Nations Unies
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Nations
Unies
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E/CN.17/2002/PC.2/6/Add.4 |
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Conseil
économique
et social
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Distr.
générale
11 janvier 2002
Français
Original: anglais
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Commission du développement
durable constituée
en Comité préparatoire du Sommet mondial
pour le développement durable
Deuxième session
préparatoire
28 janvier-8 février
2002
Dialogue
multipartite dans le cadre de la deuxième session de la Commission du
développement durable constituée en Comité préparatoire
du Sommet mondial
pour le développement durable
Note
du Secrétaire général
Additif
Document de concertation émanant
des organisations non gouvernementales*
* Document
rédigé par le Réseau du Tiers monde, le Centre international
de liaison pour lenvironnement et le Danish 92 Group, les trois organisations
non gouvernementales invitées par le secrétariat du Sommet mondial
pour le développement durable comme partenaires-organisatrices du dialogue
multipartite pour les organisations non gouvernementales. Les auteurs du présent
document ne prétendent en aucun cas présenter les vues de toutes
les organisations non gouvernementales. Ils se sont efforcés de refléter
les opinions exprimées à ce stade du processus préparatoire.
Ce document a été principalement établi sur la base des
positions adoptées par les organisations non gouvernementales aux réunions
des comités préparatoires régionaux ces derniers mois.
Les vues et opinions exprimées ne reflètent pas nécessairement
celles de lOrganisation des Nations Unies.
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Note
explicative
Le
présent document est le fruit de la collaboration des organisations
non gouvernementales (ONG) ci-après : le Réseau du
Tiers-monde, le Centre international de liaison pour lenvironnement
et le Danish 92 Group, avec le concours de la Northern Alliance for Sustainability
(ANPED). Cest une contribution initiale au dialogue multipartite
dans le cadre de la deuxième session de la Commission du développement
durable constituée en Comité préparatoire du Sommet
mondial pour le développement durable qui servira également
de point de départ aux débats futurs des ONG tout au long
du processus. Ce document rassemble les vues exprimées par les
groupes dONG qui ont participé aux conférences préparatoires
régionales et les observations reçues par le biais de diverses
listes de diffusion (LISTSERV). Une place spéciale a été
accordée aux perspectives des ONG du Sud afin que celles-ci puissent
être examinées au cours du dialogue.
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Les
auteurs ne prétendent pas représenter les vues de toutes
les ONG dans le présent document, mais ils se sont efforcés
de refléter les opinions exprimées à ce stade du
processus préparatoire. Ce document sétoffera lors
des mois prochains au gré de la réflexion et du dialogue
afin denglober aussi largement que possible les points de convergence
de la communauté mondiale des ONG. Il servira de point de départ
à ce processus dont le but nest pas de forger un consensus
sur des thèmes ou des priorités mais de se faire lécho
de la pluralité des vues. Même en poursuivant en permanence
la réflexion et le dialogue, il ne sera peut-être pas possible
dinclure tous les points de vue étant donné que la
communauté des ONG est trop diversifiée et que le temps
manque pour consulter tous ses membres, en particulier ceux qui remplissent
des missions vitales à léchelle locale. Cest
pourquoi ce document et ses versions ultérieures ne brosseront
jamais un tableau définitif des vues des ONG mais se classeront
parmi les nombreux documents qui retracent une pluralité de vues
et dexpériences.
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La
première section du document, rédigé par le Réseau
du Tiers monde à partir des interventions extraites dune
discussion en ligne animée par le Centre international de liaison
pour lenvironnement, présente les points de vue des deux
réseaux ainsi que les principales préoccupations de nombreuses
ONG et de leurs réseaux quant aux raisons pour lesquelles on na
pas pu efficacement mettre en oeuvre lagenda pour le développement
durable depuis 1992. Cette section sarticule autour des quatre thèmes
du dialogue multipartite. La deuxième section, rédigée
par le Danish 92 Group, et soumise au débat sur lInternet,
résume et analyse les positions prises par les ONG lors des consultations
régionales et sous-régionales.
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Les
ressources allouées à la participation des ONG au processus
préparatoire du Sommet mondial pour le développement durable
et à la rédaction du présent document étaient
très limitées. Les auteurs sefforceront dobtenir
un temps de consultation plus long pour la préparation du document
de concertation destiné au prochain dialogue multipartite de la
quatrième session préparatoire et de mobiliser des sources
de financement à cet effet. Ils espèrent quun débat
animé sen suivra, qui enrichira le présent document,
et, plus important encore, quun terrain dentente pourra se
dégager à ce stade décisif de la coopération
internationale en faveur du développement durable.
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I.
Introduction
Cadre du processus
préparatoire du Sommet mondial pour le développement durable1
-
Les préparatifs
du Sommet mondial pour le développement durable se déroulent
sur fond de pessimisme. Le Rapport sur le développement dans le
monde 2000/2001 : Combattre la pauvreté dit que
« La pauvreté extrême voisine dans le monde avec
labondance. Sur les 6 milliards dhabitants de la planète,
2,8 milliards, soit presque la moitié, ont moins de 2 dollars par
jour pour vivre, et 1,2 milliard (un cinquième) dont 44 % habitent
en Asie du Sud, moins dun dollar par jour [
] Le revenu moyen des
20 pays les plus riches est 37 fois plus élevé que celui
des 20 pays les plus pauvres (cet écart a doublé au cours des
40 dernières années). »
La Stratégie
environnementale de la Banque mondiale (« Environment Strategy »)
tire la conclusion suivante :
« Développement
économique [
] les gains ont été inégalement
répartis et une large part de la population mondiale reste désespérément
pauvre. Dans le même temps, des facteurs environnementaux, comme la pollution
intérieure et extérieure, les maladies dorigine hydrique
et lexposition aux produits chimiques toxiques constituent une menace
pour la santé de millions de personnes, et les ressources naturelles
terres, eau et forêts se détériorent à
une vitesse alarmante dans de nombreux pays [
]. Selon les estimations,
les coûts économiques de la détérioration de lenvironnement
représentent annuellement 4 à 8 % du produit intérieur
brut (PIB) dans de nombreux pays en développement. »
-
Le Rapport
Planète vivante 2000 (Living Planet Report 2000), publié
par le Fonds mondial pour la nature et ses partenaires, a révélé
quen 1996, lempreinte écologique de lêtre
humain dépassait
« de 30 %
lespace biologique productif revenant à chaque personne, voire
plus si lon réserve certaines zones à lusage exclusif
dautres espèces. Autrement dit, lempreinte écologique
de lhumanité excède dau moins 30 % la surface
disponible. Ce dépassement est à lorigine de lépuisement
progressif du patrimoine naturel de la planète dont témoigne
lIndice Planète Vivante (Living Planet Index). »
Les très nombreuses
études sur létat du monde et les tendances observables
depuis la Conférence des Nations Unies sur lenvironnement et
le développement qui sont en cours de réalisation en vue du
Sommet mondial pour le développement durable devraient faire la preuve
de cette constante détérioration.
II.
Bilan des progrès réalisés dans la mise en oeuvre du chapitre
27 dAction 21
-
Létude
et lévaluation des progrès accomplis dans la mise en
oeuvre du développement durable qui sont au programme de la deuxième
session préparatoire aborderont la question des ONG sous deux angles
principaux. Premièrement, elles donneront à connaître
les vues des ONG sur le non-respect des promesses et des engagements en
faveur du « développement durable » et le triomphe
concomitant des principes de la mondialisation et de la libéralisation
qui sous-tendent les travaux de lOrganisation mondiale du commerce
(OMC) et des institutions de Bretton Woods et la prospérité
et la puissance croissantes des sociétés transnationales souvent
appuyées par des organismes de crédit à lexportation.
Deuxièmement, elles examineront le rôle des ONG en tant que
partenaires du développement durable comme lenvisage le chapitre
27 dAction 21.
-
Il est
désormais reconnu que le processus de mondialisation et de libéralisation
qui a balayé le monde ces deux dernières décennies
a fait surgir de profondes inégalités. Ce processus sest
intensifié dans les années qui ont suivi la Conférence
des Nations Unies sur lenvironnement et le développement. Le
coeur du problème est la répartition inégale du pouvoir
et de la richesse dans le monde, à lintérieur des pays
et dun pays à lautre. On assiste à un nombre croissant
de manifestations de masse en marge des grandes conférences et la
société civile proteste de plus en plus contre les écueils
de la mondialisation à léchelle locale, sans quil
en soit rendu compte : ce sont là autant de signes de la crise
du développement durable.
-
Pour que
les ONG et la société civile puissent efficacement promouvoir
des moyens de subsistance plus durables, la société civile
doit jouir des droits et des possibilités daction politiques
lui permettant de dialoguer avec les administrations publiques et de participer
à part entière aux processus de décision à léchelle
nationale. Indépendamment des réalités du lieu, la
société civile (en particulier les peuples autochtones et
les communautés locales) a prouvé quelle savait maintenir
et promouvoir des pratiques opérantes et des expériences innovantes
sur la voie du développement durable. Un corps documentaire de plus
en plus fourni a été réuni par les ONG, les instituts
de recherche et les organismes des Nations Unies au sujet de ces bonnes
pratiques. Toutefois, le recours à ces pratiques est souvent compromis
ou mal intégré dans les politiques publiques faute dappui
institutionnel.
-
Les acteurs
de la société civile ont été les premiers à
mener des investigations, à suivre les décisions, à
mettre certains faits en lumière et à sensibiliser les populations
aux problèmes, quil sagisse dobserver les prestations
des administrations publiques, des institutions financières régionales
et internationales ou des organisations/conventions syndicales. Il reste
toutefois beaucoup à faire pour consolider lexpérience
acquise depuis 10 ans et en tirer tous les enseignements utiles, quil
sagisse des liens entre thèmes sectoriels et intersectoriels,
de la familiarisation avec les mécanismes de prise de décisions
et des synergies entre partenaires aux niveaux local, national, régional
et mondial. Grâce à sa diversité et à la souplesse
de ses interventions, la société civile a la capacité
potentielle dinfluencer et dorienter le programme du développement
durable. Pour ce faire, il faut toutefois que les gouvernements veillent
à lui fournir la sphère politique nécessaire.
-
Une bonne
gouvernance simpose également à léchelle
planétaire. Or les grands pays sopposent à la démocratisation
au niveau international où les décisions de portée
mondiale sont prises principalement par le Groupe des Huit, lOrganisation
de coopération et de développement économiques (OCDE),
les institutions de Bretton Woods ou lOMC, sans que les plus petits
pays y soient suffisamment associés, sans même parler de la
société civile. Les pays développés font pression
sur les pays défavorisés pour quils libéralisent
leur économie, mais, de leur côté, ils continuent à
pratiquer le protectionnisme, veillent à breveter leurs technologies,
se livrent au piratage biologique et nouvrent pas leurs portes aux
produits et à la main-doeuvre du sud. Dans le même temps,
les gouvernements de nombreux pays en développement, nayant
pas non plus la volonté politique nécessaire pour donner une
plus grande place à la société civile à léchelle
nationale, nont pas les moyens dinciter à la bonne gouvernance
dans le monde.
-
Il faut
donc démocratiser et transformer les institutions mondiales et informer
les populations de leurs droits. Cela ne sera possible que lorsque les mouvements
populaires et la société civile contribueront activement à
la mise en place de changements radicaux. Nous devons exprimer linquiétude
que suscite la concentration des richesses due aux structures existantes
du marché qui sont à même de saper la prospérité
des petits pays par le biais de la spéculation financière.
-
La participation
pleine et entière de la société civile est nécessaire
si lon veut vaincre ces obstacles au développement durable.
Demblée, toutefois, il est important de souligner quil
faut faire la distinction entre le secteur privé (en particulier
les sociétés transnationales et les institutions financières)
et les organisations citoyennes (officielles ou non). En effet, il serait
faux dassumer que tous ces groupes sont des « intervenants
égaux ». Dans la réalité, des composantes
majeures de nos sociétés ne sont pas organisées dans
leurs rapports avec les structures officielles, de sorte que bon nombre
dentre elles se retrouvent à lécart du développement.
Ainsi, les gouvernements, individuellement et collectivement, ont une grande
responsabilité, celle darbitrer les conflits dintérêt
en reconnaissant quil existe de graves inégalités (de
richesse et de pouvoir) tant à léchelle nationale que
mondiale. Toutefois, dans un monde de plus en plus marqué par la
mondialisation, les gouvernements ont tendance à préférer
le secteur privé à la société civile. Il est
donc tout à fait crucial que les membres de la société
civile participent pleinement et effectivement au processus des décisions
visant à résoudre les conflits dintérêt
et de droits.
Progrès général
réalisé dans la mise en oeuvre dAction 21
- Lorsquils évaluent
les efforts déployés pour contribuer à la mise en oeuvre
de divers programmes découlant des sommets et conférences des
Nations Unies, ainsi que daccords multilatéraux sur lenvironnement,
les ONG et réseaux dONG sont nombreux à partager les mêmes
observations et préoccupations. Le processus de la Conférence
des Nations Unies sur lenvironnement et le développement (CNUED)
a fait comprendre plus que jamais auparavant les problèmes écologiques
et le lien entre lenvironnement et le développement. Cette manifestation
a soulevé beaucoup despoirs et suscité dimportants
engagements en faveur de lintégration de lenvironnement
et du développement dans un nouveau partenariat Nord-Sud.
- Il reste que 10 ans après
la Conférence de Rio, lagenda pour le développement durable
est resté lettre morte. Certes, si des progrès ont été
réalisés au niveau local (notamment par les communautés
et des collectivités locales avec la participation active des ONG dans
certains cas), le bilan général est négatif. Si la société
civile a pu davantage participer au processus et si des progrès ont
été accomplis quant à la finalisation de la Convention
de Stockholm sur les polluants organiques persistants, le Protocole de Kyoto
et le Protocole de Cartagena sur la prévention des risques biotechnologiques,
dans lensemble, lapplication des accords multilatéraux
sur lenvironnement est décevante. Dans presque tous les cas,
on constate laffaiblissement, voire même le rejet de lesprit
et de la lettre de ces accords par certains pays. À la place, on constate
que le modèle de la mondialisation, assorti dune libéralisation
fondée sur la liberté de marché, sest substitué
au programme de Rio. Un nombre écrasant dONG voient dans la mondialisation
un obstacle fondamental au développement durable.
- La crise écologique
sest aggravée, notamment dans les domaines suivants : diminution
de la diversité biologique; déboisement; réchauffement
de la planète et montée du niveau des océans, les petits
États insulaires en développement étant les plus menacés
par ce phénomène; changements climatiques défavorables;
utilisation de pratiques non durables par la pêche industrielle; modes
dutilisation des sols inadaptés; piratage biologique; emploi
de nouvelles technologies à impact écologique et sanitaire à
long terme, comme le génie génétique; agriculture industrielle
(dont laquaculture abusive); construction de gros barrages et programmes
de réinstallation; projets miniers destructifs; pénurie deau;
détérioration de la qualité de leau; désertification
et dégradation des sols; pollution atmosphérique; tourisme non
durable; privatisation et assimilation des terres et des savoirs traditionnels
à des produits de base et déplacement des populations, en particulier
autochtones; projets massifs de remise en exploitation des terres. Ces menaces
et bien dautres engendrent une insécurité économique
et sociale à grande échelle et violent le droit à un
environnement sain et à des moyens de subsistance.
- La pauvreté reste
générale et linégalité dans la distribution
des revenus sest accentuée, tant à lintérieur
des pays quentre pays riches et pays pauvres. De nombreux pays en développement,
pays émergents et pays en transition subissent le fardeau dune
dette extérieure toujours plus élevée et insoutenable,
même ceux qui ont connu en leur temps une croissance économique
relativement élevée. Parmi les causes de ce phénomène,
on peut citer la libéralisation financière intervenue au lendemain
de la Conférence de Rio, laquelle a donné lieu à un système
financier international instable (on citera en exemple les flux de capitaux
non réglementés et la spéculation) et les politiques
et conditionnalités imposées à tort par le Fonds monétaire
international (FMI). La concentration croissante des richesses et, partant,
du pouvoir et de linfluence des sociétés transnationales,
souvent appuyées par les organismes de crédit à lexportation
et les grosses firmes locales, a rendu les relations encore plus inégales.
Elle a aussi nourri la corruption à léchelle nationale
et internationale. Une dette extérieure ruineuse, le maintien de termes
de léchange non équitables pour les exportations des pays
en développement, notamment des pays les moins avancés, qui
produisent pour lessentiel des produits primaires, continuent dentraver
la mise en oeuvre du développement durable dans la mesure où
les ressources naturelles sont exploitées de manière non viable
sans que lon réinvestisse beaucoup pour autant dans les programmes
de développement. Les documents de publication récente montrent
que ces 10 dernières années, nombreux sont les pays en
développement parmi les plus pauvres qui sont allés jusquà
perdre des capacités en termes économiques. Cela rend encore
plus difficile la réorientation en faveur du développement durable
même si une volonté politique se manifeste, car le développement
durable exige un secteur privé national en bonne santé et lexistence
de moyens de subsistance viables pour les communautés.
- Le lien entre environnement
et développement affirmé à la Conférence de Rio
a été affaibli, et parfois même rompu, tant au niveau
de laction des pouvoirs publics quen termes politiques. Les engagements
en faveur de lobjectif de 0,7 % du PIB et du transfert de technologies
écologiquement rationnelles nayant pas été tenus
par les pays développés, les pays en développement et
les organismes dexécution des Nations Unies nont pas été
en mesure de mettre en oeuvre le développement durable. Dans le même
temps, une application plus musclée des accords commerciaux (quil
sagisse daccords conclus dans le cadre de lOMC, daccords
régionaux et bilatéraux) a causé la détérioration
des conditions socioéconomiques et de lenvironnement dans de
nombreux pays. La cinquième Conférence ministérielle
de lOMC, qui a adopté un programme encore plus large de libéralisation
économique, allant bien au-delà des questions commerciales,
aura un impact majeur sur lautonomie des pays et leur capacité
à choisir la voie du développement durable. Cela limitera dautant
les possibilités qua la société civile doffrir
un large éventail doptions et de propositions.
- La difficulté
à opter pour le développement durable est liée à
la perte de pouvoir des responsables politiques dans la plupart des pays.
Dans les pays développés comme dans les pays en développement,
des dirigeants peu éclairés se rendent aux exigences des sociétés
privées et sacrifient les préoccupations sociales et écologiques
tant à léchelle nationale quinternationale.
- La Conférence
des Nations Unies sur lenvironnement et le développement a eu
le grand tort de combattre la notion de réglementation du secteur privé
des affaires et de la finance, en particulier des sociétés transnationales.
Elle a préféré faire des entreprises des partenaires
du développement durable, au même rang que dautres « parties
prenantes ». Aujourdhui, dans un monde toujours plus inégal,
où un petit nombre de sociétés transnationales domine
chaque secteur et exerce une formidable influence sur les administrations
publiques, ce concept de « partenariat et de parties prenantes »
perpétue le mythe selon lequel lentreprise serait collective,
tous les acteurs égaux et les conflits dintérêt
réglables dans le cadre de tables rondes soucieuses de consensus.
- De nombreuses ONG sont
vivement préoccupées par le Pacte mondial lancé par le
Secrétaire général de lOrganisation des Nations
Unies. En accordant dimmenses privilèges aux plus grosses sociétés
transnationales du monde (dont beaucoup ont un palmarès peu édifiant
dans le domaine de lenvironnement et des droits de lhomme), le
Pacte souligne les inégalités auxquelles doivent faire face
les pays en développement, la société civile, les organisations
non gouvernementales et populaires à la table des négociations
et dans les structures de prise de décisions. Nous notons que certains
gouvernements ont également exprimé des inquiétudes analogues.
Beaucoup dONG et dautres partenaires de la société
civile appellent ainsi à la dissolution ou à la refonte du Pacte
mondial dans les six prochains mois, et demandent quil ne soit pas utilisé
comme modèle ou contribution de fond au Sommet mondial pour le développement
durable. Plusieurs rapports dévaluation présentés
par des organisations chargées de suivre les activités des membres
du Pacte mondial seront disponibles en vue des préparatifs du Sommet.
- Les gouvernements sont
de plus en plus appelés à abandonner le principe de lautoréglementation
au Sommet mondial pour le développement durable et à remettre
à lordre du jour limportant concept de responsabilité
des entreprises. Certes, on a mis laccent sur ce principe de la responsabilité,
qui suppose que les sociétés prennent volontairement « les
bonnes décisions ». Il existe une autre acception de cette
notion de responsabilité des entreprises, à savoir lobligation
juridique qua une entreprise de se comporter de manière socialement
et écologiquement responsable.
- Le principe des « responsabilités
communes mais différenciées » a été
systématiquement détourné de son sens initial afin que
les pays en développement assument une charge environnementale, économique
et sociale plus lourde et que les pays développés puissent poursuivre
leurs activités ordinaires. À léchelle nationale,
les pauvres et les défavorisés sont les premières victimes
de la consommation non durable et de laccumulation de richesses des
plus aisés.
- Les lacunes et les échecs
de la mondialisation en tant que modèle et lincapacité
des gouvernements à agir en faveur du développement durable
ont fait jaillir un nombre croissant de questions et de revendications dans
le public du monde entier. Le processus préparatoire du Sommet mondial
pour le développement durable offre aux diverses ONG et réseaux
une occasion précieuse de proposer des idées concrètes
de politique générale, programmes et projets au service du développement
durable et, plus important encore, de réveiller la conscience politique
et de faire pression sur les gouvernements et les institutions afin quils
prennent les mesures qui simposent. De nombreuses organisations de la
société civile sont résolues à affiner ces propositions
de mesures et à les soumettre dans les mois qui viennent.
Le rôle des ONG en tant que partenaires du développement durable
- Grâce aux réponses
fournies par des ONG à un questionnaire et à dautres évaluations
émanant des réseaux dONG sur la question de savoir si
les ONG avaient constaté un renforcement de leur rôle ces 10 dernières
années, on a pu tirer plusieurs grandes conclusions. Les ONG nont
cessé de jouer un rôle important dans le lancement et lappui
de diverses activités locales en faveur du développement durable.
Pour la première fois peut-être dans le code de négociations
mondiales, la Conférence des Nations Unies sur lenvironnement
et le développement a permis une participation large, directe et fructueuse
des ONG à lélaboration dun programme international.
Durant les 10 années écoulées depuis la Conférence
de Rio, le profil et le statut des ONG se sont globalement améliorés
aux niveaux national, régional et international.
- Toutefois, lun
des grands défis que la société civile doit relever à
tous les niveaux est labsence dune participation intégrée
aux choix collectifs. Bien que les ONG soient montées en puissance
et jouissent dun plus grand prestige depuis Rio, elles restent le plus
souvent écartées des processus de prise de décisions
des organes nationaux, régionaux et internationaux qui président
aux politiques générales. Au mieux, lapproche adoptée
à Rio est restée timide dans sa formulation de politiques relatives
aux ONG et le chapitre 27 sarrête à lexamen de conscience
plutôt que de fournir un cadre audacieux au renforcement des pouvoirs
de la société civile dans le cadre de la gouvernance environnementale.
- Lindépendance
et la durabilité des ONG ont également été citées
parmi les facteurs fondamentaux dont dépend le rôle efficace
de ces organisations dans le suivi et lapplication du développement
durable. On a souligné notamment limportance des ressources,
de la formation, du renforcement des capacités dans les domaines de
la recherche, du plaidoyer et de la planification et de lexécution
des projets.
- Les ONG ont veillé
elles-mêmes à se doter de moyens plus importants pour intervenir
au niveau international, comme on a pu le voir à la Commission du développement
durable et lors des négociations sur le traité relatif aux mines
terrestres. Leur collaboration avec des organismes des Nations Unies comme
le Programme des Nations Unies pour lenvironnement (PNUE), lOrganisation
des Nations Unies pour lalimentation et lagriculture (FAO), le
PNUD et la Conférence des Nations Unies sur le commerce et le développement
(CNUCED) a également progressé. Toutefois, certains sinquiètent
de ce que les partenariats entre les organismes des Nations Unies et les grosses
entreprises (en sus du Pacte mondial) naccentuent les inégalités
dans les modalités de participation offertes aux grands groupes. Cela
pourrait saper la confiance du public dans lOrganisation des Nations
Unies et contrarier les efforts déployés pour mettre en oeuvre
un développement durable à visage humain.
- La participation dONG,
aux côtés de gouvernements et dautres organismes, aux activités
de la Conférence des Nations Unies sur lenvironnement et le développement
explique en partie la prise en compte dAction 21 dans les plans
nationaux, dans les programmes municipaux et dans les programmes scolaires
ainsi que dans la mise en oeuvre nationale des accords multilatéraux
sur lenvironnement et des programmes de travail et des plans daction
dautres sommets des Nations Unies. Le public fait bien souvent confiance
aux ONG et, pour tirer parti de leur savoir-faire et de leurs compétences,
les gouvernements ont aussi engagé un dialogue avec elles. Qui plus
est, ces organisations, à tout le moins dans certains cas, ne sont
plus considérées comme des adversaires mais comme des partenaires
dans la poursuite des objectifs du développement durable. Il reste
encore beaucoup à faire pour mettre à profit cette évolution.
- Les ONG ayant redoublé
defforts en matière de suivi, de collecte ou danalyse de
données et détablissement de réseaux ont contribué
de façon non négligeable à faire mieux comprendre diverses
questions, telles que les échanges commerciaux et le rôle et
limpact de lOrganisation mondiale du commerce (OMC). Des organismes
de la société civile ont entrepris une politique dinformation
sur la mise en oeuvre nationale dAction 21 et des accords multilatéraux
sur lenvironnement. Bien entendu, on peut et on doit faire plus.
- Les ONG ont par ailleurs
resserré leurs liens mutuels de partenariat authentique. Celles qui
ont accès à lInternet et peuvent compter sur des services
fiables de distribution délectricité ont renforcé
leur coopération mutuelle et leurs capacités. Toutefois, des
ONG de nombreux pays en développement, surtout celles qui opèrent
au niveau des communautés, ont encore des difficultés daccès
à lInternet. Aussi est-il nécessaire de continuer dutiliser
en même temps dautres moyens de communication et de diffusion
de linformation dans les langues locales, comme la radio et le courrier
traditionnel.
- Les organisations et
réseaux de femmes ont joué un rôle important dans lorientation
des débats sur le développement durable, dans lexécution
de projets concrets et dans la défense de la participation officielle
des femmes à la prise de décisions à tous les niveaux,
encore que dans ce dernier domaine les progrès restent peu satisfaisants.
- Depuis la Conférence
de Rio, la conclusion et lentrée en vigueur de la Convention
ONG-CEE sur laccès à linformation, la participation
du public au processus décisionnel et laccès à
la justice en matière denvironnement (Convention dAarhus)
ont marqué un progrès notable en renforçant le rôle
des ONG dans ce domaine. Toutefois, les vraies difficultés consisteront
à appliquer effectivement cette convention, en particulier à
parvenir dans les faits à une justice en matière denvironnement.
Le prochain pas en avant consistera à donner loccasion à
dautres pays et régions de reconnaître juridiquement et
de protéger les droits de lhomme dans les domaines social, économique
et politique et environnemental, dans le contexte du développement
durable, en tenant compte de la diversité des sociétés.
A.
Approches intégrées des objectifs sectoriels et intersectoriels
du développement durable
- Les sommets et conférences
des Nations Unies des années 90 ont tous examiné la nécessité
des « partenariats ». Les conférences de Rio,
de Copenhague, du Caire, de Beijing et dIstanbul ont toutes insisté
sur lappui indispensable de toutes les couches de la société,
en particulier des ONG, du secteur privé, des universités, des
médias, des femmes, des jeunes et des groupes autochtones, pour assurer
une application effective des plans daction.
- À ce jour, des
ONG ont mené avec succès plusieurs campagnes intégrées
intersectorielles et polyvalentes , dont une vaste
campagne de sensibilisation aux préoccupations des femmes qui a permis
à des groupes de femmes de faire entendre leur voix sur la scène
mondiale, ainsi que la campagne contre laccord multilatéral sur
linvestissement qui a contraint les membres de lOrganisation de
coopération et de développement économiques (OCDE) à
abandonner ce projet en 1998; exemple qui montre par ailleurs comment des
ONG peuvent mener une campagne en labsence dinstitutions officielles.
La campagne des ONG brésiliennes contre la faim a débouché
sur un changement politique radical en 1993. Laction concertée
menée par des ONG pour créer un tribunal pénal international
efficace illustre également la façon dont des ONG, de concert
avec des États partageant leurs idées, peuvent exercer des pressions
pour régler des problèmes. Le Programme commun des Nations Unies
sur le VIH/sida (ONUSIDA) a aussi bénéficié dune
importante participation dONG qui est à lorigine de presque
toutes les interventions constructives contre lépidémie
du sida. La récente campagne que des ONG et des gouvernements de pays
en développement ont menée avec succès en faveur de laccès
des pauvres et des nécessiteux à des médicaments bon
marché sest traduite par ladoption de la déclaration
sur les aspects des droits de propriété intellectuelle qui touchent
au commerce et à la santé publique lors de la cinquième
Conférence ministérielle de lOrganisation mondiale du
commerce.
- Toutefois, les « succès »
sont disparates et peu nombreux. Pour ce qui est des politiques, il ny
a guère dintégration à tous les niveaux. Les ONG
se bornent bien souvent à réagir au lieu dagir par anticipation
et sont constamment aux prises avec le dilemme entre surveiller-dénoncer
une situation et préconiser des approches novatrices permettant dintégrer
les objectifs sectoriels et intersectoriels du développement durable.
Néanmoins, les ONG sont mieux à même didentifier
et de comprendre les obstacles au développement durable. La gageure
consiste à pouvoir mener de front ces divers rôles et activités
dans un contexte politique porteur.
B.
Favoriser la participation des parties prenantes aux travaux des institutions
et aux mécanismes relatifs au développement durable
- De façon générale,
la participation de la société civile à la prise de décisions
à tous les niveaux laisse encore beaucoup à désirer.
Tout dabord, la liberté de pensée et daction des
ONG détermine largement leur financement. Le financement sans condition
est une pratique limitée et fort compétitive. Dans la plupart
des pays, les restrictions des libertés de parole et daction
sont le plus souvent la norme. Les attitudes envers les ONG évoluent
lentement, grâce à la Conférence des Nations Unies sur
lenvironnement et le développement, mais laccès
du public à une information fiable et dactualité nest
pas encore une réalité sous la plupart des juridictions et demeure
une priorité pour que la participation soit effective. Laccès
à la justice est une question encore plus contestée puisque
très peu de pays accordent la qualité pour ester en justice
aux parties intéressées.
- En général,
la participation effective des ONG aux institutions et aux mécanismes
de développement durable présuppose ce qui suit :
a) Laccessibilité
à des informations fiables; or, les gouvernements sont souvent réticents
en la matière et, actuellement, compte tenu des préoccupations
redoublées en matière de sécurité, certains
dentre eux restreignent la circulation de lin- formation;
b) Laccès
aux informations détenues par les sociétés, transnationales
en particulier, et les organismes de crédit à lexportation;
or, il savère que cet accès est encore plus restreint.
Les entreprises sont de plus en plus nombreuses à revendiquer le
droit à la protection d« informations confidentielles »
qui vont bien au-delà des secrets commerciaux et des informations
économiques confidentielles. On peut citer à titre dexemple
les données indispensables pour évaluer limpact environnemental
et la sûreté biologique;
c) Lexistence
de structures et de mécanismes de consultation et de participation
à la prise de décisions à tous les niveaux; or, il
est très rare que les gouvernements en aient établi pour y
associer des ONG. Au mieux, les gouvernements réagissent au cas par
cas, en fonction de lampleur des protestations publiques contre certains
projets ou programmes de développement;
d) Le respect du principe
dégalité des chances et déquité
entre les grands groupes; cette notion chevauche les frontières nationales,
régionales et internationales. Or, les gouvernements semblent de
plus en plus enclins à prendre des décisions avec les représentants
des secteurs industriels, en fermant la porte aux groupes dintérêts
publics et cela, au nom de la privatisation et de la libéralisation
de léconomie. Ainsi, les responsables des petites et moyennes
entreprises, les travailleurs et les exploitants agricoles nont plus
quà se défendre eux-mêmes, généralement
aux dépens des normes applicables à lenvironnement,
à lemploi et aux droits de lhomme. Il faut établir
une distinction nette entre les entreprises et les exploitations agricoles
puissantes et de grande taille et les autres.
- On peut tirer dutiles
enseignements positifs et négatifs sur les
concertations multipartites, de lexpérience acquise en la matière
lors de la Conférence sur le développement durable. Le Forum
des Nations Unies sur les forêts et dautres organismes des Nations
Unies ont aussi pris linitiative de débats de ce type. Les consultations
en vue du Sommet mondial pour le développement social ont également
été loccasion de concertations multipartites. Il existe
une documentation de plus en plus volumineuse sur ces dialogues entre toutes
les parties intéressées et dautres formes de concertation
entre la société civile et les institutions multilatérales
qui sera utile à tous les participants au Sommet mondial pour le développement
social. Lorsquils disposent de suffisamment de temps et de ressources,
les organismes de la société civile sont en mesure de bien préparer
ce genre de débat, mais dans la plupart des cas, on constate malheureusement
que de telles concertations ont lieu séparément dans des instances
distinctes de celles dans lesquelles interviennent les délibérations
et les prises de décisions intergouvernementales.
- Lorsque des décisions
concrètes sont prises à lissue de ces dialogues multipartites,
le suivi est décevant. On en veut pour exemple la décision prise
par les gouvernements à la sixième session de la Conférence
sur le développement durable (1998) dentreprendre avec toutes
les parties intéressées un examen des initiatives et des accords
volontaires. Cette idée avait été proposée par
divers organismes de la société civile et appuyée par
des syndicats lors du premier dialogue multipartites sur lindustrie
et le développement durable de la Conférence sur le développement
durable. La Conférence sur le développement durable a adopté
cette idée et la définition des éléments dun
tel examen a été confiée au Groupe de travail des ONG
sur le commerce et lindustrie, à la Chambre de commerce internationale,
à la Confédération internationale des syndicats libres
et au PNUE. Un cadre conceptuel dévaluation a été
établi mais il ny a pas eu dans les faits dexamen et ce,
dans une large mesure, en raison du peu dempressement de la part des
entreprises.
- Des craintes ont été
exprimées au sujet de lorganisation de dialogues multipartites,
à léchelle nationale ou mondiale, au motif quils
risquent de reléguer à larrière-plan les autres
formes de participation. Tout en étant une forme de participation utile,
le dialogue multipartite comporte également des limites, en particulier
pour ce qui est de la diversité des organisations de la société
civile. Les communautés locales y ont un accès encore plus restreint,
comme en témoigne la participation insuffisante des agriculteurs, des
travailleurs non syndiqués et dautres groupes marginalisés
de nos sociétés.
- Linégalité
de statut des différents grands groupes est un autre sujet de préoccupation
car elle dessert les objectifs du développement durable et ne contribue
pas à lélaboration de véritables partenariats.
Dans le contexte de la mondialisation, qui caractérise léconomie
mondiale depuis la Conférence de Rio, cela risque daggraver le
clivage Nord-Sud ainsi que linégalité des rapports de
forces entre parties prenantes et, en fin de compte, de compromettre les résultats
du Sommet mondial pour le développement durable lui-même.
- Les demandes de participation
se multipliant, certaines institutions multilatérales, dont la Banque
mondiale, le Fonds pour lenvironnement mondial, le PNUD, le PNUE et
la FAO ont revu leurs politiques et pratiques afin de permettre une participation
accrue de la société civile à leurs processus de prise
de décisions et à lexécution de leurs programmes.
La préparation du Sommet mondial pour le développement durable
favorise aussi de telles modifications. Les ONG participantes ou non enrichiront
ce processus de leur expérience, de leurs préoccupations et
de leurs recommandations.
- Dans dautres institutions
internationales où se prennent des décisions importantes et
dont les effets sur le développement durable se font immédiatement
ressentir, la participation des organisations non gouvernementales reste toutefois
irrégulière, voire nulle. À lOMC, même des
gouvernements se plaignent du manque de transparence et de démocratie
dans la prise des décisions.
C. Possibilités
de nouvelles initiatives de mise en uvre tenant compte des zones sensibles,
des obstacles et des besoins en matière de participation
- Certaines propositions
peuvent se dégager des différentes contributions et initiatives
des ONG. Accroître et intensifier leur rôle dans les efforts de
développement durable favoriserait considérablement la réalisation
des objectifs en matière de développement durable. Les ONG devraient
pouvoir être bien informées. En outre, laction quelles
mènent à tous les niveaux, de la base au niveau mondial, pour
susciter une prise de conscience au sujet de questions importantes, ne doit
pas être entravée. Les gouvernements et les organismes internationaux
doivent instaurer des normes permettant une participation des ONG qui ne soit
pas de pure forme, grâce auxquelles leur apport sera pris en compte
et leur participation sera véritable, à tous les niveaux de
la prise des décisions.
- Il faudrait aider les
ONG à renforcer leurs capacités et compétences et constituer
des réseaux. Les cadres et directives concernant lengagement
de la société civile auprès des pouvoirs publics, des
organisations régionales et internationales et des donateurs devraient
être élaborés dans louverture et la transparence,
avec la participation de tous.
- La condition préalable
à toute initiative réussie de mise en oeuvre est la réforme
dinstitutions et procédures caractérisées par linégalité,
à tous les niveaux, afin que les règles de bonne pratique puissent
être reproduites, adaptées et appliquées. De nombreuses
ONG accordent une grande importance au renforcement de lOrganisation
des Nations Unies car, depuis 10 ans, lOMC et les institutions de Bretton
Woods, qui sefforcent de protéger des intérêts peu
représentatifs et contraires au développement durable, ont pris
une grande importance dans lélaboration des politiques socioéconomiques.
Une ONU renforcée devra sinspirer de lesprit et de la lettre
de sa Charte, dont la première phrase commence par « Nous les
peuples
». Dans le même temps, il faut réformer durgence
les structures économiques mondiales. Bien que des idées et
des propositions allant dans ce sens aient été formulées,
la volonté politique est absente. Les ONG sengagent à
étudier les questions ayant trait à la bonne gestion des affaires
publiques à tous les niveaux, tout en oeuvrant à la réalisation
et à lintégration des expériences de développement
durable réussies.
- En ce qui concerne lappel
lancé pour que le Sommet mondial pour le développement durable
se penche sur la responsabilité des entreprises, les propositions formulées
par les organisations de la société civile concernent, notamment,
a) la création, selon une procédure ouverte et transparente,
dun cadre légalement contraignant établissant la responsabilité
des entreprises sous le contrôle de lONU; b) la création
dun système ou de mécanismes mondiaux de contrôle
ou dévaluation des résultats des entreprises; c) lévaluation
des entreprises en matière de durabilité; d) la réforme
des méthodes publicitaires, axée sur la promotion de modes de
consommation durables mais aussi et surtout sur leffet nocif de la publicité
à grande échelle; e) la recherche de solutions aux obstacles
à une réforme du système de subventions; f) la régulation
des influences néfastes des entreprises privées sur les politiques
nationales et mondiales. Pour sa part, la société civile sengage
à créer des alliances plus fortes en vue dune responsabilisation
des entreprises.
- Il y a 10 ans, les gouvernements
et les représentants de la société civile ont reconnu,
à léchelle mondiale, quil nétait pas
possible de laisser des choses en létat. Il a alors été
proposé un nouveau type de partenariat sappuyant, entre autres,
sur le principe de responsabilité commune mais différenciée,
la transformation des modes de consommation et de production non durables,
le principe du pollueur-payeur, le principe de précaution, ainsi que
sur la nécessité dintégrer les dimensions écologique,
économique et sociale pour parvenir à un développement
durable. Les ONG demandent à tous les gouvernements et aux représentants
de la société civile dexprimer à nouveau leur pleine
adhésion à ces principes.
III. Résumé
des consultations régionales des ONG2
Évaluation des progrès accomplis dans la mise en application
des conclusions de la Conférence des Nations Unies
sur lenvironnement et le développement
-
Les résultats
de plusieurs consultations menées par les ONG à loccasion
de réunions des comités préparatoires régionaux
sont récapitulés ici. Lorsque la participation des ONG aux
réunions régionales sest révélée
insuffisante ou que toute la richesse de leurs points de vue a été
suffisamment saisie dans le rapport final de ces réunions, un supplément
dinformation a été prélevé dans les conclusions
de réunions tenues au niveau sous-régional. Leur sélection
et leur participation limitée à certaines consultations régionales
ont soulevé des difficultés, ce qui a eu une incidence sur
les conclusions de ces réunions. Le présent résumé
nest donc ni exhaustif ni pleinement représentatif des opinions
des ONG qui participent à la préparation du Sommet mondial
pour le développement durable. Il est cependant possible de dégager
des tendances et des opinions communes en examinant leurs contributions.
Un effort particulier a été fait pour respecter lesprit
des idées qui se sont dégagées lors des consultations
régionales dONG, et tenir compte de leur diversité.
Le présent document nexprime pas un consensus de la part des
ONG mais plutôt un ensemble de points de vue. Avant que sa version
définitive ait été arrêtée et publiée,
ses auteurs lont diffusé largement par lInternet auprès
des réseaux dONG. Faute de temps et de moyens financiers, il
na pas été possible de dresser un bilan plus approfondi
des progrès réalisés; en outre, les consultations menées
au niveaux régional et sous-régional par les organisations
non gouvernementales mettent davantage laccent sur les orientations
souhaitables que sur lévaluation des progrès accomplis.
Points de vue régionaux sur les progrès accomplis depuis la
Conférence des Nations Unies
sur lenvironnement et le développement (CNUED)
- Au cours des consultations
au niveau régional, les ONG ont mis en évidence certains progrès
en matière de paix et de démocratie, qui ont favorisé
lintégration des questions relatives à lenvironnement
dans le développement et privilégié un développement
durable axé sur lêtre humain. Toutefois, elles ont noté
que ces principes navaient pas abouti à des mesures concrètes.
Le Sommet mondial pour le développement social devra donc trouver une
solution à des obstacles au progrès tels que linsuffisance
de moyens institutionnels et dans le domaine des ressources humaines, le manque
de volonté politique et de conscience des priorités, ainsi quun
manque de sensibilisation du public, un contrôle et une application
des mesures insuffisants.
- La multiplication des
initiatives nationales et locales en vue de la réalisation des objectifs
dAction 21 et lélaboration, dans certains pays et
régions, de stratégies nationales de développement durable
ou de stratégies écologiques intersectorielles, entre autres
mesures, peuvent être comptées au nombre des progrès accomplis.
Quelques faits nouveaux encourageants ont été évoqués,
particulièrement la Déclaration du Conseil des ministres arabes
chargés de lenvironnement, adoptée en février 2001,
à Abu Dhabi, reconnaissant la nécessité impérieuse
de lutter contre la pauvreté et daméliorer les conditions
de vie et la conjoncture économique grâce à des programmes
pour lenvironnement et le développement durable.
Obstacles à des
mesures supplémentaires et domaines dans lesquels elles sont nécessaires
au niveau régional
- Dix ans après
la Conférence des Nations Unies sur lenvironnement et le développement,
les ONG constatent que, dans toutes les régions, le développement
non durable est toujours la norme. Il est ressorti clairement des consultations
quelles ont organisées que les engagements pris lors de la Conférence
de Rio nont pas été respectés, quil en est
résulté une aggravation de la crise socio-économique,
du sentiment de vulnérabilité et de précarité
et que la démocratie sen est trouvée affaiblie dans le
monde. Comme il est souligné dans lintroduction du présent
document, laggravation de la pauvreté a été à
lorigine dinégalités et de marginalisation sociale
ainsi que dune dégradation de la sécurité commune.
Les pressions exercées sur les écosystèmes et les ressources
naturelles augmentent. La dégradation de lenvironnement, lexploitation
non durable des ressources naturelles et la pollution sont généralisées.
- Lapplication du
programme daction dans le domaine du développement durable traverse
une crise qui se traduit, dans la société, par des tendances
négatives aboutissant à laugmentation du fossé
entre les riches et les pauvres, des déplacements et des réinstallations
de populations, un recul de la diversité culturelle, une augmentation
du nombre de réfugiés, ainsi que des actes de violence et des
atteintes aux droits de lhomme. Dans le domaine écologique, ces
tendances négatives sont, entre autres, une augmentation de la déforestation,
un appauvrissement de la diversité biologique, une exploration minière
et des forages destructeurs, une évolution nuisible du climat et une
élévation du niveau des mers, un épuisement des stocks
de poissons, une mauvaise utilisation des terres, le pillage des ressources
biologiques, les retombées du génie génétique
et dautres technologies nouvelles, les destructions provoquées
par lagriculture et laquaculture, les barrages non durables, la
pénurie deau et la baisse de la qualité de leau,
la désertification, la pollution atmosphérique, le tourisme
non durable et lurbanisation incontrôlée.
- Le fait que la société
civile na pas été mise à contribution a entravé
lapplication du programme daction. Les autres principes essentiels
du progrès sont léquité, notamment léquité
entre les sexes, la justice et la reconnaissance de la dette écologique
ainsi quune révision sur le plan éthique des valeurs et
principes qui régissent le comportement humain. Les ONG attirent lattention
sur le fait que, dans leurs régions, le non-respect des principes dAction
21 était dû à labsence de volonté politique.
A. Pauvreté,
modes de consommation non viables et dégradation de lenvironnementà
lheure de la mondialisation
- Lune des caractéristiques
communes des consultations organisées aux niveaux régional et
sous-régional par les ONG est limportance accordée aux
thèmes interdépendants de la pauvreté, des modes de consommation
non viables en particulier dans les pays industrialisés
et de la dégradation de lenvironnement. Lors de ces consultations,
la mondialisation et la libéralisation des échanges ont été
considérées par la majorité des participants comme des
tendances négatives, qui vont sintensifiant.
- Les participants aux
consultations tenues en Amérique latine ont estimé que ces forces
constituaient un facteur de « vulnérabilité ».
Ils ont conclu que la persistance de la pauvreté et des inégalités
sociales dans la région était lune des principales causes
de la vulnérabilité sociale, politique et environnementale,
et sont convenus que lexclusion, la détérioration des
écosystèmes, laccumulation des risques environnementaux
et la multiplication des catastrophes naturelles rendaient nécessaire
ladoption de mesures conjointes et coordonnées aux échelons
national et régional.
- Les ONG ont été
consternées dobserver que le modèle de développement
non durable actuellement en vigueur continuait de faire de nombreux adeptes.
Les participants aux consultations ont conclu que ce modèle ne prenait
pas en compte de façon adéquate les besoins des individus et
des communautés, notamment en matière de création demplois.
Ils ont également déclaré quaucun modèle
de développement ne pouvait convenir à lensemble des pays
et des régions, tant les caractéristiques de la population et
de la situation nationale varient dun pays à lautre. Les
politiques et les pratiques de développement inappropriées accroissent
la vulnérabilité des populations et des écosystèmes.
Les participants aux consultations ont recommandé dopter pour
dautres modèles de développement, qui reflètent
mieux les besoins des populations et prennent notamment en compte la nécessité
pour elles de disposer décosystèmes sains et productifs.
B.
Lutte contre la pauvreté et promotion de moyens dexistence durables
(chapitre 3 dAction 21)
- Les consultations régionales
organisées par les ONG ont établi que les progrès réalisés
depuis 1992 sur la voie de lélimination de la pauvreté
étaient trop limités. Le rapport de la réunion préparatoire
sous-régionale tenue en Asie du Sud-Est a conclu que la pauvreté
était à la fois une cause et une conséquence de la dégradation
de lenvironnement. Les pauvres dépendent directement, pour leur
subsistance, des pêcheries, des forêts et autres systèmes
de ressources naturelles menacés. Du fait quils nont accès
ni à de leau salubre ni à des installations sanitaires
adéquates, ce sont les pauvres vivant en milieu urbain qui ressentent
au premier chef les effets préjudiciables pour la santé du déclin
de la qualité de lair et de leau.
- La déclaration
des ONG publiée à lissue de la réunion régionale
de la Commission économique pour lEurope (CEE) en prévision
du Sommet mondial pour le développement durable a mis laccent
sur le caractère insuffisant des progrès réalisés
depuis 1992 sur la voie de lélimination de la pauvreté.
De surcroît, dautres problèmes sont apparus depuis, notamment
de nouvelles formes de pauvreté dans les pays dEurope centrale
et orientale et dans les pays nouvellement indépendants, cependant
que les nations les plus pauvres de la planète voyaient leur situation
saggraver encore. La relation entre pauvreté et développement
durable est complexe, mais il apparaît clairement que les plus démunis
sont aussi plus vulnérables à la dégradation de lenvironnement,
qui les affecte davantage que dautres groupes de population.
- Il est nécessaire
de prendre des mesures durgence pour éliminer la pauvreté.
Certains éléments dun plan daction ont été
déterminés : a) faire en sorte que laccès
aux ressources et leur distribution soient équitables et viables; b) faire
en sorte que les droits environnementaux et sociaux soient reconnus; c) procéder
à lexamen et à la réforme du financement du développement
(voir ci-après la partie consacrée au financement du développement
durable); d) concevoir des programmes axés sur la réalisation
des objectifs internationaux de développement.
C. Modes
de consommation et de production viables (chapitre 4 dAction 21)
- Dans leur déclaration
publiée à lissue de la réunion régionale
de la CEE en prévision du Sommet mondial pour le développement
durable, les ONG ont en outre indiqué que « la surconsommation
de ressources par les groupes les plus aisés est souvent une cause
de dégradation de lenvironnement et a parfois pour effet dexacerber
la pauvreté ». En dautres termes, lutilisation
des ressources au rythme actuel nest pas viable et dépasse les
capacités limites de la planète. En outre, la surconsommation
qui est le fait des groupes de population et des pays aisés nuit au
développement durable et risque daggraver la pauvreté.
- La plupart des gouvernements
des nations développées nont pas été en
mesure de prendre la tête des efforts visant à assurer la viabilité
de la production et de la consommation, présentée comme un objectif
prioritaire lors du Sommet « planète Terre ».
La dette écologique des pays industrialisés envers les pays
en développement ou en transition exige deux quils changent
radicalement de style de vie et cessent, entre autres, de promouvoir la société
de consommation. Afin de progresser sur cette voie, les gouvernements devraient
prendre les mesures complémentaires suivantes : a) faire
en sorte que leurs politiques dachat soient plus soucieuses de la protection
de lenvironnement; b) multiplier les choix et les options offerts
aux consommateurs afin de leur permettre de prendre des décisions en
pleine connaissance de cause (voir ci-après la partie consacrée
aux informations nécessaires à la prise de décisions);
c) promouvoir une agriculture viable qui nait pas recours aux organismes
génétiquement modifiés, ce qui garantirait lhygiène
et la sécurité alimentaire ainsi que la viabilité des
moyens de subsistance; d) réduire les émissions de CO2;
et e) conserver lénergie et avoir davantage recours aux
énergies renouvelables, dont lutilisation est écologiquement
rationnelle.
D.
Mondialisation (chapitres 2, 30, 33, 34 dAction 21)
- Les effets préjudiciables
de la mondialisation ont suscité des préoccupations parmi de
nombreux participants. Le forum des ONG africaines a ainsi reconnu que les
forces de la mondialisation à loeuvre depuis 10 ans sur
le continent africain et dans le monde entier avaient eu pour effet daggraver
et de perpétuer la pauvreté et la marginalisation des peuples
et des nations, mais aussi daccélérer la désintégration
de lenvironnement.
- Le Forum sur le développement
durable organisé par les peuples de lAsie et du Pacifique a conclu
que le développement durable ne pourrait jamais devenir une réalité
dans le contexte actuel de mondialisation, axé sur la libéralisation
des échanges. La crise asiatique a révélé la vraie
nature de la mondialisation, car la libéralisation financière
a créé un système financier international très
instable, reposant sur la déréglementation des mouvements de
capitaux et sur la spéculation.
- Les divers partenaires
qui ont participé à la table ronde organisée en Asie
occidentale ont estimé que la situation au niveau régional était
également aggravée par les incidences sociales et culturelles
de la mondialisation, notamment linégalité de la répartition
des avantages liés au développement, à la rapidité
des changements technologiques et à la révolution de linformation.
- Lincapacité
des gouvernements à faire échec aux effets préjudiciables
de la mondialisation et de la libéralisation économique ou de
limiter leur impact a suscité de graves préoccupations. À
cet égard, plusieurs améliorations ont été proposées
en ce qui concerne le commerce, la responsabilisation des sociétés,
le financement du développement durable et le transfert de technologie.
E.
Commerce, investissements et mesures dincitation (chapitres 2 et 34 dAction
21)
- Les inégalités
et les déséquilibres constatés dans le régime
du commerce, notamment linégalité des termes des échanges,
freinent le développement durable. Lexpérience montre
que le commerce à lui seul ne garantit pas la viabilité du développement.
Un certain nombre dONG ont exprimé leur profonde préoccupation
au sujet de décisions prises lors de la récente conférence
ministérielle de lOrganisation mondiale du commerce à
Doha, particulièrement en ce qui concerne le lancement de négociations
sur les « problèmes nouveaux » (concernant
les investissements, la transparence et les politiques dachat des gouvernements,
etc.). Selon eux, une libéralisation et une déréglementation
excessives, en particulier dans les pays en développement, ne peuvent
que nuire davantage encore aux efforts déployés en faveur du
développement durable. Dautres ONG participant aux consultations
ont accueilli plus favorablement les conclusions de la conférence ministérielle
de lOMC. Les consultations organisées par les ONG ont également
mis en relief labsence de mesures visant à promouvoir le transfert
de technologie depuis les pays développés vers les pays en développement
ou en transition.
- Les participants aux
consultations organisées par les ONG ont conclu quil était
nécessaire de poursuivre les efforts à certains égards,
par exemple : a) renforcer les dispositifs démocratiques
visant à évaluer les incidences sociales, économiques
et environnementales (notamment sur le plan de la durabilité) de tous
les nouveaux accords relatifs aux échanges commerciaux ou aux investissements
(y compris ceux qui sinscrivent dans le nouveau cycle de libéralisation)
avant dentamer leur négociation; b) abolir toutes les subventions
préjudiciables à la conservation de lenvironnement; c) mettre
en place des instruments économiques reposant sur le principe du pollueur-
payeur; d) concevoir des règles de portée mondiale régissant
les investissements financés par des collectivités publiques,
en sappuyant par exemple sur les organismes de crédit à
lexportation, dans le respect des principes du développement
durable.
F.
Responsabilisation des sociétés (chapitre 30 dAction 21)
- Les dispositifs existants
de responsabilisation sociale des entreprises sur une base volontaire sont
insuffisants car ils nincitent pas ces dernières à rendre
leurs normes de fonctionnement plus strictes. Depuis la tenue de la Conférence
des Nations Unies sur lenvironnement et le développement, les
gouvernements ne sont pas parvenus à équilibrer le pouvoir des
grandes entreprises et les droits des individus et des travailleurs, ni à
faire en sorte que les accords environnementaux et sociaux multilatéraux
soient pleinement respectés. Laffaiblissement des dirigeants
politiques et linfluence croissante du secteur privé constatés
dans de nombreux pays ont suscité des préoccupations. Pour ces
raisons, il a été recommandé daborder sous un angle
nouveau la réglementation sappliquant aux sociétés
transnationales, en se plaçant notamment sous légide de
lOrganisation des Nations Unies.
G.
Financement du développement durable (chapitre 33 dAction 21)
-
Le poids
de la dette et du service de cette dette, ainsi que laccès
à des ressources financières suffisantes et prévisibles,
ont été considérés comme deux priorités
lors des consultations organisées par les ONG. À mesure que
progressaient les préparatifs régionaux, une attention croissante
a été accordée à la future conférence
consacrée au financement du développement. En outre, les participants
ont examiné le rôle joué par les mouvements spéculatifs
de capitaux et les investissements non viables réalisés tant
par le secteur privé que par le secteur public dans lapparition
de tendances non durables, en particulier dans les pays en développement
ou en transition.
- Les consultations ont
souligné quil était nécessaire de prendre les mesures
suivantes : a) alléger, voire supprimer la dette des pays en développement
lourdement endettés et restructurer la dette des pays en transition,
en tenant compte des engagements pris en matière de conservation et
de rétablissement des programmes environnementaux et sociaux; b) renforcer
et unifier les mécanismes de financement multilatéraux; c) réexaminer
le fonctionnement du Fonds pour lenvironnement mondial afin daccélérer
les procédures régissant laccès aux projets environnementaux
de portée mondiale, ainsi que le renforcement des capacités
locales; d) évaluer le fonctionnement des institutions financières
afin de concevoir ou de mettre en place des dispositifs régissant laccès
aux ressources nécessaires pour financer des plans daction locaux
axés sur la durabilité; e) réaliser les objectifs
fixés en matière daide publique au développement
en obtenant des pays développés quils y consacrent 0,7 %
de leur produit national brut; f) apporter un appui au Fonds pour lenvironnement
mondial; g) réaffecter les fonds destinés aux dépenses
militaires à lélimination de la pauvreté et au
développement durable; h) réglementer les marchés
financiers et mettre en place des mesures de contrôle des mouvements
de capitaux, ainsi que dautres dispositifs visant à faire en
sorte que les marchés financiers contribuent au développement
durable (par exemple la taxe Tobin ou dautres taxes de portée
mondiale); i) mettre en place des systèmes transparents visant
à faire en sorte que laide internationale soit utilisée
de façon efficace.
H.
Écosystèmes, biodiversité et ressources naturelles (chapitres
9 à 22 dAction 21)
- La protection de lenvironnement
et lexploitation rationnelle des ressources naturelles ont été
considérées, lors de certaines consultations, comme les principes
essentiels des programmes de développement durable, au vu de la nécessité
de lutter contre la pauvreté et daméliorer les conditions
de vie et les conditions économiques. Les ONG ont plaidé en
faveur dune action concertée de la part des gouvernements, avec
la participation de la société civile, pour conserver et rétablir
léquilibre écologique nécessaire à lentretien
de la vie sur Terre. Elles ont constaté que la qualité de la
biodiversité et la propreté et la salubrité de lenvironnement
navaient pas été préservées. Peu de pays
ont élaboré des plans et des structures pour appliquer des modèles
de production et de consommation durables. Aucun nest parvenu à
dissocier la croissance économique de son empreinte écologique
et très peu en ont fait une priorité. Ils ont établi
lordre de priorité des problèmes à résoudre,
dont la grave pénurie deau, la rivalité entre les diverses
utilisations possibles des terres, les modes de consommation non durables
de ressources naturelles telles que les forêts et les produits de la
pêche, la dégradation du milieu marin et des zones côtières.
- Des progrès insuffisants
ont été accomplis dans un certain nombre de domaines :
a) mesures et programmes de protection et de restauration des écosystèmes
avec la participation de la société civile; b) mesures liant
la préservation de la biodiversité à lélimination
de la pauvreté, en particulier dans le cas des communautés vivant
à proximité de zones protégées, grâce à
lexploitation durable des ressources naturelles; c) action visant à
résoudre les causes sous-jacentes du déboisement et de la dégradation
forestière; d) gestion intégrée des ressources en
eau; e) planification participative de lexploitation des terres;
f) adoption du principe de précaution; g) évaluation
des risques inhérents à lincorporation des plantations
dans le mécanisme pour un développement propre (voir le Protocole
de Kyoto); h) entrée en vigueur du Protocole de Kyoto à
la Convention-cadre des Nations Unies sur les changements climatiques; i)
stratégies datténuation des changements climatiques et
politique viable de lénergie et des transports; j) mesures reconnaissant
les liens entre environnement et santé; k) ratification de la
Convention concernant la sécurité dans lutilisation des
produits chimiques au travail.
I.
Gouvernance
Relations entre démocratie
et pouvoir
71. Plusieurs consultations
régionales ont mis en lumière les conséquences des conflits
et des guerres, ainsi que des régimes corrompus et oppresseurs sur
les perspectives de développement durable. Les efforts suivants doivent
être déployés, à différents échelons :
à tous les échelons : a) promotion de démocraties
propices à la participation populaire; b) élimination de la
corruption et transparence et responsabilité accrues dans le domaine
des affaires publiques; c) règlement des conflits; à léchelon
local : d) émancipation des communautés et meilleure
intégration entre les différents échelons des pouvoirs
publics; e) décentralisation et transferts importants des ressources
publiques vers les municipalités; aux échelons régional
et national : f) formation de coalitions et de réseaux de
groupes et de pays du Sud pour établir des propositions de mesures
et peser davantage dans les négociations internationales; g) décisions
propices au développement durable aux plus hauts niveaux politiques;
h) accords visant à favoriser le dialogue entre les différentes
parties intéressées; à léchelon international :
i) renforcement de la démocratie dans les mécanismes internationaux
de prise de décisions et au sein des institutions internationales.
J.
Droits environnementaux et sociaux, notamment droit à linformation
aux fins de la prise de décisions (principe 10 de la Déclaration
de Rio et chapitres 23 à 32 dAction 21)
72. Pour ce qui est de
laction internationale en faveur du développement durable, on
a remarqué labsence dune approche axée sur les droits.
Cela suppose la reconnaissance que le droit à un environnement sain,
notamment en ce qui concerne les droits sociaux, laccès équitable
aux ressources et le droit daccès à la justice, fait partie
des droits de lhomme. Le droit de participer à la prise de décisions
et daccéder à linformation figure également
au nombre de ces droits. Le principe 10 de la Déclaration de Rio se
lit comme suit :
« Au niveau
national, chaque individu doit avoir dûment accès aux informations
relatives à lenvironnement que détiennent les autorités
publiques [
] et avoir la possibilité de participer aux processus
de prise de décisions. [
] Un accès effectif à des
actions judiciaires et administratives, notamment des réparations et
des recours, doit être assuré. »
Les progrès accomplis
pour incorporer ces droits dans des accords et des programmes liant les parties
intéressées sont insuffisants.
73. Les consultations
régionales dONG ont mis en lumière la nécessité
de faire des progrès dans les domaines suivants : à
tous les échelons : programmes visant à améliorer
lintégration des droits environnementaux et humanitaires; aux
échelons régional et/ou national : renforcement de
lapplication des instruments régionaux existants relatifs à
la participation du public ou de nouveaux instruments régionaux, fondés
sur le modèle fourni par la Convention dAarhus sur laccès
à linformation, la participation du public au processus décisionnel
et laccès à la justice en matière denvironnement;
élaboration dindicateurs de développement durable; à
léchelon international : négociation participative
en vue de lélaboration dune convention internationale,
sappuyant sur le principe 10 de la Déclaration de Rio, pour appliquer
ces droits.
K.
Renforcement des capacités (chapitre 37 dAction 21)
74. Les progrès
accomplis en vue de développer les capacités aux niveaux local,
national et régional et de renforcer les institutions pour favoriser
lintégration des mesures environnementales, sociales et économiques
ne sont pas satisfaisants. Les consultations dONG ont en particulier
demandé, aux échelons local, régional et national :
a) le renforcement des capacités en vue daccentuer lunité
de vues entre les pouvoirs publics et la société civile; b)
lamélioration des capacités en vue dappliquer, de
contrôler et de faire respecter les accords internationaux et de dégager
un consensus minimum en ce qui concerne les Principes de Rio.
L.
Institutions et instruments (chapitres 38 et 39 dAction 21)
75. En dépit des
promesses faites à la Conférence des Nations Unies sur lenvironnement
et le développement, le renforcement des structures de gestion des
affaires publiques pour favoriser le développement durable nest
pas encore réalité. La gouvernance devrait se fonder sur la
fiabilité, la transparence, la subsidiarité et la participation
de la société civile. Lors des consultations régionales,
les ONG ont demandé que de nouvelles mesures soient prises dans les
domaines suivants : à tous les échelons : accords
institutionnels multisectoriels et multipartites; au niveau mondial :
a) création dinstitutions internationales compétentes
pour assurer la conduite, la responsabilité, la conformité et
lapplication des mesures; b) mécanismes crédibles de contrôle
et dexécution des engagements relatifs au développement
durable; c) ratification des conventions multilatérales appropriées
relatives à lenvironnement et au développement durable,
en particulier la Convention sur la diversité biologique et le Protocole
de Cartagena sur la prévention des risques biotechnologiques, la Convention
sur la lutte contre la désertification et les conventions de lOIT
sur lenvironnement; d) réforme du FMI, de la Banque mondiale
et de lOMC axée sur une gestion plus juste et plus démocratique
des affaires publiques.
M.
Nouvelle donne mondiale
76. Lidée
que le Sommet mondial pour le développement durable devrait créer
une « nouvelle donne mondiale » a été
examinée lors des consultations avec les ONG dans le cadre du Sommet
de la CEE, à la suite des propositions faites antérieurement
par les Gouvernements sud-africain et danois, entre autres. Il aurait pour
objectif de rapprocher le Nord et le Sud sur les points essentiels, notamment
dans les domaines suivants : équité élimination
de la pauvreté grâce à un accès équitable
et durable aux ressources; droits protection des droits environnementaux
et sociaux; limites réduction de lexploitation
des ressources pour la ramener à des limites raisonnables; justice
reconnaissance de la dette écologique et annulation de la dette
financière; démocratie garantie de laccès
à linformation et de la participation du public; éthique
révision des valeurs et principes qui régissent lactivité
humaine.
N.
Les organisations non gouvernementales en tant que partenaires du développement
durable (chapitre 27 dAction 21)
77. Le programme Action
21 stipule que
« Les ONG
jouent un rôle vital pour ce qui est de modeler et dappliquer
la démocratie participatoire [
] et possèdent une expérience,
une compétence et des capacités solides et diverses dans des
domaines qui présentent un grand intérêt pour lapplication
et le suivi de programmes de développement durable écologiquement
rationnels et socialement responsables, tels que ceux qui sont proposés
dans le programme Action 21. »
78. Lors des forums régionaux,
les ONG ont reconnu que, grâce à la Conférence des Nations
Unies sur lenvironnement et le développement, la société
civile participait davantage aux processus de prise de décisions, encore
quà des niveaux inappropriés. Les progrès accomplis
dans les domaines suivants étaient insuffisants : participation
de la société civile, en particulier des femmes et des populations
autochtones; participation des jeunes aux initiatives relatives au développement
durable; reconnaissance des organisations légitimes représentant
la société civile et participation de ces organisations à
toutes les étapes et à tous les niveaux du développement
durable; création de conseils nationaux pour le développement
durable participatoires et dautres mécanismes participatoires,
conformément aux dispositions dAction 21; coopération
accrue entre les ONG et le secteur privé. (Le chapitre 27 du programme
Action 21 est examiné plus en détail au chapitre I ci-dessus.)
O.
Recommandations spéciales relatives à la participation à
la préparation du Sommet mondial pour le développement durable
79. Au cours des préparatifs
régionaux du Sommet mondial pour le développement durable, les
ONG se sont heurtées à certaines difficultés, notamment
une représentation insuffisante lors de lélaboration de
lordre du jour des réunions des comités préparatoires
régionaux et lors des manifestations elles-mêmes. La deuxième
session préparatoire décidera du format des dialogues multipartites
de la quatrième session préparatoire et du Sommet. Il conviendra
déviter les erreurs commises lors des préparatifs régionaux.
Les difficultés précédemment rencontrées en ce
qui concerne la participation des ONG aux réunions régionales
du Comité préparatoire ont inspiré des propositions visant
à assurer la pleine participation des ONG à la suite de la préparation
du Sommet, à savoir : a) consultations informelles lors de la
deuxième session préparatoire entre le secrétariat du
Sommet et les réseaux dONG (y compris ceux qui ont participé
aux préparatifs sous-régionaux) sur les modalités retenues
pour les troisième et quatrième sessions préparatoires
et le Sommet; b) mécanismes favorables à la participation des
ONG aux principales manifestations et discussions, telles que les séances
plénières et les sessions de groupe de travail, et non uniquement
aux manifestations parallèles; c) appui financier et logistique en
faveur de la participation des ONG; d) intégration des ONG aux délégations
nationales.
Notes
1
Voir le Rapport sur le développement dans le monde 2000/2001 :
Combattre la pauvreté, Banque mondiale; Living Planet Report
2000, Fonds mondial pour la nature; et Making Sustainable Commitments:
An Environment Strategy for the World Bank, Banque mondiale.
2
Sources : Position de la société civile africaine,
Forum des ONG africaines, destinée au Comité préparatoire
ministériel pour lAfrique, 15 et 16 octobre 2001, Nairobi;
Earth Negotiations Bulletin, vol. 22, Nos 5 à 8 (2001); Déclaration
des ONG à la réunion des réseaux dAmérique latine
et des Caraïbes, 20 octobre 2001, Rio de Janeiro; Rapport thématique
destiné à la table ronde pour la région de lAsie occidentale,
9-11 avril 2001, Beyrouth; Déclaration dAbu-Dhabi, 4 février
2001; Déclaration du Forum des peuples dAsie et du Pacifique sur
le développement durable, 25 et 26 novembre, 2001, Phnom Penh; Rapport
sous-régional sur la société civile destiné au Sommet
mondial pour le développement durable, Rapport préliminaire destiné
à la Réunion préparatoire sous-régionale de lAsie
du Sud-Est, 14 octobre 2001, Manille; Recommandations des consultations
régionales des États nouvellement indépendants au sujet de
la préparation du Sommet mondial pour le développement durable « Rio+10 »,
22 et 23 novembre 2001, Moscou; Résumé des principales recommandations :
atelier de consultations des ONG des États nouvellement indépendants
au sujet de la préparation du Sommet mondial pour le développement
durable, 2 et 3 juillet 2001, Golitsino; Déclaration des ONG, réunion
régionale de la Commission économique pour lEurope consacrée
au Sommet mondial pour le développement durable, 22 et 23 septembre
2001, Genève.
02-21121
(F) 240102 250102
*0221121*