Intervention de Monsieur Guy PEYRACHE

Président de l’Institut de Sûreté de Fonctionnement

Ecole d’été " Gestion Scientifique du risque "
6/10 septembre 1999
ALBI - FRANCE

Vendredi 10 septembre
Conférence de clôture 


Monsieur LONDICHE a proposé que cette fin d’école d’été soit réservée aux trois présidents des organisations les plus représentatives, en France, des spécialistes… et des non spécialistes intéressés par la gestion des risques. C’est la raison essentielle de ma présence parmi vous. Je m’en réjouis et tiens à remercier chaleureusement Monsieur LONDICHE et les organisateurs de votre école d’été.

Cela étant dit et acté, je voudrais rapidement vous présenter l’Institut de Sûreté de Fonctionnement qui fête cette année son 10ème anniversaire. A la fois Société Savante et noyau de recherche et de développement, il doit son originalité à cette double réalité qui permet :

Depuis l’origine, 65 " projets " - c’est ainsi que nous les désignons – ont vu le jour et ont permis à des sociétés de service et à des équipes universitaires de développer méthodes et outils que nous nous efforçons ensuite de promouvoir. A noter que lm12 aura lieu du 28 au 30 mars 2000 à Montpellier (27 mars : journée des tutoriels). On voit bien que, par rapport aux sociétés savantes " classiques " parfois considérées comme poussiéreuses, l’ISdF se caractérise par un dynamisme et une ouverture importants. Cela est dû, pour l’essentiel, au fait que les actifs dans l’ISdF sont, pour la plupart,…en activité dans l’industrie. Le faible nombre des retraités étant compensé par leur efficacité et leur disponibilité.

Un dossier présentant plus en détail l’ISdF est disponible dans le hall –(ou, du moins, était disponible au début de cette semaine)-. Il peut être obtenu sur simple demande à l’ ISdF.

Si vous le permettez, je souhaiterais insister sur 2 points liés à nos activités :

  1. Mise en forme de l’idée (d’où qu’elle vienne) – édition d’une fiche " projet ".
  2. Chiffrage du montant de l’étude. Fixation du montant d’une souscription.
  3. Accord du Comité Directeur.
  4. Mise au point du Cahier de Charges.
  5. Appel à souscription.
  6. Lorsque le nombre des souscriptions souhaité est atteint, lancement de l’appel d’offres pour sélectionner le prestataire qui mènera à bien l’étude.
  7. Mise en place du Comité de projet qui, réunissant les souscripteurs et un représentant du Comité Directeur, suivra le projet tout au long de son développement. (Pour mémoire, rappelons qu’une exclusivité de 3 ans est accordée aux souscripteurs d’un projet).
C’est dans la réponse à l’appel d’offres que les responsables de l’ ISdF ont depuis plusieurs années décidé de donner priorité, lorsque les conditions financières sont comparables, aux tandems constitués d’une société de service et d’une équipe universitaire. Je souhaitais insister sur ce point qui devrait intéresser les participants à cette école d’été. A toutes fins utiles, je rappelle ici les coordonnées de l’ISdF qui, depuis son origine, est partie intégrante mais autonome du Mouvement Français pour la Qualité :

Institut de Sûreté de Fonctionnement
41, rue des Trois Fontanot
92024 NANTERRE Cedex

Tel : 01.55.17.47.91
Fax : 01.55.17.47.95
E-mail : isdf1@mfq.asso.fr
Web : http://www-assoc.frec.bull.fr/isdf

Le décor de l’IsdF étant planté, quel apport puis-je faire aux réflexions qui vous ont absorbés cette semaine ?

L’ ISdF est plutôt polarisé par les risques industriels et, bien que la démarche (analyse des risques, évaluation des conséquences associées, hiérarchisation des risques, élimination ou à tout le moins diminution) soit une constante dans la maîtrise des risques quels qu’ils soient, nous ne nous reconnaissons quelques compétences que dans le domaine des risques d’origine technologique susceptibles d’affecter des biens (matériels ou systèmes) ou des services. En effet, seuls des spécialistes d’un domaine donné peuvent articuler une évaluation réaliste, voire vraisemblable, des conséquences d’un dysfonctionnement. Or, pour des raisons historiques sans doute liées à nos origines fiabilistes, c’est quand même le domaine technologique qui est notre domaine d’expertise.

Autre caractéristique de l’ISdF : pour nous, il y a risque lorsqu’il y a dysfonctionnement possible et probable, quelle qu’en soit la nature. Nous ne nous intéressons pas à la seule sécurité – c’est à dire aux dangers pour les hommes ou les biens – mais à tout écart par rapport à la " normale définie ". Ainsi un retard de livraison est-il considéré comme un dysfonctionnement à prendre en compte au même titre …. mais pas au même niveau hiérarchique, qu’une défaillance lourde de conséquences.

Ce qui nous préoccupe essentiellement, c’est de pouvoir remonter le plus en amont possible dans la conception d’un bien, d’un système, pour éliminer les dysfonctionnements potentiels.

Autre point sur lequel nous insistons : après analyse des risques, au niveau conception d’un équipement ou d’un système, il importe de hiérarchiser ces risques afin de déterminer la répartition en montants et délais des efforts développés pour les éliminer ou du moins les réduire. Or, l’ordre adopté peut très bien ne pas être celui des conséquences – chiffrées – décroissantes (lorsque la sécurité n’est pas en cause, évidemment). Il tient compte le plus souvent des possibilités de l’entité responsable voire de certaines opportunités (disponibilité en personnel qualifié, ressources…).

Autre point encore : l’importance que nous accordons à la recherche d’un optimum du coût global de possession. En effet, tout dysfonctionnement a une influence sur le coût global de possession du bien étudié et l’art du concepteur est d’optimiser fiabilité et maintenabilité pour obtenir la meilleure disponibilité possible au moindre coût global pour une durée de vie donnée. C’est pourquoi nous nous intéressons à tout ce qui est maintenance, soutien logistique qu’il soit intégré ou non, et donc à la maintenabilité.

Un des " projets " intéressants de l’ISdF a été celui qui a montré dans ce domaine l’existence d’une maintenabilité extrinsèque au matériel / au système lui-même. C’est celle qui est liée aux conditions d’exploitation. La maintenabilité d’un bien ne dépend pas du seul bureau d’études qui l’a conçu mais aussi de toute la logistique associée à son exploitation.

Parmi nos " projets " récents, une mention peut être faite de celui qui se préoccupe de la durée de vie d’un bien, car cette durée de vie est liée aux risques acceptables. Et la détermination, l’évaluation, de l’acceptabilité d’un risque n’est que très rarement chose aisée. Il nous faut encore beaucoup travailler sur le sujet. Lorsque les conséquences d’un dysfonctionnement ont des répercussions sur la sécurité des personnes, cette évaluation d’acceptabilité est encore plus difficile. On en arrive d’ailleurs ainsi au rôle de l’information…du public lorsqu’il y a danger, au rôle des médias, à l’importance de la transparence…

En ce qui concerne les catastrophes naturelles – et malgré le récent article du Monde (Août 1999) dont le titre nie leur existence tout en insistant sur l’impéritie et l’avidité des responsables – il me semble, pour répondre à la demande de Monsieur LONDICHE, qu’en l’absence de possibilité d’action sur les tremblements de terre ou les pluies diluviennes, c’est sur l’étude des signaux faibles avant-coureurs que nous pourrions / vous pourriez vous polariser, indépendamment, bien sûr, de l’ensemble des précautions à prendre pour limiter au maximum les conséquences : constructions antisismiques, reforestation,…

Cette question des catastrophes naturelles me ramène à un point de vue que nous défendons énergiquement à l’ISdF, c’est celui de l’intérêt fondamental de la " gestion des risques " ou de leur " maîtrise " pour la compétitivité de toute entreprise. Nous ne voulons pas assimiler risques aux seuls dangers. Le vocable " sûreté de fonctionnement " a déjà, nous le voyons tous les jours, une connotation par trop nucléo-spatiale qui effraie les PMI que nous souhaitons convaincre, et entraîne des blocages dommageables à la transmission du message que nous voulons diffuser.

Dernier point enfin, dans ce bref panorama de nos préoccupations liées aux vôtres propres : l’importance du facteur humain dans tous ces développements retient toute notre attention et 3 ou 4 de nos groupes de travail y consacrent beaucoup d’énergie.

Pour ce qui est des " affaires " récentes évoquées ces jours-ci, vaches folles, dioxine, ou Coca Cola, nous n’avons pas à l’ISdF de position spécifique et nous n’avons pas coutume de nous préoccuper de situation de crise mais plutôt de résolution de problèmes techniques ou organisationnels. Il n’empêche qu’une opinion prévaut parmi les responsables de l’Institut que bien des inquiétudes et difficultés en résultant pourraient être minimisées, si une meilleure appréciation des risques pouvait être diffusée à temps. Cette incapacité à rendre l’opinion publique à même d’entendre et de comprendre un point de vue rationnel, raisonnable et sain obère les prises de décision relatives au lancement de projets à risques.

En guise de terminaison sinon de conclusion, je voudrais vous redire tout le plaisir que j’ai eu d’être parmi vous ces jours-ci, et les espoirs d’une coopération durable et fructueuse que cette participation me laisse envisager.

Rendez-vous tous à lm12, du 28 au 30 mars prochains, à Montpellier.
 
Vendredi 10 septembre
Conférence de clôture