CONFERENCE DE CITOYENS
« CHANGEMENTS CLIMATIQUES ET CITOYENNETE »
Rédigé à Paris, La Villette le dimanche 10 Février 2002
Sommaire :
Première Partie :A. Choix énergétiques
B. Transports
C. Habitat
D. Indemnisation des catastrophes naturelles
Deuxième Partie : Négociations internationales et relations Nord-Sud
a. Responsabilité historique des pays du nordTroisième Partie :
b. Puits de carbone
c. Permis démission
d. Sanctions
e. Réintégration des Etats-Unis dans les négociations
f. Trafic aérien
g. Rôle du FMI, de lOMC et de la Banque Mondiale ; aide aux pays défavoris
Conclusion
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CONFERENCE DE CITOYENS
RAPPORT OFFICIEL DU PANEL DE CITOYENS :
AVIS ET
RECOMMANDATIONS DES CITOYENS
A LISSUE DES DEBATS DES 9 ET 10 FEVRIER 2002
Rédigé
à Paris, La Villette
Le dimanche 10 Février 2002
Nous,
Jeannine ARDOUIN
Dalila CHALANI
Jean-Marie DELALANDE
Madeleine DESABRES
Luce JARNO
Catherine LAFITTE
Rosine LAZZARI
Philippe NAVARRO
Jérôme PAOLUCCI
Dominique QUESNOIT
Eric ROBINEAU
Jessy ROUGIER
Cindy TETARD
Bruno VEJUX
Jean VIDAL
Roger WAILDELICH,
avons débattu et établi ce qui suit :
Nous citoyens, à la lumière des données scientifiques actuelles, sommes convaincus que cest notre mode de vie qui génère une quantité de gaz à effet de serre supérieure à ce que notre planète peut absorber de façon naturelle.
Ce surplus est responsable du réchauffement de notre atmosphère. Il en résultera des changements climatiques mondiaux qui deviendront de moins en moins maîtrisables dans le temps.
Face aux conséquences désormais prévisibles du changement climatique, il est urgent que nous prenions collectivement conscience de lampleur du phénomène et de ses effets.
Nous, citoyens, considérons que le problème lié aux changements climatiques nous concerne tous et ne doit plus demeurer lapanage des scientifiques et des politiques.
Seule lémergence dinstances de concertation destinées à favoriser le débat public, telles que cette conférence de citoyens, nous fera prendre la mesure du problème et changer nos comportements en conséquence.
Moyens à mettre en uvre pour diminuer les émissions de gaz à effet de serre et en gérer les conséquences
Attendu que :
les émissions de GES sont dues principalement à la consommation d'énergies fossiles (charbon, pétrole, gaz) ;
les sources dénergie fossile sont en voie dépuisement et leur prix ne tient pas compte des effets induits par les émissions de GES ;
lénergie nucléaire présente des risques à lexploitation, génère des déchets radioactifs, et présente, en cas de transfert aux pays en voie de développement, deux dangers principaux :
- danger de prolifération (arme atomique),
- risques liés lexploitation et au manque de stabilité politique ;
il existe de nombreuses sources dénergie potentiellement utilisables (vent, soleil, mouvement des marées, géothermie, biomasse, etc.),
Nous pensons que :
la réduction des gaz à effet de serre est fortement dépendante de la consommation et des choix énergétiques ;
il est inéluctable de promouvoir dautres sources dénergie ;
le nucléaire ne peut être quune solution transitoire étant donné les risques encourus. Il faut donc développer des sources dénergies renouvelables, pour lesquelles il faut passer au stade de production industrielle.
Nous recommandons :
1) de réduire les consommations dénergie sous toutes leurs formes et de choisir les moins émettrices de gaz à effet de serre ;
2) de prévoir un plan de sortie du nucléaire sur le long terme, le nucléaire nétant quune transition vers de nouvelles sources dénergies non émettrices de gaz à effet de serre ;
que les crédits affectés à la recherche nucléaire soient diminués au profit de recherches sur les énergies renouvelables ;
3) léducation, la sensibilisation en vue de favoriser les comportements citoyens.
Certains membres du panel recommandent des incitations fiscales aux particuliers et collectivités (par exemple : subvention à léquipement en panneaux solaires) et une taxation dissuasive sur les énergies fossiles .
Attendu que :
la circulation urbaine est génératrice dun surcroît de gaz à effet de serre,
le transport individuel a été largement favorisé par les constructeurs automobiles, par le mode de vie des citoyens (maisons individuelles à proximité des villes), par linfrastructure routière (accès aux centre-villes et parkings), par lindividualisme général ;
les modes et loffre de transports collectifs sont mal adaptés aux déplacements des citoyens
les contraintes des horaires, les problèmes des retards, les grèves, linsécurité détournent les citoyens des transports collectifs ;
le transport routier se développe de façon continue.
Nous pensons que :
il faut radicalement repenser les infrastructures et les modes de déplacements et changer les comportements.
Nous recommandons :
1) de dissuader les usagers dutiliser la voiture particulière,
dans les centre-villes, en favorisant : le vélo, la marche à pied, etc.
dans les quartiers plus éloignés et dans les communautés dagglomération, en définissant ou en adaptant des plans de déplacement urbain pour limiter les émissions de gaz à effets de serre liés aux transports ;
2) de favoriser les transports en commun (tramways, bus, covoiturage, linstauration de transports collectifs par navette) et les pistes cyclables, de favoriser la construction de parkings à lentrée des agglomérations par lautorité administrative compétente et les collectivités territoriales ;
3) de prendre des mesures qui limitent lémission de gaz à effets de serre dus à la voiture : améliorer les performances des moteurs, limiter la vitesse, et pour certains membres du panel brider les moteurs, taxer la climatisation automobile, de subventionner lachat de voiture électrique, de promouvoir les bio carburants, pour une partie du panel promouvoir la recherche liée au moteur à hydrogène ;
4) de réduire de façon significative la part du transport routier dans le transport des marchandises en favorisant le ferroutage, le transport combiné, et en adaptant les infrastructures ferroviaires, en développant le transport fluvial et le cabotage, en rendant le stockage des marchandises moins coûteux pour éviter les flux tendus ;
5) dencourager les moyens de production décentralisés pour une utilisation locale (notamment dans le domaine de lalimentation) ;
6) une harmonisation des taxes sur les carburants au niveau européen.
La majorité des français vivent dans des logements anciens et mal isolés,
Malgré laccroissement des performances énergétiques des appareils, leur multiplication empêche une baisse sensible de la consommation globale
les moyens techniques permettent une diminution sensible de consommation dénergie en matière de chauffage
Il faut modifier nos comportements, individuels et collectifs
Nous recommandons :
1) des biens déquipement moins gourmands en énergie.
2) Pour les logements individuels anciens,
une augmentation des subventions et des incitations fiscales, prêts à taux bonifié, relatifs à lisolation thermique des bâtiments ;
la diversification des moyens de chauffage individuel, et incitations financières privilégiant les moyens moins émetteurs de GES (solaire ..)
3) Pour les logements neufs et anciens,
le relèvement des normes, la simplification et lharmonisation de la réglementation ;
la généralisation des études bioclimatiques avant la construction de logements neufs.
4) Pour les logements collectifs,
renforcer les législations existantes pour les équipements collectifs :
favoriser la cogénération pour le chauffage ;
diminuer le gaspillage délectricité ;
exploiter,
lorsque cest possible la géothermie et les pompes à chaleur.
D. Indemnisation des catastrophes naturelles :
Attendu que :
le nombre de catastrophes « naturelles » aggravées par les changements climatiques, risque daugmenter ;
les compagnies dassurance risquent de refuser dindemniser ces sinistres ;
Nous pensons que :
il est nécessaire dinstaurer un système de solidarité internationale ;
il faut maintenir le système dindemnisation en vigueur en France.
Nous recommandons :
1) la création dun fonds mondial dindemnisation ;
2) le maintien des obligations respectives de lEtat français et des assureurs dans le cas de lindemnisation de ces catastrophes.
Nous sommes conscients que le secteur agricole a une place importante dans la problématique des changements climatiques. Cette question nayant pas pu être traitée lors des tables rondes de la conférence, il nous a paru difficile dadopter une position et de formuler des recommandations.
Attendu que :
les pays du nord sont responsables du niveau actuel des émissions de gaz à effet de serre ;
le partage des responsabilités est très difficile entre ces pays ;
les engagements de réduction des émissions pris dans le cadre du Protocole de Kyoto seront très difficiles à tenir dici 2012 ;
des équipements industriels sont nécessaires au développement des pays en voie de développement,
Nous pensons :
quils doivent être les premiers à diminuer leurs émissions pour montrer lexemple ;
quils doivent aider les pays défavorisés à sengager dans des modes de développement durables.
Nous recommandons :
que les pays du nord prennent en charge financièrement et techniquement une grande partie des transferts de technologie vers les pays défavorisés, sans en entraver lourdement le développement ;
que les pays du nord diminuent notablement leurs propres émissions de gaz à effet de serre.
Attendu que :
létat des connaissances ne permet pas de conclure à une réduction significative du C02 global par les puits de carbone
Nous pensons que :
le système des puits de carbone risque dêtre perverti (reforestation de pays dont ce nest pas le besoin prioritaire).
Nous recommandons :
que le système de régulation par les puits de carbone soit limité en quantité, encadré et géré de manière très précise par une organisation supranationale et indépendante.
Attendu que :
les engagements de réduction des émissions pris dans le cadre du Protocole de Kyoto seront très difficiles à tenir dici 2012 ;
le système des permis démissions repose sur linvestissement dans des technologies non polluantes au sud et/ou sur lutilisation du mécanisme des puits de carbone ;
ces investissements seront faits prioritairement dans les pays du sud industrialisés ou possédant des forêts ;
Nous pensons que :
ce mécanisme profitera surtout aux pays industrialisés du nord et leur donnera bonne conscience.
Nous recommandons :
que le système des permis démissions soit défini de telle sorte quil nentrave pas le développement des pays du sud ;
que ce système ne dispense pas les pays du nord de réduire leurs propres émissions ;
que soit instauré un contrôle strict par un organisme supranational indépendant des intérêts économiques des pays du nord.
Attendu que :
aucun mécanisme de sanction na été défini ni mis en place ;
il serait logique de sanctionner les pays qui nont pas tenu leurs engagements,
Nous pensons que :
sans des sanctions, les engagements ne seront jamais tenus.
Nous recommandons :
quun organisme supranational et indépendant soit mis en place rapidement
quà Johannesburg, il soit ajouté au Protocole de Kyoto un mécanisme de sanctions contrôlé par lONU
e. Réintégration des Etats-Unis dans les négociations :
Attendu que :
les Etats-Unis ne pourront pas tenir leurs engagements pris mais non ratifiés ;
les Etats-Unis demandent aux pays du sud de prendre des engagements ;
leur part démission de GES au niveau mondial est de 30%, pour une population représentant 5% de la population mondiale.
Nous pensons que :
les USA sont des partenaires incontournables
le principe dune solidarité universelle (entre tous les Etats) devrait les conduire à négocier dans lintérêt général.
Nous recommandons :
que la position de lUnion Européenne soit plus souple vis-à-vis des mécanismes de flexibilité proposés par les Etats Unis, (puits de carbone, mécanismes de développement propre)
Attendu que :
on sattend à une croissance importante du trafic aérien dans un avenir proche ;
les émissions générées par le trafic aérien représentent 3, 5 % du total des émissions de gaz à effet de serre ;
ces émissions ne sont pas prises en compte dans les négociations,
Nous pensons que :
il faut agir rapidement pour réguler ce trafic ;
il faut éviter de transporter sur de longues distances les denrées que lon peut produire à proximité des consommateurs (par exemple : éviter limportation par avion de kiwis de Nouvelle Zélande).
Nous recommandons :
que le trafic aérien soit intégré dans les prochaines négociations internationales ;
que le kérosène soit taxé.
g. Rôle du FMI, de lOMC et de la Banque Mondiale ; aide aux pays défavorisés.
Attendu que :
le FMI a un rôle incontournable dans le développement des pays du Sud, que lOMC est déconnectée des institutions internationales et prône le libre échangisme sans se préoccuper des conséquences sur leffet de serre ;
la contribution des pays industrialisés pour assurer le développement des pays défavorisés ne cesse de diminuer,
Nous pensons que :
cela conduit à une augmentation des inégalités entre pays du Nord et pays en voie de développement.
Nous recommandons :
que lon change les règles de la gouvernance mondiale et les modalités daide aux pays en développement ;
que les pays en développement aient plus de poids au sein de lONU ;
que le contrôle de lONU sur le FMI, la Banque Mondiale et lOMC soit renforcé
Une partie du panel suggère la mise en place de la taxe Tobin afin dassurer le développement des pays défavorisés en énergie non émettrice de gaz à effet de serre.
Attendu que :
le changement climatique semble être devenu la première préoccupation des Français sur les sujets liés à lenvironnement ;
linformation sur le changement climatique est incomplète à la télévision :
la méconnaissance du grand public sur les causes et conséquences de ce phénomène empêche la mobilisation des citoyens ;
nous, citoyens, ne faisons pas le lien entre notre mode de vie et les conséquences sur le changement climatique, doù notre absence de responsabilisation,
Nous pensons que :
la télévision ne joue pas le rôle quon est en droit den attendre ;
il y a nécessité dinformer le grand public ;
les citoyens ont besoin de connaître les tenants et aboutissants des décisions prises ou à prendre en matière de taxation (à titre dexemple : TGAP, taxe sur le gazole) ;
les citoyens ont besoin de données simples, chiffrées, sur les conséquences de leur mode de vie en termes démissions de gaz à effet de serre ;
il y a urgence à agir de suite sachant que nos comportements immédiats auront des conséquences à long terme non rapidement visibles ;
les problèmes de changements climatiques dépassent les enjeux électoralistes et de pouvoir
Nous avons déploré labsence de représentants des chaînes de télévision française, que nous avions invités au débat public.
Nous recommandons :
1) des campagnes dinformation, par exemple des spots télévisés témoignant dexpériences positives ;
2) une diversification des supports : émissions thématiques, campagnes de sensibilisation choc, etc. ;
3) de favoriser la création ou laide aux associations dont la finalité est de lutter contre les émissions de gaz à effet de serre.
4) dinciter les têtes de réseaux associatifs (associations de jeunesse et déducation populaire) à semparer de ce sujet, à lintégrer à leurs projets et à le relayer auprès des associations adhérentes, et dinciter ces associations à monter des projets locaux et à diffuser linformation sur les changements climatiques ;
5) de déclarer une année de la lutte contre leffet de serre, sous légide de lONU ;
6) de déclarer une journée nationale de la lutte contre leffet de serre avec actions diverses (journée sans voiture, échanges dexpériences entre pays etc.) ;
7) de créer une plaquette qui traduise en termes démissions de CO2 tous les actes de la vie courante, et qui permette dévaluer les gains obtenus grâce aux changements de comportements. La distribution de cette plaquette doit être précédée dune campagne dinformation nationale ;
8) de prendre des mesures nécessaires pour que les acquis ne soient pas remis en cause par le changement de majorité politique ;
9) de sensibiliser les enfants en milieu scolaire dès leur plus jeune age : mise en place de projets au sein des écoles ;
10) de généraliser ces enseignements à toutes les classes dage par des méthodes appropriées.
Les instances démocratiques traditionnelles ont montré leurs limites. La conférence citoyenne nous a permis dexplorer une nouvelle voie : la voie de la démocratie directe.
Le citoyen nest pas un intermittent de la vie politique mais lacteur à part entière de son devenir. De même que les changements climatiques ne connaissent pas de frontières, la citoyenneté peut être le vecteur dune solidarité universelle, seul comportement rationnel et responsable face à un choix crucial :
Soit nous continuons dans la voie actuelle dune croissance économique forte et nous sacrifions les générations futures.
Soit nous modifions radicalement nos comportements et nous garantissons un développement durable de notre planète.