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(Mercredi 8 septembre – acceptabilité, perception du risque et prise de décision) Bruno DEBRAY |
Ecole d’été
"Gestion Scientifique du risque "
6/10 septembre 1999
ALBI - FRANCE
| Vendredi
10 septembre
Synthèse et orientations |
Six exposés ont été présentés, suivis d'une table ronde et d'un atelier. Globalement, trois thèmes ont été abordés :
- la perception du risque
- le risque et les organisations
- la gestion des risques
et le management de projet
Ces thèmes ont été traités sous les deux angles des sciences de l'ingénieur et des sciences sociales. A l'issue des exposés, les tables rondes et ateliers sont revenues sur le facteur humain et sur l'acceptabilité du risque et ont donné lieu à des échanges enrichissants et passionnés.
Dans un premier temps, donc, Jean Pierre PAGES a mis en lumière les mutations profondes de la relation de l'homme au risque liées à l'introduction du principe ALARA mais aussi aux évolutions profondes des théories scientifiques permettant de définir la nature même du risque. En effet, si les premières interprétations du risque ont fait appel à la théorie de Daniel Bernouilli, qui fait de la maximisation des gains le seul critère d'évaluation du risque, le paradoxe de Saint-Pétersbourg a montré les limites de cette approche lorsque l'on sort du contexte des grands nombres. Elle a cependant été reprise, moyennant l'introduction de la notion d'utilité et a donné naissance au courant utilitariste. Or, cette approche entretient une confusion entre le risque volontaire auquel est attachée l'espérance de gain et le risque involontaire pour lequel la notion d'utilité est inadaptée. Cette inadaptation est renforcée par les mutations du système politique et l'introduction du principe ALARA (As Low As Reasonably Achievable) qui ouvre la possibilité d'une remise en cause permanente des institutions liées aux activités dangereuses, notamment dans le domaine du nucléaire. On assiste à la naissance d'une démocratie participative. Dans les études sur la perception du risque, l'analyse coût-bénéfice issue de la vision utilitariste doit laisser place à une approche sociale plus complète qui permet de mettre à jour les autres composantes de l'acceptabilité. A travers les rejets de certaines formes de risques transparaissent aussi les rejets des modèles de société auxquels ils sont associés et des conflits de valeurs. Ces composantes expliquent en partie les décalages observés entre le couple gravité-probabilité du risque et la peur ou le rejet qu'il induit dans le public. En d'autres termes, il est impossible de séparer perception du risque et opinion et les études sociologiques sur l'acceptabilité du risque doivent en tenir compte.
Le deuxième exposé est resté sur le terrain de la perception du risque vu sous l'angle de l'analyse dynamique des situations dangereuses. J.L. WYBO a, en effet présenté ses travaux sur l'analyse de la gestion des feux de forêt, qui ont débouché sur une approche générale de la dynamique du danger, qui cherche notamment à combler le déficit de mémoire des méthodes classiques d'analyse, essentiellement statiques. Cette approche repose à la fois sur une technique d'acquisition des connaissances et sur un modèle générique du déroulement du danger issu des travaux sur la gestion des feux de forêt. Ce modèle décrit le passage d'une situation de danger i à une situation i+1 par une succession d'étapes de perception, analyse, action et latence qui modifient l'hyperespace du danger des acteurs impliqués. La méthode consiste à interviewer tous les acteurs impliqués dans une séquence de danger en leur demandant de décrire l'évolution perçue de la situation, les contraintes, les actions et stratégies adoptées, les erreurs commises mais aussi les "cycles hypothétiques", c'est à dire les solutions qui auraient pu être adoptées dans les mêmes conditions. Le recueil d'information fait appel à un formalisme simple de description en vue de son utilisation comme support d'échanges entre acteurs pour enrichir les scénarios décrits et constituer les bases d'un retour d'expérience. Cette méthode est donc un exemple de mise à profit de la perception des acteurs au sens large pour la capitalisation de l'expérience dans la gestion dynamique des situations dangereuses.
La présentations de J.L. WYBO laissait transparaître l'importance des organisations dans la gestion du danger. Sans une parfaite coordination et une bonne correspondance des perceptions des pompiers la lutte contre le feu devient impossible. Ce message a été renforcé par la présentation au public du film sur l'accident de Pipper Alpha qui met en évidence les défauts d'organisation à l'origine de l'accident de cette plate-forme pétrolière. Ivan BOISSIERE a continué sur ce terrain en présentant les résultats d'une étude menée chez France Télécom, qui mettent en évidence les défaillance de l'organisation et leurs conséquences en matière, entre autres, de gestion quotidienne des dysfonctionnements techniques notamment par les services de maintenance. Cette étude montre les décalages de représentation qui peuvent exister entre différents niveaux hiérarchiques ou différents services. Les défaillances de l'organisation entraînent des ruptures cognitives ou des conflits portant sur les zones de responsabilité, le domaine d'intervention ou l'espace de compétence des agents. Heureusement, en parallèle à ce constat négatif, Yvan BOISSIERE met aussi à jour des mécanisme de rattrapage et de compensation liés à la création de réseaux de solidarité et de canaux de communication parallèles. Ces mécanismes pourraient servir de base à un retour d'expérience à condition que l'utilité du processus soit reconnue de façon explicite par la hiérarchie et que celui-ci ne soit pas détourné au profit d'une communication descendante.
Les deux exposés suivants ont été consacrés à la gestion du risque en management de projet. Le premier, présenté par Didier GOURC a mis en avant l'importance de la diversité des risques qui se traduit par une diversité des approches de gestion. Ainsi, comme l'avait déjà souligné dans la matinée J.P. PAGES, le traitement du risque spéculatif diffère-t-il fondamentalement de celui du risque subi. De la même manière, les acteurs gravitant autour d'un projet représentent souvent une grande variété de métiers, qui se traduit par une variété des perceptions des risques. Plutôt que d'y voir une difficulté, D. GOURC la considère comme une opportunité puisqu'elle permet d'enrichir l'analyse des risques. En revanche, il met en évidence la difficulté de passage de l'identification d'un risque à la décision lorsque celle-ci implique l'abandon ou la modification profonde du projet.
Ce constat est partagé par Rémy GAUTIER qui souligne la solitude du chef de projet face au risque. Parler du risque dérange. Ce n'est donc pas tant l'identification des risques qui pose problème que leur gestion en raison notamment de la perception que l'on a du rôle du chef de projet face au risque. Plus celui-ci prend de risques plus il est adulé en cas de succès ou sanctionné en cas d'échec. Tout se cristallise autour d'un problème de communication et d'information sur les risques en gestion de projets. Dans ce contexte, R. GAUTIER propose une méthode (ADIP) destinée à analyser les défaillances du système d'information dans un projet. Cette méthode s'appuie notamment sur une représentation du projet comme une machine dont la fonction principale est de traiter des informations dans un champs de contraintes correspondant à la gestion des ressources. Il peut alors proposer de réaliser une APR (analyse préliminaire des risques) et une AMDEC (analyse des modes de défaillance et de criticité) de cette machine. Cette méthode permet non seulement d'identifier des risques mais aussi de constituer les bases d'un retour d'expérience par identification de scénarios de dysfonctionnement et de scénarios de gestion des risques.
Un dernier exposé a été consacré à la présentation de l'IHT (Institut de l'Homme et de la Technologie) et de la formation MARPEQ qui présente l'originalité d'être destinée à des étudiants de profils très variés. Cette richesse des profils permet d'aborder une grande diversité de risques et de faire ressortir une grande variété de perceptions des risques.
En résumé de ces exposés, on peut dire que le maître mot en aura été perception. Puisqu'il a été question successivement de :
La deuxième table
ronde était encore axée autour de la perception du risque
et du choix que fait l'individu de se placer en contexte de risque. Autour
du problème du tabac et de celui des sports à risques, la
question était de comprendre ce qui incite une personne à
prendre des risques. J.P. PAGES a souligné le fait que lorsque
l'on se place volontairement en situation de danger, c'est souvent dans
un souci de valoriser le spectaculaire et non pas le risque. En d'autres
termes, l'individu ne se sent pas dans une situation à risques.
Il est persuadé de tout maîtriser dans un contexte que d'autres
qualifieraient comme risqué. Et la preuve de sa maîtrise lui
donne un ascendant sur son entourage. Par ailleurs, la notion de risque
est associée à celle de peur. Si le risque est perçu
sans que l'acteur n'ait le sentiment de le maîtriser, la peur s'installe,
qui réduit la maîtrise et se traduit par une conséquence
fatale. L'absence de peur généralement constatée est
révélatrice d'une non perception du risque ou d'une certitude
de sa maîtrise. Omer MERCIER vient appuyer ce point de vue
en citant les procédures EDF d'intervention sur les lignes haute
tension qui privilégient le travail en risque connu et maîtrisé
plutôt que le travail en sécurité supposée.
J.L.
WYBO insiste sur des paramètres importants dans l'acceptabilité
du risque, notamment le déni qui consiste à ne pas vouloir
voir le risque et la valorisation de l'ego, qui consiste à surestimer
ses capacités de maîtrise. La question du refoulement collectif
est abordée pour aboutir au constat qu'elle n'est actuellement pas
prise en compte. J.P. PAGES utilise alors le principe de St-Pétersbourg
pour expliquer comment la communication sur le risque automobile, qui repose
sur une statistique des grands nombres, est vouée à l'échec
puisqu'elle ne prend pas en compte la dimension individuelle.
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