Le management des risques en contexte projet :
Quelles problématiques ?

Didier GOURC
Centre Génie Industriel - Ecole des Mines d’Albi-Carmaux
Campus Jarlard – Route de Teillet
81013 Albi Cedex 09


 
Mercredi 8 septembre
L’acceptabilité, la perception du risque, et la prise de décision


Introduction

La rapidité des changements, la pression des clients sur la définition des produits, l'évolution rapide des technologies, etc. conduisent les organisations à prendre de plus en plus de risques pour percer les marchés et tenter d'y rester. Ces risques se traduisent par un engagement fort de l’entreprise dans des secteurs mal maîtrisés (c'est-à-dire à forte incertitude) avec pour conséquences possibles l'incapacité à livrer le produit attendu dans la qualité requise, dans les délais attendus.

Au final, cela peut se traduire soit par un manque à gagner qui puisse être considérable, soit par la livraison du produit avec un surcoût insupportable pour la société ou avec des pénalités de retard incompatibles avec la survie de l’entreprise.

Les méthodes de prise en compte des risques, initialement développées dans les secteurs bancaires, l'ingénierie des systèmes, prennent aujourd'hui toute sa dimension dans le domaine du management de projet. De nombreuses approches y sont actuellement développées et utilisées.

Ces approches constituent une aide précieuse pour l'équipe projet et les responsables de l'organisation dans leur processus de décision par une meilleure maîtrise des facteurs d'incertitude présents tout au long de la vie du projet. Nous allons aborder ce domaine en présentant quelques définitions préliminaires (§ 1) de façon à dissiper toute confusion dans les termes utilisés, sachant que la littérature est fréquemment source de confusion en ce sens. Puis nous aborderons le domaine du management des risques en présentant ses objectifs, un processus générique associé et quelques approches et outils existants (§ 2). Ensuite, nous analyserons plus finement le contexte des projets, les types de risques associés, en distinguant les risques purs (subits) et les risques spéculatifs (pris), puis nous identifierons quelques problématiques spécifiques que le management des risques doit résoudre dans le cadre du management de projets (§ 3). Et enfin nous terminerons par une brève conclusion.
 

1. Quelques définitions préliminaires

1.1. Qu'entend-on par projet et management de projet ?
Le concept de projet est communément identifié par le caractère non répétitif de la mission auquel il fait référence, il est généralement unique car il n'est pas susceptible de se répéter plusieurs fois, dans sa définition et dans son contenu, et répond à des besoins spécifiques et particuliers. Pour préciser cette notion, nous devons faire état de différentes définitions traduisant différentes philosophies (cultures).

Ainsi outre les origines latines du mot projet (projectus "lancé en avant", ou projectare "jeter en avant"), on constate deux sens communément acceptés [Joly 94] :

Ces deux sens du mot projet, reflètent des philosophies particulières de conduite de projet.

Ainsi l'acception anglo-saxonne du mot projet conduit à développer une véritable démarche de management de projet dans tous les sens du terme comprenant tous les processus définis dans la norme ISO 10006 [ISO 10006]. La définition de l'AFITEP [AFITEP] s'appuie d'ailleurs également sur cette approche.

Le management des risques, que nous définirons plus loin, considéré comme une composante du management de projet permet justement :

Dans ce qui suit, nous allons nous intéresser à l'acception anglo-saxonne du terme projet.
 
    1.2. L'univers des décisions en management de projet
La mission de conduite d'un projet assignée au chef de projet (ou directeur de projet) révèle la prise de nombreuses décisions, toutes différentes dans le problème posé, les solutions possibles, les personnes concernées, on constate toutefois que celles-ci mettent en jeu des hypothèses ou données de base, plus ou moins bien connues, dont les valeurs sont plus ou moins certaines, et qui de plus évoluent dans le temps. On peut ainsi considérer que les décisions prises en contexte projets sont basés sur un univers incertain et hostile au sens de C. Marmuse dans son livre intitulé "Management des risques" [Marmuse89].

Celui-ci propose de considérer différentes "situations de décision" au regard de la connaissance que l'on peut avoir des paramètres représentatifs de la décision. Il présente ainsi :

Pour résumer, on peut dire que le contexte des projets est soumis à : Mais est-ce vrai dans tous les types de projets ? Pour répondre à cette interrogation nous proposerons, dans les paragraphes suivants, l'identification de caractéristiques d'une typologie des projets qui facilitera la réflexion.

Ceci nous conduit tout naturellement à analyser les définitions des termes risque, incertitude, aléa ou événement et à considérer leurs sens respectifs.
 

    1.3. Sens donnés aux termes risque, incertitude, événement, aléas
Dans la littérature, on retrouve fréquemment les termes de risque, d'incertitude et d'aléa sans avoir de définition convenable. Le recours aux dictionnaires de la langue française n'est pas suffisant pour lever l'ambiguïté, cependant en constate que toutes les définitions présentées font état d'une possibilité de survenue d'un événement susceptible de mettre en péril les objectifs (du projet) en termes de coût, de délai ou de performance.

Traditionnellement le terme risque, inspire craintes, peurs, anxiétés du fait de sa connotation négative de ne pas atteindre l'objectif prédéfini et donc de devoir assumer l'écart avec ce prévisionnel. On peut citer, par exemple dans le cadre des projets, un écart entre le prévisionnel et le réel sur un référentiel de délai (date de mise à disposition d'un prototype, d'un document, du produit final), sur un référentiel de coût, de performance, etc. On parlera dans ce cas, comme le propose F. Sabelli [Sabelli99], de "risque-écueil".

A contrario le "risque-action", inspiré d'une culture de la création et de l'innovation s'intéresse par conséquent aux opportunités créées. On aperçoit ici que le terme risque peut être associé à la possibilité de créer une valeur nouvelle, l'investissement engagé par l'action est susceptible de créer une opportunité.

La définition commune de l'AFITEP et de l'AFNOR repose malheureusement sur une appréciation du "risque écueil" lorsqu'elle le définit par : "un risque est la possibilité qu'un projet ne s'exécute pas conformément aux prévisions de date d'achèvement, de coût et de spécification, ces écarts par rapport aux prévisions étant considérés comme difficilement acceptables voire inacceptables".

C. Schmidt [Schmidt96] pose une question fort intéressante dans son article "Une nouvelle problématique des anticipations : risque et incertitude", a savoir la "distinction entre le risque et l'incertitude a-t-elle encore un sens". Plutôt que de tenter de répondre à cette question essayons plutôt de situer quelques définitions de ces deux termes.

En première approche, nous pouvons citer Machina et Rothschild, qui, dans le New Palgrave Dictionary, indiquent que la différence entre le risque et l'incertitude est basée sur la présence ou l'absence de probabilités numériques associées aux occurrences possibles des événements.

Knight [Knight21] propose d'utiliser le terme "risque" pour désigner toute forme d'incertitude mesurable et à ne réserver celui "d'incertitude" qu'aux cas où cette incertitude, n'est pas mesurable. Il présente par ailleurs différentes composantes de l'incertitude qui aboutissent à une classification en trois catégories fondées sur la manière dont le risque est mesuré (probabilité à priori, probabilité statistique, estimation).

Toutefois les deux concepts ne sont pas complètement antagonistes, le risque est caractérisé par sa mesure, l'incertitude au sens large peut désigner le degré de validité associé aux propositions construites ou susceptibles de l'être, au moyen de cette mesure : le risque est une mesure de l'événement x (soit p(x)) tandis que l'incertitude est un jugement qui porte sur la proposition p(x) (soit v(p)) [Schmidt96].

Nous introduisons également la notion d'événement (redouté, indésirable, opportun, etc.) permettant de définir un fait que le responsable peut redouter ou espérer, celui-ci est décrit par ses caractéristiques intrinsèques (propres ou statiques). Lorsque ce fait sera survenu, on parlera alors d'aléa.

    1.4. Critères d'appréciation d'un risque
Afin de mettre en place une démarche de management des risques, il est important de considérer les différentes caractéristiques du risque à identifier.

Nous décomposerons ces caractéristiques en quatre catégories relatives :

  1. aux origines ou aux causes de la survenue (éléments précurseurs de l'événement redouté ou espéré, chaînage avec d'autres événements, détectabilité, fréquence de survenue, etc.),
  2. à l'estimation de sa probabilité de survenue,
  3. à ses impacts qualitatifs (performance, modification de la cible, portée des conséquences, etc.) ou quantitatifs (modification du coût ou de la durée du développement),
  4. aux actions à mener (conduites à tenir que ce soit en préventif ou en curatif, etc.).
Certaines de ces caractéristiques sont de nature générique c'est-à-dire que, pour un secteur d'activité donné, les valeurs prises par ces caractéristiques sont identiques pour tous les projets concernés par ce secteur (ou de façon plus certaine par la société dans le secteur donné). Ce sont les caractéristiques appartenant à la catégorie (1.) éventuellement celles de la catégorie (4.)

Les autres caractéristiques conduisent systématiquement à une évaluation en dynamique au cours du déroulement du projet, afin de donner une photographie instantanée du projet au moment de l'évaluation et peut être également afin d'en suivre les tendances.

Certaines approches tendent à considérer un paramètre lié qui est celui de la criticité du risque comme étant le produit de sa probabilité de survenue par sa gravité (voire détectabilité) afin de hiérarchiser les risques par ordre de criticité croissante et ainsi de faire émerger les risques majeurs, au sens de ce paramètre de criticité (ex-: AMDEC, etc.).
 

2. Processus de management des risques

    2.1. Objectifs
Un des objectifs du management des risques est "de conduire les responsables de projet à des actions qui, prenant en compte les risques potentiels, viseront soit à les éviter en trouvant, par exemple, des solutions alternatives, soit à les réduire, soit à en réduire les conséquences pour les rendre acceptables" [WEKA]. Cette énumération d’objectifs, inspirée des domaines de la sûreté de fonctionnement et des projets à coûts contrôlés oublie dans le cas des projets à rentabilité contrôlée, et notamment en Recherche & Développement, que l’on ne peut pas toujours agir sur les causes ni sur les conséquences et que, dans ce cas, l’on doit donc surtout statuer sur l’acceptabilité d’un tel risque et de ses impacts lorsque celui-ci survient.

Le management des risques du projet consiste traditionnellement à prendre en compte les imprévus, aléas, incertitudes et opportunités pour réduire, sinon supprimer, la probabilité de survenue des risques du projet et/ou leurs conséquences [Giard91], [Marmuse89].

Parmi les objectifs de la mise en place d'une démarche de management des risques dans un contexte projet et notamment dans le cadre de projets à rentabilité contrôlée, on peut également citer :

    2.2. Les phases génériques d'un processus de management des risques
Différents auteurs ([Courtot96], [Grey95], [Chapman97], [PMBOK96], [DGA/AQ924], etc.) ont étudié et/ou développé des démarches de management des risques et proposé des classifications en fonction soit des types d’outils ou méthodologies utilisés (quantitatifs, qualitatifs, hybrides, simulatoires, etc.) soit des phases développées dans la méthode. La plupart des démarches identifiées adoptent, toutefois, un découpage en quatre phases : Dans cette démarche, certaines actions peuvent être menées a priori comme l'identification des événements qui se fait essentiellement sur la base des projets passés et/ou même en cours et d'autre part des actions liées effectivement au projet soumis à l'évaluation des risques.

Il faut toutefois noter que les limites de cette démarche s’observent dans le cas de jeunes sociétés (dont l’expérience est plus réduite) ou lorsqu’il s’agit d’un projet d’innovation totale car la capitalisation des expériences passées est délicate et de plus n’est alors pas adaptable directement au nouveau projet. Dans ces deux cas, les méthodes de brainstorming, Delphi ou techniques de réflexion par groupes nominaux avec intervention d’experts extérieurs peuvent s’envisager [Chapman98].
 

      2.2.1. Synthèse de quelques approches existantes
On peut distinguer trois grandes catégories de méthodes "théoriques" les plus largement utilisées qui permettent de gérer les risques potentiels d'un système (la plupart initialement développées pour et appliquées à l'analyse de systèmes voient leurs domaines d'application étendue à la prise en compte des risques dans les projets) : Ex : l'Analyse des Modes de Défaillances des composants, de leurs Effets sur le système et de leur Criticité (AMDEC ), l'Analyse Préliminaire des Risques (APR). Elles permettent en outre de considérer les combinaisons d'événements susceptibles de conduire à une défaillance du système.

Ex : les Arbres de Défauts ou de Défaillances (ADD), les diagrammes Causes-Conséquences

Ex: chaînes de Markov, la simulation Monte Carlo, les réseaux de Petri

Les approches simulatoires stochastique du risque s'intéressent à remplacer l'hypothèse d'un univers certain par celle d'un univers aléatoire.

Ainsi dans le cas de l'étude des délais, les durées des tâches sont considérées à partir d'une loi de distribution de probabilités de durée de tâche (ex-: loi triangulaire, etc.) et utilisant la méthode Monte Carlo (voir Figure 1) [Van Slyke63]. On peut de ce fait identifier la variabilité de la durée totale du projet.

On trouve des exemples de ce type de démarche :


Figure 1: Principe des outils basés sur la simulation Monte Carlo

On peut également identifier des méthodes d'inspiration plus ou moins forte par rapport à ces dernières et développées de façon plus ou moins spécifique pour un secteur industriel :

La mise en œuvre de cette méthode repose sur quatre phases : Les quatre axes sont : Pour chaque projet, on obtient ainsi un quadrilatère (appelé "polygone stratégique") dont on considère la surface stratégique (plus celle-ci tend vers 1 plus les chances de réussite sont élevées), la régularité de ses angles, et l'évolution de son barycentre entre les différentes analyses est cohérente avec l'avancement du projet.
      2.2.2. Quelques outils logiciels
D'autres approches couplées avec des outils logiciels développés et commercialisés par des sociétés spécialisées existent. La plupart reposent sur des approches stochastiques basées sur la méthode Monte Carlo :
    2.3. Management de projet et des risques : deux processus imbriqués
Le processus de management des risques est considéré comme un processus itératif et cyclique. En effet celui-ci n'est jamais totalement abouti tant que le projet n'est pas terminé, les phases se succèdent constamment afin de pallier : Il convient donc de considérer ces deux processus comme fortement imbriqués. Le processus de management des risques permettant de fournir une aide à la conduite de projet et à son évaluation : Ces données ne peuvent avoir de validité pour le processus de management de projet que si elles sont constamment mises à jour (Figure 2.).

Figure 2: Management des risques et management de projet





3. Les risques dans le contexte des projets

Tout projet, bien que considéré comme éphémère dans son existence, intervient dans un environnement qui lui applique des contraintes, ou tout au moins des sollicitations, ayant une incidence sur la réalisation de celui-ci.

Le projet peut alors être considéré comme un système (finalité, ressources humaines, technologiques, etc.) en interaction avec son environnement (Figure 3) représenté par :


Figure 3: Le projet et son environnement
    3.1. Quels types de risques ?
Que ces changements soient vécus comme des perturbations sources d'opportunités, anticipées, voire décidées et choisies et l'on parlera de "risque spéculatif". Dans ce cas, le risque est accepté (il est même pris, il résulte d'un choix délibéré), il correspond à un espoir de gain futur. A l'opposé, dans le cas de changements vécus comme des perturbations négatives et subies, on parlera alors de "risque pur" (ou risque accidentel), c'est-à-dire que ce dernier n'est pas accepté en contrepartie d'une possibilité de gain (il est subit) ou n'y-a-t-il pas de possibilité de gain, il est difficilement contrôlable (indépendant de la volonté de l'entreprise tant en termes de survenance et de gravité).

La distinction entre risques spéculatifs et risques purs n'est pas toujours aussi évidente d'autant plus que ces deux types de risques cohabitent fréquemment, les uns pouvant conditionner l'apparition des autres.
 

    3.2. Quelques caractéristiques pour une typologie des projets
Le terme de projet est de plus en plus utilisé, qui n'a pas utilisé ou entendu ce terme. Il est appliqué à des situations professionnelles, personnelles, il exprime des démarches industrielles de conception de nouveaux produits, de construction d'ouvrages, de changements organisationnels, … Il évoque aussi une volonté d'organisation spécifique de l'entreprise autour des projets (organisation par projet, matricielle, en "projet sorti", etc.) afin de fédérer les ressources autour d'un objectif ambitieux bien qu'éphémère.

La diversité des types de projets nous conduit à considérer quelques paramètres de classification afin de faciliter l'identification des différentes problématiques de management des risques.

Pour cela, nous proposons de prendre en considération les paramètres suivants :

    3.3. Quels sont les types de problématique posés ?
Utilisons les paramètres présentés ci-dessus pour analyser le regard du chef de projet, de l'organisation sur le management des risques du ou des projets. Les types de risques considérés, l'univers dans lequel les décisions sont prises différent également. Ainsi chaque situation conduit à se poser des questions spécifiques quant à l'analyse des risques.
      3.3.1. Le point de vue du chef de projet
Les objectifs du chef de projet présentent quelques différences en fonction du type de projet piloté. Ainsi dans le cas d'un projet à coûts contrôlés, le cahier des charges étant normalement établi avant le lancement, les attendus du projet sont clairs et correctement définis. Le contrat étant établi sur la base de clauses techniques, financières et calendaires, le chef de projet n'aura de cesse de faire tout son possible pour les respecter, il aura notamment pour mission de préserver la marge du projet.

Son intérêt pour une démarche de management des risques porte essentiellement sur la nécessité :

Les projets à rentabilité contrôlée ne disposant pas à leur lancement de cahier des charges précis, tout au plus une étude de marché et un potentiel de satisfaction de ce marché, le chef de projet se voit confronté à une problématique quelque peu différente. La définition de la cible du projet se faisant au fur et à mesure de l'avancement du projet (et par conséquent le dessin des marchés espérés en relation avec les coûts de développement), le chef de projet doit s'assurer de la rentabilité effective du projet à terme. Le management des risques, revêt dans une telle situation, une

Le chef de projet, dans un souci de réussite de son projet, et là quelle que soit la configuration adoptée, dans un univers incertain, rarement hostile doit considérer les risques purs de son projet voire quelques fois des risques de type "spéculatifs" dans des projets à rentabilité contrôlée avec un fort degré d'innovation (ex.: risques pris en ne faisant pas une étude pour diminuer le délai de mise à disposition d'un produit).
 

      3.3.2. Le point de vue de l'organisation (extérieure au projet)
L'organisation est soumise à un environnement turbulent et incertain, ses décisions sont en perpétuelle instabilité entre des objectifs d'équilibre financier et d'acquisition de valeurs. Dans ce but, et face à des investisseurs ou des banquiers, elle doit assurer de sa parfaite maîtrise des risques de l'entreprise (procédures de détectabilité, de maîtrise, etc.).

L'univers incertain et hostile, surtout dans le cas de projets à rentabilité contrôlée, complexifie les processus de décision pour la définition du plan stratégique de l'entreprise et des projets. En effet, les responsables de l'entreprise se trouvent confrontés à des espoirs de gains, associés au lancement de projets, mais qui sont conditionnés, entre autres, par l'existence ou non de projets concurrents lors de la mise à disposition de produits sur le marché. De ce fait, il devient extrêmement difficile de déterminer l'effet d'une décision de lancement ou de poursuite d'un projet (quel en sera le coût final, pour quels gains ?).

      3.3.3. Influence du degré d'innovation
La détermination du portefeuille de risques associé à un projet est liée à : Ainsi, le degré d'innovation, quel que soit le type de projet auquel il s'applique, conduit les acteurs ou responsables du projet à devoir utiliser, au minimum, des méthodes différentes pour l'identification des événements et leur estimation. En effet, plus le degré d'innovation est élevé c'est-à-dire qu'il existe peu ou pas de projets antérieurs relativement similaires sur lesquels on puisse s'appuyer pour mettre en œuvre la démarche de management des risques plus l'identification des événements redoutés, l'estimation des paramètres associés est difficile.

Il n'existe pas de bases permettant de procéder à des analyses statistiques ni même à tenter de retrouver un cas similaire permettant d'extrapoler l'analyse. Il convient donc dans ce cas de travailler avec des méthodes basées sur l'expertise des personnes et leur capacité à se projeter dans un univers incertain (incertitude sur les événements et incertitude sur leur estimation) : méthodes de brainstorming, "à dires d'experts", méthode d'obtention de consensus telle la méthode Delphi, etc.
 

    3.4 Risques purs et risques spéculatifs deux approches
L'appréciation des problématiques de management des risques en fonction de chacune des catégories identifiées ci-dessus n'est pas aussi triviale qu'il pourrait y paraître. En effet chacun des paramètres ne peut pas être considéré comme indépendant. Ainsi pour un projet donné à une phase donnée de son développement divers regards se posent sur lui et tous n'attendent pas les mêmes données : Ces différents regards peuvent se superposer, voire s'influencer.

Pourtant on peut effectivement associer à chacun de ces regards un intérêt particulier soit sur les risques purs soit sur les risques spéculatifs. Ainsi le chef de projet est préoccupé dans son management par les risques purs alors le responsable de l'organisation traite plutôt des risques spéculatifs. L'analyse, l'évaluation et la prise en compte de ces deux types de risques ne peuvent s'effectuer sur la base des mêmes documents même si les deux sont intimement liées et peuvent manipuler des données communes mais traitées avec des outils et un regard différent.
 

Conclusion

On vient de le voir, les problématiques de management des risques sont nombreuses et diverses, ce qui explique certainement le nombre important de méthodes de management des risques et l'inexistence de méthodes globales.

De plus, le processus de management des risques couplé au processus de management de projet est avant tout un support pour les responsables (qu'ils soient chef de projet, dirigeant d'entreprise, etc.) dans leur processus de décision. Ce processus, bien que nécessitant des données fiables et objectives, est avant tout le fruit d'un travail du cerveau humain, et on le sait celui-ci est également conditionné par un nombre impressionnant d'autres stimuli. Ceci est sûrement d'autant plus vrai que l'on fait référence à un concept, celui du risque, qui en lui-même porte encore malheureusement une connotation négative.

Alors comment ne pas se préoccuper de la perception du risque par le décideur dans son processus mental de décision ?

Or toutes les approches identifiées ici ne s'en soucient guère.
 

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Mercredi 8 septembre
L’acceptabilité, la perception du risque, et la prise de décision