
Le modèle OID est adapté à la représentation du système que constitue l'entreprise : on retrouve ainsi un système opérant, - le site de production -, régulé par un système de décision, - la direction de l'entreprise -. Détaillons tout d'abord le système opérant et la nature de ses échanges physiques avec l'environnement.

figure 23. Les services de l'entreprise (exemple) [BARANGER
81]Le système opérant de l'entreprise correspond à une entité géographique (le site industriel), qui assure une fonction (la production) par des moyens humains (le personnel de l'entreprise), techniques (les outils de production) et financiers.
Les problèmes que rencontre l'intégration de l'environnement dans l'entreprise vont être rencontré à chacun de ces niveaux. L'entreprise n'est pas seulement un outil de production transformant la matière, mais également des hommes et une culture : " L'entreprise est davantage qu'une organisation chargée de transformer les matières premières en biens de consommation. Elle est le dépositaire de traditions et de savoir-faire locaux, d'expériences et de pratiques aussi bien que le creuset de l'activité économique et sociale. En bref, elle est partie intégrante de notre société" [PAR.EUROP 93]
Nous allons aborder deux facettes de l'entreprise en lien avec l'environnement : celle de son fonctionnement technique, et celle du rôle de l'homme dans la gestion de ce fonctionnement technique.
Nous retrouvons ici le problème d'affectation des flux qui était apparu pour les systèmes globaux. En effet, les prélèvements et rejets de l'entreprise sont soit directs (prélèvement dans un cours d'eau, rejet d'effluents aqueux au milieu, dépôt de déchets en décharge interne...), soit indirects (fourniture d'eau réseau par un prestataire, enlèvement des effluents par un traiteur de déchet, enlèvement des déchets...). Dans le premier cas, seule l'entreprise est impliquée, et il n'y pas de problème d'affectation. En revanche, dans le deuxième cas, un prestataire ou sous-traitant intervient en tant qu'intermédiaire entre l'entreprise et l'environnement (figure 24).

L'entreprise a la responsabilité de l'origine de ses prélèvements et de la destination finale de ses rejets (un même rejet d'effluent pollué, selon qu'il est confié à un prestataire compétent ou non, n'aura pas le même impact sur l'environnement). Il faut donc lui allouer la responsabilité de ses prélèvements et rejets indirects, considérant ceux ci comme un couple "flux-origine" pour les prélèvements, et "flux-destination" pour les rejets (figure 25).

Au niveau d'une entreprise donnée, l'identification de ses facteurs
d'impact peut s'appuyer sur une approche "procédé", identifiant
les flux entrants et sortants de l'entreprise
Dans cette approche, nous considérons le site industriel comme une " boite noire", entité de transformation de la matière (figure 26) : les flux entrants (consommation de matières premières, énergie, eau, produits intermédiaires...) sont transformés et donnent lieu à des flux sortants, soit désirés (produits et co-produits), soit non désirés (rejets atmosphériques, rejets liquides, déchets, nuisances).

L'identification des flux entrants et sortants de l'entreprise, associés
à leurs caractéristiques (nature, modalités, origine
/destination), permet de constituer une liste des catégories de
facteurs d'impact envisageables :
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| Eau | eau de ville, eau industrielle, eau prélevée au milieu - cours d'eau, nappe phréatique -... | consommation | fournisseur, milieu | |
| Énergie | électricité, gaz, fuel,charbon... | consommation | fournisseur,milieu | |
| Matières premières | par nature | consommation | fournisseur,milieu | |
| Produits intermédiaires / consommables | par nature | consommation | fournisseur | |
| Équipement | par nature | consommation | fournisseur | |
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| Produits et co-produits | par nature | quantité produite | ||
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| Rejets atmosphériques | par point de rejet | débit | concentration | milieu |
| Rejets liquides | par point de rejet | débit | concentration | milieu, collecteur |
| Déchets Inertes D.I | par type de déchet | quantité |
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filière |
| Déchets Industriels Banals D.I.B | par type de déchet | quantité |
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filière |
| Déchets Industriels Spéciaux D.I.S | par type de déchets | quantité | concentration | filière |
| Déchets Ultimes D.U. | type de déchets | quantité | concentration | filière |
| Déchetsd'emballage | par type d'emballage (papier, carton, plastique...) | quantité |
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filière |
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| Bruit/vibrations | intensité aux limites du site | |||
| Odeurs | présence d'odeurs en limite de site | |||
| Poussières | envol de poussière | |||
| Intégration paysagère | présence d'espaces vert, de rideau d'arbre... | |||
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| risques externes naturels | inondation, foudre, séismes... | |||
| risques externes non naturels | accidents routiers, ferroviaires, aériens, malveillances... | |||
| risques internes :explosion, incendie | installations et produits à risque | |||
| risques internes : pollution accidentelle | installations et produits à risque | |||
L'approche considérant l'entreprise comme une "boîte noire",
intéressante d'un point de vue global, n'est pas valide pour le
traitement pratique des flux dans l'entreprise : ils n'y sont pas traités
globalement, mais affectés par opérations ou ensemble d'opérations.
Le décompte global des flux n'est obtenu qu'à partir d'une
agrégation des flux identifiés pour chaque opération
du site.
Apparaît ici la nécessité d'entrer plus précisément dans le fonctionnement de l'entreprise, en établissant une correspondance entre chaque facteur d'impact et les opérations et pratiques se déroulant dans l'entreprise. On peut ainsi considérer que l'on a deux niveaux de facteurs d'impact :

Pour identifier ces facteurs indirects, il est nécessaire de lier les opérations et pratiques de l'entreprise aux flux entrants et sortants.
Identification des opérations du site industriel
Un site abrite un ensemble d'opérations (transport, stockage, manutention, procédés de fabrication, procédés de traitement...), qui fonctionnent en traversant différentes phases (démarrage, régime continu, arrêt, maintenance, entretien, vidange...), chacune de ces phases étant à l'origine de flux entrants (consommation de matières premières, énergie, eau, produits intermédiaires...), et de flux sortants, soit désirés (produits et co-produits), soit non désirés (rejets atmosphériques, rejets liquides, déchets, nuisances). Chaque opération est associée à des risques. Le site évolue dans le temps, a un historique, et peut connaître des développements futurs.
La figure 28 reprend cette vision.

Les flux de matière transitants dans l'outil de production peuvent être classés en fonction de leur emploi. On identifie trois secteurs principaux :
Opérations et pratiques environnementales
L'identification des flux et opérations, se traduisant en fait par la réalisation d'un schéma de production, permet d'identifier les facteurs purement techniques. Mais la production s'appuie également sur les hommes qui interviennent au niveau de chaque opération. Ainsi, à chaque opération correspondent des pratiques environnementales : les opérations correspondent aux transformations physiques auxquelles sont soumis les flux, les pratiques à la manière dont ces opérations sont conduites relativement à l'environnement par le personnel de l'entreprise. Les pratiques peuvent être formalisées sous forme de procédures, décrivant par des consignes précises la manière de réaliser l'opération (figure 29).

Prenons l'exemple d'une opération "vidange d'un véhicule" : elle consiste à effectuer la vidange, à recharger en huile, et à évacuer le flux d'huile usagée. La pratique environnementale correspondra pour cette opération à observer la destination du flux d'huile usagée : si l'opérateur le récupère pour traitement ultérieur, la pratique est bonne, s'il la laisse au sol, ou la rejette dans le réseau d'eau vanne, la pratique est mauvaise.
Dans le cas d'une opération de production générant des déchets d'emballage et des déchets souillés, une bonne pratique environnementale consistera à trier les déchets et à les orienter vers une filière de traitement approprié et une mauvaise pratique à les mélanger et/ou à les brûler sur place.
Les mauvaises pratiques environnementales peuvent contribuer pour beaucoup aux facteurs d'impact d'une entreprise. Elles jouent notamment un rôle important dans les phases de fonctionnement non continue des opérations (démarrages, entretiens, arrêts, incidents...), phases dans lesquelles elles sont à l'origine de flux de polluants ponctuels, difficiles à identifier. La maîtrise de ces pratiques ne peut être obtenue que par une information et une formation du personnel de l'entreprise aux bonnes et mauvaises pratiques environnementales.
L'entreprise doit contrôler les flux, et donc les opérations et pratiques, afin de réduire les perturbations qu'ils engendrent sur l'environnement. Ce contrôle fait intervenir la régulation du fonctionnement de l'entreprise par son système de décision.
Dans la pratique, une grande part de l'information est communiquée de façon informelle entre système de décision et système opérant, particulièrement dans les PME, où le système formel peut être inexistant. On retrouve donc la superposition de deux systèmes d'information, l'un formel, l'autre informel, qui vont traiter chacun de façon parallèle les informations sur le fonctionnement du système opérant (figure 30). Prenons l'exemple d'un incident bénin, mais qui aurait pu avoir des conséquences graves, se déroulant dans un atelier :

Relativement aux critères environnementaux, la régulation du système opérant doit permettre la maîtrise des échanges physiques avec l'environnement, c'est à dire des facteurs d'impact de l'entreprise.
Régulation des échanges physiques avec l'environnement : Maîtrise des facteurs d'impact directs et indirects
La direction de l'entreprise doit donc être à même de contrôler les flux entrants et sortants du site industriel, et donc les pratiques à l'origine de ces flux.
Cela implique qu'elle soit capable :

L'acquisition de ces différents niveaux de maîtrise implique des changements techniques dans l'entreprise, mais entraîne également des changements culturels : "Modifier l'ensemble des pratiques demande la redéfinition des objectifs de l'entreprise, c'est à dire sa stratégie, mais également la modification de la nature du travail, et la définition de nouveaux rôles pour le personnel, qui doit acquérir de nouvelles connaissances et savoir-faire. Le management de l'environnement demande de nouvelles valeurs et références. Les entreprises doivent reconnaître l'environnement comme un facteur de décision, qui a des implications à long-terme sur sa manière de conduire ses affaires et sur ses relations avec son environnement économique. L'éco-efficacité n'est pas atteinte seulement par un changement technologique, mais également par de profonds changements dans les objectifs et les postulats qui dirigent l'activité de l'entreprise" [LLERENA 96]
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