| Nations Unies |
E/CN.17/2002/PC.2/6/Add.9 |
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![]() |
Conseil économique et social |
Distr.
générale Français |
Deuxième session préparatoire
28 janvier-8 février 2002
Dialogue
multipartite dans le cadre de la deuxième session de la Commission du
développement durable constituée en Comité préparatoire
du Sommet mondial
pour le développement durable
Note du Secrétaire
général
Additif
Document de
concertation émanant des organisations agricoles*
*
Document établi par la Fédération internationale des producteurs
agricoles (FIPA) avec la collaboration des organisations suivantes : Agri
South Africa; Assemblée permanente des chambres dagriculture françaises;
Assemblée permanente des chambres dagriculture du Mali; Association
nationale des organisations professionnelles agricoles de Côte dIvoire
(ANOPACI); Austrian Committee for Agriculture and Forestry; Belgian Farmers
Union (Boerenbond); Fédération canadienne de lagriculture
(FCA); Central Agricultural Co-op Union (CACU), Égypte; Central Union
of Agricultural Producers and Forests Owners of Finland (MTK); Chambre nationale
dagriculture dAlgérie (CNAA); Confederazione Italiana Agricoltori
(CIA), Italie; Danish Farmers Unions (Landbrugsraadet), Danemark; Deutscher
Bauernverband (DBV), Allemagne; Federated Farmers of New Zealand, Inc.; Federatie
van Land-en Tuinbouworganisaties (LTO), Pays-Bas; Fédération chrétienne
des paysans malagasy (FEKRITAMA), Madagascar; Federation of Free Farmers (FFF),
Philippines; Lantbrukarnas Riksförbund (LRF), Suède; Malta Agriculture
Lobby; Mesa Nacional Campesina, Costa Rica; National Farmers Federation,
Australie; National Farmers Union of England and Wales; National Federation
of Peasant Organizations, Philippines (PAKISAMA); Uganda National Farmers
Association; Unión Nacional de Agricultores y Ganaderos de Nicaragua
(UNAG); Union of Turkish Chambers of Agriculture (TZOB); et Union tunisienne
de lagriculture et de la pêche (UTAP). Les vues et opinions exprimées
ne reflètent pas nécessairement celles de lOrganisation
des Nations Unies.
Introduction
Les dispositions du chapitre 32 dAction 211 intitulé « Renforcement du rôle des agriculteurs » ont été particulièrement bien accueillies par les organisations agricoles dans le monde entier. Elles soulignent que « les agriculteurs doivent être au centre des mesures prises pour instaurer une agriculture durable dans les pays tant développés quen développement » (par. 32.3) et que « la réussite des programmes dépend avant tout de la motivation et de lattitude de chaque agriculteur ainsi que de lexistence de politiques gouvernementales encourageant les agriculteurs à gérer leurs ressources de façon efficiente et écologiquement viable » (par. 32.4).
Contrairement à la situation qui prévaut dans dautres industries primaires, lessentiel de la production agricole nest pas le fait de grandes entreprises mais plutôt dune multitude de familles dagriculteurs. Les agriculteurs jouent un rôle essentiel qui consiste à assurer la sécurité alimentaire de chaque nation. Ils sont les régisseurs et les gérants de vastes ressources naturelles, les propriétaires et les architectes dune bonne partie du paysage et les protecteurs de précieuses ressources en sols.
Lagriculture doit être une priorité du développement
Ni les organisations internationales ni les gouvernements naccordent à lagriculture le caractère prioritaire qui lui revient. En fait, au cours des 10 dernières années, lagriculture a cessé doccuper la position centrale quelle détenait auparavant dans les programmes de développement.
Les investissements consacrés à lagriculture et à la production alimentaire sont tombés à leurs plus bas niveaux historiques, à un moment où, chaque jour, 24 000 personnes meurent de faim et dautres causes connexes.
Les stratégies qui régissent actuellement le commerce, les investissements et le développement ne permettront guère datteindre les objectifs de lOrganisation des Nations Unies qui consistent à réduire de moitié, pour 2015, le nombre de personnes souffrant de la faim ou vivant dans la pauvreté.
Dans les pays pauvres, la majorité de la population vit dans les zones rurales. La lutte contre la pauvreté doit par conséquent sappuyer sur lagriculture et le développement rural. Elle pourra être menée à bien si lon veille non seulement à instituer des méthodes de production plus viables mais aussi à assurer une répartition plus équitable des ressources et à mettre en place des modes de consommation plus soutenables. Ces mesures sont indispensables à la fois pour lutter contre la pauvreté et pour assurer la viabilité de lenvironnement dans une optique à long terme.
Le Sommet mondial pour le développement durable offre une excellente occasion de corriger cette situation. Il faut enrayer lhémorragie des ressources dont souffre lagriculture et recentrer davantage les politiques sur la réduction de lécart de pauvreté qui ne cesse de grandir et qui touche particulièrement le secteur des petites exploitations agricoles dans les zones éprouvées.
Le principe de la viabilité appliqué à lagriculture
La mondialisation des échanges commerciaux, les exigences de qualité formulées par les consommateurs, lintégration économique régionale et la persistance de la pauvreté et de la faim dans de nombreuses régions du monde, tels sont les réalités et les enjeux nouveaux auxquels lagriculture doit actuellement faire face.
Pour les agriculteurs de la plupart des pays en développement, les besoins à court terme revêtent une importance fondamentale. Les principales priorités consistent donc à assurer la sécurité alimentaire et à éliminer la pauvreté afin de promouvoir la croissance économique. Il convient dadopter des politiques qui garantissent laccès à la terre et la stabilité des régimes fonciers, laccès à leau et les droits y afférents, laccès aux ressources génétiques et laccès au crédit à un coût abordable pour les agriculteurs. Il importe aussi de doter le milieu rural dinfrastructures et de mobiliser des ressources financières suffisantes pour favoriser le développement agricole et lélimination de la pauvreté.
Dans les pays industrialisés, les citoyens et les consommateurs exigent des agriculteurs quils assurent la protection de lenvironnement (gestion du patrimoine naturel et préservation des paysages), des animaux et des communautés rurales.
Toutes les parties concernées (pouvoirs publics, consommateurs, agriculteurs, etc.) doivent accepter de payer le prix du développement durable car ladoption de pratiques viables peut ne pas toujours se traduire par une baisse des prix des produits alimentaires, au moins à court terme. Il faudra peut-être surseoir à la satisfaction de certains besoins, tels que ceux relatifs au logement et à laménagement urbain, pour préserver les terres en vue de la production agricole ou à des fins écologiques.
Bilan des mesures adoptées en vue de la réalisation des objectifs du chapitre 32 dAction 21
Le chapitre 32 énonce quatre grands objectifs qui se définissent comme suit :
a) Décentraliser
le processus décisionnel;
b) Promouvoir
laccès aux ressources et aux techniques pour les petits exploitants
agricoles, notamment les femmes et les autres catégories vulnérables;
c) Encourager
les agriculteurs, au moyen dincitations, à gérer les
ressources de manière efficiente et viable;
d) Promouvoir
la participation des agriculteurs à la conception et à lexécution
des politiques, par lintermédiaire des organisations qui les
représentent.
Le chapitre 32 prévoit aussi que la réalisation de ces objectifs sappuie sur quatre grandes démarches :
a) La mise en place
dun cadre institutionnel;
b) Le financement;
c) La recherche,
la vulgarisation et léducation;
d) Le renforcement
des compétences.
Le présent document est le fruit dun processus de consultation engagé avec des organisations agricoles du monde entier. Il a pour objet de contribuer à la mise en application des dispositions du chapitre 32 dAction 21 en rendant compte des progrès accomplis en matière de réalisation des objectifs et de résolution des problèmes rencontrés. Il convient toutefois de signaler quil reste encore beaucoup à faire pour concrétiser les objectifs du Sommet planète Terre tenu en 1992.
I. Décentraliser le processus décisionnel
Au cours des 10 dernières années, de nombreux pays ont entrepris dimportantes réformes institutionnelles et économiques axées sur :
Le retrait de
lÉtat du secteur agricole;
La décentralisation;
La libéralisation
de léconomie.
Ces réformes confient davantage aux communautés et aux individus la responsabilité de leur propre développement.
Dans de nombreux pays, la responsabilité de la prise de décisions relative à la gestion des ressources a été transférée à des conseils régionaux ou de district composés de conseillers élus et chargés délaborer des plans à léchelle de la région ou du district. En Nouvelle-Zélande, un élément clef de la loi sur la gestion des ressources (Resource Management Act) est la participation des communautés, par le biais de la consultation, à lélaboration des plans. Cela étant, le processus de planification peut susciter des litiges entre des intérêts rivaux, les agriculteurs estimant souvent que leurs vues et leurs besoins ne sont pas suffisamment pris en compte, par rapport aux exigences croissantes de la population urbaine.
Au Mali et en Algérie, on a mis en place un réseau de chambres dagriculture régionales autonomes et une Assemblée permanente des chambres dagriculture. Ces chambres dagriculture sont linterface décentralisée entre les agriculteurs et leurs partenaires des secteurs public et privé. En 1999, Madagascar a entamé un processus de décentralisation du processus décisionnel, par le biais dun Plan daction pour le développement rural. Ce plan a été subdivisé en 20 plans régionaux faisant surtout appel sur des critères agroécologiques. Les plans de développement régionaux et communaux sont laboutissement dun processus participatif. Il reste que les organisations paysannes nont pas été suffisamment représentées au sein des groupes de travail qui ont élaboré ces plans et que les agricultrices nont pas été invitées à participer à ce processus.
Il convient de préciser que la prise de décisions à léchelon local doit sappuyer sur une information fiable (études scientifiques permettant détablir les causes des phénomènes et dévaluer les répercussions écologiques, élaboration de systèmes de gestion, etc.) et quil peut en résulter des charges financières importantes pour de nombreuses communautés.
II. Promouvoir laccès aux ressources et aux techniques pour les petits exploitants agricoles, notamment les femmes et les autres catégories vulnérables
Il ne sera possible déliminer la pauvreté et datteindre les objectifs fixés par lOrganisation des Nations Unies pour lalimentation et lagriculture (FAO) en matière de sécurité alimentaire que si lon assure aux petits exploitants agricoles un accès équitable à la terre et aux ressources en eau. Laccès à la terre et la sécurité doccupation sont les meilleures incitations que lon puisse offrir aux agriculteurs pour les encourager à préserver et à améliorer la fertilité des sols. Les agriculteurs et les organisations qui les représentent devraient être associés à la conception et à lexécution des programmes de développement fondés sur lagriculture ainsi quà la formulation des politiques.
La croissance de la population entraîne une utilisation très intensive des terres et des ressources en eau. Les agriculteurs sinquiètent de constater que leau qui était destinée à lagriculture est détournée vers dautres usages. Leau est un bien public et doit le rester. Dans la plupart des pays, lÉtat est le gardien de cette ressource rare qui doit être utilisée pour répondre à des besoins prioritaires tels que la sécurité alimentaire.
La gestion des ressources en eau doit sintégrer dans une démarche participative associant diverses parties prenantes et divers utilisateurs. Lexpérience de la mise en place de la société à responsabilité limitée Coopeortega, au Costa Rica, montre que les communautés rurales peuvent participer activement à une gestion durable des ressources en eau. La raison en est que ces communautés sont les premières victimes des problèmes de leau et quen tant que parties prenantes elles se sentent motivées dès lors que leur subsistance est menacée.
Il est indispensable de faire participer activement les femmes aux activités des groupes de gestion des bassins hydrographiques. Donner aux femmes les moyens dagir en mettant à leur disposition des informations relatives à des procédures simples de purification de leau et permettre aux femmes de participer aux travaux des commissions sur leau et aussi des organismes de gestion des bassins hydrographiques, telles sont les mesures qui permettront aux femmes de faire entendre leur voix dans le mouvement de revendication dune eau saine et disponible en quantité suffisante. Cest par le biais de la sensibilisation des femmes et de la communication avec elles que lon parviendra à changer les attitudes vis-à-vis du problème de leau. Des progrès notables ont été enregistrés dans ce domaine en Afrique du Sud.
Il est communément admis quun meilleur accès des femmes à la terre se traduit par des changements importants et bénéfiques aux niveaux des individus, des ménages et des communautés et peut avoir des répercussions sur la croissance économique régionale et nationale. Dans le monde entier, de nombreux gouvernements ont élaboré des lois, des politiques et des programmes nouveaux visant à renforcer les droits des femmes et dautres catégories vulnérables à la terre. Toutefois, assez souvent, ces démarches constructives nont pas produit des changements aux niveaux des individus, des ménages et des communautés. Au contraire, les coutumes, les institutions et les relations de pouvoir à léchelon local continuent dimposer la discrimination à légard des femmes et de les empêcher daccéder à de nouveaux droits et à de nouvelles prestations. Les femmes et les autres catégories vulnérables ne disposent toujours pas de la capacité, des ressources ou des connaissances nécessaires pour faire usage de ces droits et instruments juridiques nouveaux. En coopération avec la société civile, notamment les agricultrices et les organisations qui les représentent, les gouvernements devraient veiller à ce que les futures réformes tiennent compte des besoins, des aspirations et des capacités des femmes et à ce que les femmes tirent pleinement parti de ces réformes.
Adoptée le 23 avril 2001, la résolution 2001/34 de la Commission des droits de lhomme intitulée « Égalité des femmes en matière de propriété, daccès et de contrôle fonciers et égalité du droit à la propriété et à un logement convenable2 » réaffirme avec force ces principes. Il faut encourager les gouvernements à réaliser les principes et les objectifs énoncés dans cette résolution, en partenariat avec les agriculteurs et les organisations qui les représentent.
III. Encourager les agriculteurs, au moyen dincitations, à gérer les ressources de manière efficiente et viable
A. Politiques nationales
1. Politique générale
Si la Conférence des Nations Unies sur lenvironnement et le développement et le Programme Action 21 se prononcent en faveur de lagriculture durable, de nombreux pays nen ont pas encore assimilé le principe et la pratique. Il faut donc continuer dencourager les gouvernements à mettre en place un environnement favorable à lagriculture durable. Les dispositions à prendre concernent notamment la modernisation de lagriculture, de la gestion des forêts et des pêches, la sécurité alimentaire et la salubrité des aliments, la biotechnologie moderne, le commerce des produits agricoles et lirrigation.
Au cours de la décennie 90, le secteur agricole a amélioré son impact environnemental, essentiellement par le biais de deux grands facteurs :
La reconnaissance
du rôle que jouent les agriculteurs dans la préservation de
lenvironnement;
La mise
en place dune réglementation de base visant à promouvoir
la qualité des produits agricoles et la protection de lenvironnement.
Linstitution dun cadre directif permettant aux agriculteurs de percevoir les signaux du marché a contribué pour beaucoup à linstauration de pratiques agricoles viables et efficaces dans certains pays. La suppression des subventions en Nouvelle-Zélande, en 1984, a entraîné une modification de lutilisation des sols. De grandes superficies de terres marginales que lon exploitait en recourant à des subventions ont été plantées de forêts de pins ou rendues à la végétation naturelle.
En matière de politique agricole, la tendance est à labandon du soutien aux prix des produits et parfois des intrants, au profit de versements directs aux producteurs, qui visent souvent des objectifs écologiques tels que la protection des paysages et la conservation de la nature.
2. Programmes gouvernementaux de protection de lenvironnement
Les gouvernements des pays industrialisés ont mis en place de nombreux programmes de protection de lenvironnement. Il sagit notamment de mesures visant à réduire lutilisation des pesticides et lappauvrissement des sols en éléments nutritifs, de loctroi de primes aux agriculteurs pour bonne intendance ou pour services rendus à lenvironnement, de la promotion de lagriculture organique, du maintien de la biodiversité et de la création de zones protégées.
Les pays en développement ne disposent que de ressources très limitées pour mettre en oeuvre de tels programmes. Cela étant, ils ont renforcé les programmes destinés à promouvoir les techniques de lutte intégrée contre les ravageurs, les pratiques visant à conserver les sols et une meilleure adaptation des pratiques agricoles à lécologie locale.
Gestion de la nature
Il est de plus en plus demandé aux agriculteurs de remplir des fonctions écologiques. Ceux-ci sont notamment invités à prendre des mesures concrètes pour protéger la nature ou remplir dautres fonctions similaires. Ces services sont rémunérés par les autorités publiques. On citera comme exemples, aux Pays-Bas, la protection des oiseaux et le stockage de leau dans les fermes lorsque les précipitations sont particulièrement abondantes.
La biodiversité est également un objectif important des programmes écologiques dans de nombreux pays. En Suède, où les terres arables abritent 90 % des plantes menacées de disparition, un programme de sensibilisation a été mis en place il y a plusieurs années.
À léchelon de lUnion européenne, la directive relative à la protection des oiseaux et la directive Habitat sont des résultats concrets de la quête du développement durable. Les ambitions de lUnion européenne ont été formulées dans les conclusions du Conseil de lEurope qui, réuni en juin 2001, a déclaré que le déclin de la biodiversité devait être enrayé au plus tard en 2010.
Lagrobiodiversité est le fruit de laction suivie et des connaissances de nombreuses générations de populations rurales et indigènes. Les communautés dagriculteurs devraient avoir le droit dutiliser librement les diverses ressources génétiques, y compris les semences, quelles ont cultivées tout au long de lhistoire.
Au Canada, la loi sur les espèces en péril a été réintroduite, et la Fédération canadienne de lagriculture exhorte le Gouvernement à coopérer étroitement avec les diverses parties prenantes pour élaborer une réglementation destinée à protéger les espèces menacées de disparition. Les agriculteurs doivent être dûment informés des questions relatives à la protection des habitats et des mesures à prendre pour protéger les différentes espèces. Il est également indispensable de prévoir des incitations telles que les régimes fiscaux spéciaux, les compensations et les accords qui protègent les agriculteurs des poursuites judiciaires. Par ailleurs, il est demandé au Gouvernement de tenir compte des efforts volontaires consentis par les agriculteurs et de promouvoir des partenariats entre différents secteurs en vue de donner plus de poids aux campagnes de conservation.
En Autriche, la loi sur les forêts impose des règles strictes pour lexploitation, la gestion et la protection de la forêt dans les conditions requises, qui permettent, dans lintérêt de tout le pays, de prévenir lutilisation abusive ou lépuisement de cette ressource.
La nécessité de protéger la nature est presque unanimement reconnue. Mais la protection de certaines espèces animales et végétales vient parfois entraver le développement de lagriculture. Il est donc très important dentretenir le dialogue de sorte que le plus grand nombre possible de parties prenantes soient engagées dans le processus, en particulier à léchelon local.
Lutte contre les ravageurs
Au cours des 10 dernières années, on a considérablement limité la présence de produits actifs dans les pesticides (herbicides, insecticides et fongicides) utilisés dans les exploitations agricoles, et amplement eu recours aux pratiques de la lutte intégrée contre les ravageurs.
Au Danemark, par exemple, les quantités de substances actives utilisées comme pesticides ont diminué de plus de moitié au cours des 10 à 15 dernières années. LAgence danoise pour la protection de lenvironnement, après avoir réévalué 213 composants actifs de pesticides, nen a approuvé sans réserve que 78. LUnion européenne, quant à elle, procède aussi à la révision de la liste des produits phytosanitaires agréés.
La Suède a entrepris une campagne dinformation sur lutilisation sans danger des pesticides. Dépliants, fiches signalétiques et encarts publicitaires dans les magazines spécialisés destinés au secteur agricole ainsi que sur lInternet ont permis de diffuser linformation auprès des 30 000 agriculteurs du pays habilités à utiliser les pesticides. Des cours de formation ont également été dispensés à léchelon local dans un grand nombre dendroits. Toutes les informations ont été mises à disposition gratuitement, avec lappui financier du Gouvernement suédois et de lUnion européenne.
En Côte dIvoire, les agriculteurs qui font partie de lAssociation nationale des organisations professionnelles agricoles de Côte dIvoire (ANOPACI) coopèrent avec lAgence nationale dappui au développement rural (ANADER) pour promouvoir les techniques de lutte intégrée contre les ravageurs. On encourage les agriculteurs de la région de lest à utiliser des biopesticides tels que les feuilles de margousier, de papayer et de poivrier pour lutter contre les parasites qui ravagent les cultures maraîchères, les stocks de céréales et la production cacaoyère. Dans le secteur de la riziculture, on a institué huit exploitations agricoles pédagogiques pour former les agriculteurs à la lutte contre les ravageurs et à lutilisation intégrée des pesticides. Le recours aux techniques de lutte contre les ravageurs a entraîné une baisse des coûts de production et une augmentation de 25 à 60 % de la production.
Aux Philippines, le Gouvernement encourage également le recours à la lutte contre les ravageurs, notamment grâce à des exploitations agricoles pédagogiques dans un esprit détroite coopération et dapprentissage par lexpérience.
Réduction des pertes en nutriments
Dans bon nombre de pays, on a prévu de réduire les concentrations et le ruissellement de lazote ainsi que les émissions dammoniac dans lagriculture.
Au cours de la période 1990-1999, on estime que les concentrations et le ruissellement dazote ont baissé denviron 32 % sur les terres arables du Danemark. Les ventes dengrais agricoles ont diminué de 37 % au cours des 15 dernières années, tandis que la consommation de fumier est restée stable.
Plusieurs pays dEurope septentrionale, dont le Danemark, les Pays-Bas et la Belgique, ont institué des règlements stricts en matière de stockage et dépandage de fumier animal.
Adaptation de lagriculture à lécologie locale
Partout dans le monde, les agriculteurs ont adapté leurs pratiques au milieu physique environnant et au climat de leur région.
Dans le cadre du Plan national de développement de lagriculture adopté en Algérie en 2000, un programme prévoit de rendre lagriculture à son milieu naturel. Non seulement le rendement en est-il accru, mais la désertification sen trouve freinée. Certaines zones sont ainsi réservées à la vigne et dautres à larboriculture fruitière. Il serait impossible de faire pousser des céréales sur des sols fragiles sujets à lérosion.
En Côte dIvoire, des programmes de conservation des sols et dagroforesterie visant à restaurer la fertilité des sols ont été lancés. Pour lutter contre le déboisement et la désertification, on a mis en place des stratégies de reboisement qui appellent la participation des agriculteurs.
Agriculture biologique
Avec lappui apporté par lUnion européenne à lagriculture biologique, ce mode de culture sest développé dans de nombreux pays européens. LEurope septentrionale, notamment, a considérablement augmenté sa production biologique, mais même les pays dEurope méridionale suivent le mouvement : en Italie, par exemple, 1 % des agriculteurs et 2 % des terres agricoles appartiennent désormais au secteur de lagriculture biologique.
La Suède a prévu, avec lappui de la Fédération des agriculteurs suédois, de développer lagriculture biologique. Dici à 2005, 20 % des terres devraient être cultivées en agrobiologie, avec 10 % de la production dans les secteurs de la viande, du lait et de lagneau issus de lagriculture biologique. Lobjectif dun tel accroissement est de répondre à la demande grandissante pour une alimentation produite selon les normes de lagriculture biologique. On se demande, toutefois, si le développement de lagriculture biologique est bien la solution aux nombreuses questions dordre écologique liées au secteur agricole. On pourrait, par exemple, envisager de prendre de nouvelles mesures efficaces dans le secteur de lagriculture traditionnelle pour obtenir des effets positifs pour lenvironnement.
Une Agence pour le développement de lagriculture biologique a récemment été créée en France. Elle regroupe au sein dun même organisme les départements ministériels compétents et les agriculteurs, industriels et distributeurs du secteur de la production biologique.
Différentes organisations dagriculteurs disposent de consultants qui apportent aux agriculteurs des conseils juridiques et techniques sur la façon de passer de lagriculture de type traditionnel à lagriculture biologique.
Agrotourisme
LItalie est lun des pays les plus actifs en matière daménagement de zones protégées. Après ladoption de la législation nationale sy rapportant, lItalie a institué 36 parcs nationaux dont la surface totale représente 10 % de la superficie du pays, ce qui a pour effet de stimuler lagriculture et lagrotourisme dans les régions concernées.
Le tourisme rural est en pleine expansion. En France, 20 000 exploitations agricoles y sont désormais consacrées : elles offrent le gîte et le couvert, avec consommation de produits locaux, activités de loisir sur place et démonstration dactivités agricoles. Par ailleurs, 15 % des agriculteurs français vendent directement le produit de leur exploitation.
Changements climatiques
La biomasse issue de lagriculture est sous-utilisée en tant que source de production dénergie, à savoir comme combustible organique (biogazole et bioéthanol) pour moteurs et comme bois de chauffage. Pour respecter les conditions imposées par le Protocole de Kyoto3 à la Convention-cadre des Nations Unies sur les changements climatiques4 relatives à la réduction des émissions de gaz à effet de serre, il est recommandé dadopter des politiques fiscales qui encouragent le recours aux sources dénergie renouvelable issues de lagriculture.
B. Politiques internationales
Les règles commerciales établies par lOrganisation mondiale du commerce et les crédits accordés par le Fonds monétaire international et la Banque mondiale doivent être mieux coordonnés et davantage axés sur lélimination de la pauvreté et la mise en oeuvre dun développement mondial durable. Les bienfaits de la mondialisation sont très variables dun pays à lautre, et les petits agriculteurs des pays en développement se trouvent bien souvent marginalisés. Les pays les plus pauvres se retrouvent en position de faiblesse dans le système international financier et commercial. Ils croulent sous la pression résultant de leur dette, du faible niveau des prix des produits de base et de leur position défavorable dans les relations commerciales.
IV. Participation accrue des agriculteurs à la conception et la mise en oeuvre des politiques par lintermédiaire de leurs organisations représentatives
Codes de bonnes pratiques agricoles et systèmes de certification
Outre le programme relatif à lagriculture durable lancé par des institutions gouvernementales, des initiatives sont prises par des organisations dagriculteurs et des groupes industriels pour promouvoir les pratiques et technologies agricoles viables au moyen des codes de bonnes pratiques agricoles et des systèmes de certification norme agricole britannique intitulée « little red tractor » (petit tracteur rouge) ou méthode française de l« agriculture raisonnée » mise au point par le Forum de lagriculture raisonnée respectueuse de lenvironnement (FARRE), par exemple. En Finlande, lhomologation des forêts constitue un excellent outil pour promouvoir la gestion durable des forêts et la commercialisation des produits forestiers. LAlliance agricole belge (Boerenbond) élabore un code de manipulation vigilante des animaux. Les codes de bonnes pratiques devraient être élaborés à partir de la base, avec la participation des producteurs qui ont une connaissance parfaite des conditions et des problèmes inhérents à leur système agricole.
LAgrichemical Education Trust néo-zélandais a mis au point un programme de formation et daccréditation intitulé « Growsafe », destiné à tous les utilisateurs de pesticides du pays. Lindustrie des engrais a, en coopération avec la Federated Farmers (Fédération des agriculteurs), élaboré un Code de bonnes pratiques pour lutilisation des engrais. Les organisations dagriculteurs français ont lancé, en 1991, des initiatives volontaires pour lutilisation intégrée des engrais (« Ferti-Mieux ») et des produits phytosanitaires (« Phyto-Mieux »), qui encouragent la participation des agriculteurs : essais sur place, conseils, échanges avec les associations rurales et essai de pulvérisateurs.
La Federatie van Land-en Tuinbouworganisaties (LTO-Nederland) association dagriculteurs néerlandais met au point des principes directeurs indiquant aux cultivateurs néerlandais les bonnes pratiques agricoles qui permettent de protéger lenvironnement. Les bonnes pratiques agricoles sont également appliquées en Allemagne, dans les secteurs de lagriculture et de la foresterie. Toutefois, en raison de la dimension dynamique de lactivité agricole, les autorités législatives ont reconnu quil était impossible détablir de façon permanente un code strict des bonnes pratiques agricoles. Celles-ci doivent être adaptées à la nature du sol et aux conditions climatiques locales. Les meilleurs agriculteurs manifestent un souci constant daméliorer la viabilité de leur exploitation, et peuvent mettre au point les pratiques optimales bien plus rapidement que la documentation y relative ne peut suivre. Or, cette documentation est utile car elle permet dinformer les agriculteurs des résultats obtenus par leurs homologues.
Au début des années 90, les organisations agricoles canadiennes ont commencé à chercher de nouvelles méthodes pour aider les agriculteurs à prendre conscience des répercussions de leurs activités sur lenvironnement. Ces recherches ont abouti à lélaboration de documents expliquant le programme des plans agroenvironnementaux. Il sagit dun programme bénévole lancé sur linitiative des producteurs et destiné aux agriculteurs pour quils évaluent les répercussions de leur exploitation agricole sur lenvironnement, avec pour objectif didentifier les problèmes et les mesures à prendre pour réduire les risques écologiques.
Protection des terres
Le programme australien Landcare (protection des terres) est un excellent exemple dapproche communautaire à la gestion durable des terres et des ressources en eau, qui bénéficie dun appui gouvernemental à tous les échelons. Lancé par la National Farmers Federation et lAustralian Conservation Foundation au début des années 90, Landcare englobe aujourdhui plus de 4 000 groupes communautaires indépendants, souvent organisés autour de zones de captage deau. Le mouvement sest étendu à la Nouvelle-Zélande, à lAfrique du Sud et à dautres pays. La planification à léchelon de lexploitation est un aspect essentiel de la gestion de la protection des terres. Par ailleurs, les groupes Landcare donnent la priorité aux espèces végétales indigènes, contribuant ainsi à préserver la diversité biologique locale.
En 1996, la Fédération des agriculteurs suédois a décidé de constituer des groupes détude dans les aires dalimentation en eau. Chaque groupe est constitué de 20 à 30 agriculteurs et ruraux bénévoles qui coopèrent, avec laide dun coordonnateur, à lélaboration dun plan adapté aux conditions locales visant à réduire la déperdition des micronutriments dans la région.
Au début de 2000, le programme Paysage agricole canadien a été lancé en partenariat avec Agriculture and Agri-Food Canada, la Fédération canadienne de lagriculture et Habitat faunique Canada. Sappuyant sur des exemples de gestion particulièrement avisée des terres, le programme a pour but de promouvoir auprès de lensemble de la communauté agricole les pratiques optimales en matière de conservation de lenvironnement. Bien souvent, la différence entre bonne et mauvaise gestion des sols tient à la seule prise de conscience des pratiques optimales qui permettent aux activités agricoles et à la faune et à la flore sauvages de coexister en pleine harmonie.
Campagnes de sensibilisation
À Madagascar et en Côte dIvoire, on a mené, en coopération avec des organisations dagriculteurs et des organisations non gouvernementales, des programmes de sensibilisation sur les questions relatives aux feux de brousse, dont les répercussions sur les ressources en eau et la désertification sont considérables.
Le Programme dinformation des agriculteurs du Fonds daction pour le changement climatique, qui appelle la participation des agriculteurs canadiens, a été mis au point pour améliorer la prise de conscience par les producteurs et lopinion publique des répercussions de lagriculture sur les émissions de gaz à effet de serre ainsi que des pratiques de gestion qui permettent dy remédier. En partenariat avec les membres du Fonds, la Fédération canadienne de lagriculture coordonne un réseau national déchange dinformations permettant aux organisations agricoles de disposer des supports appropriés pour la formation et léducation des producteurs.
Participation des agriculteurs aux programmes pour lagriculture durable
Pour instaurer une production alimentaire durable, il faut que tous les intervenants consommateurs, distributeurs, fabricants et agriculteurs, mais aussi gouvernements, organisations non gouvernementales et organisations de protection de lenvironnement optent pour une vision et des objectifs communs. Pour ce faire, les pouvoirs publics doivent adopter une approche différente de lapproche directive. Il faut mettre en place un système selon lequel lautorité consulte les organisations sociales et coopère avec elles, et laisse aux initiatives autonomes du secteur social le règlement des problèmes sociaux. Deux modèles de système de ce type sont en place aux Pays-Bas :
Organisation
en réseaux : accords non contraignants établis sur la
base de consultations et dune coopération, définissant
des objectifs et un calendrier;
Auto-administration :
lautorité se contente de délimiter le cadre juridique
dans lequel les intervenants de la chaîne de production peuvent ensuite
régler leurs problèmes.
On connaît plusieurs cas de participation réussie des agriculteurs au programme pour lagriculture durable. On peut citer le nouvel Accord de Cotonou conclu entre les États membres de lUnion européenne et les 78 États membres du Groupe des États dAfrique, des Caraïbes et du Pacifique (Groupe ACP), selon lequel la participation de la société civile revêt une importance primordiale dans lélaboration, la mise en oeuvre et lévaluation des stratégies et programmes en matière de développement. De même, en Ouganda, le Ministère des finances, de la planification et du développement économique a fait intervenir les organisations de la société civile dans le processus consultatif relatif au budget et pour lélaboration des documents stratégiques de réduction de la pauvreté. En Belgique, le Ministre flamand de lagriculture et de lenvironnement a lancé un débat public sur lagriculture durable, dans le cadre duquel on invite la société civile à formuler des recommandations.
Les organisations dagriculteurs algériens (Chambres dagriculture) ont étroitement coopéré à lélaboration du premier Plan national pour le développement de lagriculture, adopté en 2000 après plus de 10 années de travaux préparatoires. Les agriculteurs bénéficient sans aucun intermédiaire des conseils prodigués par leurs organisations professionnelles. Ils sont libres de participer ou de ne pas participer au Plan.
La Fédération canadienne de lagriculture fait partie, avec dautres intéressés, du Comité consultatif de gestion économique (CCGC) et du Conseil consultatif de la lutte antiparasitaire (CCLA), avec pour objectif commun daméliorer le système de réglementation actuel.
En dépit dune plus grande participation des agriculteurs, par lintermédiaire de leurs organisations représentatives, aux phases délaboration et de mise en oeuvre des politiques, il subsiste encore un nombre élevé dagriculteurs qui nont pas été suffisamment informés pour y prendre part ou dont le gouvernement montre encore des réticences à légard dune coopération de ce type. À Madagascar, par exemple, les agriculteurs nont pratiquement pas pris part à lélaboration du Plan daction pour le développement rural (PADR). Par manque de moyens de communication et dinformation, ils nont pas pu participer aux débats. Dans certains pays, les organisations agricoles ne sont même pas invitées à prendre part à dimportants mécanismes de développement comme les sociétés nationales de développement et les conseils pour le développement économique et social.
Initiatives des institutions internationales
Le paragraphe 32.9 dAction 21 dispose que lOrganisation des Nations Unies pour lalimentation et lagriculture (FAO), le Fonds international de développement agricole (FIDA), le Programme alimentaire mondial (PAM), la Banque mondiale, les banques régionales de développement et les autres organismes internationaux sintéressant au développement rural devraient faire participer à leurs travaux les agriculteurs et les organismes qui les représentent, selon que de besoin.
Plusieurs grandes institutions internationales se sont ouvertes à la société civile depuis la tenue du Sommet Planète Terre en 1992. Les politiques et pratiques des organismes de développement internationaux et régionaux tiennent de plus en plus compte du fait que les activités de développement dirigées par les gouvernements qui ne font pas appel à la participation active des organisations de citoyens se sont souvent soldées par des échecs. De même, les activités de développement lancées par la société civile qui ne bénéficient pas de lappui du gouvernement ne sont généralement pas viables et natteignent pas lenvergure nécessaire pour répondre aux besoins à léchelle du pays.
Les agriculteurs souhaitent remercier lONU et les États Membres davoir fait participer les grands groupes à lexamen annuel des différents chapitres dAction 21 sous la forme déchanges multipartites.
Le FIDA, la FAO, le PAM, la Banque mondiale et les banques régionales de développement ont de tout temps travaillé en partenariat avec les organisations non gouvernementales et la société civile pour donner des moyens daction aux communautés. Toutefois, le fait que la pauvreté soit principalement rurale (70 % des pauvres vivent, en effet, dans les campagnes) a conduit ces institutions à renforcer les capacités des organisations agricoles et rurales. La collaboration entre la Banque mondiale et la Fédération internationale des producteurs agricoles (FIPA), dans le cadre dun « Partenariat pour lagriculture durable », et le rôle moteur joué par le FIDA dans la mise en place de la Coalition populaire pour éliminer la faim et la pauvreté, programme visant à permettre aux populations rurales daccéder plus facilement aux ressources foncières et à dautres facteurs de production, sont deux exemples dinitiatives prises récemment pour faire participer les agriculteurs et les organismes qui les représentent.
Les agriculteurs notent avec satisfaction que le rapport du FIDA sur la pauvreté rurale de 2001 et la nouvelle stratégie de la Banque mondiale pour le développement rural préconisent tous deux un processus visant à donner aux pauvres des régions rurales et aux petits exploitants les moyens de mieux prendre en charge leur propre développement. La FIPA travaille actuellement avec la Banque mondiale pour veiller à ce que tout projet ayant trait aux services agricoles financé par la Banque mondiale encourage la participation des organisations de producteurs concernées afin de renforcer leurs moyens daction et de promouvoir des partenariats efficaces entre les organisations de producteurs, les gouvernements et les autres parties prenantes.
La FAO a organisé en mars 2001, avec la large participation des grands groupes, son premier Forum sur lagriculture et le développement rural durables, en marge de la seizième session du Comité de lagriculture. Cette réunion, à laquelle les agriculteurs ont grandement contribué, constituait une manifestation parallèle et ne faisait pas partie intégrante de la session du Comité, mais nen a pas moins représenté une initiative novatrice très appréciée. Plus récemment, le Département du développement durable de la FAO a mis sur pied un groupe de travail sur lagriculture et le développement rural durables en collaboration avec les interlocuteurs des grands groupes, notamment les agriculteurs, en vue de préparer le Sommet mondial pour le développement durable et den assurer le suivi.
Le Comité de lagriculture de lOrganisation de coopération et de développement économiques (OCDE) organise des consultations annuelles avec les organisations dagriculteurs depuis de nombreuses années et, plus récemment, le Comité daide au développement (CAD) de lOCDE a décidé de faire de même. Les agriculteurs se réjouissent que lOCDE ait lancé, en novembre 1999, des travaux sur les biotechnologies et la sécurité alimentaire en organisant des consultations à grande échelle avec les parties prenantes. Les agriculteurs recommandent à toutes les organisations intergouvernementales de recourir à cette pratique avant de sengager dans lexamen de toute nouvelle question. La participation des organisations dagriculteurs aux séminaires et études de lOCDE incite également les agriculteurs à sintéresser davantage aux questions liées à lagriculture durable.
Parmi les autres initiatives importantes lancées par les gouvernements pour faire participer les agriculteurs et les organismes qui les représentent à leurs délibérations, on peut citer la première conférence tripartite sur lagriculture méditerranéenne, proposée par les agriculteurs, qui sest tenue en juin 2001 au Parlement européen. Cette manifestation, qui a réuni des membres du Parlement européen et de lAssemblée parlementaire du Conseil de lEurope et les représentants des agriculteurs, sous légide du Comité méditerranéen de la FIPA, avait pour but de placer la question de lagriculture au coeur des préoccupations euroméditerranéennes.
Les quatre grands objectifs du chapitre 32 évoqués ci-dessus doivent être appuyés par les quatre mesures décrites ci-après.
Cadre institutionnel
Il est essentiel de mettre en place des infrastructures et un cadre réglementaire adaptés si lon veut promouvoir une agriculture durable. Cela est dautant plus critique dans les zones de faible superficie dotées de ressources limitées où labsence dun cadre institutionnel de base constitue un obstacle de taille à la survie économique des exploitations agricoles familiales et à lautosuffisance alimentaire. De nombreux pays ne disposent pas encore dun plan ou dun cadre national de développement rural efficace.
Parmi les facteurs ayant des répercussions sur la pérennité de lagriculture, on retiendra :
Ladoption
de politiques commerciales et dinvestissement, ainsi que de politiques
de développement durable de lagriculture;
La protection
des droits de propriété;
La bonne
gouvernance et lexistence dinstitutions adaptées;
La qualité
des systèmes déducation et de santé;
La qualité
des infrastructures juridiques, commerciales et énergétiques,
ainsi que des systèmes de transport et de communication;
La présence
de filets de sécurité offrant une protection aux personnes
défavorisées.
Financement
Les investissements dans le secteur de lagriculture nont jamais été aussi faibles. Les prêts consentis aux agriculteurs par la Banque mondiale sont tombés à leur niveau le plus bas en 2000, seulement 7 % des prêts au développement ayant été attribués à des projets agricoles. Laide publique au développement est tombée, quant à elle, à son niveau le plus bas en 10 ans, et la part de laide consacrée à lagriculture a, de surcroît, diminué. Il est essentiel de relever lAPD au niveau convenu au plan international, à savoir 0,7 % du produit national brut (PNB).
De même, il importe, à léchelon national, daffecter davantage de ressources budgétaires aux questions relatives à la pauvreté rurale, à lagriculture durable et à la sécurité alimentaire.
Les gouvernements pourraient également aider les agriculteurs à obtenir des prêts à des taux abordables.
Recherche, vulgarisation et formation
Les gouvernements se doivent de poursuivre des activités de recherche fondamentale afin que celles-ci continuent de bénéficier à tous. Les agriculteurs sont préoccupés par le mouvement de privatisation des ressources génétiques, celles de la diversité biologique se retrouvant concentrées entre les mains dune poignée de sociétés multinationales, qui les protègent à laide de brevets ou en invoquant la loi relative aux droits des obtenteurs. Ces deux systèmes portent atteinte au droit des agriculteurs daccéder librement aux ressources génétiques communes. Il faudrait pouvoir tirer le parti optimal des innovations biotechnologiques susceptibles de contribuer à promouvoir lagriculture durable.
Au début des années 90, la FIPA a lancé, en collaboration avec lAgence danoise de développement international (DANIDA), un programme visant à renforcer les liens entre les organisations dagriculteurs et les instituts de recherche. Ce programme a révélé que la plupart des résultats de la recherche ne bénéficiaient pas aux exploitations agricoles des pays en développement et que les programmes de recherche ne correspondaient pas véritablement aux besoins des agriculteurs.
Le Forum mondial sur la recherche agricole a été lancé en octobre 1996 dans le but de renforcer les liens entre les instituts de recherche et les parties prenantes, en particulier les agriculteurs. La FIPA et Via Campesina représentent les agriculteurs au Comité directeur du Forum.
Les agriculteurs se félicitent que la recherche agricole fasse de plus en plus souvent appel, depuis une vingtaine dannées, à la collaboration de petits groupes dagriculteurs. Daprès une étude réalisée sur les projets de recherche participatifs menés par le Groupe consultatif pour la recherche agricole internationale (GCRAI), 48 % de ces projets ont débouché sur la formation de petits groupes dagriculteurs.
Les agriculteurs appuient fermement la recommandation faite à loccasion de la réunion des parties prenantes dans le cadre de la réunion générale annuelle du GCRAI de novembre 2001, tendant à ce que les organisations dagriculteurs soient représentées au GCRAI par un comité distinct et que le président de ce comité soit également membre du Comité exécutif.
Le Service international pour la recherche agricole nationale (SIRAN) du GCRAI mène actuellement des travaux en matière de formation et de renforcement des capacités aux fins de promouvoir le processus dinnovation dans le secteur agricole en sattachant à étudier les liens existant entre la recherche agricole, la vulgarisation, les agriculteurs et les autres parties prenantes. Les avis et réactions des agriculteurs, provenant souvent de groupes dagriculteurs, sont désormais pris en compte dans le processus dinnovation. Les nouvelles technologies ne devraient pas être imposées aux collectivités agricoles mais, au contraire, se baser sur les connaissances locales des agriculteurs et venir enrichir ces connaissances.
Au niveau national, lÉgypte est un bon exemple de pays où des programmes de partenariat entre les organisations agricoles et les instituts de recherche agricole ont été institués en vue dassurer une gestion durable des terres. Ils ont obtenu nombre de bons résultats, notamment la création de parcs, la mise en oeuvre de pratiques de conservation et de protection des sols pour lutter contre lérosion et la distribution de terres à de nouveaux diplômés acquis aux principes dune agriculture écologiquement viable. Grâce à cette collaboration, des systèmes dirrigation et de recyclage des eaux usées ont également été installés.
Renforcement des capacités
Si lon veut réduire la faim et la pauvreté, il faudra renforcer le pouvoir daction des agriculteurs sur le marché par rapport aux autres acteurs de la chaîne alimentaire. De nos jours, les marchés internationaux des produits agroalimentaires sont de plus en plus dominés par une poignée de gigantesques sociétés multinationales. Les partenariats ne sont efficaces que lorsquil y a égalité entre les différents acteurs or, les agriculteurs sont aujourdhui en situation dinégalité.
De plus, il faut que les agriculteurs soient organisés et agissent de concert sils veulent adopter effectivement des modes dexploitation durables. Par exemple, il suffit quun seul cultivateur napplique pas des méthodes écologiques de lutte contre les ravageurs pour que lentreprise soit vouée à léchec. Les organisations agricoles jouent un rôle déterminant pour diffuser linformation et les technologies auprès des cultivateurs, synchroniser leurs activités, surveiller les activités et leurs effets, et pour les encourager à participer aux efforts en cours. Dans bien des cas, une action concertée simpose pour atténuer les effets des catastrophes causées par de puissantes forces de la nature comme les cyclones, les inondations ou les infestations, et ceci ne peut être réalisé que par le biais dorganisations solides.
Les organisations agricoles ont besoin de se doter de capacités. En Tunisie, un ambitieux programme a été élaboré dans le domaine de leau pour renforcer les capacités des associations dintérêt collectif qui assurent 40 % de lapprovisionnement en eau dans les zones rurales. Ce programme, qui sadresse à la fois aux techniciens et au personnel dencadrement, vise également à sensibiliser les utilisateurs. Des stages de formation sont offerts aux personnes qui dirigent ces associations.
Assistance directe entre organisations
Le paragraphe 32.10 dAction 21 dispose que « les organisations qui représentent les agriculteurs devraient établir des programmes en vue de créer et dappuyer des organisations de ce type, en particulier dans les pays en développement ».
Le Programme intitulé « Programa De Campesino a Campesino » (De paysan à paysan) exécuté au Nicaragua, est un bon exemple dassistance directe entre les organisations agricoles. Créé en 1987 par lUnión Nacional de Agricultores y Ganaderos de Nicaragua (UNAG), ce programme vise à promouvoir une agriculture écologiquement viable dans des écosystèmes fragiles, fondée sur lutilisation des ressources locales et sur lexpérience des cultivateurs au niveau local. La participation à moyen terme dagriculteurs expérimentés, dans le cadre de partenariats et/ou de mentorats, devrait être la norme pour le transfert des compétences et des technologies.
En mai 2000, la Fédération internationale des producteurs agricoles a établi un Programme de coopération pour le développement, axé sur lassistance directe entre les organisations à léchelle internationale, au titre duquel des organisations agricoles des pays industrialisés aident les organisations agricoles des pays en développement à se doter de capacités. Il est financé par neuf organismes du secteur agroalimentaire qui sont rattachés à des organisations agricoles en Europe, au Canada et au Japon, dont lun, Agriterra (Pays-Bas) a créé un site Web interactif <PeasantsWorldwide>, pour faciliter la communication dans le cadre du processus de renforcement des organisations agricoles des pays en développement.
Les besoins des organisations agricoles des pays en développement dans ce domaine sont immenses. Cest pourquoi il faudrait consacrer une plus grande part de lassistance au développement à aider les agriculteurs, par le biais des organisations agricoles, à renforcer leurs capacités pour participer à leur propre développement.
Mesures prioritaires à envisager pour venir en aide aux agriculteurs : recommandations
Les mesures suivantes sont recommandées :
1. Le mouvement des ressources qui quittent le secteur de lagriculture et le déclin brutal de laide au développement agricole doivent être inversés.
2. Laide au développement doit être davantage centrée sur les personnes et les organisations et, en particulier, sur les cultivateurs exploitants. Avoir des partenaires bien organisés, comme par exemple les organisations agricoles, est lun des éléments clefs de la lutte contre la pauvreté. Le renforcement des capacités institutionnelles des organisations de la société civile et leur participation, en qualité de partenaires, à laction menée en faveur du développement doivent donc figurer au coeur de toute stratégie destinée à venir en aide aux pauvres des campagnes.
3. Pour échapper à la pauvreté, les cultivateurs des pays en développement doivent avoir la possibilité non seulement dassurer la production alimentaire pour leur famille mais également dobtenir des revenus grâce à des activités commerciales. Pour ce faire, ils doivent trouver des débouchés. Ils ont en outre besoin dune assistance technique pour pouvoir tirer parti de ces débouchés, et de politiques agricoles favorables.
4. Pour réduire la faim et la pauvreté, il faut renforcer le pouvoir dintervention des agriculteurs sur le marché par rapport aux autres acteurs de la chaîne alimentaire. Les marchés des produits agroalimentaires sont de plus en plus dominés par une poignée de gigantesques sociétés multinationales. Dans bien des cas, la déréglementation des marchés et la libéralisation des échanges se sont traduites par de fortes pressions sur les prix à la production et par une augmentation de la marge bénéficiaire des intermédiaires. Les politiques agricoles devraient par conséquent contribuer à encourager les agriculteurs à sorganiser sur le plan économique.
5. Les institutions internationales doivent adopter des politiques qui favorisent le développement économique mondial, lélimination de la pauvreté et la sécurité alimentaire grâce à des mesures destinées à corriger les graves déséquilibres existant au niveau de linvestissement international et du système commercial, qui pénalisent les petits exploitants agricoles des pays en développement.
6. Il importe que les règles du FMI, de la Banque mondiale et de lOrganisation mondiale du commerce donnent aux gouvernements la possibilité dadopter des politiques agricoles, ainsi que de mener des activités de recherche et de dispenser des services de consultation, qui favorisent un développement agricole durable, même dans les régions où le coût des produits ainsi cultivés est supérieur au cours du marché mondial.
7. Les agriculteurs doivent se voir garantir un accès aux ressources à long terme. Ce qui implique en particulier quil faut leur assurer la sécurité de jouissance des terres, leur garantir des droits pour ce qui est des ressources en eau, leur permettre de bénéficier de prêts à des taux raisonnables et faciliter leur accès aux ressources génétiques animales et végétales, comme par exemple les semences améliorées. Ces mesures, qui nentraînent pas de grosses dépenses publiques, jouent néanmoins un rôle déterminant pour ce qui est de motiver les agriculteurs.
8. La création dinfrastructures de commercialisation, de transport et de communication efficaces fait partie intégrante dun système dagriculture durable. La mise en place de telles infrastructures dans les zones rurales est non seulement importante pour les agriculteurs en tant que producteurs mais également en tant que citoyens, dans la mesure où cela contribue à améliorer leur qualité de vie.
9. Le programme portant sur les exploitations agricoles devra tenir compte de la situation particulière des femmes des zones rurales, qui assurent lessentiel de la production alimentaire dans les pays en développement.
En dernière analyse, cest à lagriculteur quil reviendra de « faire ou de défaire» toute stratégie destinée à assurer la sécurité alimentaire. Cest pourquoi il importe au plus haut point de continuer de se concentrer sur les principaux acteurs : les agriculteurs. Si le renforcement des exploitations agricoles familiales et la promotion de lentraide entre les agriculteurs sont inscrites au nombre des priorités du Sommet mondial pour le développement durable, des progrès non négligeables pourront alors être accomplis vers la réalisation des objectifs du millénaire pour le développement (voir A/56/326, annexe).
Notes
1
Rapport de la Conférence des Nations Unies sur lenvironnement
et le développement, Rio de Janeiro,
3-14 juin 1992, vol. I, Résolutions adoptées par la Conférence
(publication des Nations Unies, numéro de vente : F.93.I.8 et
rectificatif), résolution I, annexe II.
2 Voir Documents officiels du Conseil économique et social, 2001, Supplément No 3 (E/2001/23), chap. II, sect. A.
3 FCCC/CP/1997/7/Add.1, décision I/CP3, annexe.
4 Nations Unies, Recueil des Traités, vol. 1771, No 30822.
02-21985 (F) 300102 310102
*0221985*