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Nations Unies
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E/CN.17/2001/PC/6
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Conseil économique
et social
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Distr. générale
2 mars 2001
Français
Original: anglais
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Commission du développement
durable
constituée en comité préparatoire
du Sommet mondial sur le développement durable
Session d’organisation
30 avril-2 mai 2001
Santé
et développement durable*
Rapport du Secrétaire général
Table des matières
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Paragraphes
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Page
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I Introduction
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1
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2
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| II
Amélioration régulière de la santé au niveau
mondial |
2–5
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2
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| III
Insuffisances et obstacles |
6–25
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2
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| IV
Tendances et défis pour l’avenir
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26–37
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5
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* Le présent
rapport a été établi par l’Organisation mondiale de la
santé, qui a été chargée de la coordination pour
le chapitre 6 d’Action 21, en collaboration avec d’autres organismes des Nations
Unies et organisations internationales. Il s’agit d’un bref aperçu
factuel destiné à informer la Commission du développement
durable des faits nouveaux intervenus dans ce domaine.
I. Introduction
- Le principe I de la Déclaration
de Rio sur l’environnement et le développement est libellé comme
suit : " Les êtres humains sont au centre des préoccupations
relatives au développement durable. Ils ont droit à une vie
saine et productive en harmonie avec la nature1 ".
Les objectifs du développement durable ne pourront être atteints
tant que les maladies débilitantes feront encore autant de victimes.
La santé de la population ne saurait être assurée en l’absence
d’un développement écologiquement viable. Le présent
rapport, consacré à un examen des progrès accomplis dans
différents domaines relevant du chapitre 6 d’Action 21, attire l’attention
sur les secteurs dans lesquels ces progrès ont été limités
et recense les questions et tendances qui devront être examinées
à l’avenir. Les problèmes de santé liés à
d’autres aspects du développement durable sont également traités
dans d’autres rapports.
II. Amélioration
régulière de la santé au niveau mondial
- Au cours des 10 dernières
années, l’espérance de vie moyenne a augmenté, les taux
de mortalité infantile et juvénile ont baissé et la proportion
d’enfants souffrant d’une insuffisance pondérale ou d’un retard de
croissance a diminué. Dans les pays en développement, le pourcentage
d’individus dont l’espérance de vie à la naissance est inférieure
à 60 ans a chuté de 38 % à 19 % entre 1990
et 1999. Au cours de la dernière décennie, la proportion d’habitants
n’ayant pas accès à un système d’approvisionnement en
eau amélioré est tombée de 21 % à 18 %.
De nombreuses maladies infectieuses ont reculé grâce aux améliorations
apportées sur le plan de l’assainissement, de la nourriture, des médicaments
et des vaccins.
- Des progrès sensibles ont
été accomplis sur la voie de l’éradication de diverses
maladies infectieuses graves. Le nombre estimé de cas de poliomyélite
par an est, par exemple, tombé de 350 000 en 1988 (date à
laquelle l’Initiative mondiale d’éradication de la poliomyélite
a commencé) à 20 000 au maximum en 1999. Au cours de cette période,
le nombre de pays touchés par la poliomyélite est passé
de 125 à 30. Les pays qui sont encore frappés par la maladie
aujourd’hui se situent pour la plupart dans certaines régions de l’Afrique
subsaharienne et du sous-continent indien
– et surtout dans des zones de conflits où la couverture vaccinale
antigène systématique est faible et où les conditions
sanitaires sont médiocres. Les initiatives prises en vue d’atteindre
l’objectif d’éradication de la poliomyélite dans le monde d’ici
à 2005 se sont nettement intensifiées.
- Grâce à une stratégie
fondée sur l’éducation sanitaire, l’endiguement de la maladie
et l’approvision-nement en eau potable, il a été possible de
réduire d’au moins 90 % le nombre de cas de ver de Guinée
au cours de la dernière décennie. L’intensification de la lutte
contre la lèpre a permis de ramener la proportion des malades de 3,9
pour 10 000 en 1990 à 1,25 pour 10 000 au début de
l’année 2000. En Afrique de l’Ouest, grâce à un programme
fondé sur un contrôle du vecteur et un traitement chimiothérapique
à caractère collectif, l’onchocercose (cécité
des rivières) a été quasiment éliminée
dans 11 pays, ce qui a permis d’éviter la contamination de millions
de personnes et de récupérer des millions d’hectares de rives
pour la réinstallation et la culture.
- Grâce aux efforts communs
de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), du Fonds des Nations
Unies pour l’enfance (UNICEF) et d’autres partenaires, la couverture vaccinale
antigène contre la DTC (diphtérie-tétanos-coqueluche),
la tuberculose, la rougeole et la poliomyélite est actuellement supérieure
ou égale à de 80 % dans la majorité des pays, contre
30 % environ il y a 20 ans.
III. Insuffisances et obstacles
- Malgré les progrès
sanitaires indéniables accomplis dans de nombreux secteurs, les problèmes
de santé continuent à freiner les efforts de développement.
Dans certains cas, le processus de développement crée lui-même
les conditions qui, du fait de bouleversements économiques, politiques
et sociaux, de la détérioration de l’environnement, du développement
inégal et des injustices croissantes, engendrent une dégradation
de la santé des populations. Les faits exposés plus loin illustrent
bien cette situation.
- Plus de 200 millions de personnes
vivent aujourd’hui dans des pays où l’espérance de vie moyenne
est inférieure à 45 ans. En 1999, l’espérance de vie
moyenne à la naissance était de 49,2 ans dans les pays les moins
avancés, contre 61,4 ans pour l’ensemble des pays en développement
et 75,2 ans pour les pays développés. Dans bon nombre de pays
de l’Afrique subsaharienne, l’épidémie du virus d’immunodéficience
humaine et du syndrome d’immunodéficience acquise (VIH/sida) a entraîné
une chute de l’espérance de vie dans les années 90. D’autres
reculs majeurs en matière de santé ont été enregistrés
en Europe orientale et dans l’ex-Union soviétique, où la transition
politique et économique s’est accompagnée d’une réduction
de cinq ans de l’espérance de vie des hommes.
- Dans certains des pays les plus
pauvres du monde, un enfant sur cinq n’atteint pas l’âge de 5 ans, du
fait principalement de maladies infectieuses liées à l’environnement.
En 1999, le taux de mortalité juvénile dans les pays les moins
avancés était de 156 pour 1 000 nouveau-nés vivants,
contre 81 pour l’ensemble des pays en développement et 11 pour les
pays développés.
- Chaque année, plus de 20
millions de femmes connaissent des problèmes de santé liés
à la grossesse. Pour 8 millions d’entre elles, il s’agit de problèmes
graves mettant leur vie en danger. Quant aux décès enregistrés,
environ 500 000, dont près de 90 % en Afrique ou en Asie,
sont imputables à des causes liées à la grossesse ou
l’accouchement. Chez les femmes en âge de procréer, les maladies
sexuellement transmissibles, notamment le VIH/sida, réduisent d’environ
17 % l’espérance de vie en bonne santé.
- L’accès inégal à
l’information et aux services de santé, la fréquence des comportements
sexuels à haut risque et le statut social inférieur des femmes
sont autant de facteurs qui font obstacle au progrès. La stratégie
de l’OMS, " Pour une maternité plus sûre ", fait partie
intégrante des initiatives mondiales destinées à réduire
la mortalité maternelle et périnatale. Les efforts visant à
améliorer la santé de la femme en général ont
également été renforcés. Ils sont axés,
entre autres, sur les effets préjudiciables pour la santé d’opérations
pratiquées sur les petites filles, et sur la promotion de la santé
de la femme dans le cadre d’une alphabétisation fonctionnelle et d’activités
économiques.
- Les maladies infectieuses et parasitaires
(contagieuses) sont à l’origine de 14 millions de décès
par an, soit près de 25 % du nombre total enregistré dans
le monde. Elles constituent dans le monde la première cause de mortalité
chez les enfants et chez les jeunes adultes, où l’on trouve de nombreux
pères ou mères et soutiens de famille. Ces maladies étroitement
liées à l’environnement et à la pauvreté ont des
effets disproportionnés sur la vie des pauvres et représentent
une grave menace pour la santé et le développement économique.
- Actuellement, six maladies importantes
sont responsables de 90 % des décès causés par les
maladies contagieuses : le sida, le paludisme, la tuberculose, la pneumonie,
les maladies diarrhéiques et la rougeole. De plus, plusieurs maladies
parasitaires sont encore à l’origine d’une forte morbidité et
de nombreux cas d’invalidité. Il s’agit, entre autres, de la schistosomiase
(plus de 200 millions de malades), de la filariose lymphatique (120 millions
de personnes contaminées), du trachome (plus de 150 millions de personnes
atteintes), de la trypanosomiase ou maladie du sommeil (plus de 55 millions
de personnes menacées) et de la maladie de Chagas (jusqu’à 18
millions de malades en Amérique latine).
- Dans les années 90, la
tendance à la hausse de l’espérance de vie dans certains pays
s’est trouvée inversée en raison du VIH/sida (et est parfois
retombée aux niveaux d’avant 1980). Aujourd’hui, celle maladie constitue
une menace sanitaire qui pèse chaque jour davantage sur le développement
et représente un risque potentiel pour la sécurité. Quelque
36 millions d’adultes et d’enfants, dont environ 95 % vivent dans les
pays en développement, sont actuellement séropositifs ou atteints
du sida. En Afrique subsaharienne, plus de 25 millions d’individus ont contracté
le VIH/sida. Plus de 12 millions d’Africains sont morts du sida (et plus de
2 millions en une seule année), et cette maladie a fait 13,2 millions
d’orphelins.
- Dans de nombreuses autres parties
du monde, les taux de contamination par le VIH sont également élevés
(ou en progression). En Asie, par exemple, où plus de 6 millions de
personnes sont atteintes du VIH/sida, l’épidémie risque de prendre
des proportions démesurées. Les facteurs de propagation de l’épidémie
à l’échelle mondiale sont complexes mais on peut citer l’inégalité
entre les sexes, les comportements sexuels à haut risque, les transfusions
de sang contaminé et la toxicomanie par injection, etc. Le renforcement
des interventions multisectorielles et la mise en oeuvre au sein des systèmes
de santé de stratégies de prévention et de soins mieux
ciblées et d’un coût modéré font partie des nombreuses
initiatives prises à tous les niveaux dans le monde.
- Le paludisme touche encore plusieurs
centaines de millions de personnes dans le monde chaque année; on compte
en effet près de 300 millions de cas cliniques et plus d’un million
de décès par an. Le problème s’aggrave actuellement dans
de nombreux pays, en partie à cause de la dégradation des services
de santé, des changements climatiques et environnementaux, des migrations
liées à des conflits, de la généralisation de
la pauvreté et de l’apparition de parasites résistant aux médicaments.
En Afrique, le paludisme a provoqué dans les pays endémiques
un ralentissement de la croissance économique allant jusqu’à
1,3 % par an. On espère que l’Initiative Faire reculer le paludisme,
menée par l’OMS, permettra de combattre efficacement cette maladie
dans les 10 ans à venir.
- Malgré les progrès
considérables accomplis dans la lutte contre la tuberculose dans les
années 90, quelque 8 millions de personnes développent chaque
année une tuberculose évolutive, et cette maladie est à
l’origine du décès de plus de 1,5 million de personnes par an.
Dans de nombreux cas, les pays les plus touchés sont ceux qui, pour
des raisons politiques ou socioéconomiques, ont tardé à
adopter ou renforcer une stratégie de lutte comme celles préconisées
par le Partenariat mondial pour l’élimination de la tuberculose. Les
efforts de contrôle sont également compromis par la propagation
du VIH/sida et l’émergence de phénomènes de résistance
aux médicaments.
- Plus de 4 millions de personnes
meurent chaque année d’infections respiratoires aiguës, lesquelles
constituent la principale cause de décès chez les enfants de
moins de 5 ans, et ont été, en 1999, responsables de 7,2 %
du nombre total de décès, tous âges confondus. La pneumonie,
l’infection respiratoire aiguë la plus meurtrière, tue plus d’enfants
que n’importe quelle autre maladie infectieuse. Dans 99 % des cas, ces
enfants vivent dans les pays en développement. Bon nombre de ces morts
pourraient être évitées en utilisant des antibiotiques
bon marché et en améliorant l’accès aux soins de santé
primaires. Les principaux facteurs de risques connexes sont les suivants :
insuffisance pondérale à la naissance, malnutrition, entassement
et pollution de l’air intérieur due à l’utilisation de biocombustibles
et de charbon chargés d’impuretés pour cuisiner et chauffer
les logements. Dans les pays en développement, faut d’un accès
suffisant à des approvisionnement énergétiques modernes,
2 milliards de personnes, voire plus, pour l’essentiel des femmes et des filles,
sont ainsi exposées à une pollution de l’air intérieur
qui provoque plus de 1,5 million de morts supplémentaires chaque année.
- Aujourd’hui, plus d’un milliard
de personnes n’ont pas accès à un approvisionnement en eau de
qualité et 2,4 milliards ne bénéficient pas de conditions
de salubrité correctes. Chaque année, les maladies diarrhéiques,
qui pourraient facilement être évitées grâce à
un approvisionnement en eau véritablement potable, des mesures d’assainissement
et une bonne hygiène alimentaire, emportent chaque année 1,5
million d’enfants de moins de 5 ans et touchent plusieurs milliards de personnes.
Bon nombre de ces décès pourraient être évités
en utilisant des sels de réhydratation orale simples et peu coûteux.
Le choléra, qui est un problème récurrent dans de nombreuses
régions, est devenu endémique dans d’autres. Le quasi doublement
du nombre de cas enregistrés dans le monde entre 1997 et 1998 illustre
cette tendance.
- Outre les mesures de prévention
prises dans le domaine de l’hygiène du milieu, les efforts destinés
à améliorer la santé des enfants de moins de 5 ans ont
été renforcés par l’adoption d’une stratégie de
prise en charge intégrée des maladies de l’enfant. Plus de 2 millions
d’enfants de cette classe d’âge continuent cependant à mourir
chaque année de maladies que les vaccins disponibles actuellement permettraient
d’éviter; la rougeole à elle seule est à l’origine d’environ
800 000 de ces décès. Le tétanos néonatal a été
éradiqué dans plus d’une centaine de pays, mais il continue
de tuer près de 300 000 nouveau-nés et 40 000 mères
chaque année. Sur les 130 millions d’enfants qui naissent chaque année,
près de 30 millions n’ont pas accès aux services de vaccination
systématique. Là où les initiatives de vaccination massive
ont réussi, dans les Amériques par exemple, plus de 90 %
des enfants sont désormais immunisés.
- Près de 30 % de la
population mondiale souffre d’une ou de plusieurs des multiples formes de
malnutrition. Les carences en iode, en vitamine A, en fer ou en folate demeurent
des facteurs importants de morbidité et de mortalité contre
lesquels on peut agir. Sur les 10 millions de décès annuels
d’enfants de moins de 5 ans enregistrés dans le monde en développement,
près de 50 % sont liés à une insuffisance pondérale
due à la malnutrition. Parallèlement, l’obésité
constitue de plus en plus un facteur risque pour les adolescents et les adultes
du monde entier.
- On estime qu’en 1999 les maladies
non contagieuses ont causé près de 60 % des décès
(33,5 millions) dans le monde (maladies cardiovasculaires : 30,3 %;
cancers : 12,6 %; maladies de l’appareil respiratoire : 6,4 %)
et compté pour 43 % de la morbidité mondiale. Les maladies
non contagieuses et les accidents sont fortement liés à la commercialisation
acharnée de produits alimentaires malsains, la consommation de tabac
et d’alcool et une activité physique limitée.
- Le tabac reste une des principales
causes de maladie ou de mort prématurés que l’on peut prévenir.
Un fumeur sur deux meurt prématurément des suites de sa consommation
de tabac. En 1999, on comptait plus de 1,25 milliard de fumeurs dans
le monde – soit un tiers de la population mondiale âgée de 15
ans ou plus – la grande majorité d’entre eux se trouvant dans les pays
en développement. En 2000, 4 millions de personnes sont décédées
de plus de 25 maladies provoquées par la consommation de tabac, dont
plusieurs types de cancer et de maladies cardiaques ou respiratoires. D’après
une enquête menée dans 12 pays répartis dans le monde
entier, 10 à 33 % des habitants de 13-15 ans de ces pays-là
fument. Ces chiffres laissent augurer pour bon nombre d’entre eux une vie
d’accoutumance et une mort prématurée.
- Les accidents et la violence (les
brutalités à l’égard des femmes et des enfants à
l’intérieur de la famille) sont des problèmes de santé
publique importants souvent négligés. Ils sont à l’origine
de 5 millions de décès par an. Les accidents représentent
actuellement 14 % de la morbidité mondiale. Par ailleurs, de nombreux
accidents provoquent des handicaps définitifs qui peuvent toucher jusqu’à
10 % de la population. Les accidents de la route, par exemple, font partie
des principales causes de blessures involontaires aussi bien dans les pays
en développement que dans les pays développés. Dans tous
les pays, le port de la ceinture, un meilleur contrôle de la consommation
d’alcool et le respect du code de la route permettraient de réduire
sensiblement la mortalité et la morbidité. Dans les pays en
développement, trois des 10 principales causes de décès
chez les personnes de 15 à 44 ans sont liées à des blessures :
actes de violence à l’égard d’autrui et suicide. Chaque année,
3 millions d’adolescents âgés de 10 à 25 ans perdent la
vie, les causes les plus fréquentes de leur décès étant
les accidents de la route, le suicide ou l’homicide.
- Quelque 400 millions de personnes
souffrent de troubles mentaux ou neurologiques. Dans 30 % des pays, les
médicaments de base nécessaires au traitement de maladies comme
la schizophrénie, la dépression ou l’épilepsie sont introuvables.
- Plus d’un million de travailleurs
meurent chaque année des suites de maladies ou d’accidents du travail.
On recense chaque année dans le monde près de 250 millions d’accidents
du travail et 160 millions de cas de maladies du travail. Les travailleurs
(dont les enfants) du secteur informel, qui est le plus important et le moins
protégé, sont plus gravement touchés. On estime à
4 % du produit national brut (PNB) le coût économique que
représentent les maladies et accidents du travail et les décès
qui en découlent.
IV. Tendances et défis
pour l’avenir
- À l’aube du nouveau millénaire,
la pauvreté semble devoir demeurer la première cause de mortalité
dans le monde. C’est une des principales raisons qui font que les bébés
ne sont pas vaccinés, que l’approvisionnement en eau potable et l’assainissement
ne sont pas assurés, que l’on ne peut pas se procurer de médicaments
et autres traitements, et que des mères meurent en couches. Les femmes
défavorisées ou marginalisées, notamment celles qui vivent
dans un environnement dégradé ou écologiquement fragile,
dans des zones de conflit ou de violence ou qui sont contraintes de migrer
pour des raisons économiques ou autres, sont celles qui continueront
à souffrir le plus de maladies. La féminisation de la pauvreté
constitue une menace majeure pour le développement économique
et social.
- La pollution, le bruit, le surpeuplement,
la qualité médiocre de l’eau et des conditions sanitaires, le
problème de l’élimination des déchets, la contamination
chimique, les intoxications et les risques inhérents au développement
d’agglomérations fortement peuplées continueront d’aggraver
bon nombre des problèmes de santé. La mauvaise gestion des ensembles
urbains et l’entassement des gens dans les logements favorisent la propagation
des maladies infectieuses et facilitent le trafic de drogues et l’installation
de la violence. Très souvent, les autorités locales sont dépassées
par la croissance urbaine et sont incapables d’assurer ne serait-ce que les
services de santé de base.
- Par ailleurs, croissance urbaine
rime avec systèmes de transport et, dans le cas de l’automobile, avec
pollution et accidents. La pollution de l’air, ambiant ou intérieur,
notamment sur le lieu de travail, continuera à être la principale
cause de maladies respiratoires et autres et à toucher principalement
les enfants (asthme et infections respiratoires aiguës, par exemple),
les femmes et les personnes âgées (maladies respiratoires chroniques).
Aujourd’hui, plus d’un milliard de citadins sont exposés à des
niveaux de pollution qui menacent leur santé. Ce chiffre risque d’augmenter.
- La mondialisation du commerce,
des voyages et de la culture aura probablement des effets à la fois
positifs et négatifs sur la santé. L’augmentation du commerce
de services et de produits nuisibles à la santé et à
l’environnement, les migrations et déplacements massifs constituent
autant de menaces mondiales supplémentaires pour la santé. Les
maladies contagieuses, comme par exemple la tuberculose, se propagent de plus
en plus dans les pays développés où elles touchent les
plus vulnérables et les plus pauvres.
- La question de la sécurité
des produits alimentaires, par rapport aux substances chimiques et aux micro-organismes,
est de plus en plus préoccupante. Dans de nombreuses régions
du monde, la fréquence des maladies d’origine alimentaire a clairement
augmenté au cours de la dernière décennie. Par ailleurs,
les conséquences sanitaires directes ou indirectes de l’application
de la biotechnologie à la production alimentaire suscitent des inquiétudes.
L’essor du commerce de denrées alimentaires présente des avantages
(garantie d’une alimentation saine et nourrissante), mais il pourrait aussi
être la source d’une propagation accrue des maladies d’origine alimentaire.
L’instauration de normes et de principes directeurs internationaux en matière
de sécurité alimentaire devrait favoriser la santé et
le commerce dans les pays développés et en développement.
D’après des données américaines et européennes,
les interventions spécifiques ciblées sur certains micro-organismes,
comme la salmonella par exemple, peuvent réduire l’incidence des maladies
d’origine alimentaire. L’OMS et l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation
et l’agriculture (FAO) s’efforcent, ensemble, d’améliorer les méthodes
de surveillance, de contrôle et d’évaluation des risques.
- Parmi les menaces environnementales
qui pèsent sur la santé dans le monde, on peut citer :
les changements climatiques, l’appauvrissement de la couche d’ozone, la diminution
de la diversité biologique, la dégradation des écosystèmes
et la propagation de polluants organiques persistants. À long terme,
les conséquences sur la santé des changements climatiques imputables
aux activités humaines seront certainement profondes et risquent de
toucher plus directement les pays les moins avancés. Elles se traduiront
notamment par des problèmes d’approvisionnement alimentaire, des catastrophes
naturelles, des maladies infectieuses, une élévation du niveau
de la mer, une modification de la pluviométrie et une plus grande fréquence
des phénomènes météorologiques violents. En vue
de planifier la protection de la santé des populations contre les effets
potentiels des menaces mondiales liées à l’environnement, il
importe de bien mieux comprendre les mécanismes d’induction des maladies
et la vulnérabilité des populations.
- Qu’elles soient causées
par l’homme ou naturelles, les catastrophes qui réduisent à
néant des années de développement constituent de loin
la première cause de pauvreté et de vulnérabilité.
Chaque année, elles tuent quelque 250 000 personnes dont près
de 95 % dans les pays en développement, ce qui révèle
bien les différences entre pays en développement et pays développés
en matière d’atténuation des effets des catastrophes et de degré
de préparation à de tels événements. Les déplacements
de population, le nombre croissant de gens qui vivent dans des zones exposées,
les transports de substances toxiques et dangereuses, l’industrialisation
rapide, le manque d’eau, la pénurie alimentaire et les conflits chroniques
sont autant de facteurs d’accroissement des risques de crises humanitaires
complexes, comme l’effondrement des services de santé publique. La
Stratégie internationale de prévention des catastrophes constitue
un cadre important au sein duquel l’OMS et ses partenaires continueront à
contribuer aux efforts internationaux de prévention des catastrophes
et d’atténuation de leurs effets.
- La forte augmentation des maladies
non contagieuses prévue à l’échelle mondiale sera l’une
des grandes difficultés à venir en matière de développement
sanitaire. En 2020, la part de ces maladies, des accidents et de la violence
dans la morbidité mondiale atteindra près de 80 %. D’ici
là, les principales causes d’incapacité seront probablement
les maladies cardiaques, la dépression et les accidents de la route.
D’après les projections actuelles, d’ici à 2030, le tabac tuera
plus de 10 millions de personnes par an, dont 70 % dans les pays développés
et environ 50 % chez les personnes d’âge mûr. On prévoit
que le nombre de femmes qui fument triplera au cours de la prochaine génération.
- D’ici à 2025, les personnes
de plus de 65 ans représenteront probablement 10 % de la population
mondiale et, dans certains pays en développement, le nombre de personnes
âgées pourrait connaître une augmentation allant jusqu’à
300 %. La contribution des troubles mentaux et neurologiques et de l’abus
de substances à la morbidité mondiale devrait augmenter sensiblement.
Les systèmes de santé publique devront être réorganisés
en vue d’assurer le traitement des maladies chroniques qui exigent des soins
de longue durée, ce qui de façon générale compromet
la viabilité financière de ces systèmes.
- La santé est devenue,
en matière de développement, une préoccupation plus importante,
que ce soit en tant que facteur de développement durable ou indicateur
de celui-ci. La santé est certes une valeur à part entière,
mais elle est également un élément clef de la productivité.
Bon nombre des maladies décrites ci-dessus ont des effets considérables
sur la croissance économique et le développement. Pour la première
fois, lors de réunions du Conseil de sécurité, du G-8,
du Forum économique mondial et de l’Organisation de coopération
et de développement économiques (OCDE), et dans le cadre du
suivi de grandes conférences internationales comme le Sommet mondial
du développement social, les questions de santé requérant
une attention en tant que composante du développement et de la sécurité
ont été explicitement abordées.
- Le secteur de la santé
lui-même évolue pour s’adapter à nombre de ces difficultés.
Parmi les mesures générales, on peut citer : une meilleure
adaptation des systèmes de santé aux besoins des pauvres, une
plus grande volonté de promouvoir une protection de la santé
tout au long de la vie, de corriger les inégalités sanitaires,
de renforcer l’importance de la qualité des services, d’évaluer
l’efficacité des systèmes de santé et de combler l’écart
entre pays développés et pays en développement en matière
de capacités de recherche.
- Bon nombre des principaux déterminants
des problèmes de santé et de leurs solutions échappent
au contrôle direct du secteur de santé et relèvent d’autres
domaines liés à l’environnement, à l’eau et à
l’assainissement, à l’agriculture, à l’éducation, à
l’emploi, aux moyens de subsistance en ville et à la campagne, au commerce,
au tourisme, à l’énergie et au logement. Si l’on veut assurer
une amélioration sanitaire durable et un développement écologiquement
viable, il est essentiel d’agir sur les facteurs déterminants de la
santé. Des progrès considérables ont été
réalisés dans le resserrement des liens entre le secteur de
la santé et les autres secteurs, grâce, notamment, à la
mise en place aux niveaux local et national de plans intersectoriels dans
les domaines de la santé et du développement et au recours accru
à des instruments de planification tels que les procédures d’évaluation
de l’impact sur la santé, les systèmes intégrés
de suivi et de surveillance, les systèmes et indicateurs améliorés
d’information sanitaire.
1
Rapport de la Conférence des Nations Unies sur l’environnement et
le développement, Rio de Janeiro,
3-14 juin 1992 (publication des Nations Unies, numéro de vente :
F.93.I.8), résolution 1, annexe I.