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PREMIER MINISTRE
MISSION INTERMINISTERIELLE
DE L’EFFET DE SERRE
15 octobre 1998
ECHANGE DE PERMIS D’EMISSIONS
PROBLEMATIQUE
Le Protocole de Kyoto ouvre la voie à l’échange international
de permis d’émissions de gaz à effet de serre, susceptible
pour les Parties qui ont pris des engagements quantifiés de réduction
de concourir, en sus de leurs politiques nationales, à respecter
ces engagements. Mais la mise en œuvre de cet instrument économique
reste ambiguë au regard des objectifs majeurs du Protocole : obtenir
dans chaque Etat signataire des réductions effectives d’émissions.
Lors des réunions de juin 98 à Bonn des organes
subsidiaires de la Convention, deux notes de position sur les règles
et lignes directrices pour le fonctionnement du système de permis
négociables ont été diffusées, l’une par "
l’Umbrella Group " (sous le leadership des Etats-Unis), l’autre par l’UE,
les pays associés et la Suisse. Pour sa part, le G77 a produit une
liste de questions sur les mécanismes de flexibilité, y compris
les permis négociables, auxquelles un premier ensemble de réponses
fut apporté en particulier par l’UE. Le Groupe de contact, mis en
place par le SBSTA et le SBI pour traiter des mécanismes de flexibilité,
n’a produit qu’une liste d’éléments à inclure dans
un programme de travail sur chacun des mécanismes ; il s‘agit d’une
simple compilation réalisée à partir des apports des
différents groupes de négociation, qui n’a pas fait l’objet
de négociations à ce stade.
La première tâche de COP4 sera donc
de mener à terme la négociation sur un programme de
travail,
comprenant clairement un échéancier :
-
COP4 aura à traiter de mesures qui, actuellement,
laissent apparaître des différends non tranchés
entre les positions des divers groupes (notamment la définition
de la " supplémentarité ", la nécessité
de
prévoir un dispositif limitant le " commerce d’air chaud ",
la contrainte pesant sur les modalités de fonctionnement
des systèmes nationaux de permis négociables pour éviter
les distorsions de concurrence, les contraintes additionnelles s’appliquant
à la qualité des émissions pouvant être échangées,
le système de pénalités, avec le problème de
partage du risque acheteur/vendeur);
-
des décisions sont pourtant envisageables sur
des points techniques a priori moins conflictuels, comme les méthodologies
de suivi des émissions, de comptabilisation et d’enregistrement
des transferts et de communication d’information sur lesdits transferts;
-
une convergence de vues est possible à brève
échéance aussi sur les règles et procédures
pour assurer la transparence des échanges et l’ouverture du système.
ENJEUX
Il s’agit avant tout de replacer les échanges
de permis d’émission dans leur véritable fonction à
l’égard de l’action pour la baisse des émissions de carbone
: c’est de leur intervention en complément des politiques
et mesures que peut venir la capacité de l’ensemble de l’Annexe
I à surmonter les difficultés considérables qui viennent,
non pas seulement des objectifs de Kyoto, mais du laisser-aller qui marque
la décennie 1990 - 2000. Donc résorber les
retards plus ou moins importants accumulés par les pays.
Si les différentes questions en discussion ont
la plupart du temps une apparence très technique, celles qui correspondent
à cette logique de complémentarité ont une dimension
politique:
-
question de la " supplémentarité ",
-
question de la relation permis/écotaxes,
-
sans oublier toutefois celle de " l’air chaud ".
NI DIABOLISÉS, NI IDOLATRÉS
-
La " supplémentarité " doit être
vue à la fois dans son sens contraignant, mais aussi dans ses facultés
d’adjuvant à la mise en œuvre des politiques. Traiter le sujet sous
cet angle doit permettre
- de dépasser les blocages qui font peser une double menace
sur la mise en œuvre du protocole : laxisme ou non ratification par le
pays le plus émetteur ;
- d’assurer l’efficacité des mécanismes , non seulement
en ne concourant pas à une trahison des objectifs de Kyoto, mais
en incitant de manière très pressante à adopter le
plus vite possible les politiques permettant de prendre le bon chemin.
La position européenne, exprimée par les ministres
de l’environnement le 6 octobre 1998, est que, pour garantir le fait que
les actions domestiques jouent le rôle principal dans le respect
des engagements, il était nécessaire de mettre un plafond
à l’usage des mécanismes de flexibilité, "défini
en termes quantitatifs et qualitatifs sur la base de critères équitables
". De tels critères pourraient mesurer l’effectivité et l’efficacité
des politiques mises en œuvre, notamment au moment de l’examen prévu
en 2005.
-
L’échange de permis doit pouvoir être compatible avec la
taxation du CO² . Cet aspect du problème n’est pas pour l’instant
un sujet de discussion internationale (bien qu’on puisse le rappeler) mais
beaucoup plus intra-européenne.
En revanche cette question rejoint celle de l’allocation initiale
des permis : celle-ci se pose par ailleurs en termes d’égalité
de concurrence internationale ; ici c’est d’équité entre
les émetteurs de chaque pays qu’il s’agit ; dès lors que
certains secteurs sont soumis à taxation, il est difficile de considérer
que la totalité des permis, pour les autres, relève de l’allocation
gratuite sur la base des émissions historiques. C’est ce qui a conduit
la France à se prononcer, en cas d’allocation d’autorisations à
des entreprises, pour une mise aux enchères d’une proportion
minimale de permis.
-
La question de l’air chaud n’est pas vraiment résolue.
La
France soutient les propositions qui permettent d’encadrer le recours à
ces quotas artificiels tant dans
leur
quantité que dans les conditions de fonctionnement du marché.
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