- Depuis la tenue de la
Conférence des Nations Unies sur l’environnement et le développement
à Rio de Janeiro, les jeunes du monde entier se sont rencontrés
à plusieurs reprises pour définir ensemble les priorités
pour l’avenir. Les jeunes ont conscience des efforts déployés
en faveur du développement durable lors de la Conférence de
Rio. Cependant, en tant que représentants de la génération
future, nous sommes très déçus par l’absence continue
d’engagement et de volonté politique pour mettre en oeuvre les résultats
de la Conférence. Les jeunes ont suivi de près les préparatifs
du Sommet mondial pour le développement durable et constatent avec
regret l’absence de propositions concrètes et opportunes pour faire
du développement durable une réalité.
- Comme indiqué
au chapitre 25 d’Action 21 et au principe 21 de la Déclaration de Rio
sur l’environnement et le développement, il est indispensable d’associer
les jeunes et les enfants à tous les niveaux de la prise de décisions,
en particulier dans le cadre du développement durable où l’égalité
entre les générations est primordiale. Les gouvernements et
les autorités locales se doivent de faire participer des délégués
de la jeunesse élus démocratiquement à toutes les réunions
se tenant à l’échelon international, national, régional
et local.
- Les priorités
et partenariats possibles décrits brièvement ci-dessous s’appuient
sur plusieurs initiatives de jeunes, notamment le Forum mondial des jeunes
du Programme des Nations Unies pour l’environnement (PNUE), les travaux de
délégués de la jeunesse qui ont assisté aux deuxième
et troisième sessions de la Commission du développement durable
constituée en comité préparatoire du Sommet mondial pour
le développement durable, et l’examen à l’échelon international
du chapitre 25 d’Action 21 par les jeunes, ainsi que les contributions recueillies
par l’intermédiaire de la liste de diffusion du Forum des jeunes du
Sommet mondial pour le développement durable.
1. Priorités
de la jeunesse en matière
de développement durable
- Les jeunes affirment
qu’un certain nombre de conditions doivent être réunies si l’on
veut concrétiser le développement durable. Il s’agit notamment
de créer les conditions de la paix, de la démocratie et de la
transparence dans les institutions politiques, d’éradiquer la corruption,
d’éliminer la discrimination sous toutes ses formes, de stabiliser
la croissance démographique et de vivre dans les limites de ce que
la Terre peut supporter. Nous revendiquons également pour les populations
autochtones le droit à l’autodétermination, le droit d’accéder
à la propriété foncière et aux ressources. Nous
continuons d’insister sur le fait que le développement durable apporte
réellement une autre solution face à la militarisation car il
est une garantie de paix.
- Nous continuons de réclamer
que la pauvreté soit éradiquée en reconnaissant l’écart
grandissant entre riches et pauvres et nous réclamons l’effacement
immédiat de la dette extérieure des pays en développement.
Tous les pays développés doivent atteindre l’objectif qui consiste
à consacrer 0,7 % de leur produit national brut (PNB) à
l’aide publique au développement. Nous appelons également les
pays industrialisés à admettre qu’ils ont une dette écologique
et sociale.
- Nous appelons à
la responsabilisation des jeunes par l’intermédiaire de communautés
viables et autonomes. Étant d’avis que les humains et la nature sont
plus importants que les bénéfices des entreprises transnationales,
nous exigeons que celles-ci aient l’obligation de rendre compte de leurs actes,
et que les traités relatifs au commerce international soient réexaminés
en fonction de la viabilité des pratiques et même annulés
en cas de besoin.
- Nous revendiquons l’accès
à l’information et la responsabilisation dans le cadre de l’enseignement
scolaire et extrascolaire et des technologies de l’information et des communications
afin de promouvoir une information d’ordre général sur le développement
durable. Il faut garantir des sources de revenus durables en multipliant les
programmes de formation professionnelle et les perspectives d’emploi.
- Nous sommes préoccupés
par le peu de progrès accomplis dans la mise en oeuvre des dispositions
du chapitre 36 d’Action 21 concernant la promotion de l’éducation,
de la sensibilisation du public et de la formation. L’éducation de
base doit être garantie pour les enfants et les jeunes (garçons
et filles) d’ici à 2010. Tous les programmes éducatifs à
tous les niveaux doivent comporter un volet sensibilisation au développement
durable.
- La consommation excessive
des pays développés se fait au dépend des pays en développement
qui sont eux-mêmes exposés à ce type de consommation à
l’avenir. Pour remédier à cette situation, il faut notamment
établir des règles d’échange justes, avoir recours à
la gestion du cycle de vie des produits et promouvoir les énergies
renouvelables. Nous encourageons en outre les gouvernements et les industries
à supprimer les subventions non viables, à adopter des techniques
de production plus propres et des écotaxes, à réduire
la production de produits chimiques toxiques et de gaz à effet de serre
et à limiter la publicité des entreprises qui "pollue"
les espaces publics.
- Sans eau, il n’y a pas
de vie sur Terre, nous continuons pourtant d’utiliser cette ressource d’une
manière incompatible avec le développement durable. Sans les
forêts, les ressources en eau n’existent plus. Nous demandons instamment
que des mesures soient prises immédiatement pour arrêter la destruction
des forêts. Nous encourageons les gouvernements, le système des
Nations Unies et les parties prenantes à sensibiliser les citoyens
à la gestion rationnelle de l’eau. Nous insistons pour que soient appliqués
les règlements et traités internationaux adoptés pour
protéger les ressources en eau douce.
- Nous réclamons
des mesures gouvernementales pour lutter contre le VIH/sida en faisant campagne
pour la responsabilisation des femmes, la sexualité sans risques, l’éducation
complète en matière de santé sexuelle, la mise à
disposition de seringues stériles et l’accès aux traitements.
Nous exigeons en outre que des mesures pratiques intégrées soient
financées pour stabiliser la pandémie d’ici à 2005 et
réduire la propagation d’ici à 2010.
2. Initiatives
des jeunes en faveur
de partenariats possibles
- Les jeunes lancent un
appel résolu à tous les États Membres, aux organismes
des Nations Unies, à la société civile et aux entreprises
pour qu’ils s’ouvrent aux jeunes et investissent dans leurs compétences
et leurs aptitudes de manière plus concrète et efficace. En
tant que jeunes, nous avons montré notre volonté résolue
de participer activement à notre développement et à celui
de nos communautés.
- Dans le cadre des résultats
du Sommet de Johannesburg, il faut également intégrer les partenariats
dans les valeurs et les principes de transparence, d’égalité,
de parité, de correction des déséquilibres passés
et de la participation intégrée.
Éducation
- Nous préconisons
les mesures suivantes :
a) Lancer
des programmes pour sensibiliser et former les collectivités, y compris
par un enseignement pratique sur les questions de développement durable
en partenariat avec les institutions d’apprentissage, les syndicats, les entreprises,
les autorités locales et d’autres partenaires concernés;
b) Utiliser
les campus universitaires en tant que modèles viables pour d’autres
agences et institutions de la société, des groupes d’étudiants
locaux travaillant avec l’administration pour utiliser uniquement des ressources
renouvelables et durables sur les campus;
c) Intégrer
les connaissances sur la durabilité dans les programmes d’enseignement
des écoles de commerce, d’ingénieurs et de droit (ainsi que
dans tous les autres programmes universitaires), des partenariats locaux créant
des groupes de travail pour intégrer la sensibilisation aux questions
relatives à la durabilité dans leurs programmes d’enseignement;
d) Mettre
en place des centres de technologies de l’information viables avec des classes
virtuelles dans les collectivités rurales, reliées en réseau
aux universités. À l’aide de techniques de conférence
multimédias, les jeunes peuvent être formés dans les domaines
qui les intéressent et acquérir de nouvelles compétences
et techniques, telles que celles de l’agriculture biologique durable.
Participation
des jeunes à la prise de décisions
- Nous préconisons
la création de forums locaux de jeunes qui leur permettraient de participer
à la prise de décisions, notamment des conseils locaux de jeunes
disposant d’un réel pouvoir et d’un financement approprié pour
mener à bien leurs activités. La participation des jeunes à
la prise de décisions sera ainsi garantie à l’échelon
local.
Emploi et réduction
de la pauvreté
- Nous préconisons
les mesures suivantes :
a) S’efforcer
de créer des partenariats ayant pour objet de multiplier les perspectives
d’emploi et les sources de revenus durables. Les jeunes doivent participer
à l’élaboration de plans d’action pour l’emploi des jeunes,
notamment la promotion de l’esprit d’entreprise chez les jeunes par la fourniture
de données de meilleure qualité, la formation, et l’accès
aux ressources et à l’encadrement par des personnes qualifiées;
b) Lancer
des programmes de renforcement des capacités pour favoriser l’emploi,
tels que la formation professionnelle et les prêts de microcrédit
afin de créer des petites entreprises. À cette fin, on pourrait
établir des partenariats avec les autorités locales et les organisations
non gouvernementales en raison des échanges directs qu’elles entretiennent
avec les collectivités locales.
Production et
consommation durables
- Nous préconisons
les mesures suivantes :
a) Définir
des principes généraux pour faire en sorte que les campagnes
de publicité encouragent les enfants et les jeunes à adopter
des modes de vie viables à long terme, et lancer des campagnes de sensibilisation
dans les pays développés, destinées à réduire
la consommation excessive;
b) Établir
des partenariats avec les autorités locales pour créer et maintenir
des zones exemptes de toute annonce publicitaire dans les parcs publics, les
écoles et les universités, et remplacer ces annonces par des
créations artistiques de jeunes et d’enfants ou des messages les encourageant
à adopter des modes de vie individuels.
- Outre les règles
de transparence juridiquement contraignantes, les jeunes se proposent d’établir
des partenariats pour obliger les entreprises à rendre des comptes
lorsque leurs méthodes de production ne sont pas viables. De façon
générale, le but est d’éviter la dégradation de
l’environnement et les violations des lois et des droits de l’homme.
Eau douce
- Nous préconisons
de travailler ensemble en vue, pendant et après l’Année internationale
de l’eau douce en 2003, d’apprendre aux jeunes générations à
protéger, gérer et respecter les ressources mondiales en eau.
Santé
- Les jeunes se proposent
d’établir des partenariats qui appuieraient de véritables initiatives
d’éducation pour la santé sexuelle faite " par et
pour les jeunes ", par l’exécution de programmes visant à
promouvoir la notion et la pratique de vie positive, et la mise en place de
mécanismes qui favoriseraient le changement des comportements chez
les jeunes dans le cadre de la lutte contre le VIH/sida.
3. Conclusion
- En tant que jeunes, nous
continuerons à oeuvrer pour faire du développement durable une
réalité. Nous appelons à la mise en place d’un cadre
éthique pour le développement durable en conformité avec
les priorités nationales, régionales et locales. Nous nous engageons
à respecter les priorités et engagements énoncés
ci-dessus et réclamons l’application de mesures concrètes et
opportunes en faveur du développement durable. Celles-ci doivent être
appliquées dans un cadre acceptable de gouvernance et de financement
mondial, qui tient compte de la nécessité de renforcer les économies
des pays en développement.
- Le Sommet mondial pour
le développement durable doit déboucher sur de réels
plans d’action et ne peut pas se contenter de promesses sans lendemain et
d’occasions manquées. Il ne suffit pas de signer des documents, nous
avons besoin de mesures concrètes pour garantir un meilleur avenir!
- Les jeunes doivent participer
à ce processus!
Notes
1 Rapport
de la Conférence des Nations Unies sur l'environnement et le développement,
Rio de Janeiro, 3-14 juin 1992, vol. I; Résolutions adoptées par la Conférence
(publication des Nations Unies, numéro de vente : F.93.I.8 et rectificatif),
résolution 1, annexe II.
2 Ibid.,
annexe I.
* A/CONF.199/PC/15.
** La note
explicative, demandée au titre du paragraphe 8 de la résolution 53/208 B, dans
lequel l'Assemblée générale a décidé " que, en cas de soumission tardive d'un
rapport aux services de conférence, les raisons de ce retard seront indiquées
dans une note explicative figurant dans le document ", n'était pas jointe au
document original.
*** Le
présent document a été établi par le Forum des jeunes
du Sommet mondial pour le développement durable. Les opinions qui y sont
exprimées ne représentent pas nécessairement celles de
l’Organisation des Nations Unies.