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Formation à la caractérisation
du comportement humain dans les accidents du travail
par Dominique Pécaud, sociologue
Institut de l ’homme et de la technologie, Nantes
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Ecole d’été
"Gestion Scientifique du risque "
6/10 septembre 1999
ALBI - FRANCE
Le contexte
La demande émanait de quelques
préventeurs travaillant sur l’analyse des pratiques professionnelles
de prévention. Ces préventeurs constituaient les porte-parole
d’un groupe rassemblant une trentaine de préventeurs des grandes
entreprises de la métallurgie. Ils souhaitaient à la fois
s’informer sur les réponses que pouvaient apporter les sciences
humaines et sociales aux interrogations qu’ils formulaient et se forger
des arguments à faire valoir au sein de ce groupe.
Nature de la demande émanant du groupe
de préventeurs
La demande des préventeurs
était double:
-
Volonté d’expliquer les
"
accidents
inexplicables " : les préventeurs avaient relevé
l’existence d’accidents professionnels pour lesquels les raisons retenues
ne leur semblaient pas pertinentes. Les notions de
"
facteur
comportemental " ou de " facteur humain
",
avancées comme explications comme allant de soi leur semblaient
ou insuffisantes ou inacceptables.
-
Volonté de comprendre
les différentes facettes de la notion " facteur comportemental "
telle qu’elle leur paraissait utilisée à travers l’utilisation
de l’outil de l’ " arbre des causes ". Dans ce cas, il y avait nécessité
de distinguer la méthode préconisée pour utiliser
l’outil et les usages constatés de l’utilisation de l’outil.
Les enjeux pour l’Institut de l’Homme et de
la Technologie
Pour sa part, l’IHT voyait
dans cette démarche :
-
La possibilité de confirmer
l’intérêt de l’introduction des méthodes et outils
issus des sciences humaines et sociales dans une réflexion sur la
prévention des risques professionnels,
-
La possibilité de faire
de la démarche de recherche un acte de formation,
-
L’occasion de mener la demande
jusqu’à la réalisation d’une recherche-action portant sur
l’élaboration de nouvelles formes d’analyse des accidents de travail.
La problématique
-
L’usage de la notion de " comportement
humain " dans l’analyse des accidents de travail relève de manières
de penser et d’agir renvoyant à des enjeux sociaux implicites
Les principales hypothèses
-
Si l’arbre des causes distingue des causes
techniques et des causes sociales, il les situe, de par sa conception,
mais encore plus de par son utilisation avérée, uniquement
dans une vision déterministe et arborescente de l’accident
-
La notion de comportement humain renforce
une conception individualisée du travail. Cette conception, présente
dans de nombreux usages de management pèse sur un point de vue individualisé
de l’accident
-
La notion de comportement humain participe
à une classification sociale en œuvre explicitement et implicitement
dans l’entreprise
Les sources utilisées pour la recherche-action
-
Les rapports d ’accidents (élaborés
ou non sous la forme d ’arbre des causes) en provenance d’entreprises
-
Les témoignages des préventeurs
sur leur pratique professionnelle au sein de leur entreprise
-
Les séances de travail avec le
groupe, considérées comme des séances d’élaboration
de contenus
Les résultats
Deux plans sont distingués
:
-
le plan épistémologique
(conditions
de constitution des connaissances)
-
le plan social (manières
d’être ensemble dans les situations de travail)
Principales questions d’ordre épistémologique
soulevées
-
Eclairage sur les notions de
causalité, de probabilité, d’imputation. Repérage
de leurs usages. Conséquences
-
Repérage de l’usage d’explications
reposant sur des rapports de causalité linéaire au détriment
de schémas s’appuyant sur la notion de pluricausalité
-
Repérage de la non prise
en compte des situations de travail dans leur complexité et dans
leur durée. Conséquences
-
Prédominance des modèles
déterministes au détriment de modèles plus interactifs
dans l’explication des accidents
Les questions d’ordre social débattues
-
le statut des vérités
établies par la preuve ou par consensus. Conséquences
-
La mise en œuvre de stratégies
d’assujettissement à travers la recherche des causes simples et
l’évaluation psychosociale des auteurs
-
L’existence de processus de
classification, de distinction, de catégorisation, de sélection,
d’exclusion justifiés par les analyses des accidents
-
l’intérêt porté
aux comportements au détriment des formes de division de travail,
d’organisation et de coopération
Les champs à explorer
-
Les rapports conceptuels entre causalité
et imputation. Leurs conséquences dans la conception et dans l’usage
des outils d’analyse des accidents du travail. Les scénarios sociaux
induits
-
L’utilisation " à bas bruit " de
raisonnements scientifiques et techniques dans les pratiques sociales d’imputation
et de distinction
-
L’intérêt de l’hypothèse
des modes de régulation autonome à un moment où se
développe un regain des modes de régulation de contrôle
à travers la sophistication des procédures
-
L’intérêt des notions de
situation de travail et de travail collectif dans la compréhension
des accidents