à freiner la dérive à la hausse de la
consommation journalière ; on peut s'attendre à ce qu'elles
soient mises en ¦uvre.
Le cas particulier de la neige et des sports d'hiver
Il s'agit d'un domaine qui a fait l'objet de quelques études en France et à l'étranger. Nous nous contentons de rappeler brièvement les conclusions d'une étude sur les montagnes françaises. L'auteur analyse les effets d'une élévation de la température de 1,8 °C, sans modification des précipitations totales. A 1500 m d'altitude il évalue la diminution de durée moyenne de l'enneigement de 20 à 25 % dans les Alpes du nord, de 30 % dans la partie des Alpes du Sud allant du Dévoluy à la Haute Tarentaise et au Queyras, de plus de 40 % pour les massifs alpins encore plus au sud et allant jusqu'à 45 % pour certains massifs des Pyrénées. A haute altitude la diminution de l'enneigement ne serait que de 10 %. On conçoit sans peine à quel point de telles éventualités bouleverseraient les données des sports d'hiver.
Effets des politiques de lutte contre l'effet de serre pour l'activité touristique
On ne peut exclure que des politiques visant à lutter contre l'effet de serre et à ralentir le rythme du réchauffement climatique aient des effets en retour sur l'activité touristique.
Tourisme et transports
Le tourisme implique obligatoirement déplacement et transport.
Or le secteur des transports est incontestablement un des tout premiers
vers lequel les regards se tournent quand on évoque l'effet de serre.
Cela tient à la situation actuelle du secteur et également
à ses perspectives d'évolution : l'accroissement de la mobilité
semble presque inscrit dans les gènes de l'européen moyen
de cette fin de siècle. Il faut rappeler que l'essentiel de la mobilité
y compris celle liée aux loisirs et au tourisme est une mobilité
de courte distance. Les déplacements de tourisme et de loisirs à
plus de 100 km ne représentent qu'un peu plus de 1 % de la totalité
des déplacements totaux consacrés à ces activités,
même si le chiffre tend à s'accroître. Dans les déplacements
tous motifs confondus, les loisirs et le tourisme rendent compte de un
quart à un peu plus du tiers du total selon l'espace de référence
(local, régional, interrégional). Ceci étant, les
moyennes gomment les phénomènes de congestion, largement
responsables du dimensionnement des équipements.
En tout état de cause, si des décisions étaient
prises pour limiter les transports ou du moins leur croissance, il est
probable que le tourisme en subirait les contrecoups. On peut certes théoriquement
envisager de pénaliser le transport des marchandises de façon
séparée, mais à partir du moment où on agit
sur le transport des personnes il est difficile de traiter différemment
les motifs des déplacements : on peut toutefois envisager de pénaliser
avant tout les formes de déplacements les plus nocives sur de faibles
distances en proposant des solutions de remplacement (transports en commun
pour les trajets domicile-travail et pour les loisirs de proximité)
et de prendre son parti des déplacements touristiques à longue
distance. On est ici dans l'incertitude tant en ce qui concerne les mesures
qui pourraient être prises (révision à la baisse du
programme autoroutier) que leurs effets sur les déplacements touristiques
(sensibilité aux prix). Seraient ainsi susceptibles
d'être infléchies des tendances actuelles comme le développement
des courts séjours et l'allongement de leur distance par rapport
au domicile ; corrélativement on pourrait assister à un plus
grand essor des grandes concentrations de loisirs périurbaines (de
type Disneyland...). Le tourisme culturel à longue distance, lié
à l'avion, dont bénéficie une ville comme Paris, pourrait
également subir des contrecoups. Telles sont quelques hypothèses
parmi d'autres.