La logique qui préside cette approche repose sur l'affirmation, sinon la conviction que performance environnementale est une composante indissociable de la performance de l'entreprise. Nous sommes là au confins de la qualité totale.
La norme ISO 14001 est présentée par certain comme un des moyens de maîtriser au niveau international les délocalisations pour cause environnementale qui conduiraient les entreprises les plus polluantes à s'implanter dans les pays du sud. Cet argument est partiellement juste car la norme ISO 14001 prend comme référence de base la réglementation du pays, il peut y avoir des différences fortes de comportement vis à vis de l'environnement d'entreprises certifiées dans les pays différents. La gestion de la norme par les représentants des entreprises (Allemagne) est aussi un facteur de souplesse par rapport aux pays où c'est l'Etat qui intervient (France). Sans doute un référentiel de comparaison pourrait à terme émerger de la future norme ISO 14031 sur l'évaluation de la performance environnementale. Cette dernière en discussion au sein de l'ISO est trop négligée actuellement en France. Basées dans un premier temps sur une démarche volontaire, les normes de comportement, qui en émergeront, auront un impact important à terme.
Elles reposent finalement sur la nécessité de réconcilier la protection de l'environnement et les activités économiques. Mais cette vision du développement durable est étroite : le développement durable repose sur le trépied économique social et environnemental, auquel doivent s'adjoindre de nouveaux mécanismes de " bonne gouvernance ". Le " contrat de Rio " repose sur l'échange de la protection de l'environnement par les pays du sud contre une solidarité du nord qui devrait soutenir leur développement.
Un nouveau pas est nécessaire la France et l'Europe pourraient se positionner clairement pour l'intégration du thème social dans l'approche du développement durable pour les entreprises. L'homme est au centre du développement durable comme l'énonçait le premier principe de la conférence de Rio.
Il y a par contre plus de consensus sur le fait qu'une entreprise est une collectivité de femmes et d'hommes, et qu'un véritable projet mobilisateur pour l'entreprise dépasse le seul accès au marché, il doit être créateur de sens. Le cadre du développement durable par sa prise en compte du long terme ou de la solidarité interpelle cette création de sens par les entreprises.
Dans cette vision la labellisation environnementale est un moyen et non une fin. Or dans bien des cas l'entreprise s'attache à la mise en œuvre formelle de procédures sans inscrire réellement les objectifs du développement durable dans sa stratégie. La labellisation de procédures internes lui fera oublier les objectifs globaux. Le sous-traitant s'engagera dans une certification ISO 14001 à la demande de son donneur d'ordre. Une entreprise organisera le covoiturage en mobilisant son personnel, mais laissera de côté le transport de ses produits par des poids lourds hors normes. La théorie des dominos qui établit que la multiplication des certifications ISO se fera spontanément par les nécessités de l'accès au marché, risque de conduire à un dévoiement des objectifs.
L'intégration de l'entreprise dans le cadre d'un développement durable repose donc avant tout sur une vision, sur l'affirmation de responsabilités sociales et écologiques de l'entreprise. Les chartes d'engagement des entreprises sont un des moyens de l'affirmation de ces valeurs, qui dépassent la seule mise en place de procédures formelles. Celles ci sont nécessaires mais comme un moyen d'arriver au but et non le but lui même.
Alors que les approches réglementaires classiques dans le domaine
de l'environnement ou du social visent à établir une norme
minimale, le développement durable s'intéresse à la
progression des entreprises les plus en avance, en tentant de transférer
vers l'ensemble des entreprises ces comportements. En prônant la
réflexion conjointe sur les modes de production et de consommation
le développement durable propose un nouveau contrat entre producteurs
et consommateurs contrat qui repose sur une relation de confiance et la
transparence.
Figure 1 : les trois comportements et leur régulation
Quand Robert Verrue le Directeur général de la DG XIII informatique énonce quatre éléments conditionnant la compétitivité européenne, il définit bien ce cadre nécessaire à l'évolution vers un développement durable :
Figure 2 : Les parties intéressées au fonctionnement de l'entreprise.
Les modes de production et de consommations sont liés, il ne peut y avoir de production responsable sans consommateurs responsables. De même les acteurs financiers ont une forte responsabilité, c'est à eux de mieux évaluer, dans les bilans, les dépréciations ou les valorisations des capitaux environnementaux et sociaux. La pollution des sols n'apparaît dans le bilan qu'au moment d'un audit de cession par exemple, avec potentiellement une forte dépréciation. Les licenciements secs conduisent à se défaire d'un patrimoine humain, véritable capital pour l'entreprise. Une politique de formation est un investissement productif. Les entreprises ne pourront avoir cette vision intégrée que si les acteurs extérieurs, publics ou privés, y sont sensibilisés.
Les entreprises les plus orientées vers le développement durable doivent pouvoir avoir accès aux financements " En collaboration avec le secteur privé, les gouvernements devraient favoriser la mobilisation de capitaux à risque en faveur des projets et programmes de développement durable. "
L'appartenance au territoire est une composante importante du développement durable. De nouveaux modes de gestion environnementale se mettent en place :
Mais d'autres dimensions du développement durable peuvent être concernées. En développant des liens avec les syndicats des pays du sud avec lesquels leur entreprise est en relation, les syndicats peuvent contribuer à la réduction des écarts.
Le personnel de l'entreprise peut être partie prenante des contacts de l'entreprise ouverte. La prise en charge de l'environnement par les CHSCT a permis à la problématique environnementale de rentrer dans un organisme paritaire. Auparavant l'inspecteur des établissements classés n'était en relation qu'avec la direction de l'entreprise, contrairement à l'inspecteur du travail. Mais cet organisme est sectoriel.
Quel rôle doit jouer le comité d'entreprise comme lieu de discussion sur l'avenir stratégique de l'entreprise. C'est là que doivent s'intégrer les trois dimensions environnementales, sociales et économique de l'entreprise.
Les petites & moyennes entreprises (PME) de l'Union Européenne représentent 99,8% de l'ensemble des entreprises, 66% de l'emploi et 65% du chiffre d'affaires. Pourtant elles rencontrent des problèmes spécifiques, avec en premier lieu leur difficulté d'accès à l'information sur les normes et les évolutions internationales du fait des stratégies de développement durable. Dans son groupe de travail sur l'emploi la Commission Française du Développement Durable a fait quelques propositions pour les PME :
(2) Mise en place d'un dispositif d'aide à la mise en conformité aux normes,
(3) Installation de médiateurs de la normalisation,
(4) Appui à la coopération entre les PME du développement durable pour l'élaboration des normes
(6) Soutien et financement des protocoles de coopération entre grandes et petites entreprises. "
Il s'agit bien de définir de nouvelles relations ou la concurrence et le marché restent présent mais la gestion des relations contractuelles sur la durée ouvrent la voie à des domaines de coopération.
Dans sa proposition 8 le groupe de travail de la Commission Française du Développement Durable propose de définir un " statut de l'entreprise non lucrative à vocation sociale et écologique " :
" Pour des entreprises positionnées à la fois sur l'insertion ou sur l'innovation sociale et dans le monde marchand, l'application de ce statut permettrait de résoudre le problème de l'inadaptation de la forme juridique d'association loi 1901 aux relations de marché tout en n'assimilant pas totalement ces structures à des entreprises classiques. Dans la mesure où ces entreprises se donnent dès leur origine des contraintes supplémentaires en matière sociale et (ou) écologique, ce statut différencié devrait se traduire par une fiscalité préférentielle (allégement du taux de TVA par exemple). Cette fiscalité constituerait la contrepartie positive des charges additionnelles supportées par ces PME. "
Ce point de vue pourrait être modéré par le fait que l'existence de certaines de ces activités sont dues au fait que les entreprises classiques ont délaissé certaines fonctions, ont abandonné certains rôles. La multiplication des entreprises d'insertion par exemple peut être préoccupante. Surtout si elles ne débouchent pas sur de vrais emplois. Le domaine de l'environnement est particulièrement en cause dans ce domaine. De nombreuses tâches (entretien de rivières, collecte de déchets...) font l'objet de dispositifs précaires sans réel débouché professionnels : CES, emplois d'insertion, emplois jeune...
On pourrait préférer la mise en place de véritables filières professionnelles. Une solution pourrait être que ces entreprises non lucratives à vocation sociale et écologique puissent être filiales d'entreprises classiques qui assureraient ensuite l'insertion dans la vie économique normale.