Nations Unies

E/CN.17/2002/PC.2/5/Add.2

Conseil économique et social

Distr. générale
12 décembre 2001
Français
Original: anglais

Commission du développement durable
constituée en Comité préparatoire
du Sommet mondial pour le développement durable

Deuxième session préparatoire
28 janvier-8 février 2002

Le Programme d’action de Rio de Janeiro
dans la perspective de Johannesburg, 2002
*

Les ministres et représentants des gouvernements d’Amérique latine et des Caraïbes réunis à Rio de Janeiro les 23 et 24 octobre 2001 pour participer à la Conférence préparatoire régionale pour l’Amérique latine et les Caraïbes en vue du Sommet mondial pour le développement social, qui doit se tenir à Johannesburg (Afrique du Sud) du 2 au 11 septembre 2002 :

* Tel qu'il a été adopté à la réunion des ministres et représentants des gouvernements d'Amérique latine et des Caraïbes, tenue les 23 et 24 octobre 2001 à Rio de Janeiro.

 

A. Réaffirmation des principes et engagements

1. Rappellent les engagements pris à la Réunion régionale des États d’Amérique latine et des Caraïbes préparatoire à la Conférence des Nations Unies sur l’environnement et le développement, tenue à Mexico en mars 1991, et à la Conférence des Nations Unies sur l’environnement et le développement elle-même, tenue à Rio de Janeiro en juin 1992.

2. Réaffirment les principes et objectifs énoncés dans la Déclaration de Rio sur l’environnement et le développement; Action 21; la Déclaration de principes, non juridiquement contraignante mais faisant autorité, pour un consensus mondial sur la gestion, la conservation et l’exploitation écologiquement viable de tous les types de forêts; la Convention-cadre des Nations Unies sur les changements climatiques et le Protocole de Kyoto; la Convention sur la diversité biologique; le Protocole de Cartagena sur la prévention des risques biotechnologiques; la Convention des Nations Unies sur la lutte contre la désertification dans les pays gravement touchés par la sécheresse et/ou la désertification, en particulier en Afrique; la Convention de Stockholm sur les polluants organiques persistants; la Convention sur la procédure de consentement préalable en connaissance de cause applicable à certains produits chimiques et pesticides dangereux qui font l’objet d’un commerce international.

3. Réaffirment également les principes et objectifs formulés dans la Convention de Vienne pour la protection de la couche d’ozone, le Protocole de Montréal relatif à des substances qui appauvrissent la couche d’ozone et la Convention de Bâle sur le contrôle des mouvements transfrontières de déchets dangereux et de leur élimination, qui ont jeté les bases des divers instruments internationaux adoptés à la Conférence des Nations Unies sur l’environnement et le développement puis ultérieurement.

4. Réaffirment en outre la Déclaration de la Conférence mondiale sur le développement durable des petits États insulaires en développement approuvée à la Barbade en 1994, ainsi que les conventions et accords sous-régionaux adoptés à la suite du Sommet tenu à Rio de Janeiro en 1992.

5. Rappellent par ailleurs les engagements pris au Sommet mondial pour le développement social, à la Conférence internationale sur la population et le développement et à la Conférence des Nations Unies sur les établissements humains (Habitat II), qui ont largement contribué à une meilleure application d’Action 21, en gardant à l’esprit qu’il faut intégrer plus systématiquement les politiques de développement économique et social et de protection de l’environnement dans les stratégies de développement durable.

6. Réaffirment le droit souverain qu’ont tous les États d’exploiter leurs propres ressources selon leur politique d’environnement et de développement, conformément aux principes 2 et 13 inscrits dans la Déclaration de Rio.

7. Réitèrent l’engagement qu’ils ont pris de respecter le principe de précaution défini dans cette déclaration comme un élément clef des politiques de protection de l’environnement.

8. Réitèrent également l’engagement qu’ils ont pris de respecter le principe des responsabilités communes mais différenciées, en vertu duquel les pays développés doivent assumer une part de responsabilité plus grande que celle des autres pays dans la réalisation du développement durable.

B. Obstacles et enseignements

9. Considèrent que le Sommet mondial pour le développement durable offre une occasion unique d’évaluer dans quelle mesure les engagements pris à la Conférence des Nations Unies sur l’environnement et le développement ont été respectés. S’il est établi que la sensibilisation et la codification du droit de l’environnement ont nettement progressé, les conditions nécessaires à la réalisation du développement durable ne sont pas davantage réunies en 2002 qu’en 1992 : le nombre de pauvres dans le monde a augmenté de façon alarmante, les besoins de développement sont plus pressants que jamais, l’environnement s’est encore détérioré et la mondialisation progresse à telle allure qu’elle fait peser de nouvelles menaces sur la durabilité et surtout sur l’équité.

10. Estiment que le renforcement des institutions démocratiques dans l’ensemble de la région de l’Amérique latine et des Caraïbes, les progrès des processus de paix en cours dans certains pays de la région et une meilleure sensibilisation du public, notamment, ont permis d’intégrer les questions d’environnement dans le processus de développement et de faire du développement durable axé sur l’homme la première priorité des programmes politiques, économiques et sociaux des États d’Amérique latine et des Caraïbes.

11. Reconnaissent qu’il importe que la société civile – notamment les grands groupes énumérés dans Action 21 – participe de manière transparente et responsable à la conception, à l’application et au suivi des politiques de développement durable et des engagements régionaux et internationaux en la matière et qu’il est indispensable de renforcer les moyens de formation à caractère culturel, éducatif et environnemental permettant de l’associer à la réalisation du développement durable.

12. Reconnaissent également que, 10 ans après la Conférence des Nations Unies sur l’environnement et le développement et compte tenu des événements et problèmes mondiaux qui touchent leurs peuples et leur environnement, il y a lieu de progresser dans l’édification d’une nouvelle éthique qui puisse servir de pierre angulaire au développement durable.

13. Soulignent que la persistance de modes de production et de consommation non durables et les incidences négatives de certains mécanismes commerciaux et financiers, en particulier dans les pays développés, risquent de compromettre gravement la réalisation du développement durable dans le monde entier et rappellent qu’il faut redoubler d’efforts pour appliquer les instruments internationaux pertinents.

14. Déplorent que, malgré les progrès accomplis par les pays de la région de l’Amérique latine et des Caraïbes dans la promotion d’un environnement plus favorable au transfert de technologie, ainsi que d’une production propre et rationnelle sur le plan énergétique – et des connaissances techniques correspondantes –, notamment grâce à la mise en place de dispositifs de protection de la propriété intellectuelle adéquats, les pays développés n’aient pas adopté de mesures efficaces pour assurer, en particulier, le transfert des technologies les plus appropriées en termes de durabilité dans les domaines environnemental, social et économique.

15. Estiment que pour être viable, le développement de la région doit reposer sur un système économique international stable, prévisible et ouvert qui voit dans la protection de l’environnement une nouvelle façon de stimuler les investissements et le commerce.

16. Rejettent tout principe ou politique de nature à fausser les échanges et les flux d’investissement et de capitaux internationaux et demandent instamment l’élimination de toutes les subventions à l’exportation, l’amélioration substantielle de l’accès aux marchés et la réduction, en vue de leur suppression, des formes d’appui nationales qui faussent les échanges commerciaux et la production.

17. Se déclarent préoccupés à l’idée que les pays développés pourraient subordonner l’approbation de crédits officiels à l’exportation à l’application de normes environnementales.

18. Soulignent qu’il importe d’éviter que ces pays ne fassent une interprétation abusive du principe de précaution, qui pourrait les amener à recourir à des mesures commerciales constituant un moyen de discrimination arbitraire ou injustifiable ou une restriction déguisée aux échanges internationaux (principes 12 et 15).

19. Estiment qu’il faut restructurer les organisations, organismes et initiatives consacrés à la promotion du développement durable, et rationaliser le calendrier des réunions relatives à la question – afin d’assurer l’utilisation la plus efficace possible des ressources consacrées au service de ces réunions – et soulignent qu’il faut aider les pays en développement à renforcer leurs capacités d’appliquer les politiques adoptées dans le cadre de ces mécanismes et respecter les engagements pris sous leurs auspices.

20. Reconnaissent l’importance des initiatives régionales tendant à promouvoir le développement durable en Amérique latine et dans les Caraïbes.

21. Reconnaissent également les besoins particuliers des écosystèmes régionaux et sous-régionaux, notamment des écosystèmes arides et semi-arides, montagneux, forestiers, marins, aquatiques et insulaires, qui sont riches et variés mais aussi très souvent fragiles, ainsi que l’importance que revêtent leur conservation, leur protection et leur utilisation durable.

22. Partagent les préoccupations qui ont amené l’ONU à proclamer l’année 2002 Année internationale de la montagne, sur la base des directives figurant au chapitre 13 d’Action 21, en gardant à l’esprit que l’importance des écosystèmes de montagne tient à la fois à ce qu’ils sont très vulnérables et à ce qu’ils constituent un réservoir de ressources importantes pour l’avenir de l’humanité, telles que l’eau, l’énergie, la biodiversité, les ressources minérales, la diversité culturelle et les loisirs, ainsi qu’un cadre de vie pour de nombreuses populations.

23. Renouvellent également l’engagement qu’ils ont pris envers le Fonds pour l’environnement mondial et d’autres grands organismes de financement multilatéraux, lesquels devraient assouplir les critères de sélection des domaines d’intervention et des activités méritant financement de façon à couvrir les questions jugées prioritaires par les pays en développement.

C. Considérations actuelles

24. Estiment que l’extrême pauvreté, la dégradation de l’environnement, le sous-développement, les modes de production et de consommation non durables et le manque d’équité dans la répartition des revenus touchent tous les pays du monde, en particulier les pays en développement, et que, dans cette perspective, il faudrait considérer la coopération internationale comme un moyen d’unir les efforts de tous les peuples et gouvernements aux fins de la réalisation de cet objectif commun qu’est l’amélioration des conditions de vie des générations présentes et futures.

25. Réaffirment qu’il faudrait promouvoir les efforts multidimensionnels tendant à renforcer les capacités nationales et régionales de manière à consolider les cadres de coopération régionaux et sous-régionaux et à répondre aux besoins des pays en développement et des groupes et régions les plus vulnérables.

26. Rappellent que la session extraordinaire de l’Assemblée générale des Nations Unies consacrée à l’examen et à l’évaluation d’ensemble de la suite donnée à Action 21 a souligné que la mondialisation avait des effets à la fois positifs et négatifs et que certaines de ses répercussions – telles l’instabilité économique et financière, l’exclusion et l’épuisement des ressources nationales – allaient en s’amplifiant, en particulier dans certains pays en développement, et demandent donc instamment que soient adoptées des politiques et mesures propres à faciliter un développement économique équitable, c’est-à-dire associant tous les protagonistes sociaux et protégeant les ressources naturelles pour le bénéfice des générations présentes et futures.

27. Soulignent que pour aller plus avant dans la réalisation du développement durable, il faut intégrer les politiques sociales, économiques et environnementales de manière à inverser avant qu’il ne soit trop tard les tendances qui mettent en péril la qualité de la vie, à éviter que les coûts pour la société n’augmentent de façon démesurée et à mettre un terme à la dégradation de l’environnement à l’aide de mesures propres à atténuer les effets négatifs du développement économique et social et à perpétuer le lien entre l’humanité et la nature.

28. Conviennent qu’il y a lieu de répondre à une conception intégrée du développement durable et de la faire mieux comprendre, accepter et mettre en pratique, en particulier par les décideurs locaux, nationaux et régionaux, ce qui implique que l’on jette d’urgence les bases d’une nouvelle éthique en s’appuyant sur une méthode participative, et reconnaissent également qu’il importe de promouvoir la culture du développement durable auprès des collectivités locales, de la société civile et du secteur privé au moyen de stratégies d’éducation et de sensibilisation.

29. Soulignent qu’il faut veiller à ce que la diffusion des connaissances scientifiques, la promotion de la recherche et la mise au point de technologies propres servent les besoins de la communauté internationale, en particulier des pays en développement, en ce qui concerne la prise de décisions et la formulation de politiques de développement durable.

30. Reconnaissent que la recherche scientifique, les innovations techniques et l’accès aux nouvelles technologies de l’information et de la communication peuvent jouer un rôle crucial dans la formulation des politiques économiques, sociales et environnementales et devraient donc faire l’objet d’une coopération régionale et internationale accrue visant à les promouvoir et à les faciliter.

31. Reconnaissent également que les communautés autochtones et locales dont les modes de vie traditionnels sont favorables à la conservation et à l’utilisation durable des ressources naturelles constituent un groupe important au regard de la production et de la consommation viables des biens et des services et devraient donc être associées à l’élaboration des politiques de développement durable, que l’utilisation et la jouissance, par ces communautés, des ressources naturelles des régions où elles vivent soient respectées, que leurs connaissances, innovations et pratiques fassent l’objet d’une protection juridique et que l’on mette en place un mécanisme permanent d’information sur ces questions à l’intention de toutes les personnes concernées.

32. Conviennent que l’égalité entre les sexes est un facteur important du développement durable et qu’il faudrait promouvoir la pleine participation des femmes à la formulation et à l’application des politiques aux niveaux local, national, régional et mondial.

33. Estiment que, pour pallier les graves atteintes à l’environnement et l’extrême pauvreté qui perdurent dans de nombreux pays, la communauté internationale se doit de promouvoir le développement durable par des interventions spécifiques et efficaces.

D. Engagements à terme

Les ministres et représentants des gouvernements d’Amérique latine et des Caraïbes, réunis à Rio de Janeiro les 23 et 24 octobre 2001 dans le cadre de la Conférence préparatoire régionale pour l’Amérique latine et les Caraïbes en vue du Sommet mondial pour le développement durable, qui se tiendra à Johannesburg (Afrique du Sud) du 2 au 11 septembre 2002, décident :

1. Structure institutionnelle du développement durable

    1. De développer les capacités locales, nationales et régionales en favorisant la constitution d’une alliance stratégique de longue durée entre les différents acteurs du développement, afin que les populations locales puissent tirer parti des possibilités offertes par la mondialisation grâce au partage d’expériences et de pratiques optimales au sein des pays et entre ceux-ci, à la promotion de la formation des responsables nationaux et locaux dans les cadres scolaire et non scolaire et au soutien de la recherche appliquée et de l’innovation technologique à tous les niveaux.
    2. De promouvoir la consolidation d’institutions publiques et privées participatives et l’adoption de normes précises qui aideront tous les protagonistes, à titre individuel ou collectivement, à élaborer leur propre processus de développement et à renforcer les liens institutionnels qui existent entre les politiques économiques, sociales et environnementales, avec la participation des populations, comme prévu dans le programme Action 21, dans le cadre de conseils nationaux pour le développement durable.
    3. D’aider les institutions régionales à élaborer et mettre en oeuvre des programmes et projets visant à promouvoir l’intégration des politiques économiques, sociales et environnementales en organisant des ateliers, des rencontres, des conférences de haut niveau et des activités de coopération Sud-Sud.
    4. De promouvoir un examen plus efficace de la question du développement durable dans le cadre des réunions multilatérales, à l’aide de mécanismes souples et adaptés qui permettent, notamment aux conseils nationaux pour le développement durable, de rationaliser les interventions et mieux exploiter les ressources, et grâce à une meilleure synergie entre les conventions pertinentes, comme prévu dans Action 21, de façon à définir les politiques économiques, sociales et environnementales avec la participation de la population locale.
    5. D’appuyer, dans cette optique, le Programme des Nations Unies pour l’environnement, dans les efforts qu’il déploie pour examiner et restructurer les politiques et pratiques de gestion de l’environnement, tout en veillant à ne pas empiéter sur les compétences et les objectifs des divers accords multilatéraux existant dans ce domaine ou à compromettre la réalisation de leurs objectifs de manière à décupler les effets de synergie, et d’évaluer la possibilité de normaliser et d’harmoniser les rapports exigés et les modalités de mise en oeuvre.
    6. De réaffirmer qu’il est important d’améliorer la cohérence et la coordination des politiques et stratégies environnementales, sociales et économiques, et, à cette fin, d’inviter, entre autres institutions, le Programme des Nations Unies pour le développement, le Programme des Nations Unies pour l’environnement, la Commission du développement durable des Nations Unies et la Commission économique pour l’Amérique latine et les Caraïbes à soutenir et accroître l’appui qu’ils fournissent aux différents pays aux fins de cette intégration et de renforcer les mécanismes de coopération aux niveaux mondial et régional.

2. Financement et transferts de technologie

    1. D’inviter instamment la communauté internationale en général et les pays développés en particulier à allouer un niveau suffisant et prévisible de ressources nouvelles et supplémentaires de manière à garantir la mise en oeuvre effective d’Action 21, en particulier des chapitres 33 et 34, et d’autres accords internationaux.
    2. De rappeler qu’il est important que les pays développés respectent l’engagement qu’ils ont pris d’allouer 0,7 % de leur produit national brut à la coopération pour le développement dans le reste du monde.
    3. De définir des mesures d’incitation économique et fiscale propres à encourager le secteur privé à participer à la mise en oeuvre de programmes publics visant à promouvoir le développement durable et à corriger les dysfonctionnements du marché qui compromettent la pérennité du développement.
    4. D’engager les principaux acteurs à redoubler d’efforts pour faire en sorte que le Fonds pour l’environnement mondial bénéficie à l’avenir de fonds supplémentaires à des conditions préférentielles, allouées et gérées de manière plus transparente, efficace et rapide.
    5. De reconnaître que le fardeau de la dette et du service de la dette qui pèse sur de nombreux pays de la région – d’autant plus lourdement que le niveau de l’aide publique au développement a baissé et que ces pays ont du mal à attirer de nouveaux financements et investissements – continue de faire obstacle aux stratégies visant à mobiliser des ressources en faveur du développement durable; de noter avec préoccupation que, dans les pays lourdement endettés, le rapport dette-production ne s’est guère amélioré; de souligner qu’il est nécessaire d’examiner à nouveau la possibilité de mettre en place des mécanismes visant à alléger le fardeau des pays les plus endettés ainsi que d’accroître, grâce à la mise au point d’instruments financiers novateurs, les financements multilatéraux consentis à des conditions avantageuses pour permettre la mise en oeuvre de programmes de développement durable.
    6. De recommander aux participants à la Conférence internationale sur le financement du développement, qui doit se tenir à Monterrey (Mexique) en mars 2002, d’examiner la nécessité de mettre au point des mécanismes novateurs plus efficaces, s’agissant du financement de la protection des biens collectifs nationaux présentant un intérêt mondial et de proposer des moyens permettant d’intégrer la protection de l’environnement dans les politiques financières nationales, de façon à associer véritablement les secteurs financiers à la réalisation des objectifs du développement durable.
    7. De réaffirmer que les pays en développement ne peuvent s’acquitter des engagements internationaux qu’ils ont pris en matière de développement durable que s’ils ont accès aux moyens de financement et transferts de technologie nécessaires, tout en gardant à l’esprit que la promotion du développement et l’élimination de la pauvreté constituent les principales priorités de ces pays.
    8. De souligner le fait que, compte tenu des complémentarités existant entre le commerce, les investissements, la qualité de l’environnement, le bien-être social, la croissance, les avantages découlant de l’exploitation durable des ressources naturelles et la mise en place d’un système économique mondial ouvert et non exclusif, les politiques de protection de l’environnement constituent un atout plutôt qu’un handicap pour les investissements et le commerce.
    9. De garantir l’accès des marchés aux produits des pays en développement,
      – facteur déterminant du développement durable – et de promouvoir la compétitivité des biens et services de ces pays qui sont produits dans une perspective de développement durable.
    10. De mettre l’accent sur la nécessité de recommander, lors du Sommet, que les sociétés multinationales adoptent les normes et principes internationaux de responsabilité sociale en matière d’environnement et de développement durable et mettent en place des mécanismes et procédures standard en ce qui concerne la communication d’informations aux organes concernés.
    11. De demander que des mesures soient prises lors du Sommet en vue de promouvoir la mise au point de moyens efficaces permettant de faciliter les transferts de technologie ainsi que de nouvelles méthodes de production à des conditions plus favorables, conformément au principe 9 de la Déclaration de Rio, qui met l’accent sur la création, par les pays développés, de mécanismes financiers et régimes fiscaux préférentiels.

3. Mesures à prendre

    1. D’engager tous les pays qui ne l’ont pas encore fait à ratifier dès que possible la Convention sur la diversité biologique, de manière à en faire un instrument essentiel au service de la préservation de la biodiversité, de l’exploitation durable de ses composantes et de la répartition juste et équitable des avantages découlant de l’exploitation des ressources génétiques.
    2. De garantir un accès équitable aux avantages offerts par l’utilisation des ressources génétiques grâce à la mise en place, à cette fin, de systèmes de réglementation nationaux et internationaux, en tenant compte de tous les droits se rapportant à ces ressources et technologies, grâce à des moyens de financement appropriés et au transfert des technologies nécessaires.
    3. D’encourager la coopération visant à assurer la protection et la gestion durable des écosystèmes naturels de la région dans le but de renforcer les engagements internationaux ayant pour objet de préserver la diversité biologique
      in situ et de mettre en oeuvre des plans de développement durable dans ces écosystèmes, qui intègrent, au niveau local, les accords contenus dans toutes les conventions pertinentes, prévoyant la création de zones protégées et de couloirs biologiques et le renforcement des zones et couloirs existants, ainsi que la promotion des activités de production durables.
    4. De recommander la mise au point d’une stratégie de développement durable des écosystèmes montagneux, qui favorise la gestion intégrée des terres, étendues d’eau et ressources vivantes dans une perspective écosystémique de la prévention des catastrophes naturelles.
    5. De souligner la nécessité de préserver, promouvoir et protéger les connaissances traditionnelles, ce qui représente un aspect important des efforts déployés pour assurer la mise en valeur et l’utilisation harmonieuses des ressources naturelles aux fins de la réalisation des objectifs du développement durable.
    6. D’inviter la Commission économique pour l’Amérique latine et les Caraïbes, le Programme des Nations Unies pour le développement et le Programme des Nations Unies pour l’environnement à appuyer l’organisation d’un débat participatif entre les différents acteurs de l’Amérique latine et des Caraïbes concernant les fondements éthiques du développement durable.
    7. D’exhorter la communauté internationale à poursuivre l’action menée en vue de promouvoir et de garantir l’entrée en vigueur rapide, dans le plus grand nombre de pays possible, du Protocole de Cartagena sur la prévention des risques biotechnologiques, tout en tenant compte des règles constitutionnelles des différents pays, de sorte que ce protocole prenne effet avant la tenue du Sommet mondial pour le développement durable.
    8. De consolider les structures institutionnelles et réglementaires nationales et régionales compétentes en matière de sécurité biologique.
    9. De souligner qu’il est important d’analyser les vulnérabilités et de quantifier les progrès accomplis sur la voie du développement durable; d’appeler l’attention sur le manque de données et d’indicateurs qui permettraient d’établir ces statistiques; d’insister sur la nécessité d’établir un ensemble de données et d’indicateurs de base, notamment un indice de vulnérabilité, qui permettrait une telle évaluation, en tenant compte des caractéristiques uniques des pays des Caraïbes et en s’attachant à respecter Action 21 et le Programme d’action de la Barbade.
    10. De réduire la vulnérabilité aux catastrophes naturelles en s’appuyant sur des instruments de planification comme la gestion écologique et économique des terres; de promouvoir une culture de sensibilisation aux risques, qui aide à prévenir les catastrophes naturelles et à atténuer leurs effets, grâce à des programmes d’éducation et à l’amélioration des systèmes d’information et d’alerte rapide, tout en encourageant la participation de la société civile.
    11. De renforcer la coopération sous-régionale et régionale, y compris la participation des secteurs financiers nationaux et internationaux, notamment en ce qui concerne le suivi des systèmes et l’amélioration de l’efficacité des travaux de reconstruction, l’accent étant mis tout particulièrement sur les petits États insulaires en développement.
    12. De recommander que soit reconnue la grande vulnérabilité des petits États insulaires en développement des Caraïbes; en conséquence, d’accorder une plus grande attention au Programme d’action de la Barbade et de mobiliser des ressources pour sa mise en oeuvre, s’agissant en particulier de l’adaptation aux changements climatiques, de la conservation des ressources marines et côtières, de la gestion intégrée des déchets, de la protection des ressources en eau et de l’augmentation de leur quantité et de leur qualité, ainsi que du développement de formes durables de tourisme.
    13. De mettre au point une stratégie régionale comprenant des actions à moyen et long termes visant à prévenir les situations d’urgence occasionnées par le phénomène El Niňo et à y faire face.
    14. De promouvoir la gestion intégrée des bassins dans une perspective écosystémique, qui privilégie une approche intersectorielle et décentralisée ainsi que la modification des perceptions culturelles et sociales de la valeur de l’eau; d’adapter les mécanismes économiques et du marché à l’épuisement progressif des ressources en eau en adoptant des instruments indirects qui complètent les dispositions réglementaires directement applicables et améliorent l’efficacité de la gestion et de la préservation des ressources en eau.
    15. De renforcer les mécanismes de coopération internationale aux niveaux mondial, régional et sous-régional, en particulier lorsqu’il s’agit d’écosystèmes partagés, et d’améliorer la coordination entre les nombreux acteurs concernés par la gestion de l’eau à tous les niveaux.
    16. D’appuyer la coopération internationale au service de la gestion durable des forêts, en tenant compte des aspects économiques et commerciaux s’y rapportant; de promouvoir la mise en oeuvre du plan d’action établi par le Forum des Nations Unies sur les forêts.
    17. De renforcer les dispositifs de coopération avec les communautés autochtones et locales incarnant des modes de vie traditionnels propices à la préservation et à l’exploitation durable de la diversité biologique, en vue de promouvoir la mise en oeuvre de programmes visant à assurer leur pleine participation et la mobilisation de ressources financières à cet effet.
    18. De souligner qu’il est indispensable de diversifier les sources d’énergie et de promouvoir de meilleurs rendements énergétiques, d’évaluer les possibilités offertes par les sources traditionnelles et d’accroître la part des sources d’énergie renouvelables, et que les institutions financières devraient fournir un appui accru dans ce domaine pour répondre aux besoins de chaque pays.
    19. De susciter des synergies durables entre les politiques énergétiques et les politiques environnementales menées dans la région, de manière à améliorer les rendements énergétiques, à réduire les émissions de gaz à effet de serre et à promouvoir l’utilisation de technologies non polluantes.
    20. D’engager tous les pays qui ne l’ont pas encore fait à accélérer la ratification, dans le respect de leurs règles constitutionnelles propres, du Protocole de Kyoto à la Convention-cadre des Nations Unies sur les changements climatiques, de sorte que ce protocole puisse entrer en vigueur avant la tenue du Sommet mondial pour le développement durable.
    21. De promouvoir des programmes régionaux et internationaux d’adaptation aux changements climatiques permettant de promouvoir et de compléter les actions menées au niveau national et de les développer et d’envisager de prendre des mesures en vue de renforcer les capacités d’adaptation dans les zones les plus exposées, en s’appuyant sur les travaux et les décisions des conférences organisées par les parties à la Convention-cadre des Nations Unies sur les changements climatiques.
    22. De promouvoir l’adoption de mesures visant à améliorer la gestion des terres en vue de contribuer au développement durable de la diversité biologique.
    23. D’inviter tous les pays à ratifier la Convention de Rotterdam sur la procédure de consentement préalable en connaissance de cause applicable à certains produits chimiques et pesticides dangereux qui font l’objet du commerce international ainsi que la Convention de Stockholm sur les polluants organiques persistants et d’appuyer la Déclaration de Bahia et les Priorités d’action après 2000 adoptées par le Forum intergouvernemental sur la sécurité chimique, compte tenu de l’importance que revêtent ces conventions dans la recherche d’une solution aux problèmes causés par la contamination chimique et ses effets sur la santé des populations et l’environnement.
    24. De souligner que la réalisation du développement durable dépend en grande partie de l’état de santé de la population, dans la mesure où celui-ci a des répercussions sur la qualité de vie et les niveaux de productivité; d’insister sur la nécessité d’accorder davantage d’attention à l’amélioration des capacités du secteur de la santé, notamment au renforcement des synergies entres les politiques environnementales et sanitaires; d’engager la communauté internationale à contribuer au renforcement des moyens dont disposent les pays dans ce domaine, en tenant compte des difficultés considérables que connaît ce secteur, notamment en raison de la propagation du VIH/sida.
    25. De reconnaître que, combiné aux autres tendances démographiques observées dans la région, notamment le taux élevé d’exode rural, le taux régional d’accroissement de la population a été à l’origine d’une urbanisation rapide, souvent non planifiée, qui a entraîné par ricochet une augmentation des contraintes pesant sur les ressources naturelles, y compris l’eau et l’énergie, engorgé les infrastructures de lutte contre la pollution, d’assainissement et de gestion des déchets solides, et nui aux stratégies visant à prévenir la destruction des forêts, l’érosion des sols et la dégradation des terres; de souligner la nécessité de mener des politiques d’urbanisme et de gestion des terres plus efficaces afin d’améliorer les établissements humains dans la région et de réduire les risques de catastrophes causées par l’homme, compte tenu des phénomènes naturels extrêmes qui se sont produits.
    26. De reconnaître et de définir la relation existant entre la population et l’environnement et de favoriser les échanges entre institutions s’occupant des questions de population et d’environnement aux échelons national et international; de faciliter l’accès à des ressources supplémentaires pour financer les activités ayant trait à l’analyse et au développement de cette relation.
    27. De promouvoir une forme de gestion urbaine écologiquement viable s’appuyant sur des modes de production et de consommation plus rationnels propres à réduire les émissions de gaz et la production de déchets; de mettre en place des mécanismes d’aménagement urbain et de traitement des eaux usées plus efficaces.
    28. D’insister sur le fait que la réalisation du développement durable et l’amélioration des conditions de vie exigeront une meilleure intégration des composantes environnementales, sociales et économiques des politiques menées par les pouvoirs publics ainsi que des programmes et des projets mis en oeuvre aux plans local, national, régional et international.
    29. D’engager la Commission économique pour l’Amérique latine et les Caraïbes, le Programme des Nations Unies pour le développement et le Programme des Nations Unies pour l’environnement à donner suite aux accords conclus à cette réunion et à poursuivre leurs efforts en ce sens dans la droite ligne de l’action mondiale menée en faveur du développement durable, compte tenu de leurs mandats et capacités respectifs.
    30. D’inviter les pays et les peuples d’Amérique latine et des Caraïbes à considérer le Sommet mondial pour le développement durable comme une occasion unique d’évaluer les progrès réalisés à tous les niveaux pour s’acquitter des engagements pris à la Conférence des Nations Unies sur l’environnement et le développement et d’entreprendre de nouvelles actions en vue de satisfaire pleinement à ces engagements et de faire face aux difficultés qui surgiront sur la voie du développement durable.
    31. De proposer que l’ordre du jour du Sommet mondial pour le développement durable accorde un rang de priorité élevé aux questions intersectorielles que représentent les finances, la science et la technologie, le renforcement des capacités et la vulnérabilité.
    32. D’encourager la communauté internationale à réaffirmer son engagement et sa volonté politique de manière que, grâce à une nouvelle forme de coopération fondée sur la solidarité et la reconnaissance d’un lien responsable et moral entre les êtres humains et la nature, des actions efficaces puissent être menées aux plans local, national, régional et mondial en vue de garantir la pleine application des accords existants en matière de développement durable, puisqu’il s’agit là du meilleur moyen d’édifier un monde juste et pacifique; et, compte tenu de ces éléments, de proposer que le Sommet mondial pour le développement durable soit axé sur le thème central suivant : " Vers une nouvelle mondialisation qui garantisse un développement durable, équitable et participatif ".