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Nations Unies |
E/CN.17/2002/PC.2/6/Add.8 | |
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Conseil
économique
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Distr.
générale Français |
Commission
du développement durable constituée
en comité préparatoire du Sommet mondial
pour le développement durable
Deuxième session
préparatoire
28 janvier-8 février
2002
Dialogue
multipartite dans le cadre de la deuxième session de la Commission du
développement durable constituée en comité préparatoire
du Sommet mondial
pour le développement durable
Note
du Secrétaire général
Additif
Document de concertation émanant de la communauté scientifique
et technologique*
Rôle et contribution de la communauté scientifique et technologique au développement durable**
* Document rédigé par le Conseil international pour la science (CIUS) et la Fédération mondiale des organisations dingénieurs (FMOI), invités par le secrétariat du Sommet mondial pour le développement durable comme partenaires-organisateurs du dialogue multipartite pour la communauté scientifique et technologique. Le présent document a été préparé en consultation avec des organisations scientifiques du monde entier, consultation facilitée par la CIUS et la FMOI. Les vues et opinions exprimées ne reflètent pas nécessairement celles de lOrganisation des Nations Unies.
** Le Conseil international pour la science (CIUS) et la Fédération mondiale des organisations dingénieurs (FMOI), « partenaires co-organisateurs » pour la communauté scientifique et technologique (chap. 31 dAction 21) du processus de préparation du Sommet mondial pour le développement durable ont préparé le présent document en collaboration avec lAcadémie des sciences du tiers monde (TWAS), lInter-Academy Panel (IAP) et le Conseil international des sciences sociales (CISS). Ces cinq organisations ont toutes consulté leurs membres, afin de refléter le vaste éventail dopinions et didées des praticiens des sciences naturelles, sociales et techniques à travers le monde. Ce document ne constitue toutefois pas une prise de position ou une déclaration officielle des organisations en question. En outre, sa préparation a été coordonnée par lOrganisation des Nations Unies pour léducation, la science et la culture (UNESCO), responsable du chapitre 35 (la science au service dun développement durable). Ces cinq organisations non gouvernementales continueront à coopérer entre elles, afin de sassurer de la participation active du grand groupe « Communauté scientifique et technologique » au processus de préparation du Sommet mondial pour le développement durable, ainsi quavec dautres organisations scientifiques, techniques et technologiques et des scientifiques et ingénieurs de toutes les régions du monde.
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Résumé analytique |
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Lune des principales leçons tirées depuis la Conférence des Nations Unies sur lenvironnement et le développement de 1992 est que la transition vers un développement durable ne peut se faire sans la science, la technique et la technologie. Cest pourquoi la promotion des objectifs de durabilité, le traitement immédiat des besoins sociaux et humains et la préservation simultanée des fragiles systèmes permettant la vie sur terre sont devenus une priorité de plus en plus importante pour la communauté scientifique et technologique internationale. |
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Certes, des progrès ont été réalisés dans la résolution des problèmes posés par la durabilité, mais il reste beaucoup à faire. Les facteurs qui influent sur la durabilité, comme le réchauffement de la planète, la diminution de la biodiversité, la croissance démographique, les modes de consommation et lexpansion des mégalopoles, soulèvent des problèmes dépassant la capacité du monde scientifique et technologique et de la société à concevoir des réponses efficaces et globales. Parallèlement, le rythme rapide de la mondialisation économique et lexplosion des technologies de linformation ont profondément modifié lenvironnement de recherche dans lequel les scientifiques et les ingénieurs opèrent. La communauté scientifique et technologique et la société sefforcent de concevoir un nouvel ensemble de stratégies permettant de relever les défis à venir. Sinspirant du chapitre 31 dAction 21, la communauté scientifique et technologique propose que ces stratégies soient fondées sur les principes suivants. |
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Un
nouveau contrat : le traitement de léquité sociale,
La communauté scientifique et technologique possède un potentiel énorme de contribution au développement durable. Pour concrétiser effectivement ce potentiel, elle doit de plus en plus orienter ses recherches vers des questions touchant aux besoins fondamentaux de lhomme et de la société. Comme il a été déclaré lors de la Conférence mondiale sur la science organisée en 1999 par lOrganisation des Nations Unies pour léducation, la science et la culture et le Conseil international pour la science (UNESCO/CIUS), la communauté scientifique doit constamment être consciente des éventuelles conséquences de la recherche sur la société et en assumer la responsabilité. De son côté, la société se doit de lui fournir un financement approprié, des installations de recherche modernes, des structures de carrière convenables, ainsi que des possibilités de faire passer linformation et de participer au processus de prise de décisions. Un tel effort nécessite que la science et la société passent un nouveau contrat où les dimensions éthiques revêtent un rôle dorientation déterminant. |
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Réorientation
et investissement : sciences et techniques |
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Les économistes ont toujours déclaré que les investissements dans les sciences et les techniques figuraient parmi les plus rentables quune nation puisse opérer. Pourtant, les investissements scientifiques et technologiques ont, à de multiples égards, été inadaptés, en particulier dans les pays en développement où le financement de la recherche et du développement représente souvent moins de 0,5 % du produit intérieur brut (PIB). Pour relever les défis actuels et futurs dans le domaine social et en matière denvironnement, les nations doivent non seulement accroître considérablement leur investissement scientifique et technologique, mais également considérer ces efforts comme des éléments fondamentaux de leurs stratégies globales de développement économique et social. Linvestissement scientifique et technologique doit mettre de plus en plus laccent sur des activités pluridisciplinaires, au contact de la diversité régionale et culturelle et qui permettent détudier les relations complexes quentretiennent la nature et la société. |
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Construire
et entretenir : la capacité scientifique |
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La science et la technologie ne sauraient contribuer efficacement au développement durable si les pays ne disposent pas de la capacité scientifique minimale. Les investissements soutenus et persistants quont opérés les pays du Nord pour constituer leur capacité en matière déducation, de science et de technologie expliquent le succès économique de ces pays. Les expériences menées au cours de la dernière décennie en Chine, au Brésil, en Inde, à Singapour et en République de Corée montrent que la volonté dune nation dinvestir systématiquement dans la science et la technologie peut générer dimportants dividendes. Toutefois, les investissements nationaux doivent saccompagner de partenariats internationaux responsables et réciproquement bénéfiques. Lexpérience montre que la coopération scientifique internationale dans le cadre defforts tels que la mise en place de réseaux institutionnels, lencouragement de la mobilité et déchanges scientifiques et la création de centres scientifiques de haut niveau dans les pays dotés de faibles infrastructures scientifiques, constituent dexcellentes stratégies pour renforcer les capacités dans ce domaine. Parallèlement, des mesures coordonnées doivent être prises pour contrer les effets négatifs de l« exode des cerveaux » sur les pays qui sefforcent de développer leurs propres capacités scientifiques et celles de leurs scientifiques. La science au service du développement durable doit être de portée mondiale, même si sa mise en oeuvre se déroule aux plans local et régional. La constitution et le maintien de cette capacité reposent surtout sur les épaules des autorités nationales, mais requièrent une collaboration et des partenariats sensiblement renforcés avec la communauté mondiale des prestataires daide au développement et la communauté scientifique et technologique. |
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Innover
et durer : lélaboration de nouvelles technologies |
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La science au service du développement durable ne parviendra pas à atteindre ses objectifs sociétaux ultimes si elle nest pas en prise directe avec linnovation, de façon à parvenir à des modes de production et de consommation plus durables. Il faut pour cela opérer des investissements dans les technologies davant-garde qui permettront de réduire les exigences en énergie et en ressources naturelles, des processus de production et de consommation. Il faudra également accorder plus dimportance au savoir autochtone et reconnaître la nécessité dadapter les technologies existantes aux besoins locaux. Les sciences sociales et du comportement fournissent des indications et orientations nouvelles susceptibles de faciliter la transition vers des modes de consommation plus durables, en particulier dans les pays en développement. La réussite dépendra en grande partie de laptitude à nouer de nouvelles relations de confiance entre secteur public et secteur privé lors de lélaboration des politiques et programmes qui assurent la liaison entre la science et la technologie. |
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Sengager
et simpliquer : un engagement responsable Il est du devoir de la communauté scientifique et technologique dapporter des informations et de participer aux processus de prise de décisions, afin daccroître limpact de la science dans les discussions et décisions politiques. Dans un monde où le savoir est de plus en plus déterminant, dans une économie mondiale où la réussite dépend de plus en plus de la science et de la technologie, sur cette planète confrontée à des problèmes environnementaux et sociaux qui dépassent les frontières politiques et culturelles, les scientifiques et les ingénieurs se doivent de sintéresser davantage aux questions et processus touchant à la politique de développement durable. Les produits de la démarche scientifique, tels que lévaluation intégrée, devraient être modelés et diffusés de manière à contribuer directement aux processus de prise de décisions. Parallèlement, il faut reconnaître et admettre ouvertement que laccumulation de connaissances scientifiques est un processus par approximations successives; la science et la technologie ne sauraient détenir toutes les réponses et lincertitude et le risque font souvent partie intégrante de lapplication des connaissances scientifiques. En outre, la communauté scientifique et technologique et, en particulier, ses organisations universitaires et professionnelles ont un rôle majeur à jouer dans la promotion de la compréhension dans le public de lintérêt de la science, de léducation scientifique et de linitiation à tous les niveaux. |
Introduction
Le présent document fait le point des progrès réalisés et identifie les activités prioritaires ayant trait au chapitre 31 dAction 211 intitulé « Communauté scientifique et technique » et devant être menées par ladite communauté. Le rôle de la science et de la technique est également abordé dans dautres chapitres dAction 21, en particulier le chapitre 34 (« Transfert de technologies écologiquement rationnelles, coopération et création de capacités ») et le chapitre 35 (« La science au service dun développement durable »). Il convient en outre que la mise en oeuvre des différents chapitres sectoriels et intersectoriels dAction 21, portant par exemple sur leau douce et la santé, repose sur des connaissances fiables2 et ladoption de technologies écologiquement rationnelles. Le présent document porte toutefois sur les deux questions prioritaires du chapitre 31 : lamélioration de la communication et de la coopération entre la communauté scientifique et technique, les décideurs et le public, ainsi que la promotion de codes de pratique et de lignes directrices.
Ces questions sont autant de défis pour la communauté scientifique et technique. Les mesures que nous avons prises au cours de la décennie écoulée ont été anticipatives et notables dans de nombreux domaines et ont donné lieu à une série de nouvelles initiatives, activités et institutions se rapportant au développement durable. En tant que communauté sefforçant de renforcer lintégration, la transparence et les partenariats, force nous est toutefois de reconnaître que le voyage vient juste de commencer et que ces mesures ont été insuffisantes et trop fragmentaires pour quil soit possible de relever comme il convient les défis lancés. La science, lingénierie et la technologie3 ont un rôle essentiel à jouer dans le progrès des civilisations humaines et lamélioration de la qualité de vie. La manière inadéquate et insuffisante dont les connaissances ont été utilisées sest également traduite par un renforcement des menaces qui pèsent sur les systèmes dentretien de la vie sur terre et ne nous a pas permis de répondre aux besoins de base dune grande partie de la population mondiale.
Dix ans après Rio, il est difficile de faire état des progrès réalisés en ce qui concerne le chapitre 31 sans réfléchir de manière approfondie aux principaux événements et problèmes qui ont marqué cette période. Deux grandes transformations sont devenues évidentes sur notre planète. Dune part, les importants changements qui sont intervenus sur les plans mondial et régional au niveau du climat et de la « santé » de la biosphère ont eu de graves conséquences pour la durabilité des écosystèmes et des moyens dexistence et, dautre part, les processus simultanés de mondialisation des personnes, des idées et des biens obéissant aux lois du marché ont créé de nouveaux défis et de nouvelles possibilités.
Promouvoir les objectifs dune transition vers la durabilité, cest-à-dire répondre aux besoins de lêtre humain tout en préservant les systèmes dentretien de la vie sur terre, est devenu lune des principales gageures pour la communauté scientifique et technique. Ont commencé à relever le défi divers programmes mondiaux et régionaux de recherche en environnement, dévaluation et de renforcement des capacités principalement financés par les organisations internationales qui composent la communauté scientifique et technique, notamment des instituts scientifiques et des organismes professionnels ainsi que des réseaux indépendants duniversitaires, de scientifiques et dingénieurs de toutes les régions du monde. Cette tâche a été soutenue par les organismes compétents des Nations Unies et par un réseau informel dorganismes nationaux de financement de la recherche appelé Groupe international des organismes de financement pour la recherche sur les changements planétaires (GIAF).
Il importe que décideurs de tous niveaux puissent avoir accès et dans les meilleurs délais au savoir scientifique et technique afin dêtre à même dadopter des politiques rationnelles attestant une meilleure compréhension de questions techniques, économiques, sociales, culturelles et éthiques complexes concernant la société, la planète et son environnement. Scientifiques et ingénieurs jouent un rôle croissant dans la mise au point des processus politiques. Ils continueront de faire partie intégrante de la gestion des questions liées à lenvironnement sur le plan mondial mais leur influence sétendra de plus en plus également à la gestion du développement durable. De fait, dans son rapport à lAssemblée du Millénaire des Nations Unies (A/54/2000) intitulé « Nous, les peuples : le rôle des Nations Unies au XXIe siècle », le Secrétaire général note quil sera prioritaire au XXIe siècle de disposer de données scientifiques plus précises.
Le rôle de la science et de la technique dans les processus actuels de prise de décisions aux niveaux national et mondial concernant les trois piliers du développement durable social, économique et écologique est insuffisant. La science de lenvironnement qui soutient le pilier écologique évolue rapidement et constitue le domaine dactivité le plus visible. Les travaux de recherche actuellement menés permettent de mieux comprendre la manière dont le développement et la lutte contre la pauvreté sont liés à la situation économique et sociale. Bien que des progrès réguliers aient été faits dans le domaine économique, la connaissance scientifique de lélément social est moins développée et il convient dy accorder davantage dattention, notamment en donnant suite au Sommet mondial pour le développement social.
Au cours des 10 années qui se sont écoulées depuis le Sommet planète Terre de Rio, nombre de concepts qui semblaient novateurs ou surprenants à lépoque ont été largement acceptés et le public est de plus en plus sensibilisé à la notion de développement durable. Dans la Déclaration dAmsterdam4, les membres de quatre programmes mondiaux de recherche en environnement ont procédé à une synthèse de nos connaissances en la matière et appelé les gouvernements, les institutions publiques et privées et le public à promouvoir la mise au point dun cadre éthique pour la sauvegarde du patrimoine naturel mondial et lélaboration de stratégies de gestion de la planète et dun nouveau système de sciences de lenvironnement mondiales.
En mai 2000, 60 académies scientifiques de lInter-Academy Panel on International Issues (Groupe interacadémies sur les questions internationales)5 ont souligné que les connaissances scientifiques, techniques et sanitaires pourraient, au cours des deux prochaines décennies, permettre de réaliser des progrès importants en vue dun avenir durable et que ces progrès demanderaient de la part de la communauté scientifique un triple effort : promouvoir lutilisation des connaissances existantes de façon plus large et plus efficace; créer de nouvelles connaissances et des technologies utiles; et collaborer avec les gouvernements, les organisations internationales et le secteur privé à la promotion dune transition mondiale vers la durabilité.
La Conférence mondiale UNESCO/CIUS sur la science intitulée « Science pour le XXIe siècle : un nouvel engagement », qui sest tenue à Budapest et a réuni scientifiques, ingénieurs et décideurs du secteur public de 155 pays, a reflété la volonté renouvelée de la communauté scientifique et technique de créer des partenariats avec la société. Deux documents6 y ont été adoptés qui définissent en détail les principes et directives dune vision commune et durable de la relation symbiotique qui existe entre la science et la société et ont largement contribué au renforcement et à la réalisation des objectifs dAction 21, et en particulier de son chapitre 31. Les participants au processus du Sommet mondial pour le développement social sont encouragés à examiner ces documents car ils donnent une idée fort utile et détaillée des vues de la communauté scientifique et technique et de ses engagement sur toute une série de questions dune importance essentielle pour le développement durable.
Outre les grandes déclarations et conférences, la communautés scientifique et technique a entrepris une multitude de projets et programmes de recherche, organisé des réunions et mené des activités opérationnelles dans le monde entier et sur toute une série de questions scientifiques et techniques ayant trait au développement durable. Le présent document, plutôt que de recenser en détail ces nombreuses initiatives, portera principalement sur un certain nombre de grands thèmes faisant ressortir les enseignements tirés et illustrant la contribution que peuvent apporter la science, lingénierie et la technologie au développement durable, aussi bien depuis Rio quà lavenir. Notre objectif est de fournir des exemples de la façon dont nous avons contribué à lavènement dun développement durable et dont nous devons redoubler defforts et les réorienter.
Le processus préparatoire entrepris par la communauté scientifique et technique à loccasion du Sommet a précisément porté sur les points soulevés au chapitre 31 concernant un renforcement de la collaboration. Se fondant sur notre première expérience lors du dialogue multipartite sur lénergie et les transports qui a eu lieu pendant la neuvième session de la Commission du développement durable, nous avons, pour établir le présent document, réuni cinq organisations scientifiques et techniques internationales clefs et obtenu la contribution de nombreux autres organismes scientifiques et experts. Nous considérons cette collaboration sur le plan de la communication et de lintégration comme une étape essentielle qui nous permettra de mieux répondre aux engagements figurant dans le présent document et le chapitre 31 et de donner suite aux décisions adoptées lors du Sommet de Johannesburg.
Le présent document se compose comme suit : après lintroduction, la première section appelle lattention sur le rôle de la communauté scientifique et technique dans la lutte contre la pauvreté et les inégalités lors de la transition vers un développement durable; la section II donne une série dexemples des progrès réalisés et des enseignements tirés depuis Rio pour ce qui est dun petit nombre de thèmes prioritaires; la section III examine le rôle intersectoriel critique que joue léthique dans le domaine de la science, de la technique et de la société; et la section IV constitue une brève conclusion.
I. Pauvreté, iniquité et développement durable
La pauvreté et liniquité menacent la survie de millions de personnes, en particulier de femmes et denfants. Elles sont aussi, dans une large mesure, responsables de conflits et de guerres qui anéantissent souvent en grande partie les progrès économiques et sociaux déjà accomplis. Les milieux scientifiques et techniques sont convaincus que de nombreux autres documents établis à loccasion du Sommet rendront compte comme il convient, à laide notamment de descriptions et dindicateurs, du degré tragique quelles atteignent et de leurs terribles conséquences.
Depuis Rio en 1992 et, plus particulièrement au cours des trois à quatre dernières années, les milieux scientifiques et techniques accordent un rang de priorité plus élevé aux questions de leur ordre du jour relatives à la pauvreté et à liniquité. Ils sinquiètent essentiellement de ce quà ce jour, les sciences et techniques ne jouent pas pleinement leur rôle dans les tentatives qui sont faites pour surmonter ces grands obstacles sur la voie de la durabilité, alors même que leur développement permet de répondre aisément et souvent de manière peu onéreuse aux besoins fondamentaux des pauvres et des exclus. On mentionnera notamment à cet égard : a) les progrès accomplis en matière de santé et dassainissement, en particulier pour ce qui est des maladies infectieuses, de la santé maternelle et infantile, de lhygiène, de laccès à de leau potable et à des moyens dassainissement et de la planification familiale; b) les recherches concernant les sciences de la vie, qui progressent à pas de géant dans les domaines de la génétique et des biotechnologies; c) le développement de lagriculture (auquel participent des entités telles que le Groupe consultatif de la recherche agricole internationale), grâce à des études sur les sols, leur utilisation et la modification de leur couverture, à lamélioration des techniques dirrigation et dutilisation de leau, à lemploi de produits chimiques agricoles écologiquement plus rationnels, à la production et à lutilisation de plantes génétiquement modifiées et lutilisation de rayonnements pour conserver les aliments, ainsi quà lutilisation appropriée des connaissances traditionnelles; d) les recherches sur lénergie, qui permettent notamment daméliorer les rendements énergétiques, de réduire les émissions de gaz à effet de serre et de développer lutilisation de sources dénergie renouvelables telles que lénergie solaire, la biomasse et lénergie éolienne, ainsi que les études sur le charbon épuré, lutilisation du gaz naturel et les piles à combustible et sur la sécurité de lénergie nucléaire et la gestion des déchets nucléaires; et e) la contribution des sciences à la paix (objectif des Conférences dAmaldi et de Pugwash) ainsi quau règlement des conflits et à la prévention du terrorisme, indispensable au développement durable. Il faut de plus en plus tenir compte des besoins essentiels des pauvres et des exclus lorsque lon fixe les priorités scientifiques et techniques.
Lun des domaines dans lesquels les milieux scientifiques et techniques peuvent contribuer à atténuer la pauvreté est celui de la prévention des catastrophes et des secours en cas de catastrophe. Chaque fois quune catastrophe se produit, ce sont les pauvres qui, invariablement, paient le plus lourd tribut en termes de pertes de vies humaines et de dégâts matériels. La survenue de phénomènes climatiques tels quEl Niño est prévisible jusquà six mois à lavance mais dune part, de nombreux gouvernements ne sont pas en mesure de recevoir et dutiliser cette information, ce qui nest pas propre à laccréditer auprès du public, et dautre part, la manière dont les données disponibles sont divulguées auprès des protagonistes concernés ne permet pas de sauver des vies. Les milieux scientifiques et techniques ont donc un grand rôle à jouer dans la prévention des catastrophes au moyen dune planification préalable, latténuation de leurs effets et lorganisation dactivités de secours lorsquelles se produisent.
Il est également possible, dans de nombreux autres domaines liés à latténuation de la pauvreté, dopérer des choix technologiques plus satisfaisants grâce aux progrès de la recherche scientifique et technique. Les milieux scientifiques et techniques sont déterminés à agir de concert avec tous les protagonistes et, en particulier, les principaux organismes de financement de la recherche, les fournisseurs dune aide au développement et le secteur privé, pour mieux équilibrer les priorités en matière de recherche de manière à pouvoir atténuer la pauvreté et liniquité.
II. Thèmes illustrant les progrès scientifiques et techniques
A. Préparatifs de la prise de décisions : les évaluations intégrées
Progrès accomplis
Louverture du processus de prise de décisions à de nouveaux protagonistes et laccroissement de la coopération à tous les niveaux entre le public, les milieux scientifiques et techniques et les décideurs font lobjet dun programme dactivité clef du chapitre 31 dAction 21. On saccorde de plus en plus à reconnaître, depuis la Conférence de Rio de 1992, que pour favoriser le développement durable dans tous les pays, il faut pouvoir sappuyer sur des informations faisant autorité, fondées sur des évaluations scientifiques.
Cest ce dont témoigne, notamment, limportante influence acquise par le Groupe dexperts intergouvernemental sur lévolution du climat dans lélaboration des politiques. Ses évaluations et prévisions, qui étaient initialement destinées à informer les milieux scientifiques, servent aussi désormais à conseiller les décideurs. Ses évaluations ont gagné en importance et traitent dorénavant de nombreuses questions telles que le climat, la couche dozone, la diversité biologique, les écosystèmes, lénergie, leau et les grands barrages. Létude du climat remonte à lAnnée géophysique internationale (1957), pendant laquelle le Conseil international pour la science et dautres entités ont passé systématiquement en revue la planète et procédé aux premières mesures de dioxyde de carbone à Hawaii. En 1988, lOrganisation météorologique mondiale (OMM) et le Programme des Nations Unies pour lenvironnement (PNUE) ont créé le Groupe dexperts intergouvernemental sur lévolution du climat, qui a pour mission de contribuer à la prise de décisions en évaluant rigoureusement les découvertes scientifiques les plus récentes. En 1990, le Groupe dexperts intergouvernemental a achevé son premier rapport dévaluation, qui résumait létat des connaissances sur les changements climatiques et a contribué à lancer la Convention-cadre des Nations Unies sur les changements climatiques7. Son deuxième rapport dévaluation, publié en 1995, a abouti à la négociation du Protocole de Kyoto à la Convention-cadre de 19978. Son troisième rapport dévaluation, qui a été publié en 2001 et est appelé vraisemblablement à jouer un rôle déterminant au moment où les gouvernements sinterrogent sur les mesures à prendre pour protéger le système climatique, sintéresse de plus près que les rapports précédents aux incidences régionales des changements climatiques et examine ces changements dans la perspective du développement, de léquité et de la durabilité.
Un autre exemple frappant de la valeur des connaissances intégrées est celui de lappauvrissement de la couche dozone. Il montre limportance considérable de la découverte, par F. S. Rowland et M. Molina, des réactions chimiques à lorigine de la destruction de lozone, qui a finalement abouti à une évaluation internationale de létat de la couche dozone stratosphérique et à lélaboration et la mise en oeuvre du Protocole de Montréal relatif à des substances qui appauvrissent la couche dozone9.
Enseignements tirés
Lun des enseignements tirés des progrès réalisés est que le rapprochement des décideurs et des équipes scientifiques et techniques aux fins de la production et de lapprobation des rapports permet de faire en sorte que tous les principaux protagonistes puissent sapproprier les résultats des recherches. De même, la publication des rapports et leur diffusion sur le Web rendent ces résultats accessibles aux décideurs, au public et aux médias. Lexpérience a montré que, pour que les informations parviennent aux décideurs, il fallait quelles réunissent les six conditions ci-après :
Urgence : linformation doit concerner un problème ou une solution considéré comme urgent par la société;
Clarté : elle doit être succincte et comporter des données quantitatives;
Crédibilité : elle doit être transparente et refléter les vues de scientifiques faisant autorité;
Utilité : elle doit être concrète et proposer des solutions sans pour autant les imposer;
Légitimité : elle doit être appuyée par les gouvernements, le secteur privé et la société civile;
Anticipation : elle doit comporter des éléments de base et des données concrètes qui permettent de lancer rapidement lalerte.
Un autre enseignement important est quil est indispensable de sappuyer sur les résultats de recherches indépendantes de qualité pour procéder à des évaluations intégrées fiables. Ainsi, le Groupe dexperts intergouvernemental sur lévolution du climat a pu tirer profit, pour mener ses travaux, de lélargissement rapide de la recherche sur lévolution de lenvironnement mondial, dont témoigne notamment le Programme détude des océans tropicaux et de latmosphère globale 1985-1995, qui a permis de comprendre beaucoup mieux le rôle des océans dans les processus climatiques. En 1986, le Conseil international pour la science a créé le Programme international concernant la géosphère et la biosphère, qui complète le Programme climatologique mondial. Il étend désormais sa collaboration au Programme international sur les dimensions humaines des changements planétaires et à DIVERSITAS, un programme de recherche sur la diversité biologique mondiale. Les résultats obtenus par ces différents programmes depuis 1992 ont été synthétisés et examinés à lOpen Science Conference dAmsterdam10, qui a rassemblé de très nombreux représentants des milieux scientifiques ainsi que des décideurs et des représentants du secteur privé. Le Comité scientifique sur les problèmes de lenvironnement du Conseil international pour la science a notamment pour mandat deffectuer des évaluations.
Lévaluation de la diversité biologique mondiale réalisée en 1995 a permis dexaminer de manière détaillée tous les aspects de la diversité biologique mais les décideurs nont pu en utiliser les résultats, ceux-ci nayant pas fait lobjet dun accord sur leurs conditions dexploitation. Cest pourquoi le Programme dévaluation des écosystèmes à laube du troisième millénaire11, dont la mise en oeuvre a commencé récemment, a négocié les conditions dutilisation des résultats de ses recherches avant son lancement.
Lexpérience acquise a également permis de faire ressortir la nécessité dintensifier la collaboration avec une large gamme de protagonistes dans un cadre ouvert et interdisciplinaire. Pour que les évaluations soient utiles, il faut en effet quelles fassent intervenir directement des décideurs, des scientifiques (spécialistes des sciences pures aussi bien que des sciences appliquées), des sociologues et des représentants dorganisations non gouvernementales et du secteur privé. Il faut aussi quy participent des représentants de disciplines plus nombreuses, en particulier des spécialistes des sciences sociales et des scientifiques provenant de milieux géographiques et linguistiques très divers.
Pour que des évaluations intégrées soient réussies, il faut quelles reposent sur des observations systématiques et des indicateurs fiables. Il est nécessaire de continuer à investir dans linfrastructure dobservation en place notamment la Stratégie mondiale intégrée dobservation, le Système mondial dobservation des océans, le Système mondial dobservation du climat et le Système mondial dobservation de la terre si lon veut accroître la fiabilité des résultats, améliorer les modèles et faire en sorte que les décideurs locaux puissent accéder aux données mondiales. Il faudrait également envisager de procéder à de nouvelles évaluations intégrées, notamment de laménagement des zones côtières, de la désertification, de lagriculture, de la santé et des mégapoles.
B. Modification des modes de consommation et de production
Progrès accomplis
Le chapitre 4 dAction 21 et la Commission du développement durable accordent beaucoup dattention à la question de la modification des modes de production et de consommation. Lutilisation équitable des ressources mondiales est un aspect controversé mais fondamental du développement durable. Le cinquième le plus riche de la population mondiale consomme en effet 80 % des ressources mondiales, alors que le cinquième le plus pauvre nen consomme quun peu plus de 1 %. Au cours des 50 prochaines années, le taux daccroissement de la consommation pourrait dépasser celui de la population, ce qui ne sera acceptable que si la consommation répond à des critères de viabilité. Or, le mode de vie des habitants des pays riches dEurope et dAmérique du Nord est devenu une référence pour les consommateurs des pays en développement. Si les personnes vivant actuellement dans la pauvreté consommaient autant que lhabitant moyen des pays dAmérique du Nord, la consommation mondiale dénergie et de matières premières serait multipliée par six. La réduction de la consommation, dans laquelle on voit souvent une menace à la qualité de vie, à la compétitivité et à la profitabilité, se heurte à des résistances. Elle nentraîne pourtant pas nécessairement une diminution de la richesse économique ni une dégradation de la qualité de vie.
Les sciences et techniques peuvent contribuer largement à accroître la productivité dans le monde entier et à améliorer la qualité de vie, les conditions de travail et les possibilités demploi des pauvres en rendant possibles des modes de consommation viables. La communauté scientifique et technique est aussi consciente que les pays du nord doivent adopter des modes de consommation plus viables et pour cela modifier leurs techniques et leur comportement.
À la Conférence internationale sur la transition vers la viabilité au XXIe siècle quil a organisée en mai 2000 à Tokyo, lInter-Academy Panel a rassemblé des scientifiques, ingénieurs et techniciens de premier plan qui ont défini la consommation comme lun des six obstacles les plus importants à la transition vers la viabilité. Le PNUE a récemment publié un manuel relatif aux jeunes et à la consommation durable et, lors de la Conférence de la jeunesse de Borgholm (Suède), il a été avancé quil fallait inscrire la question du mode de vie occidental à lordre du jour du Sommet mondial pour le développement durable12.
Le rapport soumis par les milieux scientifiques et techniques à la Commission du développement durable à sa neuvième session en avril 200113, qui porte sur lénergie durable et les transports, contient un certain nombre de propositions concernant les moyens de renforcer sensiblement la viabilité de la production et de lutilisation de lénergie et des services de transport.
On est fondé à penser que les industries et services consommant moins dénergie et de matières premières contribueront de plus en plus à modifier les modes de production et de consommation. Au cours des 10 dernières années, divers moyens de réduire la consommation dénergie et de ressources naturelles en modifiant les modes de production et la conception des produits ont été étudiés. On reconnaît désormais que la « production propre » peut contribuer à améliorer le rapport coût-efficacité. Le Programme de consommation durable du PNUE applique lapproche « cycle de vie » aux besoins des consommateurs et encourage lamélioration du rapport coût-efficacité14. Avancée scientifique prometteuse, la chimie douce, qui permet de recycler des déchets et de fabriquer des produits écologiquement rationnels, devrait permettre de faire baisser les coûts dinvestissement initiaux. Grâce aux progrès scientifiques et techniques, à la pression exercée par le public et aux initiatives de certaines entreprises, les modes de consommation et de production évoluent, quoique lentement. Les boîtes daluminium pèsent 40 % de moins quil y a 10 ans. En Europe, les fabricants automobiles sont tenus de fabriquer dici à 2005 des voitures recyclables à 85 %, ce pourcentage devant passer à 95 % dici à 2015. Les milieux scientifiques et techniques apportent et continueront dapporter dimportantes contributions à ces processus décorendement.
Enseignements tirés
Les progrès accomplis en matière de production et de consommation durables restant très insuffisants, il va falloir passer résolument à laction. Les trouvailles technologiques, les solutions en fin de chaîne et laccroissement des rendements sont indispensables mais insuffisants. Les conceptions actuelles sont trop étroites et linéaires et il faudrait concevoir des systèmes novateurs qui favorisent des évolutions à la fois sociales, institutionnelles et technologiques. Il y a lieu en particulier dinstaurer des partenariats entre les pays développés et les pays en développement, le secteur privé, les milieux scientifiques et techniques, etc., de manière à répertorier et à saisir les possibilités dadopter des technologies efficaces, de nouveaux modèles et de nouvelles conceptions dans les domaines de lalimentation, de lénergie, des transports, de leau et de lorganisation de la vie urbaine, en sautant des étapes. Linsuffisance de laction menée à ce jour est particulièrement criante dans le domaine des sciences sociales, où il faut mettre en place des dispositifs qui permettent de faire connaître les résultats des recherches aux décideurs de manière quils puissent rattraper leur retard. Les changements de comportement nécessaires sont possibles avec de la volonté politique, la coopération des milieux scientifiques et techniques et la participation dune société bien informée.
C. Renforcement des capacités et éducation
Progrès accomplis
Sagissant de la science et de la technique, le renforcement des capacités renvoie à lensemble des infrastructures dans ces domaines ainsi quà lappui gouvernemental et autre dont un pays a besoin pour établir et maintenir une communauté scientifique et technique productive et indépendante. Le développement de telles capacités constitue une gageure permanente pour tous les pays puisque de nouveaux progrès scientifiques et technologiques ne cessent de se profiler à lhorizon. Aujourdhui, la pénurie dhommes de science et dingénieurs dont pâtissent les pays en développement est profondément préoccupante et est imputable aux trois facteurs ci-après : a) en raison de leurs infrastructures inadéquates en matière déducation et de formation, ces pays ne forment pas suffisamment de scientifiques et dingénieurs pour répondre à leurs besoins; b) ils financent avec leurs rares devises étrangères la formation de leurs étudiants dans des pays développés; et c) les nouveaux chercheurs et ingénieurs quils réussissent à former sont enclins à partir pour aller travailler à létranger.
En outre, la tendance mondiale semble être au recul du nombre des étudiants inscrits dans les disciplines scientifiques et techniques et les perspectives salariales dans dautres domaines viennent renforcer le penchant des parents et des étudiants en faveur dautres carrières. Diverses études effectuées par des instituts de recherches scientifiques et techniques signalent que cette désaffection pour les mathématiques et les sciences, particulièrement problématique chez les filles, commence dès lécole primaire pour saccentuer au fil des ans dans le cycle secondaire. Lorsque les étudiants entrent à luniversité, il est déjà trop tard pour tenter de remédier à cette situation. Daprès ces études, lun des problèmes serait le système denseignement des sciences lui-même, dont le modèle actuel est trop souvent très théorique et construit à partir dune série de faits décousus appris par coeur.
Pour pallier cette inefficacité relative de la communication du savoir, on préconise de plus en plus un enseignement basé sur la découverte, à forte composante expérimentale, assorti dactivités extrascolaires dans des musées, centres interactifs, clubs ou autres. Par ailleurs, lInternet ou dautres produits multimédias offrent de nos jours un accès direct aux informations scientifiques et techniques. Ces 10 dernières années, de nombreux membres de la communauté scientifique et technique ont participé à des programmes en la matière, aussi bien scolaires quextrascolaires.
Pour quun plus grand nombre de jeunes optent pour une carrière scientifique, de nombreux pays ont décidé de reprendre le problème à la base, cest-à-dire au niveau de lenseignement des sciences et des mathématiques dans les cycles primaire et secondaire et à celui de la formation pédagogique des enseignants concernés. Des institutions universitaires telles que lUnited States of America National Academy of Sciences (Académie nationale des sciences des États-Unis dAmérique) et lAcadémie française des sciences ont lancé des programmes à grande échelle (respectivement baptisés « Hands On » et « La main à la pâte ») visant à rénover lenseignement des sciences à lécole primaire. Un certain nombre de pays dont lAustralie, le Brésil, le Chili, la Chine, Israël, la Malaisie, le Maroc, le Mexique, le Nigéria, le Sénégal et la Suède ont pris des initiatives analogues.
Le Conseil international pour la science a créé un comité chargé dexaminer les questions relatives au renforcement des capacités scientifiques. Le Conseil et son comité ont organisé une série de conférences internationales sur lenseignement des sciences et des mathématiques à lécole primaire, tout dabord à Beijing en novembre 2000, puis à Kuala Lumpur en octobre 2001 et à Rio en septembre 2002, ce afin détablir des réseaux régionaux spécialisés dans lenseignement des sciences. De telles réunions facilitent les échanges dexpériences en matière denseignement scientifique dans de nombreux pays et régions. LInter-Academy Panel a lancé un programme international spécial sur lenseignement des sciences et a par ailleurs organisé une réunion à Monterrey (Mexique) qui débouchera sur une série de manifestations régionales. On procède à lélaboration de nombreux autres programmes relatifs à lenseignement des sciences et lUNESCO, en sa qualité de chef de file pour le chapitre 36 dAction 21, examine les dispositions prises en la matière dans son rapport.
Lapproche-programme pour le renforcement des capacités est relativement récente et évolue rapidement, souvent en réponse aux nouvelles gageures dans les domaines scientifique et technique. Le Système danalyse, de recherche et de formation concernant le changement mondial a été créé en 1992 pour faire face à la pénurie de compétences dans les pays en développement dans les domaines du changement de lenvironnement et du développement durable. Le Centre régional de recherche pour lAsie tempérée de lest, en tant que lun des sept centres régionaux du Système, a utilisé divers moyens bourses, ateliers, Internet et formation à la recherche pour faire participer des scientifiques de chaque pays dAsie de lest et a aussi à présent formulé un important projet de recherche sur laridification et ses incidences sur les stratégies concernant la viabilité humaine et latténuation des risques en Chine septentrionale15. Le Système, de concert avec lInternational Foundation for Science (IFS) (Fondation internationale pour les sciences) et lAcadémie des sciences du tiers monde, a établi un plan décennal de renforcement des capacités, action à grande échelle visant à multiplier le nombre des scientifiques formés à la recherche pluridisciplinaire, à faciliter les plans de carrière, à développer les compétences et à retenir les chercheurs dans leur domaine délection.
LAcadémie des sciences du tiers monde applique de longue date un programme de bourses de recherche et de conférences ciblant les pays les moins avancés. Le centre dexcellence du réseau dorganisations scientifiques du tiers monde16 est un modèle pour le renforcement des capacités institutionnelles. LInter-Academy Panel (IAP) appuie le renforcement des capacités des universités africaines. LInter-Academy Council (IAC) procède à une étude approfondie et de vaste portée sur le renforcement des capacités et lexode des cerveaux dans les pays en développement. La Fédération mondiale des organisations dingénieurs (FMOI) et la Fédération internationale des ingénieurs-conseils (FIDIC) semploient à renforcer les moyens des instituts techniques dans les pays en développement sur une base bilatérale, notamment par le biais de la validation des cours, la reconnaissance des diplômes, limmatriculation des spécialistes et leur appariement dans des projets dinfrastructure. Le Conseil international pour la science, les membres des communautés scientifiques nationales et des organes interdisciplinaires poursuivent par ailleurs des activités de vaste portée de renforcement des capacités, en particulier le comité sur les sciences et les technologies dans les pays en développement du Conseil.
Enseignements tirés
Un très petit nombre dexemples depuis Rio ont été mentionnés ci-dessus. Toutefois, une multitude dinitiatives relatives au renforcement des capacités scientifiques et technologiques ont été prises dans le monde entier. Chaque année, des millions de jeunes, notamment chercheurs et ingénieurs, participent à des centaines de milliers de programmes de formation, de bourses, déchanges détudiants, de colloques spéciaux, de congrès et dactivités de sensibilisation offertes par des gouvernements, des établissements denseignement publics et privés, le secteur privé, des fondations, des organisation internationales et de nombreuses autres entités.
Nous avons pris conscience et cest un enseignement clef que notre approche avait jusquici été trop fragmentée et incohérente pour atteindre cette « masse critique » dont de nombreux pays ont besoin pour tirer effectivement parti de la science et des technologies en vue daccélérer la réalisation de leurs propres objectifs de développement. Cette masse critique doit aller de pair avec une infrastructure adéquate universités de haut niveau, laboratoires modernes bien équipés et bien entretenus, mécanismes de financement indépendants des travaux de recherche et plus particulièrement modalités dexamen de ces travaux par dautres chercheurs, accès aux communications de base, notamment à lInternet, salaires adéquats et réputation de cette carrière.
Les milieux scientifiques et techniques doivent mobiliser les gouvernements et les entreprises pour les inciter à investir davantage dans les domaines de léducation, de la formation, de la recherche et du développement, en particulier dans les pays en développement. Il y a peu de chances que ces pays remédient, même à moyen terme, au problème de la pénurie croissante de chercheurs et dingénieurs dont la présence est indispensable pour répondre aux besoins dune économie qui repose de plus en plus sur les connaissances. Il faudrait semployer à faciliter la mobilité des chercheurs et des ingénieurs pour promouvoir les échanges dacquis dexpérience et de capacités dont bénéficieront toutes les parties.
Il conviendrait de sattacher davantage à promouvoir et à faciliter la participation des femmes à cette formation. Elles continuent dêtre une ressource intellectuelle sous-utilisée à léchelle mondiale, en particulier dans les domaines scientifique et technologique, et pourtant elles ont une influence profonde sur les attitudes prises à légard de ces modes de vie durables que les responsables politiques espèrent voir adopter. Léducation et le recrutement des femmes pourraient considérablement aider un pays en développement donné à devenir plus rapidement et par le biais de modalités plus durables un pays développé.
Il faudrait songer davantage à promouvoir un plus grand nombre déchanges de chercheurs et dingénieurs du Sud. Un certain nombre de pays disposent dimportantes capacités scientifiques et technologiques quils pourraient partager avec dautres pays en développement. Des politiques et des programmes novateurs sont nécessaires pour faciliter et appuyer de tels échanges. Certains pays en développement sont en mesure doffrir aux étudiants dautres pays en développement la possibilité de suivre des études scientifiques et techniques à un coût abordable.
Il faut accorder une place plus importante dans nos programmes politiques au problème de lexode des cerveaux qui ne touche pas uniquement les pays en développement. Pour faire face à ce problème, les pays daccueil, les pays bénéficiaires et les milieux scientifiques et techniques devraient nouer durgence de nouveaux partenariats et entamer un dialogue. Notre objectif consiste à formuler de nouveaux accords types ou « règles du jeu » qui nous aideront à trouver une solution à ces problèmes au cours des cinq prochaines années.
Une tâche hautement prioritaire consiste à établir des centres/réseaux régionaux de développement durable dans des sites représentatifs situés dans des régions du monde particulièrement déshéritées. Des réseaux de communication efficaces pourraient permettre de relier ces centres/réseaux avec des chercheurs et des ingénieurs de haut niveau qui joueraient un rôle de conseiller et de mentor dans des domaines critiques. Ces établissements pourraient aussi servir de centres de liaison en matière de renforcement des capacités pour les étudiants en provenance de pays en développement ainsi que de centres de formation pour des ingénieurs et des chercheurs bénévoles de passage.
Il faut en outre prévoir des programmes denseignement professionnel portant notamment sur les objectifs du développement durable à lintention des chercheurs et des ingénieurs tout au long de leur carrière professionnelle. Nous devons aussi veiller à ce que les agents de la fonction publique aient un savoir scientifique suffisant pour pouvoir utiliser les technologies et à ce que la société civile comprenne limportance desdites technologies pour le bien-être des hommes et le développement durable.
Les milieux scientifiques et techniques sengagent à resserrer leurs partenariats dans les domaines du renforcement des capacités et de léducation avec toutes les autres parties prenantes, mais plus particulièrement avec les milieux de lenseignement, la communauté chargée de laide au développement et le secteur privé.
D. Technologies de linformation et de la communication
Progrès accomplis
Les technologies de linformation et de la communication sont lune des grandes composantes scientifiques et technologiques amenées à jouer un rôle dans le développement durable. Les stratégies de développement durable reposent sur des études scientifiques et sur les nouvelles technologies. Une meilleure communication entre la communauté scientifique et technique, les décideurs et le public est indispensable si lon veut tirer tout le parti possible de linformation existante. Le chapitre 31 dAction 21 préconise un partage sans réserve de linformation et un transfert des savoir-faire. La communauté scientifique et technique se doit de repousser les frontières du savoir, de partager toute nouvelle connaissance et de veiller à ce quil en soit fait un bon usage.
Les technologies de linformation et de la communication ont progressé plus rapidement ces 10 dernières années quà toute autre période de lhistoire. Elles ont bouleversé le mode de fonctionnement de léconomie mondiale et nombre de problèmes et de possibilités se sont fait jour. Riches de leur capacité à améliorer la coopération et léchange dinformation, ces technologies ont ouvert de nouvelles perspectives en matière de recherche et de traitement de linformation, mais pour le moment elles sont encore sous-exploitées.
Les systèmes spatiaux et les techniques de télédétection sont des inventions récentes qui ont permis daffiner notre connaissance de la planète. Les chercheurs se servent des méthodes de traitement et dinterprétation de linformation spatiale pour modéliser les continents, latmosphère et les océans, dans un souci de mieux comprendre le milieu naturel. Ils sintéressent par exemple aux courants océaniques, aux vagues, à linteraction de lair et de la mer, à la chimie de lozone, aux gaz à létat de trace et à leur incidence sur les changements climatiques, aux puits de carbone et aux sources démission des gaz à effet de serre, aux mutations intervenues dans lutilisation des terres et à la couverture du sol élément clef de lestimation du cycle de transformation du carbone aux niveaux mondial et régional , à la désertification et à lurbanisation. Sur un plan plus général, la science et la technologie jouent un rôle tout aussi fondamental dans la recherche de solutions à de graves problèmes sanitaires ou sociaux, allant du syndrome dimmunodéficience acquise (sida) aux modes de transport viables.
La capacité à réunir et à analyser une masse importante dinformations nouvelles est lun des facteurs qui sous-tend le développement durable. Or, la rapidité avec laquelle interviennent les innovations techniques a creusé le fossé numérique entre pays développés et pays en développement, nombre dentre eux ne disposant pas de linfrastructure nécessaire pour se procurer linformation. Les pays en développement nont pas ménagé leur peine pour rattraper leur retard. Par exemple, à Chennai (Inde), la M. S. Swaminathan Research Foundation a ouvert des centres Internet dans les villages. Rien quen Inde, on compte une bonne trentaine de projets de ce type. Le Centre international de physique théorique de lAcadémie des sciences du tiers monde propose un programme de distribution par lInternet de linformation scientifique, qui vient en complément de la documentation scientifique reçue dans le cadre de son programme de dons. Dautres partenariats, tels que SciDev.NET, auquel participent les revues Nature et Science et la communauté scientifique et technique, ont lancé des réseaux spécialisés dans la vulgarisation scientifique. LInternational Network for the Availability of Scientific Publications (INASP) regroupe des établissements universitaires, des chercheurs et des spécialistes de linformation qui se sont donné pour mission de faciliter laccès des pays en développement au savoir. Ce genre dinitiatives doit être généralisé, notamment dans le domaine de la santé publique. Cest lobjectif que sest fixé lOrganisation mondiale de la santé (OMS) avec une initiative qui permettra aux pays en développement de prendre connaissance de linformation médicale par lintermédiaire de lInternet.
LUNESCO et le Conseil international pour la science ont parrainé deux conférences sur lédition électronique dans le domaine des sciences (en 1996 et en 2001), au cours desquelles les scientifiques et les éditeurs ont examiné les mutations rapides intervenant dans ce secteur. Malgré les efforts importants déployés par des groupes tels que le comité du Conseil international pour la science chargé de la diffusion électronique de linformation scientifique, lINASP et le Centre mondial de données en vue douvrir plus largement les portes du savoir, il reste encore beaucoup à faire pour généraliser linfrastructure, la formation et un accès abordable à une information scientifique à jour. Diffuser linformation dans les pays en développement est une entreprise difficile, car ceux-ci ne disposent pas de moyens suffisants sagissant des réseaux de télécommunication, des réseaux dalimentation électrique, de lenseignement technique et dautres infrastructures importantes. Par exemple, le Centre mondial des données a été créé il y a 50 ans pour faciliter linformation des scientifiques, préserver les données et en améliorer la qualité et encourager un accès sans réserve des scientifiques de tous les pays. Or, bien quayant rempli ces objectifs, le Centre nest pas parvenu à étendre ses opérations en dehors des pays industrialisés.
Les droits de propriété intellectuelle, les brevets et les droits dauteur sont un facteur important à prendre en compte dans la diffusion de linformation. Actuellement, les pays en développement se heurtent au problème du prix, souvent prohibitif, des revues et des bases de données scientifiques, même si certaines organisations profitent de lInternet pour ouvrir plus largement laccès à linformation. Suivre lévolution du matériel informatique et des logiciels revient cher, ce qui entrave encore plus le transfert du savoir dans les pays en développement. LUnion européenne est à lorigine dun renforcement des lois relatives aux droits de propriété intellectuelle sur les bases de données. Cette tendance ne laisse pas dêtre préoccupante, car elle pourrait entraîner une hausse excessive du prix daccès aux connaissances scientifiques de base nécessaires au développement. Ces 10 dernières années, la question de la commercialisation des données et de linformation scientifiques sest posée avec de plus en plus dacuité, ce qui risque de remettre en cause le principe dun accès sans réserve à linformation aux fins de la recherche et de lenseignement.
Enseignements tirés
La communauté scientifique et technique semploie à mettre au point des outils dans un souci dapprofondir la connaissance quelle a de la planète et des sociétés. Elle sattache également à tisser des liens plus étroits avec les décideurs et le public afin de les tenir au courant de ses découvertes. Actuellement, la difficulté principale consiste à tenir les pays en développement informés. Il importe détoffer les capacités, de renforcer les infrastructures et les programmes de formation et doffrir un accès à linformation à un prix abordable si lon veut que la connaissance ne soit pas lapanage de quelques-uns. La communauté scientifique et technique doit veiller au maintien du principe dun accès sans réserve à linformation.
III. Éthique, science, technique et société
Le chapitre 31 dAction 21 fixe comme objectif majeur laccroissement, lamélioration et lencouragement de lacceptation, au niveau international, de codes de pratique et de lignes directrices qui recueillent lassentiment de la société. Depuis la Conférence de Rio, la communauté scientifique a commencé à se doter de codes de conduite et de lignes directrices. Les ingénieurs et les médecins sont tenus de respecter des codes déontologiques, qui prévoient expressément que dans lexercice de la profession visée lintérêt privé sefface devant lintérêt public, à savoir la vie, la sécurité et la propriété. La Fédération mondiale des organisations dingénieurs a adjoint un code déthique environnementale à son code déthique en matière dingénierie. La communauté des ingénieurs a également fait sienne la Charte de la Terre, laquelle invite les gouvernements, les spécialistes et la société civile à adopter un code de conduite et à suivre les principes du développement durable. Le Comité du Conseil international pour la science chargé des questions de déontologie achève lexamen de 115 codes de conduite et normes adoptés par la communauté scientifique et technique.
La société fait confiance aux scientifiques et aux ingénieurs pour se conduire en individus conscients de leurs responsabilités, soucieux de se garder de toute négligence ou malversation et doeuvrer au bien-être de lhumanité. Au nombre des questions dordre moral figurent : les conflits dintérêt, les dénonciations dabus, les droits de lhomme, la libre circulation des spécialistes et le financement de la recherche. À la demande du public et des décideurs, la communauté scientifique et technique est de plus en plus souvent appelée à se prononcer sur des questions ayant une forte charge émotive, telles que les organismes transgéniques, le génie génétique, les cellules souches, le clonage, les animaux de laboratoire et lénergie nucléaire pour nen citer que quelques-unes. Le mythe du savant dans sa tour divoire na pas résisté à lévolution de la société. Les scientifiques savent désormais quils doivent répondre des usages et des détournements possibles de leurs inventions ainsi que des retombées de celles-ci sur lhomme et sur la société.
Les scientifiques ne doivent jamais perdre de vue les obligations déontologiques qui sont les leurs tant pour ce qui est de la recherche, de la mise au point et du résultat final que pour ce qui est de lapplication de la science et de la technique aux problèmes qui se posent. Ces deux aspects méritent dêtre examinés plus avant par lensemble des parties prenantes, ce qui appelle une concertation accrue. Il importe détudier de plus près plusieurs questions très importantes relatives aux codes déontologiques et aux lignes directrices. Premièrement, les codes déontologiques ne sappliquent très souvent quaux membres des organismes scientifiques concernés et portent principalement sur certains principes, tels que lhonnêteté, lintégrité, la transparence, etc. Deuxièmement, de nombreux codes nont trait quaux activités à caractère national et ne visent pas expressément celles à caractère international. Troisièmement, dans les codes actuels, on se soucie moins que par le passé de la responsabilité des scientifiques envers la société ou la collectivité, notamment au titre du développement durable. Quatrièmement, il faut veiller à ce que les codes existants soient effectivement appliqués et suivis deffets. Cinquièmement, il importe de renforcer les mécanismes visant à favoriser la concertation entre les institutions se dotant de codes de conduite et les parties intéressées afin que celles-ci puissent être associées à létablissement et au suivi de ces instruments.
À lUNESCO, la Commission mondiale déthique des connaissances scientifiques et des technologies a fait des progrès notables, notamment avec la publication de rapports consacrés aux thèmes suivants : léthique de lespace extra-atmosphérique, léthique de lénergie et léthique de lutilisation de leau douce. LUNESCO a également lancé un programme ambitieux sur la bioéthique, lequel a débouché sur ladoption de la Déclaration universelle sur le génome humain et les droits de lhomme.
Face à lévolution scientifique et technique, la société ne cesse de sinterroger sur ses valeurs. La communauté scientifique et technique a le devoir de participer au débat. Plus que toute autre, elle est au fait des questions qui soulèvent des dilemmes moraux et a les moyens daider à y répondre. Voilà pourquoi il faut susciter un intérêt pour les questions déthique, en commençant par les spécialistes des sciences et techniques eux-mêmes. Traiter ces questions dans les programmes denseignement, à tous les niveaux, est un moyen des plus efficaces pour mieux sensibiliser la communauté scientifique et technique et le public. Cela signifiera collaborer avec la communauté scientifique et technique, notamment les écoles scientifiques, les autorités chargées des questions déducation aux niveaux national et local, les ministères concernés et le public.
Aux préoccupations dordre déontologique sajoute une prise de conscience croissante du fait que la diversité culturelle doit être soigneusement prise en compte dans les initiatives visant à aboutir au développement durable. Chaque pays doit répondre à ses propres problèmes et besoins dans le respect de sa culture et de ses valeurs. La communauté scientifique et technique se félicite de loccasion qui lui est donnée dengager un dialogue ouvert et constructif avec la classe politique, les décideurs et la collectivité, ce qui permettra de faire valoir lextrême richesse des cultures et des valeurs des populations du monde.
Les participants à la Conférence mondiale sur la science, qui sest tenue en 1999, se sont intéressés de près aux questions déontologiques posées par la science et ont publié un document important, intitulé Agenda pour la science Cadre daction, dans lequel ils appelaient lattention sur les points suivants : « léthique et la responsabilité de la science devraient faire partie intégrante de lenseignement » (sect. 3.21, par. 71); « la communauté scientifique internationale devrait, avec le concours dautres acteurs, encourager un débat, y compris public, visant à promouvoir léthique environnementale et des codes de conduite relatifs à lenvironnement » (ibid., par. 73); « les gouvernements devraient encourager la mise en place de mécanismes appropriés chargés détudier les questions éthiques relatives à lutilisation du savoir scientifique et à ses applications » (ibid., par. 76).
La communauté scientifique et technique entend sengager plus avant sur les questions déthique auprès de la collectivité et renforcer sa capacité à adopter des codes de conduite et à vérifier quils sont suivis deffets, en collaboration avec dautres partenaires. Elle sattachera également à revoir les codes existants afin de tenir compte du développement durable. Les organismes scientifiques et techniques et les scientifiques eux-mêmes seront encouragés à adhérer à la Charte de la Terre après avoir mûrement réfléchi à la question.
IV. Conclusions
Le présent document portait sur quelques-uns des apports majeurs de la science et de la technique et contient quelques propositions quant aux engagements pour lavenir. La communauté scientifique et technique internationale peut contribuer à orienter les décisions pour le long terme, en sattachant : a) à rechercher activement des solutions, à exercer une fonction de veille et à mieux cerner le caractère complexe et interdépendant du développement durable; b) à participer étroitement à la formulation et à lapplication de politiques, rassemblant pour ce faire une information fiable aux fins de faciliter le choix des objectifs; c) à prendre part à lévaluation des politiques, se chargeant à cet effet den suivre lapplication, de proposer des changements, de tirer les enseignements des résultats obtenus et danalyser toute information nouvelle.
Pour parvenir aux objectifs ainsi fixés, la communauté scientifique et technique doit tenir compte des besoins de la collectivité et engager un véritable débat avec lensemble des décideurs. Au cours des cinq années à venir, elle semploiera à accroître notablement la participation des scientifiques et des ingénieurs aux commissions nationales chargées du développement durable; à les associer aux différents rouages administratifs, en qualité de conseillers auprès des chefs dÉtat, des responsables des organismes internationaux, des parlementaires, etc.; à leur donner une place dans les comités dadministration des entreprises. Par ailleurs :
La communauté scientifique et technique doit renforcer son aptitude à rechercher des solutions, sappuyant pour ce faire sur les acquis des disciplines traditionnelles et sur sa soif de connaissance, tout en souvrant davantage aux préoccupations de la société.
Si lon veut donner corps aux objectifs susmentionnés, trois éléments, garants du contrat entre les scientifiques et la société, doivent être réunis :
Il faut investir de manière notable dans la science et la technique, ce qui signifie inverser la tendance actuelle. Les investissements consentis dans ces domaines sont hautement productifs et ont des retombées économiques et sociales bien plus importantes que ceux réalisés dans dautres secteurs. Or les pays développés ne consacrent généralement pas plus de 2 ou 3 % de leur PIB à la recherche-développement et la plupart des pays en développement se situent en deçà des 1 %. Les sommes consacrées à la recherche au niveau mondial doivent augmenter considérablement. Il serait bon de réserver à la recherche appliquée au développement durable une partie du montant total consacré à la recherche-développement, peut-être selon une proportion comprise entre 20 et 25 %;
La communauté scientifique et technique internationale se doit de respecter scrupuleusement ses engagements déontologiques et doeuvrer au bien-être de lhumanité. Elle gagnera en légitimité aux niveaux international et national en privilégiant la concertation, la transparence, léquilibre et le mérite et en veillant à ce que ses apports soient crédibles, objectifs et valables. Elle doit par ailleurs encourager ladoption et lapplication généralisées de codes de conduite mis au point avec le concours de lopinion publique;
Disposer dindicateurs objectifs et transparents est indispensable pour suivre les progrès accomplis. La communauté scientifique et technique sattachera à établir des indicateurs précis pour chacun de ses engagements et à aider les décideurs et le public à mesurer sa contribution au développement durable.
Notes
1 Rapport de la Conférence des Nations Unies sur lenvironnement et le développement, Rio de Janeiro, 3 14 juin 1992, vol. I, résolutions adoptées par la Conférence (publication des Nations Unies, numéro de vente : F.93.I.8 et rectificatif); résolution I, annexe II.
2 La Conférence des Nations Unies sur la science et la technique au service du développement est parvenue à la conclusion que les pays en développement ne devraient pas seulement bénéficier dune aide dans le domaine du transfert de technologie mais également dans celui du transfert de connaissances.
3 La science, et notamment les sciences naturelles et sociales, constitue un ensemble de connaissances multidisciplinaires sur la nature et la société issues de lobservation et de lexpérimentation. Bien que ses fonctions soient avant tout descriptives et explicatives, la science peut également fournir des orientations sur des objectifs normatifs tels que lamélioration de la condition humaine, la promotion des droits civils et la rationalisation des modes de vie. Lingénierie concerne les applications pratiques de ces connaissances et dexpériences empiriques et permet de créer les structures, équipements, processus et produits. Les processus et produits qui se sont fait une place du fait de leur acceptation par la société et les marchés sont communément appelés technologie.
4 Amsterdam Declaration on Global Change, Challenges of a Changing Earth: Global Change Open Science Conference. Déclaration dAmsterdam sur les changements planétaires, les défis dune planète en évolution : conférence scientifique sur les changements planétaires, Amsterdam (Pays-Bas), 13 juillet 2001.
5 Transition vers un développement durable au XXIe siècle : la contribution de la science et de la technologie, déclaration des académies des sciences mondiales, Conférence mondiale des académies des sciences, Tokyo, mai 2000.
6 Déclaration sur la science et lutilisation du savoir scientifique; et agenda pour la science : cadre daction.
7 Organisation des Nations Unies, Recueil des Traités, vol. 1771, No 30822.
8 FCCC/CP/1997/7/Add.1, décision 1/CP.3, annexe.
9 Organisation des Nations Unies, Recueil des Traités, vol. 1522, No 26369.
10 Voir la Déclaration dAmsterdam de juillet 2001, dans laquelle quatre programmes de recherche ont reconnu quoutre les importants changements climatiques, on se préoccupe de plus en plus de lévolution toujours plus marquée dautres aspects de lenvironnement mondial, résultant de lactivité humaine, et de leurs incidences sur la qualité de vie.
11 Mis en oeuvre par le PNUE, lUNESCO, la Banque mondiale, le World Resources Institute et le Conseil international pour la science ainsi que par le secrétariat de la Convention sur la lutte contre la désertification dans les pays gravement touchés par la sécheresse et/ou par la désertification, en particulier en Afrique (Organisation des Nations Unies, Recueil des Traités, vol. 1954, No 33480) et celui de la Convention relative aux zones humides dimportance internationale, particulièrement comme habitats des oiseaux deau (ibid., vol. 996, No 14583).
12 Conférence de la jeunesse sur un développement durable, Borgholm (Suède), 2001 (<http://www.youth.se/default.asp>).
13 Voir E/CN.17/2001/6/Add.2, document de travail établi par les milieux scientifiques et techniques.
14 Le Forum ministériel mondial sur lenvironnement tenu à Malmö (Suède) en mai 2000 a souscrit à cette approche et en a encouragé lapplication.
15 Parrainé par la Fondation chinoise des sciences naturelles et lAcadémie des sciences chinoise.
16 TWNSO/UNDP, Sharing Innovative Experiences, vol. 1, Examples of Successful Initiatives in S&T in Developing Countries, New York (UNDP), 1998 et vol. 2, Examples of Successful Initiatives in Conservation and Wise Use of Indigenous and Medicinal Plantes in the South, Karachi (Pakistan), 2000.
01-70263 (F) 150102 150102
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