Nations Unies

Nations Unies

E/CN.17/2002/PC.2/6/Add.8

Conseil économique
et social

Distr. générale
13 décembre 2001

Français
Original: anglais

     

Commission du développement durable constituée
en comité préparatoire du Sommet mondial
pour le développement durable

Deuxième session préparatoire
28 janvier-8 février 2002

Dialogue multipartite dans le cadre de la deuxième session de la Commission du développement durable constituée en comité préparatoire du Sommet mondial
pour le développement durable

Note du Secrétaire général
Additif
Document de concertation émanant de la communauté scientifique et technologique
*

Rôle et contribution de la communauté scientifique et technologique au développement durable**

* Document rédigé par le Conseil international pour la science (CIUS) et la Fédération mondiale des organisations d’ingénieurs (FMOI), invités par le secrétariat du Sommet mondial pour le développement durable comme partenaires-organisateurs du dialogue multipartite pour la communauté scientifique et technologique. Le présent document a été préparé en consultation avec des organisations scientifiques du monde entier, consultation facilitée par la CIUS et la FMOI. Les vues et opinions exprimées ne reflètent pas nécessairement celles de l’Organisation des Nations Unies.

** Le Conseil international pour la science (CIUS) et la Fédération mondiale des organisations d’ingénieurs (FMOI), « partenaires co-organisateurs » pour la communauté scientifique et technologique (chap. 31 d’Action 21) du processus de préparation du Sommet mondial pour le développement durable ont préparé le présent document en collaboration avec l’Académie des sciences du tiers monde (TWAS), l’Inter-Academy Panel (IAP) et le Conseil international des sciences sociales (CISS). Ces cinq organisations ont toutes consulté leurs membres, afin de refléter le vaste éventail d’opinions et d’idées des praticiens des sciences naturelles, sociales et techniques à travers le monde. Ce document ne constitue toutefois pas une prise de position ou une déclaration officielle des organisations en question. En outre, sa préparation a été coordonnée par l’Organisation des Nations Unies pour l’éducation, la science et la culture (UNESCO), responsable du chapitre 35 (la science au service d’un développement durable). Ces cinq organisations non gouvernementales continueront à coopérer entre elles, afin de s’assurer de la participation active du grand groupe « Communauté scientifique et technologique » au processus de préparation du Sommet mondial pour le développement durable, ainsi qu’avec d’autres organisations scientifiques, techniques et technologiques et des scientifiques et ingénieurs de toutes les régions du monde.

Résumé analytique

L’une des principales leçons tirées depuis la Conférence des Nations Unies sur l’environnement et le développement de 1992 est que la transition vers un développement durable ne peut se faire sans la science, la technique et la technologie. C’est pourquoi la promotion des objectifs de durabilité, le traitement immédiat des besoins sociaux et humains et la préservation simultanée des fragiles systèmes permettant la vie sur terre sont devenus une priorité de plus en plus importante pour la communauté scientifique et technologique internationale.

Certes, des progrès ont été réalisés dans la résolution des problèmes posés par la durabilité, mais il reste beaucoup à faire. Les facteurs qui influent sur la durabilité, comme le réchauffement de la planète, la diminution de la biodiversité, la croissance démographique, les modes de consommation et l’expansion des mégalopoles, soulèvent des problèmes dépassant la capacité du monde scientifique et technologique et de la société à concevoir des réponses efficaces et globales. Parallèlement, le rythme rapide de la mondialisation économique et l’explosion des technologies de l’information ont profondément modifié l’environnement de recherche dans lequel les scientifiques et les ingénieurs opèrent. La communauté scientifique et technologique et la société s’efforcent de concevoir un nouvel ensemble de stratégies permettant de relever les défis à venir. S’inspirant du chapitre 31 d’Action 21, la communauté scientifique et technologique propose que ces stratégies soient fondées sur les principes suivants.

Un nouveau contrat : le traitement de l’équité sociale,
de la réduction de la pauvreté et des autres besoins sociétaux
doit faire partie intégrante de la démarche scientifique,
technique et technologique

La communauté scientifique et technologique possède un potentiel énorme de contribution au développement durable. Pour concrétiser effectivement ce potentiel, elle doit de plus en plus orienter ses recherches vers des questions touchant aux besoins fondamentaux de l’homme et de la société. Comme il a été déclaré lors de la Conférence mondiale sur la science organisée en 1999 par l’Organisation des Nations Unies pour l’éducation, la science et la culture et le Conseil international pour la science (UNESCO/CIUS), la communauté scientifique doit constamment être consciente des éventuelles conséquences de la recherche sur la société et en assumer la responsabilité. De son côté, la société se doit de lui fournir un financement approprié, des installations de recherche modernes, des structures de carrière convenables, ainsi que des possibilités de faire passer l’information et de participer au processus de prise de décisions. Un tel effort nécessite que la science et la société passent un nouveau contrat où les dimensions éthiques revêtent un rôle d’orientation déterminant.

Réorientation et investissement : sciences et techniques
doivent accorder une plus grande priorité à l’identification
de solutions aux problèmes urgents d’environnement
et de développement et bénéficier d’un soutien renforcé
de la société et des pouvoirs publics

Les économistes ont toujours déclaré que les investissements dans les sciences et les techniques figuraient parmi les plus rentables qu’une nation puisse opérer. Pourtant, les investissements scientifiques et technologiques ont, à de multiples égards, été inadaptés, en particulier dans les pays en développement où le financement de la recherche et du développement représente souvent moins de 0,5 % du produit intérieur brut (PIB). Pour relever les défis actuels et futurs dans le domaine social et en matière d’environnement, les nations doivent non seulement accroître considérablement leur investissement scientifique et technologique, mais également considérer ces efforts comme des éléments fondamentaux de leurs stratégies globales de développement économique et social. L’investissement scientifique et technologique doit mettre de plus en plus l’accent sur des activités pluridisciplinaires, au contact de la diversité régionale et culturelle et qui permettent d’étudier les relations complexes qu’entretiennent la nature et la société.

Construire et entretenir : la capacité scientifique
et technologique, en tant que construction de connaissances
et de nouveaux instruments, doit être développée
et entretenue dans tous les pays, mais surtout dans ceux
où elle n’a pas encore atteint la masse critique minimale

La science et la technologie ne sauraient contribuer efficacement au développement durable si les pays ne disposent pas de la capacité scientifique minimale. Les investissements soutenus et persistants qu’ont opérés les pays du Nord pour constituer leur capacité en matière d’éducation, de science et de technologie expliquent le succès économique de ces pays. Les expériences menées au cours de la dernière décennie en Chine, au Brésil, en Inde, à Singapour et en République de Corée montrent que la volonté d’une nation d’investir systématiquement dans la science et la technologie peut générer d’importants dividendes. Toutefois, les investissements nationaux doivent s’accompagner de partenariats internationaux responsables et réciproquement bénéfiques. L’expérience montre que la coopération scientifique internationale dans le cadre d’efforts tels que la mise en place de réseaux institutionnels, l’encouragement de la mobilité et d’échanges scientifiques et la création de centres scientifiques de haut niveau dans les pays dotés de faibles infrastructures scientifiques, constituent d’excellentes stratégies pour renforcer les capacités dans ce domaine. Parallèlement, des mesures coordonnées doivent être prises pour contrer les effets négatifs de l’« exode des cerveaux » sur les pays qui s’efforcent de développer leurs propres capacités scientifiques et celles de leurs scientifiques. La science au service du développement durable doit être de portée mondiale, même si sa mise en oeuvre se déroule aux plans local et régional. La constitution et le maintien de cette capacité reposent surtout sur les épaules des autorités nationales, mais requièrent une collaboration et des partenariats sensiblement renforcés avec la communauté mondiale des prestataires d’aide au développement et la communauté scientifique et technologique.

Innover et durer : l’élaboration de nouvelles technologies
et le partage de celles qui existent doivent être encouragés
et orientés vers des modes de production et de consommation durables qui accordent l’importance qui leur revient
aux technologies locales, économiques et culturellement adaptées

La science au service du développement durable ne parviendra pas à atteindre ses objectifs sociétaux ultimes si elle n’est pas en prise directe avec l’innovation, de façon à parvenir à des modes de production et de consommation plus durables. Il faut pour cela opérer des investissements dans les technologies d’avant-garde qui permettront de réduire les exigences en énergie et en ressources naturelles, des processus de production et de consommation. Il faudra également accorder plus d’importance au savoir autochtone et reconnaître la nécessité d’adapter les technologies existantes aux besoins locaux. Les sciences sociales et du comportement fournissent des indications et orientations nouvelles susceptibles de faciliter la transition vers des modes de consommation plus durables, en particulier dans les pays en développement. La réussite dépendra en grande partie de l’aptitude à nouer de nouvelles relations de confiance entre secteur public et secteur privé lors de l’élaboration des politiques et programmes qui assurent la liaison entre la science et la technologie.

S’engager et s’impliquer : un engagement responsable
de la communauté scientifique et technologique
dans le processus de prise de décisions est indispensable
pour que la conduite des affaires publiques aboutisse
effectivement au développement durable

Il est du devoir de la communauté scientifique et technologique d’apporter des informations et de participer aux processus de prise de décisions, afin d’accroître l’impact de la science dans les discussions et décisions politiques. Dans un monde où le savoir est de plus en plus déterminant, dans une économie mondiale où la réussite dépend de plus en plus de la science et de la technologie, sur cette planète confrontée à des problèmes environnementaux et sociaux qui dépassent les frontières politiques et culturelles, les scientifiques et les ingénieurs se doivent de s’intéresser davantage aux questions et processus touchant à la politique de développement durable. Les produits de la démarche scientifique, tels que l’évaluation intégrée, devraient être modelés et diffusés de manière à contribuer directement aux processus de prise de décisions. Parallèlement, il faut reconnaître et admettre ouvertement que l’accumulation de connaissances scientifiques est un processus par approximations successives; la science et la technologie ne sauraient détenir toutes les réponses et l’incertitude et le risque font souvent partie intégrante de l’application des connaissances scientifiques. En outre, la communauté scientifique et technologique et, en particulier, ses organisations universitaires et professionnelles ont un rôle majeur à jouer dans la promotion de la compréhension dans le public de l’intérêt de la science, de l’éducation scientifique et de l’initiation à tous les niveaux.

Introduction

  1. Le présent document fait le point des progrès réalisés et identifie les activités prioritaires ayant trait au chapitre 31 d’Action 211 intitulé « Communauté scientifique et technique » et devant être menées par ladite communauté. Le rôle de la science et de la technique est également abordé dans d’autres chapitres d’Action 21, en particulier le chapitre 34 (« Transfert de technologies écologiquement rationnelles, coopération et création de capacités ») et le chapitre 35 (« La science au service d’un développement durable »). Il convient en outre que la mise en oeuvre des différents chapitres sectoriels et intersectoriels d’Action 21, portant par exemple sur l’eau douce et la santé, repose sur des connaissances fiables2 et l’adoption de technologies écologiquement rationnelles. Le présent document porte toutefois sur les deux questions prioritaires du chapitre 31 : l’amélioration de la communication et de la coopération entre la communauté scientifique et technique, les décideurs et le public, ainsi que la promotion de codes de pratique et de lignes directrices.

  2. Ces questions sont autant de défis pour la communauté scientifique et technique. Les mesures que nous avons prises au cours de la décennie écoulée ont été anticipatives et notables dans de nombreux domaines et ont donné lieu à une série de nouvelles initiatives, activités et institutions se rapportant au développement durable. En tant que communauté s’efforçant de renforcer l’intégration, la transparence et les partenariats, force nous est toutefois de reconnaître que le voyage vient juste de commencer et que ces mesures ont été insuffisantes et trop fragmentaires pour qu’il soit possible de relever comme il convient les défis lancés. La science, l’ingénierie et la technologie3 ont un rôle essentiel à jouer dans le progrès des civilisations humaines et l’amélioration de la qualité de vie. La manière inadéquate et insuffisante dont les connaissances ont été utilisées s’est également traduite par un renforcement des menaces qui pèsent sur les systèmes d’entretien de la vie sur terre et ne nous a pas permis de répondre aux besoins de base d’une grande partie de la population mondiale.

  3. Dix ans après Rio, il est difficile de faire état des progrès réalisés en ce qui concerne le chapitre 31 sans réfléchir de manière approfondie aux principaux événements et problèmes qui ont marqué cette période. Deux grandes transformations sont devenues évidentes sur notre planète. D’une part, les importants changements qui sont intervenus sur les plans mondial et régional au niveau du climat et de la « santé » de la biosphère ont eu de graves conséquences pour la durabilité des écosystèmes et des moyens d’existence et, d’autre part, les processus simultanés de mondialisation des personnes, des idées et des biens obéissant aux lois du marché ont créé de nouveaux défis et de nouvelles possibilités.

  4. Promouvoir les objectifs d’une transition vers la durabilité, c’est-à-dire répondre aux besoins de l’être humain tout en préservant les systèmes d’entretien de la vie sur terre, est devenu l’une des principales gageures pour la communauté scientifique et technique. Ont commencé à relever le défi divers programmes mondiaux et régionaux de recherche en environnement, d’évaluation et de renforcement des capacités principalement financés par les organisations internationales qui composent la communauté scientifique et technique, notamment des instituts scientifiques et des organismes professionnels ainsi que des réseaux indépendants d’universitaires, de scientifiques et d’ingénieurs de toutes les régions du monde. Cette tâche a été soutenue par les organismes compétents des Nations Unies et par un réseau informel d’organismes nationaux de financement de la recherche appelé Groupe international des organismes de financement pour la recherche sur les changements planétaires (GIAF).

  5. Il importe que décideurs de tous niveaux puissent avoir accès et dans les meilleurs délais au savoir scientifique et technique afin d’être à même d’adopter des politiques rationnelles attestant une meilleure compréhension de questions techniques, économiques, sociales, culturelles et éthiques complexes concernant la société, la planète et son environnement. Scientifiques et ingénieurs jouent un rôle croissant dans la mise au point des processus politiques. Ils continueront de faire partie intégrante de la gestion des questions liées à l’environnement sur le plan mondial mais leur influence s’étendra de plus en plus également à la gestion du développement durable. De fait, dans son rapport à l’Assemblée du Millénaire des Nations Unies (A/54/2000) intitulé « Nous, les peuples : le rôle des Nations Unies au XXIe siècle », le Secrétaire général note qu’il sera prioritaire au XXIe siècle de disposer de données scientifiques plus précises.

  6. Le rôle de la science et de la technique dans les processus actuels de prise de décisions aux niveaux national et mondial concernant les trois piliers du développement durable – social, économique et écologique – est insuffisant. La science de l’environnement qui soutient le pilier écologique évolue rapidement et constitue le domaine d’activité le plus visible. Les travaux de recherche actuellement menés permettent de mieux comprendre la manière dont le développement et la lutte contre la pauvreté sont liés à la situation économique et sociale. Bien que des progrès réguliers aient été faits dans le domaine économique, la connaissance scientifique de l’élément social est moins développée et il convient d’y accorder davantage d’attention, notamment en donnant suite au Sommet mondial pour le développement social.

  7. Au cours des 10 années qui se sont écoulées depuis le Sommet planète Terre de Rio, nombre de concepts qui semblaient novateurs ou surprenants à l’époque ont été largement acceptés et le public est de plus en plus sensibilisé à la notion de développement durable. Dans la Déclaration d’Amsterdam4, les membres de quatre programmes mondiaux de recherche en environnement ont procédé à une synthèse de nos connaissances en la matière et appelé les gouvernements, les institutions publiques et privées et le public à promouvoir la mise au point d’un cadre éthique pour la sauvegarde du patrimoine naturel mondial et l’élaboration de stratégies de gestion de la planète et d’un nouveau système de sciences de l’environnement mondiales.

  8. En mai 2000, 60 académies scientifiques de l’Inter-Academy Panel on International Issues (Groupe interacadémies sur les questions internationales)5 ont souligné que les connaissances scientifiques, techniques et sanitaires pourraient, au cours des deux prochaines décennies, permettre de réaliser des progrès importants en vue d’un avenir durable et que ces progrès demanderaient de la part de la communauté scientifique un triple effort : promouvoir l’utilisation des connaissances existantes de façon plus large et plus efficace; créer de nouvelles connaissances et des technologies utiles; et collaborer avec les gouvernements, les organisations internationales et le secteur privé à la promotion d’une transition mondiale vers la durabilité.

  9. La Conférence mondiale UNESCO/CIUS sur la science intitulée « Science pour le XXIe siècle : un nouvel engagement », qui s’est tenue à Budapest et a réuni scientifiques, ingénieurs et décideurs du secteur public de 155 pays, a reflété la volonté renouvelée de la communauté scientifique et technique de créer des partenariats avec la société. Deux documents6 y ont été adoptés qui définissent en détail les principes et directives d’une vision commune et durable de la relation symbiotique qui existe entre la science et la société et ont largement contribué au renforcement et à la réalisation des objectifs d’Action 21, et en particulier de son chapitre 31. Les participants au processus du Sommet mondial pour le développement social sont encouragés à examiner ces documents car ils donnent une idée fort utile et détaillée des vues de la communauté scientifique et technique et de ses engagement sur toute une série de questions d’une importance essentielle pour le développement durable.

  10. Outre les grandes déclarations et conférences, la communautés scientifique et technique a entrepris une multitude de projets et programmes de recherche, organisé des réunions et mené des activités opérationnelles dans le monde entier et sur toute une série de questions scientifiques et techniques ayant trait au développement durable. Le présent document, plutôt que de recenser en détail ces nombreuses initiatives, portera principalement sur un certain nombre de grands thèmes faisant ressortir les enseignements tirés et illustrant la contribution que peuvent apporter la science, l’ingénierie et la technologie au développement durable, aussi bien depuis Rio qu’à l’avenir. Notre objectif est de fournir des exemples de la façon dont nous avons contribué à l’avènement d’un développement durable et dont nous devons redoubler d’efforts et les réorienter.

  11. Le processus préparatoire entrepris par la communauté scientifique et technique à l’occasion du Sommet a précisément porté sur les points soulevés au chapitre 31 concernant un renforcement de la collaboration. Se fondant sur notre première expérience lors du dialogue multipartite sur l’énergie et les transports qui a eu lieu pendant la neuvième session de la Commission du développement durable, nous avons, pour établir le présent document, réuni cinq organisations scientifiques et techniques internationales clefs et obtenu la contribution de nombreux autres organismes scientifiques et experts. Nous considérons cette collaboration sur le plan de la communication et de l’intégration comme une étape essentielle qui nous permettra de mieux répondre aux engagements figurant dans le présent document et le chapitre 31 et de donner suite aux décisions adoptées lors du Sommet de Johannesburg.

  12. Le présent document se compose comme suit : après l’introduction, la première section appelle l’attention sur le rôle de la communauté scientifique et technique dans la lutte contre la pauvreté et les inégalités lors de la transition vers un développement durable; la section II donne une série d’exemples des progrès réalisés et des enseignements tirés depuis Rio pour ce qui est d’un petit nombre de thèmes prioritaires; la section III examine le rôle intersectoriel critique que joue l’éthique dans le domaine de la science, de la technique et de la société; et la section IV constitue une brève conclusion.

I. Pauvreté, iniquité et développement durable

  1. La pauvreté et l’iniquité menacent la survie de millions de personnes, en particulier de femmes et d’enfants. Elles sont aussi, dans une large mesure, responsables de conflits et de guerres qui anéantissent souvent en grande partie les progrès économiques et sociaux déjà accomplis. Les milieux scientifiques et techniques sont convaincus que de nombreux autres documents établis à l’occasion du Sommet rendront compte comme il convient, à l’aide notamment de descriptions et d’indicateurs, du degré tragique qu’elles atteignent et de leurs terribles conséquences.

  2. Depuis Rio en 1992 et, plus particulièrement au cours des trois à quatre dernières années, les milieux scientifiques et techniques accordent un rang de priorité plus élevé aux questions de leur ordre du jour relatives à la pauvreté et à l’iniquité. Ils s’inquiètent essentiellement de ce qu’à ce jour, les sciences et techniques ne jouent pas pleinement leur rôle dans les tentatives qui sont faites pour surmonter ces grands obstacles sur la voie de la durabilité, alors même que leur développement permet de répondre aisément et souvent de manière peu onéreuse aux besoins fondamentaux des pauvres et des exclus. On mentionnera notamment à cet égard : a) les progrès accomplis en matière de santé et d’assainissement, en particulier pour ce qui est des maladies infectieuses, de la santé maternelle et infantile, de l’hygiène, de l’accès à de l’eau potable et à des moyens d’assainissement et de la planification familiale; b) les recherches concernant les sciences de la vie, qui progressent à pas de géant dans les domaines de la génétique et des biotechnologies; c) le développement de l’agriculture (auquel participent des entités telles que le Groupe consultatif de la recherche agricole internationale), grâce à des études sur les sols, leur utilisation et la modification de leur couverture, à l’amélioration des techniques d’irrigation et d’utilisation de l’eau, à l’emploi de produits chimiques agricoles écologiquement plus rationnels, à la production et à l’utilisation de plantes génétiquement modifiées et l’utilisation de rayonnements pour conserver les aliments, ainsi qu’à l’utilisation appropriée des connaissances traditionnelles; d) les recherches sur l’énergie, qui permettent notamment d’améliorer les rendements énergétiques, de réduire les émissions de gaz à effet de serre et de développer l’utilisation de sources d’énergie renouvelables telles que l’énergie solaire, la biomasse et l’énergie éolienne, ainsi que les études sur le charbon épuré, l’utilisation du gaz naturel et les piles à combustible et sur la sécurité de l’énergie nucléaire et la gestion des déchets nucléaires; et e) la contribution des sciences à la paix (objectif des Conférences d’Amaldi et de Pugwash) ainsi qu’au règlement des conflits et à la prévention du terrorisme, indispensable au développement durable. Il faut de plus en plus tenir compte des besoins essentiels des pauvres et des exclus lorsque l’on fixe les priorités scientifiques et techniques.

  3. L’un des domaines dans lesquels les milieux scientifiques et techniques peuvent contribuer à atténuer la pauvreté est celui de la prévention des catastrophes et des secours en cas de catastrophe. Chaque fois qu’une catastrophe se produit, ce sont les pauvres qui, invariablement, paient le plus lourd tribut en termes de pertes de vies humaines et de dégâts matériels. La survenue de phénomènes climatiques tels qu’El Niño est prévisible jusqu’à six mois à l’avance mais d’une part, de nombreux gouvernements ne sont pas en mesure de recevoir et d’utiliser cette information, ce qui n’est pas propre à l’accréditer auprès du public, et d’autre part, la manière dont les données disponibles sont divulguées auprès des protagonistes concernés ne permet pas de sauver des vies. Les milieux scientifiques et techniques ont donc un grand rôle à jouer dans la prévention des catastrophes au moyen d’une planification préalable, l’atténuation de leurs effets et l’organisation d’activités de secours lorsqu’elles se produisent.

  4. Il est également possible, dans de nombreux autres domaines liés à l’atténuation de la pauvreté, d’opérer des choix technologiques plus satisfaisants grâce aux progrès de la recherche scientifique et technique. Les milieux scientifiques et techniques sont déterminés à agir de concert avec tous les protagonistes et, en particulier, les principaux organismes de financement de la recherche, les fournisseurs d’une aide au développement et le secteur privé, pour mieux équilibrer les priorités en matière de recherche de manière à pouvoir atténuer la pauvreté et l’iniquité.

II. Thèmes illustrant les progrès scientifiques et techniques

A. Préparatifs de la prise de décisions : les évaluations intégrées

Progrès accomplis

  1. L’ouverture du processus de prise de décisions à de nouveaux protagonistes et l’accroissement de la coopération à tous les niveaux entre le public, les milieux scientifiques et techniques et les décideurs font l’objet d’un programme d’activité clef du chapitre 31 d’Action 21. On s’accorde de plus en plus à reconnaître, depuis la Conférence de Rio de 1992, que pour favoriser le développement durable dans tous les pays, il faut pouvoir s’appuyer sur des informations faisant autorité, fondées sur des évaluations scientifiques.

  2. C’est ce dont témoigne, notamment, l’importante influence acquise par le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat dans l’élaboration des politiques. Ses évaluations et prévisions, qui étaient initialement destinées à informer les milieux scientifiques, servent aussi désormais à conseiller les décideurs. Ses évaluations ont gagné en importance et traitent dorénavant de nombreuses questions telles que le climat, la couche d’ozone, la diversité biologique, les écosystèmes, l’énergie, l’eau et les grands barrages. L’étude du climat remonte à l’Année géophysique internationale (1957), pendant laquelle le Conseil international pour la science et d’autres entités ont passé systématiquement en revue la planète et procédé aux premières mesures de dioxyde de carbone à Hawaii. En 1988, l’Organisation météorologique mondiale (OMM) et le Programme des Nations Unies pour l’environnement (PNUE) ont créé le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat, qui a pour mission de contribuer à la prise de décisions en évaluant rigoureusement les découvertes scientifiques les plus récentes. En 1990, le Groupe d’experts intergouvernemental a achevé son premier rapport d’évaluation, qui résumait l’état des connaissances sur les changements climatiques et a contribué à lancer la Convention-cadre des Nations Unies sur les changements climatiques7. Son deuxième rapport d’évaluation, publié en 1995, a abouti à la négociation du Protocole de Kyoto à la Convention-cadre de 19978. Son troisième rapport d’évaluation, qui a été publié en 2001 et est appelé vraisemblablement à jouer un rôle déterminant au moment où les gouvernements s’interrogent sur les mesures à prendre pour protéger le système climatique, s’intéresse de plus près que les rapports précédents aux incidences régionales des changements climatiques et examine ces changements dans la perspective du développement, de l’équité et de la durabilité.

  3. Un autre exemple frappant de la valeur des connaissances intégrées est celui de l’appauvrissement de la couche d’ozone. Il montre l’importance considérable de la découverte, par F. S. Rowland et M. Molina, des réactions chimiques à l’origine de la destruction de l’ozone, qui a finalement abouti à une évaluation internationale de l’état de la couche d’ozone stratosphérique et à l’élaboration et la mise en oeuvre du Protocole de Montréal relatif à des substances qui appauvrissent la couche d’ozone9.

Enseignements tirés

  1. L’un des enseignements tirés des progrès réalisés est que le rapprochement des décideurs et des équipes scientifiques et techniques aux fins de la production et de l’approbation des rapports permet de faire en sorte que tous les principaux protagonistes puissent s’approprier les résultats des recherches. De même, la publication des rapports et leur diffusion sur le Web rendent ces résultats accessibles aux décideurs, au public et aux médias. L’expérience a montré que, pour que les informations parviennent aux décideurs, il fallait qu’elles réunissent les six conditions ci-après :

    Urgence : l’information doit concerner un problème ou une solution considéré comme urgent par la société;

    Clarté : elle doit être succincte et comporter des données quantitatives;

    Crédibilité : elle doit être transparente et refléter les vues de scientifiques faisant autorité;

    Utilité : elle doit être concrète et proposer des solutions sans pour autant les imposer;

    Légitimité : elle doit être appuyée par les gouvernements, le secteur privé et la société civile;

    Anticipation : elle doit comporter des éléments de base et des données concrètes qui permettent de lancer rapidement l’alerte.

  2. Un autre enseignement important est qu’il est indispensable de s’appuyer sur les résultats de recherches indépendantes de qualité pour procéder à des évaluations intégrées fiables. Ainsi, le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat a pu tirer profit, pour mener ses travaux, de l’élargissement rapide de la recherche sur l’évolution de l’environnement mondial, dont témoigne notamment le Programme d’étude des océans tropicaux et de l’atmosphère globale 1985-1995, qui a permis de comprendre beaucoup mieux le rôle des océans dans les processus climatiques. En 1986, le Conseil international pour la science a créé le Programme international concernant la géosphère et la biosphère, qui complète le Programme climatologique mondial. Il étend désormais sa collaboration au Programme international sur les dimensions humaines des changements planétaires et à DIVERSITAS, un programme de recherche sur la diversité biologique mondiale. Les résultats obtenus par ces différents programmes depuis 1992 ont été synthétisés et examinés à l’Open Science Conference d’Amsterdam10, qui a rassemblé de très nombreux représentants des milieux scientifiques ainsi que des décideurs et des représentants du secteur privé. Le Comité scientifique sur les problèmes de l’environnement du Conseil international pour la science a notamment pour mandat d’effectuer des évaluations.

  3. L’évaluation de la diversité biologique mondiale réalisée en 1995 a permis d’examiner de manière détaillée tous les aspects de la diversité biologique mais les décideurs n’ont pu en utiliser les résultats, ceux-ci n’ayant pas fait l’objet d’un accord sur leurs conditions d’exploitation. C’est pourquoi le Programme d’évaluation des écosystèmes à l’aube du troisième millénaire11, dont la mise en oeuvre a commencé récemment, a négocié les conditions d’utilisation des résultats de ses recherches avant son lancement.

  4. L’expérience acquise a également permis de faire ressortir la nécessité d’intensifier la collaboration avec une large gamme de protagonistes dans un cadre ouvert et interdisciplinaire. Pour que les évaluations soient utiles, il faut en effet qu’elles fassent intervenir directement des décideurs, des scientifiques (spécialistes des sciences pures aussi bien que des sciences appliquées), des sociologues et des représentants d’organisations non gouvernementales et du secteur privé. Il faut aussi qu’y participent des représentants de disciplines plus nombreuses, en particulier des spécialistes des sciences sociales et des scientifiques provenant de milieux géographiques et linguistiques très divers.

  5. Pour que des évaluations intégrées soient réussies, il faut qu’elles reposent sur des observations systématiques et des indicateurs fiables. Il est nécessaire de continuer à investir dans l’infrastructure d’observation en place – notamment la Stratégie mondiale intégrée d’observation, le Système mondial d’observation des océans, le Système mondial d’observation du climat et le Système mondial d’observation de la terre – si l’on veut accroître la fiabilité des résultats, améliorer les modèles et faire en sorte que les décideurs locaux puissent accéder aux données mondiales. Il faudrait également envisager de procéder à de nouvelles évaluations intégrées, notamment de l’aménagement des zones côtières, de la désertification, de l’agriculture, de la santé et des mégapoles.

B. Modification des modes de consommation et de production

Progrès accomplis

  1. Le chapitre 4 d’Action 21 et la Commission du développement durable accordent beaucoup d’attention à la question de la modification des modes de production et de consommation. L’utilisation équitable des ressources mondiales est un aspect controversé mais fondamental du développement durable. Le cinquième le plus riche de la population mondiale consomme en effet 80 % des ressources mondiales, alors que le cinquième le plus pauvre n’en consomme qu’un peu plus de 1 %. Au cours des 50 prochaines années, le taux d’accroissement de la consommation pourrait dépasser celui de la population, ce qui ne sera acceptable que si la consommation répond à des critères de viabilité. Or, le mode de vie des habitants des pays riches d’Europe et d’Amérique du Nord est devenu une référence pour les consommateurs des pays en développement. Si les personnes vivant actuellement dans la pauvreté consommaient autant que l’habitant moyen des pays d’Amérique du Nord, la consommation mondiale d’énergie et de matières premières serait multipliée par six. La réduction de la consommation, dans laquelle on voit souvent une menace à la qualité de vie, à la compétitivité et à la profitabilité, se heurte à des résistances. Elle n’entraîne pourtant pas nécessairement une diminution de la richesse économique ni une dégradation de la qualité de vie.

  2. Les sciences et techniques peuvent contribuer largement à accroître la productivité dans le monde entier et à améliorer la qualité de vie, les conditions de travail et les possibilités d’emploi des pauvres en rendant possibles des modes de consommation viables. La communauté scientifique et technique est aussi consciente que les pays du nord doivent adopter des modes de consommation plus viables et pour cela modifier leurs techniques et leur comportement.

  3. À la Conférence internationale sur la transition vers la viabilité au XXIe siècle qu’il a organisée en mai 2000 à Tokyo, l’Inter-Academy Panel a rassemblé des scientifiques, ingénieurs et techniciens de premier plan qui ont défini la consommation comme l’un des six obstacles les plus importants à la transition vers la viabilité. Le PNUE a récemment publié un manuel relatif aux jeunes et à la consommation durable et, lors de la Conférence de la jeunesse de Borgholm (Suède), il a été avancé qu’il fallait inscrire la question du mode de vie occidental à l’ordre du jour du Sommet mondial pour le développement durable12.

  4. Le rapport soumis par les milieux scientifiques et techniques à la Commission du développement durable à sa neuvième session en avril 200113, qui porte sur l’énergie durable et les transports, contient un certain nombre de propositions concernant les moyens de renforcer sensiblement la viabilité de la production et de l’utilisation de l’énergie et des services de transport.

  5. On est fondé à penser que les industries et services consommant moins d’énergie et de matières premières contribueront de plus en plus à modifier les modes de production et de consommation. Au cours des 10 dernières années, divers moyens de réduire la consommation d’énergie et de ressources naturelles en modifiant les modes de production et la conception des produits ont été étudiés. On reconnaît désormais que la « production propre » peut contribuer à améliorer le rapport coût-efficacité. Le Programme de consommation durable du PNUE applique l’approche « cycle de vie » aux besoins des consommateurs et encourage l’amélioration du rapport coût-efficacité14. Avancée scientifique prometteuse, la chimie douce, qui permet de recycler des déchets et de fabriquer des produits écologiquement rationnels, devrait permettre de faire baisser les coûts d’investissement initiaux. Grâce aux progrès scientifiques et techniques, à la pression exercée par le public et aux initiatives de certaines entreprises, les modes de consommation et de production évoluent, quoique lentement. Les boîtes d’aluminium pèsent 40 % de moins qu’il y a 10 ans. En Europe, les fabricants automobiles sont tenus de fabriquer d’ici à 2005 des voitures recyclables à 85 %, ce pourcentage devant passer à 95 % d’ici à 2015. Les milieux scientifiques et techniques apportent et continueront d’apporter d’importantes contributions à ces processus d’écorendement.

Enseignements tirés

  1. Les progrès accomplis en matière de production et de consommation durables restant très insuffisants, il va falloir passer résolument à l’action. Les trouvailles technologiques, les solutions en fin de chaîne et l’accroissement des rendements sont indispensables mais insuffisants. Les conceptions actuelles sont trop étroites et linéaires et il faudrait concevoir des systèmes novateurs qui favorisent des évolutions à la fois sociales, institutionnelles et technologiques. Il y a lieu en particulier d’instaurer des partenariats entre les pays développés et les pays en développement, le secteur privé, les milieux scientifiques et techniques, etc., de manière à répertorier et à saisir les possibilités d’adopter des technologies efficaces, de nouveaux modèles et de nouvelles conceptions dans les domaines de l’alimentation, de l’énergie, des transports, de l’eau et de l’organisation de la vie urbaine, en sautant des étapes. L’insuffisance de l’action menée à ce jour est particulièrement criante dans le domaine des sciences sociales, où il faut mettre en place des dispositifs qui permettent de faire connaître les résultats des recherches aux décideurs de manière qu’ils puissent rattraper leur retard. Les changements de comportement nécessaires sont possibles avec de la volonté politique, la coopération des milieux scientifiques et techniques et la participation d’une société bien informée.

C. Renforcement des capacités et éducation

Progrès accomplis

  1. S’agissant de la science et de la technique, le renforcement des capacités renvoie à l’ensemble des infrastructures dans ces domaines ainsi qu’à l’appui gouvernemental et autre dont un pays a besoin pour établir et maintenir une communauté scientifique et technique productive et indépendante. Le développement de telles capacités constitue une gageure permanente pour tous les pays puisque de nouveaux progrès scientifiques et technologiques ne cessent de se profiler à l’horizon. Aujourd’hui, la pénurie d’hommes de science et d’ingénieurs dont pâtissent les pays en développement est profondément préoccupante et est imputable aux trois facteurs ci-après : a) en raison de leurs infrastructures inadéquates en matière d’éducation et de formation, ces pays ne forment pas suffisamment de scientifiques et d’ingénieurs pour répondre à leurs besoins; b) ils financent avec leurs rares devises étrangères la formation de leurs étudiants dans des pays développés; et c) les nouveaux chercheurs et ingénieurs qu’ils réussissent à former sont enclins à partir pour aller travailler à l’étranger.

  2. En outre, la tendance mondiale semble être au recul du nombre des étudiants inscrits dans les disciplines scientifiques et techniques et les perspectives salariales dans d’autres domaines viennent renforcer le penchant des parents et des étudiants en faveur d’autres carrières. Diverses études effectuées par des instituts de recherches scientifiques et techniques signalent que cette désaffection pour les mathématiques et les sciences, particulièrement problématique chez les filles, commence dès l’école primaire pour s’accentuer au fil des ans dans le cycle secondaire. Lorsque les étudiants entrent à l’université, il est déjà trop tard pour tenter de remédier à cette situation. D’après ces études, l’un des problèmes serait le système d’enseignement des sciences lui-même, dont le modèle actuel est trop souvent très théorique et construit à partir d’une série de faits décousus appris par coeur.

  3. Pour pallier cette inefficacité relative de la communication du savoir, on préconise de plus en plus un enseignement basé sur la découverte, à forte composante expérimentale, assorti d’activités extrascolaires dans des musées, centres interactifs, clubs ou autres. Par ailleurs, l’Internet ou d’autres produits multimédias offrent de nos jours un accès direct aux informations scientifiques et techniques. Ces 10 dernières années, de nombreux membres de la communauté scientifique et technique ont participé à des programmes en la matière, aussi bien scolaires qu’extrascolaires.

  4. Pour qu’un plus grand nombre de jeunes optent pour une carrière scientifique, de nombreux pays ont décidé de reprendre le problème à la base, c’est-à-dire au niveau de l’enseignement des sciences et des mathématiques dans les cycles primaire et secondaire et à celui de la formation pédagogique des enseignants concernés. Des institutions universitaires telles que l’United States of America National Academy of Sciences (Académie nationale des sciences des États-Unis d’Amérique) et l’Académie française des sciences ont lancé des programmes à grande échelle (respectivement baptisés « Hands On » et « La main à la pâte ») visant à rénover l’enseignement des sciences à l’école primaire. Un certain nombre de pays dont l’Australie, le Brésil, le Chili, la Chine, Israël, la Malaisie, le Maroc, le Mexique, le Nigéria, le Sénégal et la Suède ont pris des initiatives analogues.

  5. Le Conseil international pour la science a créé un comité chargé d’examiner les questions relatives au renforcement des capacités scientifiques. Le Conseil et son comité ont organisé une série de conférences internationales sur l’enseignement des sciences et des mathématiques à l’école primaire, tout d’abord à Beijing en novembre 2000, puis à Kuala Lumpur en octobre 2001 et à Rio en septembre 2002, ce afin d’établir des réseaux régionaux spécialisés dans l’enseignement des sciences. De telles réunions facilitent les échanges d’expériences en matière d’enseignement scientifique dans de nombreux pays et régions. L’Inter-Academy Panel a lancé un programme international spécial sur l’enseignement des sciences et a par ailleurs organisé une réunion à Monterrey (Mexique) qui débouchera sur une série de manifestations régionales. On procède à l’élaboration de nombreux autres programmes relatifs à l’enseignement des sciences et l’UNESCO, en sa qualité de chef de file pour le chapitre 36 d’Action 21, examine les dispositions prises en la matière dans son rapport.

  6. L’approche-programme pour le renforcement des capacités est relativement récente et évolue rapidement, souvent en réponse aux nouvelles gageures dans les domaines scientifique et technique. Le Système d’analyse, de recherche et de formation concernant le changement mondial a été créé en 1992 pour faire face à la pénurie de compétences dans les pays en développement dans les domaines du changement de l’environnement et du développement durable. Le Centre régional de recherche pour l’Asie tempérée de l’est, en tant que l’un des sept centres régionaux du Système, a utilisé divers moyens – bourses, ateliers, Internet et formation à la recherche –pour faire participer des scientifiques de chaque pays d’Asie de l’est et a aussi à présent formulé un important projet de recherche sur l’aridification et ses incidences sur les stratégies concernant la viabilité humaine et l’atténuation des risques en Chine septentrionale15. Le Système, de concert avec l’International Foundation for Science (IFS) (Fondation internationale pour les sciences) et l’Académie des sciences du tiers monde, a établi un plan décennal de renforcement des capacités, action à grande échelle visant à multiplier le nombre des scientifiques formés à la recherche pluridisciplinaire, à faciliter les plans de carrière, à développer les compétences et à retenir les chercheurs dans leur domaine d’élection.

  7. L’Académie des sciences du tiers monde applique de longue date un programme de bourses de recherche et de conférences ciblant les pays les moins avancés. Le centre d’excellence du réseau d’organisations scientifiques du tiers monde16 est un modèle pour le renforcement des capacités institutionnelles. L’Inter-Academy Panel (IAP) appuie le renforcement des capacités des universités africaines. L’Inter-Academy Council (IAC) procède à une étude approfondie et de vaste portée sur le renforcement des capacités et l’exode des cerveaux dans les pays en développement. La Fédération mondiale des organisations d’ingénieurs (FMOI) et la Fédération internationale des ingénieurs-conseils (FIDIC) s’emploient à renforcer les moyens des instituts techniques dans les pays en développement sur une base bilatérale, notamment par le biais de la validation des cours, la reconnaissance des diplômes, l’immatriculation des spécialistes et leur appariement dans des projets d’infrastructure. Le Conseil international pour la science, les membres des communautés scientifiques nationales et des organes interdisciplinaires poursuivent par ailleurs des activités de vaste portée de renforcement des capacités, en particulier le comité sur les sciences et les technologies dans les pays en développement du Conseil.

Enseignements tirés

  1. Un très petit nombre d’exemples depuis Rio ont été mentionnés ci-dessus. Toutefois, une multitude d’initiatives relatives au renforcement des capacités scientifiques et technologiques ont été prises dans le monde entier. Chaque année, des millions de jeunes, notamment chercheurs et ingénieurs, participent à des centaines de milliers de programmes de formation, de bourses, d’échanges d’étudiants, de colloques spéciaux, de congrès et d’activités de sensibilisation offertes par des gouvernements, des établissements d’enseignement publics et privés, le secteur privé, des fondations, des organisation internationales et de nombreuses autres entités.

  2. Nous avons pris conscience – et c’est un enseignement clef – que notre approche avait jusqu’ici été trop fragmentée et incohérente pour atteindre cette « masse critique » dont de nombreux pays ont besoin pour tirer effectivement parti de la science et des technologies en vue d’accélérer la réalisation de leurs propres objectifs de développement. Cette masse critique doit aller de pair avec une infrastructure adéquate – universités de haut niveau, laboratoires modernes bien équipés et bien entretenus, mécanismes de financement indépendants des travaux de recherche et plus particulièrement modalités d’examen de ces travaux par d’autres chercheurs, accès aux communications de base, notamment à l’Internet, salaires adéquats et réputation de cette carrière.

  3. Les milieux scientifiques et techniques doivent mobiliser les gouvernements et les entreprises pour les inciter à investir davantage dans les domaines de l’éducation, de la formation, de la recherche et du développement, en particulier dans les pays en développement. Il y a peu de chances que ces pays remédient, même à moyen terme, au problème de la pénurie croissante de chercheurs et d’ingénieurs dont la présence est indispensable pour répondre aux besoins d’une économie qui repose de plus en plus sur les connaissances. Il faudrait s’employer à faciliter la mobilité des chercheurs et des ingénieurs pour promouvoir les échanges d’acquis d’expérience et de capacités dont bénéficieront toutes les parties.

  4. Il conviendrait de s’attacher davantage à promouvoir et à faciliter la participation des femmes à cette formation. Elles continuent d’être une ressource intellectuelle sous-utilisée à l’échelle mondiale, en particulier dans les domaines scientifique et technologique, et pourtant elles ont une influence profonde sur les attitudes prises à l’égard de ces modes de vie durables que les responsables politiques espèrent voir adopter. L’éducation et le recrutement des femmes pourraient considérablement aider un pays en développement donné à devenir plus rapidement et par le biais de modalités plus durables un pays développé.

  5. Il faudrait songer davantage à promouvoir un plus grand nombre d’échanges de chercheurs et d’ingénieurs du Sud. Un certain nombre de pays disposent d’importantes capacités scientifiques et technologiques qu’ils pourraient partager avec d’autres pays en développement. Des politiques et des programmes novateurs sont nécessaires pour faciliter et appuyer de tels échanges. Certains pays en développement sont en mesure d’offrir aux étudiants d’autres pays en développement la possibilité de suivre des études scientifiques et techniques à un coût abordable.

  6. Il faut accorder une place plus importante dans nos programmes politiques au problème de l’exode des cerveaux qui ne touche pas uniquement les pays en développement. Pour faire face à ce problème, les pays d’accueil, les pays bénéficiaires et les milieux scientifiques et techniques devraient nouer d’urgence de nouveaux partenariats et entamer un dialogue. Notre objectif consiste à formuler de nouveaux accords types ou « règles du jeu » qui nous aideront à trouver une solution à ces problèmes au cours des cinq prochaines années.

  7. Une tâche hautement prioritaire consiste à établir des centres/réseaux régionaux de développement durable dans des sites représentatifs situés dans des régions du monde particulièrement déshéritées. Des réseaux de communication efficaces pourraient permettre de relier ces centres/réseaux avec des chercheurs et des ingénieurs de haut niveau qui joueraient un rôle de conseiller et de mentor dans des domaines critiques. Ces établissements pourraient aussi servir de centres de liaison en matière de renforcement des capacités pour les étudiants en provenance de pays en développement ainsi que de centres de formation pour des ingénieurs et des chercheurs bénévoles de passage.

  8. Il faut en outre prévoir des programmes d’enseignement professionnel portant notamment sur les objectifs du développement durable à l’intention des chercheurs et des ingénieurs tout au long de leur carrière professionnelle. Nous devons aussi veiller à ce que les agents de la fonction publique aient un savoir scientifique suffisant pour pouvoir utiliser les technologies et à ce que la société civile comprenne l’importance desdites technologies pour le bien-être des hommes et le développement durable.

  9. Les milieux scientifiques et techniques s’engagent à resserrer leurs partenariats dans les domaines du renforcement des capacités et de l’éducation avec toutes les autres parties prenantes, mais plus particulièrement avec les milieux de l’enseignement, la communauté chargée de l’aide au développement et le secteur privé.

D. Technologies de l’information et de la communication

Progrès accomplis

  1. Les technologies de l’information et de la communication sont l’une des grandes composantes scientifiques et technologiques amenées à jouer un rôle dans le développement durable. Les stratégies de développement durable reposent sur des études scientifiques et sur les nouvelles technologies. Une meilleure communication entre la communauté scientifique et technique, les décideurs et le public est indispensable si l’on veut tirer tout le parti possible de l’information existante. Le chapitre 31 d’Action 21 préconise un partage sans réserve de l’information et un transfert des savoir-faire. La communauté scientifique et technique se doit de repousser les frontières du savoir, de partager toute nouvelle connaissance et de veiller à ce qu’il en soit fait un bon usage.

  2. Les technologies de l’information et de la communication ont progressé plus rapidement ces 10 dernières années qu’à toute autre période de l’histoire. Elles ont bouleversé le mode de fonctionnement de l’économie mondiale et nombre de problèmes et de possibilités se sont fait jour. Riches de leur capacité à améliorer la coopération et l’échange d’information, ces technologies ont ouvert de nouvelles perspectives en matière de recherche et de traitement de l’information, mais pour le moment elles sont encore sous-exploitées.

  3. Les systèmes spatiaux et les techniques de télédétection sont des inventions récentes qui ont permis d’affiner notre connaissance de la planète. Les chercheurs se servent des méthodes de traitement et d’interprétation de l’information spatiale pour modéliser les continents, l’atmosphère et les océans, dans un souci de mieux comprendre le milieu naturel. Ils s’intéressent par exemple aux courants océaniques, aux vagues, à l’interaction de l’air et de la mer, à la chimie de l’ozone, aux gaz à l’état de trace et à leur incidence sur les changements climatiques, aux puits de carbone et aux sources d’émission des gaz à effet de serre, aux mutations intervenues dans l’utilisation des terres et à la couverture du sol – élément clef de l’estimation du cycle de transformation du carbone aux niveaux mondial et régional –, à la désertification et à l’urbanisation. Sur un plan plus général, la science et la technologie jouent un rôle tout aussi fondamental dans la recherche de solutions à de graves problèmes sanitaires ou sociaux, allant du syndrome d’immunodéficience acquise (sida) aux modes de transport viables.

  4. La capacité à réunir et à analyser une masse importante d’informations nouvelles est l’un des facteurs qui sous-tend le développement durable. Or, la rapidité avec laquelle interviennent les innovations techniques a creusé le fossé numérique entre pays développés et pays en développement, nombre d’entre eux ne disposant pas de l’infrastructure nécessaire pour se procurer l’information. Les pays en développement n’ont pas ménagé leur peine pour rattraper leur retard. Par exemple, à Chennai (Inde), la M. S. Swaminathan Research Foundation a ouvert des centres Internet dans les villages. Rien qu’en Inde, on compte une bonne trentaine de projets de ce type. Le Centre international de physique théorique de l’Académie des sciences du tiers monde propose un programme de distribution par l’Internet de l’information scientifique, qui vient en complément de la documentation scientifique reçue dans le cadre de son programme de dons. D’autres partenariats, tels que SciDev.NET, auquel participent les revues Nature et Science et la communauté scientifique et technique, ont lancé des réseaux spécialisés dans la vulgarisation scientifique. L’International Network for the Availability of Scientific Publications (INASP) regroupe des établissements universitaires, des chercheurs et des spécialistes de l’information qui se sont donné pour mission de faciliter l’accès des pays en développement au savoir. Ce genre d’initiatives doit être généralisé, notamment dans le domaine de la santé publique. C’est l’objectif que s’est fixé l’Organisation mondiale de la santé (OMS) avec une initiative qui permettra aux pays en développement de prendre connaissance de l’information médicale par l’intermédiaire de l’Internet.

  5. L’UNESCO et le Conseil international pour la science ont parrainé deux conférences sur l’édition électronique dans le domaine des sciences (en 1996 et en 2001), au cours desquelles les scientifiques et les éditeurs ont examiné les mutations rapides intervenant dans ce secteur. Malgré les efforts importants déployés par des groupes tels que le comité du Conseil international pour la science chargé de la diffusion électronique de l’information scientifique, l’INASP et le Centre mondial de données en vue d’ouvrir plus largement les portes du savoir, il reste encore beaucoup à faire pour généraliser l’infrastructure, la formation et un accès abordable à une information scientifique à jour. Diffuser l’information dans les pays en développement est une entreprise difficile, car ceux-ci ne disposent pas de moyens suffisants s’agissant des réseaux de télécommunication, des réseaux d’alimentation électrique, de l’enseignement technique et d’autres infrastructures importantes. Par exemple, le Centre mondial des données a été créé il y a 50 ans pour faciliter l’information des scientifiques, préserver les données et en améliorer la qualité et encourager un accès sans réserve des scientifiques de tous les pays. Or, bien qu’ayant rempli ces objectifs, le Centre n’est pas parvenu à étendre ses opérations en dehors des pays industrialisés.

  6. Les droits de propriété intellectuelle, les brevets et les droits d’auteur sont un facteur important à prendre en compte dans la diffusion de l’information. Actuellement, les pays en développement se heurtent au problème du prix, souvent prohibitif, des revues et des bases de données scientifiques, même si certaines organisations profitent de l’Internet pour ouvrir plus largement l’accès à l’information. Suivre l’évolution du matériel informatique et des logiciels revient cher, ce qui entrave encore plus le transfert du savoir dans les pays en développement. L’Union européenne est à l’origine d’un renforcement des lois relatives aux droits de propriété intellectuelle sur les bases de données. Cette tendance ne laisse pas d’être préoccupante, car elle pourrait entraîner une hausse excessive du prix d’accès aux connaissances scientifiques de base nécessaires au développement. Ces 10 dernières années, la question de la commercialisation des données et de l’information scientifiques s’est posée avec de plus en plus d’acuité, ce qui risque de remettre en cause le principe d’un accès sans réserve à l’information aux fins de la recherche et de l’enseignement.

Enseignements tirés

  1. La communauté scientifique et technique s’emploie à mettre au point des outils dans un souci d’approfondir la connaissance qu’elle a de la planète et des sociétés. Elle s’attache également à tisser des liens plus étroits avec les décideurs et le public afin de les tenir au courant de ses découvertes. Actuellement, la difficulté principale consiste à tenir les pays en développement informés. Il importe d’étoffer les capacités, de renforcer les infrastructures et les programmes de formation et d’offrir un accès à l’information à un prix abordable si l’on veut que la connaissance ne soit pas l’apanage de quelques-uns. La communauté scientifique et technique doit veiller au maintien du principe d’un accès sans réserve à l’information.

III. Éthique, science, technique et société

  1. Le chapitre 31 d’Action 21 fixe comme objectif majeur l’accroissement, l’amélioration et l’encouragement de l’acceptation, au niveau international, de codes de pratique et de lignes directrices qui recueillent l’assentiment de la société. Depuis la Conférence de Rio, la communauté scientifique a commencé à se doter de codes de conduite et de lignes directrices. Les ingénieurs et les médecins sont tenus de respecter des codes déontologiques, qui prévoient expressément que dans l’exercice de la profession visée l’intérêt privé s’efface devant l’intérêt public, à savoir la vie, la sécurité et la propriété. La Fédération mondiale des organisations d’ingénieurs a adjoint un code d’éthique environnementale à son code d’éthique en matière d’ingénierie. La communauté des ingénieurs a également fait sienne la Charte de la Terre, laquelle invite les gouvernements, les spécialistes et la société civile à adopter un code de conduite et à suivre les principes du développement durable. Le Comité du Conseil international pour la science chargé des questions de déontologie achève l’examen de 115 codes de conduite et normes adoptés par la communauté scientifique et technique.

  2. La société fait confiance aux scientifiques et aux ingénieurs pour se conduire en individus conscients de leurs responsabilités, soucieux de se garder de toute négligence ou malversation et d’oeuvrer au bien-être de l’humanité. Au nombre des questions d’ordre moral figurent : les conflits d’intérêt, les dénonciations d’abus, les droits de l’homme, la libre circulation des spécialistes et le financement de la recherche. À la demande du public et des décideurs, la communauté scientifique et technique est de plus en plus souvent appelée à se prononcer sur des questions ayant une forte charge émotive, telles que les organismes transgéniques, le génie génétique, les cellules souches, le clonage, les animaux de laboratoire et l’énergie nucléaire pour n’en citer que quelques-unes. Le mythe du savant dans sa tour d’ivoire n’a pas résisté à l’évolution de la société. Les scientifiques savent désormais qu’ils doivent répondre des usages et des détournements possibles de leurs inventions ainsi que des retombées de celles-ci sur l’homme et sur la société.

  3. Les scientifiques ne doivent jamais perdre de vue les obligations déontologiques qui sont les leurs tant pour ce qui est de la recherche, de la mise au point et du résultat final que pour ce qui est de l’application de la science et de la technique aux problèmes qui se posent. Ces deux aspects méritent d’être examinés plus avant par l’ensemble des parties prenantes, ce qui appelle une concertation accrue. Il importe d’étudier de plus près plusieurs questions très importantes relatives aux codes déontologiques et aux lignes directrices. Premièrement, les codes déontologiques ne s’appliquent très souvent qu’aux membres des organismes scientifiques concernés et portent principalement sur certains principes, tels que l’honnêteté, l’intégrité, la transparence, etc. Deuxièmement, de nombreux codes n’ont trait qu’aux activités à caractère national et ne visent pas expressément celles à caractère international. Troisièmement, dans les codes actuels, on se soucie moins que par le passé de la responsabilité des scientifiques envers la société ou la collectivité, notamment au titre du développement durable. Quatrièmement, il faut veiller à ce que les codes existants soient effectivement appliqués et suivis d’effets. Cinquièmement, il importe de renforcer les mécanismes visant à favoriser la concertation entre les institutions se dotant de codes de conduite et les parties intéressées afin que celles-ci puissent être associées à l’établissement et au suivi de ces instruments.

  4. À l’UNESCO, la Commission mondiale d’éthique des connaissances scientifiques et des technologies a fait des progrès notables, notamment avec la publication de rapports consacrés aux thèmes suivants : l’éthique de l’espace extra-atmosphérique, l’éthique de l’énergie et l’éthique de l’utilisation de l’eau douce. L’UNESCO a également lancé un programme ambitieux sur la bioéthique, lequel a débouché sur l’adoption de la Déclaration universelle sur le génome humain et les droits de l’homme.

  5. Face à l’évolution scientifique et technique, la société ne cesse de s’interroger sur ses valeurs. La communauté scientifique et technique a le devoir de participer au débat. Plus que toute autre, elle est au fait des questions qui soulèvent des dilemmes moraux et a les moyens d’aider à y répondre. Voilà pourquoi il faut susciter un intérêt pour les questions d’éthique, en commençant par les spécialistes des sciences et techniques eux-mêmes. Traiter ces questions dans les programmes d’enseignement, à tous les niveaux, est un moyen des plus efficaces pour mieux sensibiliser la communauté scientifique et technique et le public. Cela signifiera collaborer avec la communauté scientifique et technique, notamment les écoles scientifiques, les autorités chargées des questions d’éducation aux niveaux national et local, les ministères concernés et le public.

  6. Aux préoccupations d’ordre déontologique s’ajoute une prise de conscience croissante du fait que la diversité culturelle doit être soigneusement prise en compte dans les initiatives visant à aboutir au développement durable. Chaque pays doit répondre à ses propres problèmes et besoins dans le respect de sa culture et de ses valeurs. La communauté scientifique et technique se félicite de l’occasion qui lui est donnée d’engager un dialogue ouvert et constructif avec la classe politique, les décideurs et la collectivité, ce qui permettra de faire valoir l’extrême richesse des cultures et des valeurs des populations du monde.

  7. Les participants à la Conférence mondiale sur la science, qui s’est tenue en 1999, se sont intéressés de près aux questions déontologiques posées par la science et ont publié un document important, intitulé Agenda pour la science – Cadre d’action, dans lequel ils appelaient l’attention sur les points suivants : « l’éthique et la responsabilité de la science devraient faire partie intégrante de l’enseignement » (sect. 3.21, par. 71); « la communauté scientifique internationale devrait, avec le concours d’autres acteurs, encourager un débat, y compris public, visant à promouvoir l’éthique environnementale et des codes de conduite relatifs à l’environnement » (ibid., par. 73); « les gouvernements devraient encourager la mise en place de mécanismes appropriés chargés d’étudier les questions éthiques relatives à l’utilisation du savoir scientifique et à ses applications » (ibid., par. 76).

  8. La communauté scientifique et technique entend s’engager plus avant sur les questions d’éthique auprès de la collectivité et renforcer sa capacité à adopter des codes de conduite et à vérifier qu’ils sont suivis d’effets, en collaboration avec d’autres partenaires. Elle s’attachera également à revoir les codes existants afin de tenir compte du développement durable. Les organismes scientifiques et techniques et les scientifiques eux-mêmes seront encouragés à adhérer à la Charte de la Terre après avoir mûrement réfléchi à la question.

IV. Conclusions

  1. Le présent document portait sur quelques-uns des apports majeurs de la science et de la technique et contient quelques propositions quant aux engagements pour l’avenir. La communauté scientifique et technique internationale peut contribuer à orienter les décisions pour le long terme, en s’attachant : a) à rechercher activement des solutions, à exercer une fonction de veille et à mieux cerner le caractère complexe et interdépendant du développement durable; b) à participer étroitement à la formulation et à l’application de politiques, rassemblant pour ce faire une information fiable aux fins de faciliter le choix des objectifs; c) à prendre part à l’évaluation des politiques, se chargeant à cet effet d’en suivre l’application, de proposer des changements, de tirer les enseignements des résultats obtenus et d’analyser toute information nouvelle.

  2. Pour parvenir aux objectifs ainsi fixés, la communauté scientifique et technique doit tenir compte des besoins de la collectivité et engager un véritable débat avec l’ensemble des décideurs. Au cours des cinq années à venir, elle s’emploiera à accroître notablement la participation des scientifiques et des ingénieurs aux commissions nationales chargées du développement durable; à les associer aux différents rouages administratifs, en qualité de conseillers auprès des chefs d’État, des responsables des organismes internationaux, des parlementaires, etc.; à leur donner une place dans les comités d’administration des entreprises. Par ailleurs :

    • La communauté scientifique et technique doit renforcer son aptitude à rechercher des solutions, s’appuyant pour ce faire sur les acquis des disciplines traditionnelles et sur sa soif de connaissance, tout en s’ouvrant davantage aux préoccupations de la société.

  3. Si l’on veut donner corps aux objectifs susmentionnés, trois éléments, garants du contrat entre les scientifiques et la société, doivent être réunis :

    • Il faut investir de manière notable dans la science et la technique, ce qui signifie inverser la tendance actuelle. Les investissements consentis dans ces domaines sont hautement productifs et ont des retombées économiques et sociales bien plus importantes que ceux réalisés dans d’autres secteurs. Or les pays développés ne consacrent généralement pas plus de 2 ou 3 % de leur PIB à la recherche-développement et la plupart des pays en développement se situent en deçà des 1 %. Les sommes consacrées à la recherche au niveau mondial doivent augmenter considérablement. Il serait bon de réserver à la recherche appliquée au développement durable une partie du montant total consacré à la recherche-développement, peut-être selon une proportion comprise entre 20 et 25 %;

    • La communauté scientifique et technique internationale se doit de respecter scrupuleusement ses engagements déontologiques et d’oeuvrer au bien-être de l’humanité. Elle gagnera en légitimité aux niveaux international et national en privilégiant la concertation, la transparence, l’équilibre et le mérite et en veillant à ce que ses apports soient crédibles, objectifs et valables. Elle doit par ailleurs encourager l’adoption et l’application généralisées de codes de conduite mis au point avec le concours de l’opinion publique;

    • Disposer d’indicateurs objectifs et transparents est indispensable pour suivre les progrès accomplis. La communauté scientifique et technique s’attachera à établir des indicateurs précis pour chacun de ses engagements et à aider les décideurs et le public à mesurer sa contribution au développement durable.

Notes

1 Rapport de la Conférence des Nations Unies sur l’environnement et le développement, Rio de Janeiro, 3 14 juin 1992, vol. I, résolutions adoptées par la Conférence (publication des Nations Unies, numéro de vente : F.93.I.8 et rectificatif); résolution I, annexe II.

2 La Conférence des Nations Unies sur la science et la technique au service du développement est parvenue à la conclusion que les pays en développement ne devraient pas seulement bénéficier d’une aide dans le domaine du transfert de technologie mais également dans celui du transfert de connaissances.

3 La science, et notamment les sciences naturelles et sociales, constitue un ensemble de connaissances multidisciplinaires sur la nature et la société issues de l’observation et de l’expérimentation. Bien que ses fonctions soient avant tout descriptives et explicatives, la science peut également fournir des orientations sur des objectifs normatifs tels que l’amélioration de la condition humaine, la promotion des droits civils et la rationalisation des modes de vie. L’ingénierie concerne les applications pratiques de ces connaissances et d’expériences empiriques et permet de créer les structures, équipements, processus et produits. Les processus et produits qui se sont fait une place du fait de leur acceptation par la société et les marchés sont communément appelés technologie.

4 Amsterdam Declaration on Global Change, Challenges of a Changing Earth: Global Change Open Science Conference. Déclaration d’Amsterdam sur les changements planétaires, les défis d’une planète en évolution : conférence scientifique sur les changements planétaires, Amsterdam (Pays-Bas), 13 juillet 2001.

5 Transition vers un développement durable au XXIe siècle : la contribution de la science et de la technologie, déclaration des académies des sciences mondiales, Conférence mondiale des académies des sciences, Tokyo, mai 2000.

6 Déclaration sur la science et l’utilisation du savoir scientifique; et agenda pour la science : cadre d’action.

7 Organisation des Nations Unies, Recueil des Traités, vol. 1771, No 30822.

8 FCCC/CP/1997/7/Add.1, décision 1/CP.3, annexe.

9 Organisation des Nations Unies, Recueil des Traités, vol. 1522, No 26369.

10 Voir la Déclaration d’Amsterdam de juillet 2001, dans laquelle quatre programmes de recherche ont reconnu qu’outre les importants changements climatiques, on se préoccupe de plus en plus de l’évolution toujours plus marquée d’autres aspects de l’environnement mondial, résultant de l’activité humaine, et de leurs incidences sur la qualité de vie.

11 Mis en oeuvre par le PNUE, l’UNESCO, la Banque mondiale, le World Resources Institute et le Conseil international pour la science ainsi que par le secrétariat de la Convention sur la lutte contre la désertification dans les pays gravement touchés par la sécheresse et/ou par la désertification, en particulier en Afrique (Organisation des Nations Unies, Recueil des Traités, vol. 1954, No 33480) et celui de la Convention relative aux zones humides d’importance internationale, particulièrement comme habitats des oiseaux d’eau (ibid., vol. 996, No 14583).

12 Conférence de la jeunesse sur un développement durable, Borgholm (Suède), 2001 (<http://www.youth.se/default.asp>).

13 Voir E/CN.17/2001/6/Add.2, document de travail établi par les milieux scientifiques et techniques.

14 Le Forum ministériel mondial sur l’environnement tenu à Malmö (Suède) en mai 2000 a souscrit à cette approche et en a encouragé l’application.

15 Parrainé par la Fondation chinoise des sciences naturelles et l’Académie des sciences chinoise.

16 TWNSO/UNDP, Sharing Innovative Experiences, vol. 1, Examples of Successful Initiatives in S&T in Developing Countries, New York (UNDP), 1998 et vol. 2, Examples of Successful Initiatives in Conservation and Wise Use of Indigenous and Medicinal Plantes in the South, Karachi (Pakistan), 2000.

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