- La situation mondiale en matière
de diversité biologique est fort préoccupante. En dépit
de l'action que continue de mener la communauté internationale, les
espèces végétales et animales continuent de disparaître
partout dans le monde et la situation de la biodiversité - en termes
d'espèces, d'habitats et d'écosystèmes - ne s'est pas
sensiblement améliorée dans la plupart des pays.
- Le présent rapport examine
les progrès réalisés et les contraintes qui demeurent
dans le domaine de la préservation et de l'utilisation durable de la
diversité biologique, notamment en ce qui concerne les espèces,
les zones protégées et les récifs coralliens, et présente
les questions qui pourraient faire l'objet d'un examen plus poussé.
I. Progrès
réalisés et difficultés rencontrées
A. Cadre
stratégique d'action
- La Convention sur la
diversité biologique1
apparaît désormais comme le principal instrument de mise en oeuvre
des objectifs énoncés au chapitre 15 d'Action 212,
intitulé " Préservation de la diversité biologique ",
en ce qui concerne la préservation de la diversité biologique
et l'utilisation durable des ressources biologiques. La Convention, qui a
pour triple objectif la conservation de la diversité biologique, l'utilisation
durable de ses éléments et le partage juste et équitable
des avantages qui en découlent, offre un cadre et un dispositif global,
presque universel pour promouvoir les synergies et la collaboration entre
les différents accords et plans d'action multilatéraux sur l'environnement
relatifs à la biodiversité.
- L'adoption du Protocole
de Cartagena sur la prévention des risques biotechnologiques par la
Conférence des Parties à la Convention sur la diversité
biologique (décision EM-1/3 du 29 janvier 20003)
a marqué une étape importante du nouveau millénaire.
Ce protocole était en effet le premier traité mondial sur l'environnement
qui instituait concrètement l'approche de précaution afin de
prévenir les risques que peuvent poser les organismes vivants modifiés
résultant de la biotechnologie moderne pour la biodiversité.
Le Protocole met en place une procédure d'accord préalable en
connaissance de cause garantissant que les pays disposent des informations
requises pour prendre des décisions en toute connaissance de cause
avant d'accepter l'importation d'organismes vivants modifiés sur leur
territoire. Sa mise en oeuvre mettra en lumière toute la complexité
de la question de la prise en compte des questions relatives à la diversité
biologique dans les économies nationales et internationales.
- La Conférence des Parties
à la Convention sur la diversité biologique a lancé des
programmes de travail approfondis couvrant cinq domaines thématiques,
par écosystème, ainsi que 13 questions multisectorielles. Elle
a décidé d'adopter l'approche par écosystème comme
cadre des activités menées au titre de la Convention. La Convention
définit l'écosystème comme un " complexe dynamique
formé de communautés de plantes, d'animaux et de micro-organismes
et de leur environnement non vivant qui, par leur interaction, forment une
unité fonctionnelle " (art. 2). L'adoption de l'approche
par écosystème (décision v/6) ainsi que la décision
prise par la Conférence des Parties lors de sa cinquième réunion,
tenue à Nairobi, d'établir un plan stratégique pour la
Convention (décision v/20) contribueront grandement à établir
les bases d'une politique cohérente.
- D'autres conventions
et instances relatives à la diversité biologique, telles que
la Convention sur le commerce international des espèces de faune et
de flore sauvages menacées d'extinction (CITES)4,
la Convention relative à la conservation des espèces migratrices
appartenant à la faune sauvage5,
la Convention relative aux zones humides d'importance internationale (Convention
de Ramsar), particulièrement comme habitats de la sauvagine6,
la Convention concernant la protection du patrimoine mondial, culturel et
naturel7, les réunions
des conventions relatives aux mers régionales et les Forums mondiaux
sur la diversité biologique ont apporté des contributions marquantes
dans les domaines de la gestion et de l'utilisation durables de la biodiversité
mondiale.
- L'examen quinquennal du suivi
de la Conférence des Nations Unies sur l'environnement et le développement
(Sommet Planète Terre+5, 1997), le Sommet du Millénaire (2000)
et le premier Forum ministériel mondial pour l'environnement (2000)
ont donné aux questions relatives à la diversité biologique
la visibilité politique requise pour inciter à l'adoption de
mesures en faveur de la préservation et de l'utilisation durable des
ressources biologiques et du partage nécessaire des avantages qui en
découlent.
- La restructuration du
Programme des Nations Unies pour l'environnement (PNUE) et le renforcement
de son rôle et de son mandat dans le domaine de l'environnement, conformément
à la Déclaration de Nairobi sur le rôle et le mandat du
Programme des Nations Unies pour l'environnement8,
intervenus depuis l'examen quinquennal du suivi de la CNUED ont grandement
contribué à renforcer les travaux du Programme dans les domaines
de la coordination et de l'établissement de liaisons et de synergies
et du soutien aux activités relatives aux accords multilatéraux
sur la protection de l'environnement, y compris les conventions et instances
relatives à la diversité biologique. À cet égard,
le PNUE a organisé les réunions suivantes :
• Réunion
visant à évaluer la nécessité d'établir
un second rapport sur les liens entre les diverses questions relatives à
l'environnement, qui s'est tenue à Bonn le 26 octobre 1999. Cette réunion
est à l'origine du projet d'évaluation de l'écosystème
à l'aube du troisième millénaire;
• La première
réunion consultative des organes subsidiaires scientifiques et techniques
et des secrétariats des accords multilatéraux sur l'environnement,
qui s'est tenue à Bonn les 25 et 26 octobre 1999;
• La deuxième
réunion mondiale sur les conventions et plans d'action relatifs aux
mers régionales, qui s'est tenue à La Haye du 5 au 8 juillet
1999;
• La troisième
réunion mondiale sur les conventions et plans d'action relatifs aux
mers régionales, qui s'est tenue à Monaco du 6 au 10 novembre
2000;
• La neuvième
réunion sur la coordination des secrétariats des accords multilatéraux
sur l'environnement, qui s'est tenue à Nairobi les 11 et 12 février
2001.
- On peut citer parmi les résultats
marquants, l'élaboration des plans d'action nationaux et stratégies
pour la biodiversité. La prochaine étape, à laquelle
participeront, outre la majorité des pays développés,
125 pays en développement et pays à économie en transition,
et qui consiste en la mise en oeuvre des plans d'action nationaux et stratégies
contribuera notablement à la bonne mise en oeuvre des dispositions
de la Convention sur la diversité biologique ainsi qu'à la réalisation
des objectifs énoncés au chapitre 15 d'Action 21.
- Un autre résultat marquant
est le constat général de la nécessité de simplifier
et d'harmoniser les rapports nationaux sur l'application des accords relatifs
à la diversité biologique. Ce constat devrait conduire à
améliorer le suivi de l'efficacité des mesures adoptées
en ce qui concerne divers aspects de la préservation et de l'utilisation
durable de la diversité biologique.
- Les pays se sont trouvés
confrontés à de grandes difficultés du fait de l'insuffisance
de capacités nationales, elle-même imputable au manque de ressources
financières, nouvelles ou supplémentaires. Cette situation n'a
pas permis de répondre aux attentes dans des domaines essentiels tels
que le transfert de technologies, la mise en place de dispositifs équitables
de partage des avantages, la remise en état et la restauration des
écosystèmes, et les questions de responsabilité et de
réparation.
B. Préservation
et utilisation durable
de la diversité biologique
1. Une crise mondiale de
la disparition des espèces
- Si l'on en croit la liste
rouge 2000 des espèces menacées publiée par l'Union internationale
pour la conservation de la nature et de ses ressources - Alliance mondiale
pour la nature (UICN), la troisième phase d'une crise mondiale majeure
de la disparition des espèces s'amorce9.
La liste rouge propose un jeu d'excellents critères quantitatifs pour
l'évaluation de la situation des espèces et de leur habitat
et il est reconnu qu'elle constitue la liste des espèces en danger
la plus complète qui ait été dressée à
l'échelle mondiale d'autant plus qu'elle est accompagnée de
la liste rouge des plantes menacées de l'UICN (1997), sur laquelle
figurent 34 000 espèces de plantes.
- La liste rouge 2000 de l'UICN
appelle l'attention sur le fait que de nombreuses espèces pourraient
disparaître au cours des premières décennies du XXIe siècle
si la communauté mondiale n'accentue pas considérablement son
appui, sa participation et son engagement en faveur de la préservation
des espèces. Plus précisément, la liste rouge :
• Montre
que le nombre d'espèces menacées a augmenté de façon
spectaculaire au cours des cinq dernières années. Le nombre
d'espèces de mammifères par exemple est passé de 1 096
à 1 130, celui des espèces d'oiseaux de 1 107 à
1 183. Le nombre des espèces gravement menacées a également
augmenté, passant par exemple de 169 à 180 en ce qui concerne
les mammifères et de 168 à 182 pour les oiseaux. La communauté
internationale devrait sérieusement s'inquiéter de la disparition
des espèces;
• Comprend
11 046 espèces menacées de disparition, 816 espèces qui
ont déjà disparu ou ont disparu à l'état sauvage,
4 595 espèces pour lesquelles il est indiqué que l'on manque
de données et 1 769 unités supplémentaires faisant
l'objet d'évaluations au niveau des taxons infraspécifiques
ou des sous-populations. Les 11 046 espèces menacées de disparition,
bien que représentant moins de 1 % des espèces connues
au monde, comprennent 24 % de toutes les espèces de mammifères
et 12 % de toutes les espèces d'oiseaux. En d'autres termes, une
espèce de mammifères sur quatre et une espèce d'oiseaux
sur huit sont en grand danger de disparaître dans un proche avenir.
Selon la liste, environ 25 % des espèces de reptiles, 20 %
des espèces d'amphibiens et 30 % des espèces de poissons
(principalement des poissons d'eau douce) sont menacées de disparition.
La liste rouge 2000 indique que 5 435 espèces animales sont menacées
de disparition, contre 5 205 en 1996;
• Indique
que le nombre d'espèces aquatiques menacées se trouvant dans
les eaux intérieures a augmenté pour tous les groupes à
l'exception de celui des mollusques. Cela montre la vulnérabilité
extrême des habitats d'eau douce. Les espèces vivant dans de
tels écosystèmes ont probablement un risque beaucoup plus élevé
de disparaître que leurs congénères des écosystèmes
terrestres ou marins.
- Pour mieux comprendre quels sont
les habitats les plus importants pour les espèces menacées,
on a tenté de recenser et d'enregistrer les principaux habitats où
se trouvait chaque espèce menacée. À cet effet, plus
de 45 principaux habitats ont été recensés et classés
dans huit catégories, par ordre hiérarchique des principaux
types de menace (à savoir les principaux phénomènes qui
menacent la préservation et l'utilisation rationnelle de la diversité
biologique). Il s'agit de la destruction de l'habitat, de l'exploitation directe,
des effets indirects, des catastrophes naturelles, de la pollution atmosphérique,
de la pollution des sols et de l'eau, de facteurs biologiques intrinsèques
et de facteurs divers (non spécifiés).
- La liste rouge de l'UICN montre
clairement que la menace la plus fréquente et la plus importante pour
les oiseaux, les mammifères et les végétaux est la disparition
et la dégradation d'habitats, qui touche 89 % des oiseaux menacés
recensés, 83 % des mammifères menacés recensés
et 91 % des végétaux menacés recensés. Les
trois principales causes de destruction de l'habitat sont : les activités
agricoles (cultures et élevage, plantations de bois), les activités
d'extraction (exploitation minière, pêches, exploitation forestière
et coupe), et le développement (établissements humains, industrie
et toute l'infrastructure correspondante
- routes, barrages et lignes électriques).
- Deux menaces essentielles
pour les mammifères sont la fragmentation de l'habitat (6 % de
toutes les espèces) et le déboisement (9 % de toutes les
espèces), dont les causes ne sont pas identifiées. L'analyse
des menaces auxquelles sont exposées les espèces en danger des
États-Unis d'Amérique révèle que la disparition
et la dégradation d'habitats apparaissent comme le plus grand péril
touchant plus de 80 % des espèces menacées10.
La disparition et l'exploitation directes des habitats ont également
une incidence majeure sur les oiseaux (37 % de l'ensemble des espèces
en péril), les mammifères (34 %) et les végétaux
(8 %). Ces chiffres peuvent être ventilés en fonction des
activités de chasse et de collecte et des effets du commerce licite
et illicite. La chasse et la collecte mettent en péril 338 espèces
d'oiseaux menacées (28 % de la totalité), 212 espèces
de mammifères (29 % de la totalité) et 169 espèces
de végétaux (7 % de la totalité). Le commerce met
en danger 13 % des oiseaux et des mammifères menacés, moins
de 1 % des végétaux menacés étant touchés.
- Les espèces allogènes
envahissantes constituent une autre menace importante pour 350 espèces
d'oiseaux (30 % des espèces en péril étudiées)
et 361 espèces de végétaux (15 %). Il semble
qu'elles menacent dans une moindre mesure les mammifères (69 espèces
seulement, soit 10 % de l'ensemble des espèces de mammifères
étudiées). On attribue généralement l'extinction
de la plupart des espèces d'oiseaux, en particulier d'oiseaux des îles,
depuis 1800 à l'introduction d'espèces allogènes envahissantes11.
On peut donc s'alarmer du fait que 30 % des espèces d'oiseaux
menacées sont actuellement touchées par les espèces envahissantes.