| Dist.
GENERALE UNEP/CBD/COP/5/23 22 juin 2000 FRANCAIS Original : ANGLAIS |
CONFERENCE DES PARTIES A
LA CONVENTION SUR LA DIVERSITE BIOLOGIQUE
Cinquième réunion Nairobi, 15-26 mai 2000 |
RAPPORT DE LA CONFERENCE DES PARTIES A LA CONVENTION SUR LA DIVERSITE BIOLOGIQUE SUR LES TRAVAUX DE LA CINQUIEME REUNION
V/6 Approche par écosystème
La Conférence
des Parties
3. Invite les Parties, les autres gouvernements et les institutions compétentes à identifier des études de cas, à réaliser des projets pilotes et à organiser, le cas échéant, des ateliers locaux, nationaux et régionaux, ainsi que des consultations visant à intensifier la sensibilisation, à favoriser la mise en commun de données d'expérience par l'intermédiaire du Centre d'échange et à renforcer les moyens régionaux, nationaux et locaux en matière d'approche par écosystème;
4. Demande au Secrétaire exécutif de collecter, d’analyser et de comparer les études de cas visées au paragraphe 3 ci-dessus et de préparer une synthèse des études de cas et des enseignements tirés, pour présentation à l’Organe subsidiaire chargé de fournir des avis scientifiques, techniques et technologiques avant la tenue de la septième réunion de la Conférence des Parties;
5. Demande à l'Organe subsidiaire chargé de fournir des avis scientifiques, techniques et technologiques, à une réunion devant se tenir avant la septième réunion de la Conférence des Parties, d’examiner les principes et directives concernant l’approche par écosystème, et d'élaborer des directives en vue de l'application de cette approche en se fondant sur les études de cas et les enseignements tirés et de veiller à ce que cette approche sous-tende les divers programmes de travail établis au titre de la Convention;
6. Reconnaît la nécessité d’appuyer le renforcement des capacités en vue de l'application de l'approche par écosystème, et invite les Parties, les gouvernements et les organisations compétentes à fournir un appui technique et financier à cette fin;
7. Encourage les Parties et les gouvernements à promouvoir la coopération régionale, notamment par l’adoption de déclarations conjointes et de mémorandums d’accord pour l’application transfrontière de l’approche par écosystème.
Annexe
A. Description de l'approche par écosystème
1. L'approche par écosystème est une stratégie de gestion intégrée des terres, des eaux et des ressources vivantes, qui favorise la conservation et l'utilisation durable d'une manière équitable. Ainsi, l'application d'une telle approche aidera à assurer l'équilibre entre les trois objectifs de la Convention que sont la conservation, l'utilisation durable et le partage juste et équitable des avantages découlant de l'exploitation des ressources génétiques.
2. L'approche par écosystème repose sur l'application de méthodes scientifiques appropriées aux divers niveaux d'organisation biologique, qui incluent les processus, les fonctions et les interactions essentiels entre les organismes et leur environnement. Elle reconnaît que les êtres humains, avec leur diversité culturelle, font partie intégrante des écosystèmes.
"On entend par "écosystème" un complexe dynamique formé de communautés de plantes, d'animaux et de micro-organismes et de leur environnement non vivant qui, par leur interaction, forment une unité fonctionnelle".
Cette définition ne mentionne pas d'unité ou d'échelle spatiale particulière, contrairement à la définition de la l'habitat" donnée par la Convention. Par conséquent, le terme "écosystème" ne correspond pas nécessairement aux termes "biome" ou "zone écologique", mais peut renvoyer à toute unité fonctionnelle, à quelque échelle que ce soit. De fait, c'est le problème à considérer qui devrait déterminer l'échelle de l'analyse et de l'action. Ce pourrait être, par exemple, un grain de terre arable, un étang, une forêt, un biome ou toute la biosphère.
B. Principes de gestion découlant de l'approche par écosystème
Explication : Les différents secteurs de la société perçoivent les écosystèmes en fonction de leurs propres besoins économiques, culturels et sociaux. Les peuples autochtones et autres communautés locales vivant de la terre sont des intervenants importants et leurs droits comme leurs intérêts doivent être reconnus. La diversité culturelle et la diversité biologique sont des éléments constitutifs centraux de l'approche par écosystème, et la gestion devrait en tenir compte. En dernière analyse, tous les écosystèmes devraient être gérés à l'avantage des humains, que cet avantage se rattache ou non à la consommation.
Principe 2 : La gestion devrait être décentralisée et ramenée le plus près possible de la base.
Explication : Les systèmes décentralisés peuvent entraîner plus d'efficience, d'efficacité et d'équité. Tous les intéressés devraient participer à la gestion qui devrait être également propice aux intérêts locaux et à ceux de tous les humains. Plus la gestion se fait à proximité de l'écosystème, plus il y a de responsabilité, d'imputabilité, de participation et de recours au savoir local.
Principe 3 : Les gestionnaires d'écosystèmes devraient considérer les effets (réels ou potentiels) de leurs activités sur les écosystèmes adjacents ou autres.
Explication : Les interventions de gestion d'écosystème ont souvent des retombées inconnues ou imprévisibles sur d'autres écosystèmes; les effets possibles doivent donc être soigneusement envisagés et analysés. Ceci peut imposer certains aménagements ou certains modes d'organisation aux institutions associées à la prise de décision pour faire, s'il y a lieu, les compromis appropriés.
Principe 4 : Compte tenu des avantages potentiels de la gestion, il convient de comprendre l'écosystème dans un contexte économique. Tout programme de gestion d'écosystème devrait :
b) Harmoniser les mesures d'incitation pour favoriser la conservation et l'utilisation durable de la diversité biologique;
c) Intégrer dans la mesure du possible les coûts et les avantages à l'intérieur de l'écosystème géré.
Il arrive fréquemment que ceux qui tirent parti des mesures de conservation n'en assument pas le coût et que ceux qui sont à l'origine des dépenses afférentes à la protection de l'environnement (en cas de pollution par exemple) se soustraient à leur responsabilité. Pour remédier à cette situation à l'aide d'incitations, il faut que celles-ci profitent à ceux qui gèrent les ressources et que ceux qui occasionnent des dépenses pour la protection de l'environnement soient sanctionnés.
Principe 5 : Conserver la structure et la dynamique de l'écosystème, pour préserver les services qu'il assure, devrait être un objectif prioritaire de l'approche systémique.
Explication : Le fonctionnement
et la résilience d'un écosystème dépendent
de la relation dynamique au sein des espèces, d'une espèce
à l'autre comme entre les espèces et leur environnement abiotique,
ainsi que d'interactions physiques et chimiques à l'intérieur
de l'environnement. La conservation et, le cas échéant, la
régénération de ces interactions et processus sont
plus importantes à long terme pour la conservation la diversité
biologique que la simple protection des espèces.
Principe 6 : La gestion des écosystèmes doit se faire à l'intérieur des limites de leur dynamique.
Explication : Au moment d'examiner la probabilité, voire la facilité, d'atteindre les objectifs de gestion, il faut prendre en compte les conditions environnementales qui limitent la productivité naturelle, la structure et la dynamique de l'écosystème. Les limites de la dynamique de l'écosystème peuvent être influencées à divers degrés par des conditions temporaires, imprévisibles ou artificiellement entretenues, et la gestion devrait, dans la même mesure, faire preuve de la prudence qui s'impose.
Principe 7 : L'approche par écosystème ne devrait être appliquée que selon les échelles appropriées.
Explication : L'approche devrait être délimitée par des échelles spatiales et temporelles en rapport avec les objectifs. Les limites à imposer à la gestion seront définies fonctionnellement par les utilisateurs, les gestionnaires, et les scientifiques et la population locales et autochtones. Au besoin, on favorisera les relations entre régions. L'approche par écosystème repose sur la nature hiérarchique de la diversité biologique, caractérisée par l'interaction et l'intégration des gènes, des espèces et des écosystèmes.
Principe 8 : Compte tenu des échelles temporelles et des décalages variables qui caractérisent les processus écologiques, la gestion des écosystèmes doit se fixer des objectifs à long terme.
Explication : Le processus des écosystèmes est caractérisé par des échelles temporelles variables et par des décalages dans le temps. Ceci va naturellement à l'encontre de la tendance humaine à privilégier les avantages à court terme et à préférer le profit immédiat aux avantages futurs.
Principe 9 : La gestion doit admettre que le changement est inévitable.
Explication : Les écosystèmes changent, y compris la composition des espèces et les effectifs des populations; la gestion doit donc s'adapter aux changements. En de leur dynamique interne de changement, les écosystèmes sont soumis à une conjonction d'incertitudes et de "surprises" potentielles dans les domaines humain, biologique et environnemental. Les acteurs habituels de perturbation peuvent revêtir de l'importance pour la structure et de fonctionnement des écosystèmes. L'approche par écosystème doit recourir à une gestion souple, pour anticiper ces changements et ces événements, et s'y adapter, et éviter donc toutes décisions qui excluraient certaines options; parallèlement, cependant, des mesures d'atténuation des conséquences devraient être envisagées aux fins d'adaptation aux changements à long terme tels que la modification du climat.
Principe 10 : L'approche par écosystème devrait rechercher l'équilibre approprié entre la conservation et l'utilisation de la diversité biologique.
Explication : La diversité biologique est importante en elle-même mais aussi à cause du rôle clé qu'elle joue en soutenant l'écosystème et en rendant d'autres services dont nous sommes tous dépendants en fin de compte. On a déjà eu tendance dans le passé à gérer les éléments constitutifs de la diversité biologique comme étant soit protégés soit non protégés. Il faut passer à une perspective plus souple, où la conservation et l'utilisation sont comprises en fonction du contexte et où l'on peut appliquer en les dosant toute la panoplie des mesures, qu'il s'agisse de protection stricte ou d'écosystèmes anthropiques.
Principe 11 : L'approche par écosystème devrait considérer toutes les formes d'information pertinentes, y compris l'information scientifique et autochtone, de même que les connaissances, les innovations et les pratiques locales.
Explication : Quelle que soit son origine, l'information est indispensable pour établir des stratégies efficaces de gestion des écosystèmes. Il est souhaitable de mieux connaître les fonctions des écosystèmes et les incidences de l'action de l'homme. Tous les renseignements pertinents en provenance d'une région concernée devraient être communiqués à tous les intervenants et à tous les acteurs, en tenant compte, entre autres, des décisions à prendre en vertu de l'Article 8(j) de la Convention sur la diversité biologique. Les hypothèses sous-tendant les décisions en matière de gestion devraient être explicites et confrontées aux connaissances disponibles et aux vues des intéressés.
Principe 12 : L'approche par écosystème devrait impliquer tous les secteurs sociaux et toutes les disciplines scientifiques concernés.
Explication : La plupart des problèmes de gestion de la diversité biologique sont complexes, impliquent nombre d'interactions, des effets secondaires et des conséquences; il faut donc recruter l'expertise nécessaire et réunir toutes les parties intéressées sur les plans local, national, régional et international, selon le besoin.
2. Favoriser le partage des avantages
10. Les processus et les
fonctions des écosystèmes sont complexes et variables. L'incertitude
qu'elles dégagent est encore accrue par l'interaction avec les construits
sociaux qu'il est nécessaire de mieux comprendre. La gestion des
écosystèmes doit donc comporter un processus d'apprentissage,
qui aide à adapter les méthodes et les pratiques aux modes
de gestion et de surveillance de ces systèmes. Les programmes de
mise en oeuvre devraient être conçus pour s'adapter à
l'imprévu, plutôt que de s'appuyer sur des certitudes immuables.
La gestion des écosystèmes doit reconnaître la diversité
des facteurs sociaux et culturels qui influencent l'utilisation des ressources
naturelles. Des décisions inflexibles et à long terme risquent
de s'avérer inadéquates voire destructrices. La gestion des
écosystèmes doit être regardée comme une expérience
à long terme qui avance en tablant sur les résultats qu'elle
obtient. Cet "apprentissage sur le tas" sera aussi une source importante
d'information pour apprendre à mieux contrôler et à
mieux évaluer la réussite dans la réalisation des
objectifs fixés. A cet égard, il conviendrait que les Parties
se dotent de moyens de contrôle ou renforcent ceux dont elles disposent.
de coopération transfrontalière
ou de coopération à des niveaux mondiaux.
5. Permettre la coopération intersectorielle
12. A titre de cadre d'action
fondamental adopté en vertu de la Convention, l'approche par écosystème
devrait être pleinement prise en compte dans l'élaboration
et l'examen des stratégies et des plans d'action nationaux pour
la diversité biologique. Il est également nécessaire
d'intégrer l'approche par écosystème à l'agriculture,
aux pêches, à la foresterie et aux autres systèmes
de production qui ont une incidence sur la diversité biologique.
La gestion des ressources naturelles, for selon l'approche par écosystème,
requiert une communication et une coopération intersectorielles
accrues à tous les niveaux (ministères gouvernementaux, agences
de gestion, etc.). La chose peut être encouragée, par exemple
par la création d'entités interministérielles au sein
du Gouvernement ou par la mise sur pied de réseaux pour mettre en
commun l'information et l'expérience.